Histoire
ASSOCIÉE AU PÉCHÉ D’ADAM ET D’ÈVE, LA POMME A POURTANT CONQUIS LES COLONS DÈS LES PREMIÈRES PLANTATIONS
Le temps rafraîchit enfin, les feuilles changent graduellement de couleurs et cela signifie que l’une des dernières périodes d’autocueillette de l’année s’amorce… celle des pommes.
La pomme est un fruit aimé depuis l’époque de la Nouvelle-France, qui se conservait déjà bien et qui permettait de cuisines des petites douceurs, comme les incontournables tartes. Mais la pomme n’a pas toujours eu la meilleure des réputations, pour des raisons qui peuvent nous faire sourire aujourd’hui.
DEPUIS LA PRÉHISTOIRE
Le pommier est un très vieil arbre fruitier, qui tire probablement ses origines du Kazakhstan il y a plus de 50 millions d’années. Présente depuis la Préhistoire, la pomme est l’un des fruits les plus anciens cueillis par l’être humain. Transportées naturellement par les vents, les animaux et les migrations humaines, les graines de pommiers sauvages ont permis à ces arbres de s’implanter progressivement dans de nombreux territoires, dont l’Europe.
On a en effet trouvé des pommes coupées en deux et séchées en Suisse, de même que des restes de pommes carbonisées en France. Elles ont été consommées telles quelles, séchées, mais aussi, grâce aux variétés de pommes plus sucrées, transformées… en cidre.
Mais la pomme a aussi souffert d’une mauvaise réputation au Moyen-Âge, en raison de son rôle dans l’histoire d’Adam et Ève se trouvant dans le livre de la Genèse de la Bible. Un fruit associé au péché, surtout que lorsque coupé en deux à la verticale, il rappelait étrangement une partie de l’anatomie féminine.
Et puisque les Druides d’Angleterre l’utilisaient, de même que le cidre, lors de cérémonies considérées comme païennes par l’Église, il fallait être prudent si on choisissait d’en manger.
EN NOUVELLE FRANCE
Qu’à cela ne tienne, la pomme est restée un fruit privilégié dans l’alimentation européenne et les premiers colons qui ont choisi de venir s’établir en Nouvelle-France n’allaient pas s’en passer si cela était possible.
Samuel de Champlain lui-même avait compris l’importance d’une alimentation variée, composée de fruits et de légumes, pour lutter entre autres contre des maladies qui affectaient les premiers colons comme le scorbut. Il avait d’ailleurs mis la table au cœur des rituels visant à aider à garder le moral des hommes établis à Port-Royal en Nouvelle-Écosse en 1606 en fondant « L’Ordre du bon temps ».
S’il est difficile de confirmer si les premiers pommiers ont été plantés sur ce territoire à l’époque, les historiens sont davantage certains que Louis Hébert, apothicaire et premier colon officiel de la Nouvelle-France, a apporté avec lui des tiges de pommiers pour tenter de les cultiver en Amérique du Nord.
Dans les mêmes années, les pèlerins qui ont voyagé sur le Mayflower pour établir la colonie de Plymouth au Massachusetts ont eux aussi apporté des graines de pommes pour tenter de faire pousser des pommiers.
Le climat semblait convenir à ce fruit et c’est Jean Talon, premier intendant de la Nouvelle-France, qui a vraiment mis en place un programme de plantation de pommiers en grande quantité pour assurer des provisions de pommes pour les habitants canadiens-français et pour produire du cidre si possible.
La première production de cidre pourrait bien avoir commencé sur le mont Royal, grâce à des prêtres Sulpiciens qui ont planté un verger et construit un moulin pour le produire dans la deuxième moitié du XVIIe siècle.

CUEILLETTE ET AUTOCUEILLETTE
Au fil du temps, beaucoup de fermes ont possédé quelques pommiers ou littéralement des vergers. La période de la cueillette était donc très importante et plusieurs personnes pouvaient venir donner un coup de main pour la corvée de la cueillette.
Mais avec l’émergence du tourisme régional, grâce entre autres à la démocratisation de la voiture, que les vergers vont graduellement ouvrir leurs portes au grand public pour la cueillette. Un phénomène qui a pris de l’ampleur à partir des années 1970.
Cueillir des pommes est devenu une activité familiale saisonnière populaire, qui permettait de se régaler, de s’amuser en famille et de cuisiner ensuite tartes, croustades et compotes, des desserts qui sont décidément associés à la période automnale.
Bonne cueillette !
Source : Évelyne Perron, historienne, Journal de Montréal, 5-6-7 septembre 2026, p68
Lettre ouverte
Une carrière « dans la police » n’est pas de tout repos. Même s’il y a de bons moments, c’est un travail qui, humainement, demande beaucoup. Il faut être fait fort quand on est confronté quotidiennement à la misère humaine et à la criminalité incessante qui forme des criminels de plus en plus jeunes. Malgré tout, il y a de bons moments et c’est l’expérience de toute une vie. Une policière du SPVM, Marie-Michelle Delisle, a décidé de nous entretenir de son quotidien. Voici sa lettre ouverte, qu’elle m’a permis de partager avec vous.
24 ans sans un décès en service au SPVM.
C’est long. Mais en même temps, dans un monde parfait, aucun policier ne devrait perdre la vie en exerçant son métier.

La mort de l’agent Mohamed Lamine Benredouane a fait réfléchir beaucoup de monde. Des policiers, des familles, des conjoints, des hauts gradés, du monde municipal, des politiciens, des étudiants en techniques policières.
Moi aussi. Et ça m’a pris un certain temps avant d’être capable d’écrire ça.
J’avais pris ma retraite 14 jours plus tôt.
On me l’a toujours dit : 50 % de la criminalité au Québec se trouve à Montréal, donc plus de 50 % des arrestations se font dans la métropole. Ça m’en prenait pas plus pour choisir ce service de police. Tous les tests de personnalité que j’ai faits sont unanimes : je suis une performante de type A, intransigeante et compétitive.
JE VOULAIS DE L’ACTION
J’en ai eu pour mon argent, comme on dit. Ahuntsic-Cartierville. Villeray. Dollard-des-Ormeaux. Plateau-Mont-Royal. Côte-des-Neiges. Et retour à Cartierville pour terminer.
