Je suis un paramédic !

Lettre ouverte

Voici la lettre ouverte de René Dionne TPSP/PCP Ambulance NB, trouvée sur Internet. Une vérité crue de son quotidien et de sa profession pas toujours heureuse. Une vocation qui n’est pas donnée à tout le monde mais qui est indispensable et réconfortante, malgré la douleur et la fatalité.

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Je suis paramédic, mais personne ne m’a appris…

J’ai commencé en août 1989 avec comme seule ambition d’aider les gens et ma communauté, je venais d’avoir 19 ans en route vers le but ultime d’en faire une carrière. Je me souviens de mon premier appel, en route lumières et sirènes, les jambes me tremblent, les mains moites, quoi que nerveux, j’ai fait ce que j’avais appris dans ma formation du mieux que je pouvais, au meilleur de mes connaissances.

Avec le temps vient la confiance, les premiers « gros call », les arrêts cardiaques, les accidents de la route, les premiers polytraumatisés que ma formation m’avais appris à soigner presque les yeux fermés. Mais j’ai vite réalisé que ce ne serait qu’une infime partie de ce à quoi je devrais faire face, la réalité serait malheureusement toute autre. Les problèmes sociaux, la solitude des personnes âgées, la violence, la toxicomanie, la dépression et la pauvreté deviendrait des interventions presqu’au quotidien.

Personne ne m’a appris comment dire à un monsieur de 90 ans que sa femme de 65 ans de mariage est malheureusement décédée dans son sommeil et de voir tout désire de vivre s’éteindre dans les yeux de cet homme.

Personne ne m’a appris quoi dire à quelqu’un tellement déprimé qu’il vient de tenter de s’enlever la vie mais que pris de panique a appelé à l’aide et qu’il te dit « je ne peux même pas réussir à me suicider tellement je suis bon à rien ».

Personne ne m’a appris à dire les mots « Désolé il n’y a plus rien à faire, votre fille est décédée » et d’écouter les cris de désespoirs de parents qui viennent de perdre leur enfant.

Personne ne m’a appris comment tenir la mains de quelqu’un qui prend son dernier souffle et comment retenir mes larmes parce que ce n’est pas mon deuil.

Personne ne m’a appris comment réagir quand ton patient qui vient de décéder tragiquement est un membre de ta famille.

Personne ne m’a appris comment réagir quand quelqu’un menace de te tuer en sortant un couteau ou tente de te frapper alors que la seul chose que tu veux c’est de l’aider.

Personne ne m’a appris à garder mon sérieux quand une urgence pour quelqu’un devient un fait cocasse pour moi.

Personne ne m’a appris comment accepter d’être absent lors d’occasions spéciales que d’autres prennent pour acquis, des anniversaires, Noël en famille, les spectacles de ma fille, des repas à des heures normales et des heures de sommeil.

Être paramédic, ce n’est pas tant de courir et sauver la journée ou même la vie de quelqu’un, c’est de gérer des situations et des épreuves uniques et de retourner à la maison après ton relais et de te faire demander « Comment a été ta journée? » et de simplement réponde « Bien merci ! »

Être paramédic c’est de mettre un enfants au monde, c’est de constaté un décès, c’est de prendre des décisions rapidement mais c’est aussi de prendre quelques minutes pour tenir la main d’une vielle dame, de prendre le temps de l’aider à faire sa valise, d’apporter les choses qui lui tiennent à cœur. C’est de donner un peu de soi à tes patients parce que même si c’est le sixième patients de ton relais, et qu’on ne se souvient pas de leurs noms, pour eux c’est souvent leurs première fois dans une ambulance. C’est donner un peu de réconfort à la petite madame qui s’est blessée à une hanche en faisant une chute et que malgré sa douleur trouve la force de dire « Merci ».

Je suis PARAMÉDIC et la vie m’a appris la compassion.


Vous en pensez quoi ?