Trois ans et demi à Côte-des-Neiges. J’ai adoré ce secteur. Il y avait de l’action et des appels à profusion. Je me suis retrouvée à l’hôpital quelques fois, je l’avoue. J’ai eu la chienne à quelques reprises aussi, je l’avoue.
Mais aussi fou que ça puisse paraître, je carburais à ce type d’adrénaline.
Depuis le 22 juin (mort de l’agent Lamine Benredouane), j’ai réalisé quelque chose. Ça prend la naïveté d’un enfant de 5 ans pour faire ce métier-là. Ne pas réfléchir aux conséquences. Se garrocher dans le danger à chaque shift. Ne jamais savoir ce qui t’attend sur un appel.
Ça fait 13 ans que je suis en couple avec Nicolas. Il m’a connue policière. Il m’a choisie et aimée policière. Mais il a toujours aimé pas mal plus Marie-Michelle que Marie-Michelle la policière.
Je l’ai appelé souvent pour lui dire que j’allais être en retard. Que j’étais à l’hôpital. Qu’un suspect m’avait fermé une porte de char sur le doigt. Que j’avais reçu des coups de poing. Que j’avais été contaminée à l’amiante en essayant d’aider un travailleur. Contaminée au poivre de Cayenne. Sans compter tout le temps supplémentaire impromptu sur des appels intenses.
Je savais que ça le stressait. Je savais qu’il s’inquiétait. Et je banalisais ses émotions.
Je riais. « Ben non, y’a rien là chéri. On a eu du fun, tout le monde est correct, juste un petit check-up. Beaucoup de rapports par exemple, je dormirai pas de la nuit. »
L’humour et le sarcasme, c’est très fort chez moi.
Puis un policier de 34 ans est mort en répondant à un appel d’homme armé. À Côte-des-Neiges. Mon ancien secteur.
Je prétendrai pas que ça aurait pu être moi. Ça aurait pu être n’importe lequel d’entre nous. Ça a été lui.
Savoir qu’il était papa d’un petit garçon. Que sa conjointe est enceinte. Qu’il laisse dans le deuil son frère jumeau, ses sœurs, ses parents et une immense communauté.
ET J’AI EU UNE BOULE DANS LE VENTRE
J’ai enfin réalisé tout le stress et l’inquiétude qui pesaient sur mon conjoint dans les dernières années. Il acceptait mon métier, bien sûr. Il aimait me voir heureuse, bien sûr. Mais il se faisait du sang de cochon pour moi.
Aujourd’hui, je le comprends.
La fameuse mentalité du « ça arrive pas à moi, ça arrive juste aux autres » — c’est fini, cette affaire-là.
Chers collègues policiers et policières, ce texte n’est pas là pour que vous remettiez votre profession en question. Loin de là. J’ai été patrouilleuse pendant 17 ans et c’est un des plus beaux métiers au monde (après celui d’être parent, bien entendu).
Faites-le avec passion et engagement, comme Mohamed.
Mais n’oubliez pas ceux qui vous attendent à la maison.
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P.S. Je me décris comme policière retraitée. Techniquement, ça prend 25 ans de service pour l’être vraiment. J’en ai fait 17. Mais « démissionnaire », ça décrit mal ce que ça a été.
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Ça fait presque 3 mois que j’ai envoyé ce message à mes collègues. Je me décide enfin à le partager ici.
CARRIÈRE
Malheureusement, à 17 ans de service, on n’appelle pas ça une retraite. On appelle ça une démission. Je ne signerai pas le Grand Livre au Quartier général.
Mes priorités ont changé et j’ai dû choisir à travers trop de passions. D’ailleurs, à 8 ans d’ancienneté, je disais déjà à mes collègues que je partirais à 15 ans de date pour vivre de l’immobilier. Turns out, j’étais pas si loin.
Depuis toute petite, je rêvais d’être police. Mon oncle était policier à Montréal. J’ai quitté Hull pour venir étudier ici et me faire embaucher au SPVM. Je n’ai jamais regretté ce déménagement une seule seconde. Je suis sortie de ma zone de confort et j’ai découvert une nouvelle vie.
À 22 ans, je suivais les traces de mon oncle. J’ai été extrêmement fière de porter cet uniforme pendant 17 ans. Mais… étant une fille passionnée avec beaucoup trop de projets, mon conjoint et moi on s’est lancés dans l’immobilier en 2015. Aspirant à détenir beaucoup de portes et être libres financièrement… Ha Ha Ha.
On a parti notre entreprise de courtage hypothécaire il y a 7 ans. On peut quand même dire que ça rapport à l’immobilier, non ? Bref, on a tellement travaillé fort que maintenant, je l’ai rejoint à temps plein.
ATTENDEZ, je suis pas si folle que ça ! Après ma 3e, j’ai décidé de coller un congé sans solde à mon congé de maternité. Ça faisait presque 3 ans que je n’étais pas sur la route. On a testé le tout pour le tout, et là je parle financièrement : laisser un salaire de police et tous les avantages, c’est quand même un gros move. Je sais que je laisse de l’argent sur la table en quittant mon fonds de pension. Du monde va trouver ça fou.
Mais le vrai jackpot, pour moi, c’est mon conjoint Nicolas et mes 3 enfants, Thomas, Léa et Sofia. Je n’aurais jamais pu avoir le niveau de conciliation travail-famille que je souhaitais en restant.
Je suis revenue faire un petit 6 shifts sur la route, refaire un dernier tour de piste comme on dit, et c’était une sapristi de bonne idée. J’ai pu boucler la boucle avec ce rêve de petite fille. Je me suis confirmé que c’était la bonne décision et que j’étais vraiment prête à passer au prochain appel. Je suis venue faire mes au revoir à cette identité de moi… mais pour être honnête, cette identité ne me quittera jamais. J’étais faite pour être police, et je le resterai toujours.
Les êtres humains que j’ai croisés dans mes 17 années étaient incroyables. Faut pas se leurrer non plus, j’ai pas apprécié chacun d’entre vous hahaha, mais si on a ri ensemble et qu’on a déconné, bien merci, parce qu’un shift de travail mérite d’avoir du plaisir… surtout la police.
MON PARCOURS
Pour ceux que ça intrigue, voici mon parcours comme patrouilleuse : j’ai commencé au PDQ 10 (Ahuntsic-Cartierville), ensuite le PDQ 31 (Villeray), le PDQ 4 (Dollard-des-Ormeaux) où je mourais d’ennui à 2 ans d’ancienneté, le PDQ 38 (Plateau-Mont-Royal) et ses grosses équipes avec une méchante belle dynamique, le PDQ 26 (Côte-des-Neiges) une très belle école, et je suis revenue boucler la boucle au PDQ 10. J’ai aussi été agent évaluateur en reconnaissance des drogues, avant même qu’une section existe pour ça. Merci à tous mes partners qui m’ont fait grandir.
Vous vous êtes rendus jusqu’ici, alors voici quelques leçons que la vie m’a transmise :
Tes priorités, c’est ce que tu fais, pas ce que tu dis. On a tous 24 heures dans une journée et 168 heures dans une semaine. Make it worth.
Soyez passionnés par ce que vous faites. Protégez votre flamme pour que rien ni personne ne l’éteigne. On a juste une vie à vivre, et nos choix d’aujourd’hui dictent comment on va vieillir et profiter de notre retraite.
La vie est trop courte pour être beige. Prenez soin de vous autres. Pour vrai.
Marie-Michelle Delisle
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Histoire
VIOLENCE, FRAUDE ET PATRONAGE ONT DÉFINI LES ÉLECTIONS DE LA PROVINCE AVANT LES RÉFORMES DU 20e SIÈCLE
Au début du XIXe siècle, aller voter au Bas-Canada n’a rien de la paisible visite au bureau de scrutin que l’on connaît aujourd’hui. Le vote est public, l’électeur se présente devant l’officier rapporteur et son choix est inscrit dans le livre de scrutin. Tout le monde peut donc savoir pour qui on vote.
L’élection de 1818 dans le comté de Québec en donne une belle illustration. Dès le premier jour, des fiers-à-bras prennent possession du hustings, l’estrade où se déroule publiquement le vote, au point de paralyser le scrutin. Impossible de voter normalement : l’officier rapporteur doit interrompre le vote et remettre l’exercice au lendemain.
Le deuxième jour, les intimidateurs sont toujours là. Mais cette fois, les deux camps ont amené leurs gros bras. Curieusement, cet équilibre des forces calme les ardeurs et le scrutin peut finalement se poursuivre.
Il n’y a pas que la terreur, il y a aussi les petits avantages. Pour convaincre les électeurs de voter du bon bord, certains candidats fournissent des voitures pour transporter leurs partisans et leur offre toutes sortes de cadeaux : de la grosse bière, du rhum, du pain, du fromage et même de l’argent.
DES MORTS
En 1832, pendant une élection partielle à Montréal, les choses dégénèrent. Des affrontements éclatent entre les partisans du candidat Daniel Tracey et ceux de son adversaire Stanley Bagg. La situation dégénère au point où des soldats interviennent et ouvrent le feu. Bilan : trois hommes sont tués et plusieurs autres sont blessés.
Quelques années seulement après les rebellions de 1837-1938, la violence électorale est loin d’avoir disparu.
En 1841 ont lieu les premières élections du Canada-Uni. Le gouverneur lord Sydenham est bien décidé à obtenir une majorité favorable à son nouveau régime et, pour y arriver, il ne laisse pas grand-chose au hasard. Il fait redessiner certaines circonscriptions à l’avantage de ses candidats, choisit ses responsables électoraux favorables au gouvernement et, dans plusieurs comté ruraux, fait installer l’unique bureau de scrutin loin des principaux bassins d’électeurs qui lui sont hostile.
Mais la manipulation ne s’arrête pas à la carte électorale. Dans plusieurs circonscriptions, la violence et l’intimidation prennent le relais.
Des hommes armés de gourdins et de fusils prennent le contrôle des lieux de scrutins et empêchent des adversaires du gouverneur de voter. Bilan au Bas-Canada : six morts. Un à Montréal, deux dans Vaudreuil et trois dans Beauharnois.
Face à cette corruption et à cette violence, Québec réforme en profondeur son système électorale.
En 1875, une nouvelle loi électorale change les règles du jeu : le scrutin devient secret, le vote se tient désormais la même journée dans toutes les circonscriptions et, pour la première fois, les dépenses électorales font l’objet d’un véritable encadrement.

REMPLISSEZ LA CAISSE
Faisons maintenant un bond jusqu’en 1931. Louis-Alexandre Taschereau dirige le Québec depuis onze ans lorsqu’un scandale vient sérieusement éclabousser son gouvernement.
La Beauharnois Light, Heat and Power veut réaliser un gigantesque projet hydroélectrique sur le Saint-Laurent. Pour détourner une partie des eaux du fleuve et construire ses installations, l’entreprise a besoin du feu vert des gouvernements. Et elle se montre particulièrement généreuse envers les libéraux.
Une enquête parlementaire fédérale révèle l’existence d’importantes contributions politiques. À Québec, un député conservateur affirme en Chambre que près de 900 000 $ ont été versés au Parti Libéral et qu’une partie de cette somme devait aller aux libéraux du Québec.
Près de 900 000 $ au début de la Grande Dépression, c’est une fortune.
En pleine campagne électorale de 1931, le chef conservateur Camillien Houde s’en donne à cœur joie et tente d’associer le premier ministre Taschereau au scandale.
Taschereau contre-attaque et rappelle en Chambre que, selon le même témoignage, 30 000 $ auraient aussi versés pour Camillien Houde.
DUPLESSIS SORT LE BALAI

Quelques années plus tard, un homme comprend tout le potentiel politique de ces scandales : Maurice Duplessis. En 1936, le chef de l’opposition transforme le Comité des comptes publics en véritable tribunal politique du régime Taschereau.
Pendant des semaines, Duplessis convoque des témoins, épluche les comptes et interroge des fonctionnaires et des responsables du gouvernement. Et les révélations s’accumulent.
Des contrats gouvernementaux accordés à des proches du Parti Libéral. Des députés battus recasés dans des emplois grassement payés. Des contrats d’impression réservés à des journaux amis. Des remboursements sans pièces justificatives.
Bref, le régime est ébranlé. Taschereau démissionne en juin et, deux mois plus tard, l’Union nationale de Maurice Duplessis remporte les élections.
Dans le Québec du milieu du siècle, ce changement de pouvoir veut surtout dire : changement de collecteur. Parce qu’avec Duplessis entre en scène un certain Gérald Martineau, trésorier du parti. Un personnage clé pour comprendre la formidable machine électorale de l’Union nationale.
L’Assemblée nationale rapporte que Martineau prélève des ristournes auprès d’entreprises qui obtiennent des contrats du gouvernement afin de garnir la caisse électorale de l’Union nationale.
Pendant ce temps, les députés et les organisateurs de l’UN distribuent les « faveurs publiques » : des emplois et de jolis contrats gouvernementaux.
L’historienne Suzanne Clavette va plus loin. Dans un ouvrage consacré à Duplessis, elle décrit un système où les contrats gouvernementaux sont accordés sans appel d’offres et où 10 % de leur valeur retourne obligatoirement dans la caisse électorale du parti.
Une grosse caisse électorale ne garantit toutefois pas une victoire. Encore faut-il avoir suffisamment d’électeurs. Et à l’époque de Duplessis, certains organisateurs semblent avoir fait preuve d’une imagination remarquable pour en trouver.
Suzanne Clavette rapporte que les scrutateurs nommés par l’Union nationale inscrivent sur les listes électorales des personnes décédées, des nouveau-nés et même… le cheval d’un cultivateur. Oui, un cheval.
Et lorsque même ces électeurs providentiels ne suffisent pas, il reste une autre méthode : bourrer les urnes de faux bulletins.
LES TEMPS ONT CHANGÉ
Au moment où le Québec entre dans une nouvelle campagne électorale, cette petite plongée dans notre passé politique nous permet de mesurer le chemin parcouru.
Aujourd’hui, le vote est secret, les listes électorales sont contrôlées, les dépenses des partis sont mieux encadrées et les contributions politiques sont réglementées. Surtout, l’organisation du scrutin est confiée à une institution indépendante du gouvernement.
Il aura fallu deux siècles de scandales, de votes achetés, de caisses occultes, de patronage et de combines parfois franchement créatives pour construire les règles que nous tenons aujourd’hui pour acquises.
D’ici au 5 octobre, je nous souhaite une belle campagne électorale et j’espère que nous serons nombreux à exercer notre droit de vote.
Source : Martin Landry, historien, Journal de Montréal, 5-6-7 septembre 2026, p66
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Histoire
Vingt‑cinq ans se sont écoulés depuis que les tours jumelles de New York se sont effondrées sous les yeux du monde entier, emportant près de trois mille vies et bouleversant à jamais le cours de l’histoire contemporaine.
Le 11 septembre 2001 demeure l’un de ces instants où le temps s’arrête, où chacun se souvient précisément de l’endroit où il se trouvait, de ce qu’il a vu, de ce qu’il a ressenti. Un choc collectif, une blessure profonde, un avant et un après.
Aujourd’hui, alors que l’on commémore ce quart de siècle, l’émotion reste intacte. Les images des avions, des colonnes de fumée, des rues couvertes de cendres, des secouristes courant vers le danger, continuent de hanter la mémoire. Mais au‑delà de la tragédie, c’est aussi la résilience humaine qui s’impose. New York s’est relevée. Les familles ont trouvé la force de reconstruire leur vie. Les communautés ont appris à se soutenir, à se parler, à se comprendre.

Le 11 septembre est devenu un symbole : celui de la fragilité de nos sociétés, mais aussi de leur capacité à se tenir debout. Chaque année, les noms des victimes sont lus à haute voix au mémorial du World Trade Center, rappelant que derrière les chiffres se trouvent des histoires, des visages, des rêves interrompus.
Vingt‑cinq ans plus tard, le devoir de mémoire demeure essentiel. Non pour raviver la peur, mais pour honorer les disparus, reconnaître le courage des premiers répondants et rappeler l’importance de la paix, du dialogue et de la vigilance. Se souvenir, c’est refuser que la tragédie se répète. C’est affirmer que, malgré l’horreur, l’humanité peut encore choisir la lumière.
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Justice
Au Québec, être criminel et recevoir une sentence bonbon n’est plus une aberration : c’est rendu un réflexe judiciaire. On frappe une femme, on l’étrangle, on la terrorise… et on finit à la maison, confortablement, comme si la violence n’était qu’un incident administratif. La prison ? Un concept théorique. La maison ? Une suite VIP.

Et pendant ce temps, qui surveille ce « détenu » ? Personne. On lui fait confiance. À lui. Un agresseur.
Hier, le Journal de Montréal rapportait le cas de Francis Larivière, reconnu coupable d’avoir frappé et étranglé sa conjointe à deux reprises. Sa punition ? Six mois de prison à domicile. Une tape sur les doigts pour avoir serré les mains autour d’un cou.
On appelle ça un « drame conjugal ». Une expression qui sert à maquiller la brutalité.
Et ce n’est pas fini. Pour la première moitié de sa peine, monsieur doit rester chez lui… sauf pour le travail et quelques « exceptions ».
Le buffet de bonbons commence.
Le juge lui permet même d’aller courir dans un rayon de deux kilomètres. On récompense un agresseur comme un athlète qui s’entraîne pour un marathon.
Résultat : deux jours après sa sentence, ce criminel jouait un match de dek hockey. Deux jours. La justice lui a servi un laissez-passer sportif.
Et son agente lui a ensuite permis de participer à cinq autres parties. Cinq. On dirait un programme de réhabilitation par le loisir.
La cerise sur le sundae.
Qu’est-ce que la justice ne comprend toujours pas dans la violence envers les femmes ?
Combien de fois faudra-t-il répéter que ce n’est pas réglé, que ce n’est pas marginal, que ce n’est pas un « cas isolé » ?
Quand la justice minimise, les agresseurs respirent mieux… et les victimes, elles, respirent moins.
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Histoire
LA CIRCONSCRIPTION DE CHRISTINE FRÉCHETTE PERPÉTUE LE SOUVENIR DE DEUX FRÈRES EXÉCUTÉS POUR HAUTE TRAHISON
Pendus le 18 janvier 1839, les frères Sanguinet incarnent le prix payé par ceux qui ont défié l’ordre colonial britannique.
L’ancêtre, Simon Sanguinet, fut notaire royal à Varennes de 1734 à 1748. Franc-maçon, c’est un loyaliste proche du gouverneur Guy Carleton (Lord Dorchester).

Après l’arrivée des Américains à Montréal, en mars 1776, il s’en prend à la tiédeur de ses compatriotes « peuple ingrat » qu’il invite à chasser les « brigands » américains, selon l’archiviste Yves-Jean Tremblay. Mais il stigmatise aussi l’attentisme de Carleton et son absence de réactions face aux exactions commises par les troupes britanniques.
L’UNIVERSITÉ QUI NE FUT JAMAIS
Le 14 mars 1790, Simon Sanguinet meurt à 57 ans sans enfant. Son testament comporte un legs important pour la création d’une université à Montréal. Mais, dans un long et coûteux procès en annulation de testament, ses héritiers, dirigés par son frère Christophe invoquent son esprit troublé et l’incohérence de certaines dispositions du testament pour obtenir gain de cause.
Il faudra attendre que James McGill, alors l’homme le plus riche de Montréal, fasse un don testamentaire pour la création en 1821 de l’université qui porte son nom.
Ce n’est qu’en 1878, que l’Université Laval ouvrira une succursale à Montréal.
Déjà en 1787, dans un Québec marqué par un analphabétisme affligeant chez les Canadiens français, une commission d’enquête sur l’éducation avait recommandé l’école primaire obligatoire et la fondation d’une université publique, neutre sur le plan religieux, pour servir anglophones et francophones.
Le projet se heurta à une vive opposition de l’Église catholique et ne sera jamais réalisé. L’épiscopat refuse catégoriquement l’idée d’une université neutre.
La longue lutte entre l’État et l’Église pour le contrôle de l’enseignement au Québec se prolongera jusqu’à la Révolution tranquille des années 1960.
LES SANGUINET REJOIGNENT LES PATRIOTES
Les petits-fils de Christophe Sanguinet et fils d’Ambroise Sanguinet seigneur de La Salle, Christophe-Ambroise et Charles-Amable, furent condamnés à mort et exécuté par pendaison à Montréal le 18 janvier 1839 pour haute trahison.
La circonscription de Sanguinet sur la Rive-Sud de Montréal, actuellement représentée par la première ministre Christine Fréchette, est nommée en l’honneur des deux frères.
Propriétaire de la seigneurie de La Salle dans la région de La Prairie, la famille Sanguinet en fût dépouillé du cinquième le mieux développé par les autorités britanniques.
Leur grand-père, Christophe Sanguinet, est décédé en 1809 sans avoir pu reprendre cette partie de la seigneurie.
À la mort de leur père, Ambroise, en 1819, les deux fils, qui avaient à peine 20 ans, en sont devenus les coseigneurs. Ils n’ont jamais récupéré les 20 % de territoire et avaient beaucoup de ressentiment envers les autorités coloniales britanniques.
En 1820, Charles-Amable participe à une assemblée qui réclame le rappel du gouverneur George Ramsay qui refuse l’élection de Louis-Joseph Papineau comme orateur de la Chambre d’assemblée du Bas-Canada.
Le 3 novembre 1838, Charles-Amable et Charles-Ambroise font partie d’un groupe de patriotes impliqués à Saint-Constant dans une fusillade avec des loyalistes qui entraîne la mort d’un Anglais, Aaron Walker qu’ils voulaient désarmer.
Condamnés à mort par une Cour martiale, ils seront pendus le 18 janvier 1839 à la prison du Pied-du-Courant. Charles-Ambroise demeurait à Saint-Constant, Charles-Amable habitait Saint-Philippe.
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Insolite
Savez-vous pourquoi nous écrivons de gauche à droite ? Certains croient que cette habitude serait liée à l’utilisation de la plume et de l’encre, puisque les droitiers évitaient ainsi de faire baver leur texte en passant leur main sur les mots fraîchement écrits. Pourtant, cette explication ne tient pas la route.
En réalité. Notre façon d’écrire remonte à bien plus loin et ses effets se font encore sentir aujourd’hui, jusque dans les films, les publicités et les jeux vidéo.
UNE CONVENTION PAS SI NATURELLE

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’écriture n’a pas toujours suivi la même direction.
Dans la Grèce antique, plusieurs textes étaient écrits de droite à gauche. Une autre technique, appelée « boustrophédon », était même utilisée. Son principe ? Une ligne se lisait de gauche à droite, la suivante de droite à gauche, et ainsi de suite, un peu comme le trajet d’une tondeuse dans un jardin.
Cette méthode avait un avantage évident : les yeux n’avaient pas à revenir au début de la ligne après chaque lecture.
Plusieurs enfants adoptent d’ailleurs spontanément cette façon de faire lorsqu’ils apprennent à écrire, comme si le cerveau cherchait naturellement le chemin le plus efficace.
UNE DÉCISION MILLÉNAIRE
C’est en 403 avant Jésus-Christ qu’un magistrat athénien nommé Archinos aurait contribué à officialiser l’écriture de gauche à droite.
Cette décision a fini par s’imposer dans le monde grec et a aussi influencé plusieurs langues européennes.
À l’inverse, d’autres systèmes d’écriture, notamment l’hébreu et l’arabe, ont conservé une lecture de droite à gauche.
Autrement dit, il n’existe pas de raison physique ou biologique qui explique pourquoi nous écrivons dans un sens plutôt qu’un autre. Il s’agit essentiellement d’une convention culturelle qui s’est installée au fil de l’histoire.
NOTRE CERVEAU PRÉFÈRE LA DROITE
Les choses deviennent encore plus fascinantes.
Parce que nous lisons de gauche à droite depuis l’enfance, notre cerveau a fini par associer cette direction à l’idée d’avancer, de progresser et d’aller vers l’avenir.
Résultats : ce réflexe se retrouve partout dans la culture populaire.
Dans Super Mario Bros., le joueur progresse vers la droite. Dans les affiches de films, les héros sont souvent représentés en mouvement dans cette direction. Sur les emballages de petites voitures ou dans les publicités automobiles, les véhicules semblent eux aussi filer vers la droite.
Même l’image emblématique de l’évolution humaine présente les personnages avançant dans cette direction.
LES HÉROS VONT À DROITE… ET LES MÉCHANTS ?
Le cinéma utilise souvent ce code visuel de façon inconsciente. Dans de nombreuses scènes d’action ou de guerre, les héros avancent de gauche à droite lorsqu’ils se dirigent vers leur objectif. À l’inverse, les personnages blessés, vaincus ou qui battent en retraite sont fréquemment montrés se déplaçant de droite à gauche.
Des chercheurs ont même observé un phénomène étonnant. Lorsqu’une même scène est présentée à deux groupes de spectateurs, mais que l’image est inversée pour l’un d’eux, le personnage qui se déplace de droite à gauche est souvent perçu comme plus inquiétant ou moins sympathique.
Une simple direction suffit donc à influencer notre jugement.
Source : Benoît Chartier, Journal de Montréal, magazine Salut Bonjour, 29 août 2026, p12
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Histoire
APRÈS LE PRIMAIRE, LA FORMATION ENSEIGNÉE AU COLLÈGE CLASSIQUE DURAIT HUIT ANS ET INCLUAIT LE LATIN ET LE GREC
Alors que des centaines de milliers de jeunes Québécois retournent sur les bancs d’école, certains se plaignent déjà qu’ils ont beaucoup trop de français, de mathématiques ou de sciences.
Profitons-en pour faire un petit voyage dans le temps.

Imaginez que nous sommes en septembre 1955. Vous avez terminé votre primaire et vous entrez au collège classique. Votre parcours durera huit ans. Chaque étape porte un nom qui semble aujourd’hui sortir d’un roman : Éléments latins, Syntaxe, Méthode, Versification, Belles-Lettres, Rhétorique, Philosophie I et Philosophie II.
Bienvenue dans l’école québécoise d’autrefois !
Le cours classique a profondément marqué l’histoire du Québec. Ses origines remontent au Régime français. Dès 1635, les Jésuites ouvrent à Québec un collège inspiré du modèle humaniste européen. À titre de comparaison, Harvard est fondée l’année suivante, en 1636. Il faut cependant éviter d’en conclure que les deux institutions étaient équivalentes.
Le collège veut former l’esprit et la morale des étudiants, mais aussi développer leur capacité à raisonner, à écrire et à s’exprimer. Et évidemment, dans le Québec catholique d’autrefois, former l’esprit signifie également former un bon chrétien.
ROSA, ROSE, ROSAM…
Le roi incontesté de ce système scolaire, c’est le latin. On traduit Cicéron et Virgile, on apprend la grammaire, on décline, on conjugue, on compose. Le grec occupe également une place importante dans cette culture classique.
Pourquoi enseigner autant des langues que presque personne ne parle ? Parce qu’on croit qu’elles constituent une extraordinaire gymnastique intellectuelle. Le but n’est pas nécessairement de commander son déjeuner en latin, mais d’apprendre à analyser une phrase, à maîtriser la langue, à raisonner avec précision et à accéder directement aux grands textes de l’Antiquité.
Les archives du Collège des Jésuites montrent qu’au XVIIe siècle déjà, les jeunes de Québec étudiaient Ovide et Sénèque. Ils devaient même composer des vers latins !
PAS DE POWERPOINT
À mesure qu’il avance dans le cours classique, l’élève doit apprendre la rhétorique, l’art de construire une pensée, de développer un argument et de défendre une idée.
Au Collège des Jésuites de Québec, des élèves participent même à de véritables joutes philosophiques publiques. Des personnages parmi les plus importants de la colonie peuvent assister à ces exercices, poser des questions et soulever des objections.
Pas question de se cacher au fond de la classe !
L’ÉCOLE… ET TOUT LE RESTE
Pour des milliers de jeunes vivant loin des grands centres, étudier signifie souvent devenir pensionnaire et adopter un mode de vie bien différent.
Lever matinal, périodes d’étude, repas pris en commun, pratiques religieuses, dortoirs, surveillance, silence à certains moments de la journée… l’école ne s’arrête pratiquement jamais. Les pensionnaires ne rentrent chez eux que pour les grands congés, mais les parents peuvent venir visiter fiston le dimanche.
Pourquoi accepter un pareil parcours ? Parce que le cours classique mène au baccalauréat ès arts et constitue pendant longtemps la grande voie d’accès aux études universitaires et aux professions libérales.
Vous rêvez de devenir médecin ? Avocat ? Notaire ? Prêtre ? Le collège classique est souvent le chemin à suivre.
Il devient donc également un puissant marqueur social.
Être « un homme instruit », au Québec, signifie longtemps avoir fréquenté ces institutions, appris le latin, étudié la philosophie et développé cette culture générale qui caractérisera plusieurs générations de politiciens, d’avocats, de médecins, d’écrivains et de membres du clergé.
Mais remarquez bien le mot que je viens d’utiliser : homme.
ET LES FILLES ?
Pendant des générations, le cours classique est essentiellement une affaire masculine. Les jeunes filles sont bien sûr scolarisées, notamment dans les couvents et les pensionnats dirigés par des communautés religieuses, mais elles n’ont pas accès de façon équivalente à cette grande voie conduisant aux études universitaires.
Il faut attendre 1908 pour voir naître à Montréal la première institution catholique d’enseignement classique supérieur destinée aux jeunes filles, fondée par la Congrégation de Notre-Dame.
Cette formation peut être intellectuellement remarquable, mais elle ne constitue pas l’école de tous les Québécois.
À l’aube des années 1960, le Québec accuse d’importants retards de scolarisation.
Selon les données souvent reprises sur cette période, seul 13 % des jeunes Québécois francophones atteignent la 11e année et à peine 4 % fréquentent l’université.
Pour une famille ouvrière ou rurale, envoyer un enfant étudier pendant des années représente un investissement considérable.
RÉVOLUTION TRANQUILLE
Au début des années 1960, le système est de plus en plus remis en question. L’économie exige davantage de techniciens, de scientifiques, d’ingénieurs et de travailleurs spécialisés. La population réclame aussi un meilleur accès à l’éducation.
De nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer un cours classique jugé dépassé et de moins en moins adapté aux besoins des francophones du Québec.
En 1961, le gouvernement de Jean Lesage crée la Commission royale d’enquête sur l’enseignement, présidée par Mgr Alphonse-Marie Parent.
Le célèbre rapport Parent va contribuer à transformer complètement notre façon de concevoir l’école.
En quelques années, la paysage scolaire est bouleversé. Les collèges classiques disparaissent ou se transforment.
C’est la fin d’une époque.
Avec la rentrée, certains grands-parents penseront peut-être : « Dans notre temps, l’école était autrement plus difficile ! »
Et ils n’auront pas complètement tort.
On peut certainement admirer certaines ambitions du cours classique : maîtriser sa langue, apprendre à argumenter, lire les grands auteurs, étudier la philosophie et acquérir une vaste culture générale,
C’ÉTAIT MIEUX AVANT ?
Mais attention à la nostalgie.
Cette école capable de former des esprits remarquablement cultivés était aussi celle d’une société où l’accès aux longues études demeurait le privilège d’une minorité et où les filles ont dû attendre beaucoup plus longtemps avant d’accéder au même parcours.
Nous avons peut-être perdu du latin et du grec en chemin, mais nous avons gagné une idée autrement plus importante, les études supérieures ne doivent pas être réservées à une élite.
Alors, à tous les élèves qui trouveront leur horaire de rentrée épouvantable consolez-vous.
Il aurait pu être écrit : Versification, latin et grec, lundi matin, 8 h.
Bonne rentrée !
Source : Martin Landry, historien, Journal de Montréal, 29-30 août 2026, p62
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Bonne nouvelle : Montréal se prépare pour le Championnat du monde de l’UCI. Mauvaise nouvelle : c’est vous qui allez payer pour ça. Et cher.

Aux chantiers interminables, aux détours absurdes et aux travaux qui durent plus longtemps qu’un mandat politique, on ajoute maintenant des fermetures de rues majeures. Résultat : des commerces qui jettent l’éponge et ferment durant l’événement, parce que le centre‑ville sera littéralement paralysé.
Déjà qu’en temps normal, se déplacer à Montréal relève du parcours du combattant… imaginez l’écœurantite aiguë des citoyens qui vivent dans ce chaos depuis des années.
Mais l’événement aura lieu, coûte que coûte. Qui a décidé ça ? Et surtout, qui profite de transformer la vie de milliers de travailleurs en casse‑tête quotidien ?
L’administration de la mairesse Soraya Martinez Ferrada nous prévient : ce sera pire encore. Comme si Montréal avait besoin d’un niveau supplémentaire dans son jeu vidéo « Circulation impossible ».
Et pendant qu’on bloque la ville, on ignore complètement le circuit Gilles‑Villeneuve : une piste parfaite, sans cônes orange, sans nids‑de‑poule, sans chaos. Un bitume impeccable, un tracé déjà utilisé pour des compétitions. En été, c’est le royaume des cyclistes. On aurait pu y tenir l’événement sans déranger personne.
Mais non. On préfère tout bloquer.
On aurait pu utiliser notre belle piste de course, éviter d’écœurer tout le monde, et laisser la ville — déjà laide et défigurée — continuer sa lente tentative de se refaire une beauté.
Ah oui, j’oubliais : les cols bleus seront en grève. Magnifique synchronisation. Une idée de génie.
Il y a des décisions qui défient la logique… et des citoyens qui méritent des réponses.
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Opinion
ON FAIT DISPARAITRE TOUT SIGNE DE LA CAQ. DEHORS !

Vous admettrez qu’il y a quelque chose de franchement étonnant à voir la première ministre désignée effacer d’un trait la Coalition avenir Québec (CAQ), le parti qui l’a portée au pouvoir en 2022, et devenue ministre à peine deux semaines après son élection dans Sanguinet.
Aujourd’hui, elle occupe la plus haute fonction de l’État… mais le nom du parti qui l’a menée là disparaît soudainement, remplacé par « Équipe Christine Fréchette » (ECF). Pour la fidélité et la reconnaissance à son ancien chef, on repassera…
Et le plus surprenant, c’est que François Legault lui-même applaudit la manœuvre. Expliquez-moi ça.
Difficile de ne pas y voir une opération de camouflage politique : faire oublier un mandat lourd, rebaptiser l’image, et espérer que l’électeur ne remarque pas la transformation.
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FAUT ÊTRE CINGLÉ
Est‑ce que quelqu’un va arrêter Donald Trump.
Après avoir rebaptisé la portion américaine du lac Ontario en « Lake America » — comme si on pouvait redessiner la géographie par simple caprice — il récidive en publiant sur son réseau social une animation où une horde de bernaches, coiffées de sa célèbre mèche et armées de fusils d’assaut, tirent vers la rive du fameux « Lake America ».
On parle ici du président des États‑Unis.
Et pourtant, il multiplie les mises en scène grotesques, les provocations enfantines et les messages qui flirtent dangereusement avec l’incitation.
Que la première puissance mondiale soit dirigée par un homme qui transforme la communication présidentielle en spectacle chaotique soulève une inquiétude légitime : ce comportement imprévisible met à mal la crédibilité du pays et, par ricochet, la stabilité internationale.
À ce stade, il ne s’agit plus d’excentricité.
C’est une dérive qui exige qu’on y mette un frein — avant que le monde entier en paie le prix.
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DONALD TRUMP, LE GRAND DÉMOLISSEUR DES ÉTATS-UNIS
Le rapport de Munich sur la sécurité récemment publié, en amont de la Conférence de Munich sur la sécurité 2026, alerte sur une ère de « politique boule de démolition », où l’ordre mondial établi semble sérieusement menacé. Les auteurs pointent directement l’administration Trump, et Donald Trump en particulier, comme l’un des principaux « Demolition Men ».
Le rapport souligne également une méfiance grandissante envers les systèmes politiques dans de nombreux pays occidentaux, où la confiance des citoyens est en nette baisse. Pourquoi l’ordre international est-il sous pression, et comment les politiques de Donald Trump sont-elles perçues à l’échelle mondiale ?
Le document présente aussi les résultats d’un sondage d’opinion publique réalisé dans ce cadre, offrant un aperçu du ressenti mondial face à ces bouleversements.
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INCOMPRÉHENSION TOTALE
Un chirurgien orthopédiste allemand, le Dr Michael Najfeld — une véritable sommité dans son domaine — souhaite s’installer au Québec avec sa famille et y pratiquer la médecine. Il aime le Québec, et même si son salaire serait inférieur à celui qu’il touche en Allemagne, c’est ici qu’il veut vivre. De plus, il est citoyen canadien, parle couramment le français ainsi que six autres langues.
Malheureusement, le Collège des médecins lui met des bâtons dans les roues. Comme il a suivi sa formation à l’extérieur du pays, on lui impose deux choix : refaire sa résidence ici ou accepter un permis restrictif, c’est‑à‑dire un parrainage par une université. Pendant ce temps, le Québec manque cruellement de médecins. Il y a des moments où l’on se demande si les autorités ne contribuent pas elles‑mêmes à engorger notre système de santé.
Le ministre de la Santé devrait intervenir et passer outre la position du Collège des médecins.
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MERCI M. LE JUGE
Un fou du volant, Mathieu Ferlatte, a causé la mort d’un père et de son fils sur l’autoroute 30, le 3 octobre dernier, en conduisant son poids lourd à une vitesse excessive. Il s’agissait d’une récidive : à deux reprises dans les années précédentes, il avait été intercepté à 70 km/h dans une zone de 50 km/h.
Incorrigible, un mois après sa comparution, il a de nouveau été arrêté à 84 km/h dans une zone de 50 km/h, cette fois sur un chemin interdit aux poids lourds, à Saint-Mathieu-de-Beloeil. Il a plaidé non coupable à ces infractions. Malgré cet historique, le juge, dans sa grande sagesse, l’a remis en liberté après sa comparution, sans même lui interdire de conduire son camion pendant les procédures.
Allô, M. le juge !
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Santé et bien-être
NOUVEAU TEST POUR LES MALADIES DU FOIE CHEZ LES SÉROPOSITIFS

Une équipe de l’Université McGill a développé une nouvelle manière de détecter les maladies du foie chez les personnes atteintes du VIH.
Ces dernières, selon une récente étude, sont plus à risque d’obtenir de faux négatifs selon les tests utilisés normalement. Le tiers des patients malades avec VIH testés lors de cette étude ont obtenus de faux négatifs.
Cette nouvelle manière de tester la présence de maladies du foie sera très utile compte tenu du vieillissement de la population séropositive et de son risque accru de développer de telles maladies avec l’âge.
DES ORGANES MINIATURES POUR TESTER DES MÉDICAMENTS
Un centre de recherche à Cambridge, au Royaume-Uni, a obtenu du financement public pour augmenter la production de petits organes humains utilisés pour tester de nouveaux médicaments.
Ces organes, souvent plus petits qu’un millimètre, reproduisent totalement le fonctionnement de ceux de taille réelle dans le corps humain.
Le Royaume-Uni cherche à diminuer le recours aux animaux pour tester des médicaments. Selon une méta-analyse citée par The Gardian, 90 % des médicaments ayant fonctionné auprès d’animaux échouent lorsque vient l’étape du test sur des humains.
UN VRAI VIRUS CRÉÉ PAR L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE
Un chercheur de l’Université de Stanford, en Californie, a réussi à utiliser un modèle d’intelligence artificielle génomique pour créer de toutes pièces un virus.
Ce virus a été en mesure de combattre en laboratoire une forme d’E. coli résistant aux traitements naturels.
Cette percée ouvre la voie au développement plus rapide de certains traitements et soulève également des questions sur les risques d’une telle technologie.
Source : Journal de Montréal, magazine Salut Bonjour, 29 août 2026, p15
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Histoire
IL Y A PLUS DE 30 000 NOMS AUTOCHTONES SUR LA CARTE CANADIENNE QUE LA POLITIQUE NE PEUT PAS EFFACER
Un texte de Martin Landry, historien, publié dans le Journal de Montréal du 29 août.
Cher président Trump, vous vous êtes levé un matin récemment avec une nouvelle idée : rebaptiser le lac Ontario Lake America. Pourquoi ?
Nous sommes en « guerre tarifaire » avec les États-Unis. Récemment, le Canada a quitté la table des négociations en refusant de faire des concessions sur les tarifs qui remettent un tant soit peu en question la souveraineté de notre pays.

Je ne suis pas spécialiste en négociations, mais permettez-moi de vous offrir gratuitement un petit cours d’histoire. Ça tombe bien, il sera très court. Comme votre mémoire. J’ai bien l’impression.
Commençons par une mauvaise nouvelle : le lac Ontario ne s’appelle pas Ontario à cause de la province. C’est plutôt l’inverse. Le nom existait bien avant la création de la province en 1867.
Et surtout, Ontario n’est pas un mot anglais ni l’invention d’un premier ministre. Son nom a des origines autochtones. Le toponyme est généralement rattaché à des langues iroquoiennes et évoque l’idée d’une belle étendue d’eau ou d’eaux brillantes. L’Encyclopédie canadienne rapporte notamment que le nom Ontario serait formé à partir des mots ontare (« huron ») et oniatare (« iroquois »), auxquels s’ajoute le suffixe -io, qui suggère quelque chose de beau ou d’étincelant. C’est joli, non ?
UN NOM, C’EST UNE TRACE
Au Canada, plus de 30 000 lieux portent officiellement un nom d’origine autochtones. Autant de traces de la présence et de l’histoire des Premiers Peuples inscrites sur nos cartes. Un rappel bien utile, vous ne trouvez pas ?
Vous me direz qu’un nom, ça se change.
C’est vrai… Les conquérants le font depuis des siècles. Mais à force d’être répétés, ces noms deviennent des points d’encrage de la mémoire collective.
AVANT LES FRONTIÈRES
Moi, je trouve que le nom Ontario nous rappelle que, bien avant les frontières actuelles entre le Canada et les États-Unis, des peuples autochtones nommaient, parcouraient et connaissaient ces territoires.
On n’a qu’à penser à Los Angeles (qui signifie « Les Anges » en espagnol). Faudrait-il le rebaptiser Very American City ?
En fait, la carte des États-Unis est riche d’histoire… Riche, ça vous parle, Ça ? Elle conserve partout les traces des peuples autochtones et des présences : française, espagnole, néerlandaise ou britannique.
Alors, M. Trump, laissez donc le lac Ontario un peu tranquille et mettez plutôt votre énergie dans la transformation de la Maison-Blanche en saloon ou dans l’érection de votre arc de triomphe avec votre nom en belles lettres dorées.
JE VOUS OFFRE MES SERVICES
Et si vous cherchez encore des lieux à rebaptiser, j’ai une longue liste d’oubliés de l’histoire américaine à vous proposer.
N’oubliez simplement pas une chose : l’histoire a la tête très dure et la mémoire longue.
Si votre agenda vous le permet, je suis libre mercredi prochain pour une première leçon. On pourrait commencer par l’origine des noms Miami ou Chicago, ou même se demander pourquoi tant de villes américaines portent le nom de Lafayette.
Vous verrez, c’est surprenant. L’Amérique était déjà pleine d’histoires bien avant votre naissance.
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