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Comme le fredonnait Beau Dommage; En 67 tout était beau; C’était l’année d’l’amour, c’était l’année d’l’expo… Quelle belle année ! J’avais 15 ans et j’étais étudiant. Muni de mon beau passeport rouge écarlate avec ma photo, comme les grands voyageurs, j’allais faire le tour de la planète et découvrir le monde, à quelques pas de chez-nous.
Probablement le plus bel été de ma vie. J’avais du temps, tout mon temps en fait, pour tout voir et m’émerveiller devant cette grandiose exposition universelle que Jean Drapeau, le dernier visionnaire de Montréal, nous a fait vivre. Cette semaine, le 27 avril, marquera le 43e anniversaire de l’ouverture de cette formidable aventure. Montréal allait s’offrir le monde.
Jusqu’au 29 octobre de cette année là, plus de 50 millions de visiteurs allaient fouler ces îles, construites de mains d’hommes, pour ce rendez-vous planétaire. C’était une immense fête et j’y ai passé tout l’été. Place des Nations, c’était le rendez-vous quotidien des fêtes nationales de tous les pays représentés. Scène centrale, entourée de gradins à ciel ouvert où tous les peuples fraternisaient. On découvrait d’autre cultures qu’on avait seulement regardé à la télévision ou dans les livres. C’était réel et palpable.
Chez mon grand-père maternel, avec mon oncle, on avait confectionné une grand plaque murale sur laquelle on avait collé une série de photos du temps, pour se rappeler. Je la vois encore, en haut de l’escalier. Comme beaucoup de citoyens, mon grand-père avait aussi transformé son cabanon en modeste chambre pour la visite qui venait à l’expo.
Sur le site, on faisait estampiller notre passeport fièrement et on se comparait aux autres pour voir combien on avait visité de pays. Un minirail serpentait les îles et on pouvait observer, à quelques mètres du sol, la fourmilière humaine. Une belle et agréable randonnée que j’ai fait à volonté. C’était notre façon de relaxer et de se reposer les jambes entre les visites des nombreux pavillons. D’un bout à l’autre des sites, l’Expo Express nous déplaçait en un rien de temps vers La Ronde, cet immense parc d’attraction.
Je me rappelle aussi le pont de la Concorde et la passerelle du Cosmos qui reliait les pavillons de la Russie et des États-Unis, en pleine course spatiale. C’était deux ans avant que les américains ne débarquent sur la lune. Le pavillon de Bell avec son vertigineux cinéma 360°, une technologie de pointe à l’époque. Les nombreux pavillons thématiques pour nous renseigner sur toutes sortes de choses. Chaque soir, à minuit, c’était le gros feu d’artifices qu’on pouvait observer à des kilomètres autour.
Je me revois devant Habitat ’67, cette architecture futuriste d’appartements en blocs superposés, tel un immense château de cartes. Les jolies hôtesses qui nous accueillaient un peu partout. L’immense taureaux qui ne servait qu’à l’insémination, tant son organe reproducteur était démesuré. Par la même occasion, on découvrait le métro qui n’avait qu’une année d’existence. L’essor et le développement qu’a connu Montréal et sa banlieue était phénoménal; Tout le réseau routier a été développé tout d’un coup. Montréal était devenu une métropole mondiale moderne.
Toute une aventure ! Les pieds en compote, on terminait toujours nos journées autour du pavillon de la jeunesse à La Ronde. C’était le temps des premiers flirts et amourettes sous les buissons des alentours. Même par une soirée sans brise, les buissons s’animaient. L’attraction principale et surtout mystérieuse du parc était cette imposante structure métallique qu’on appelait le Gyrotron, qui nous faisait plonger dans le cratère d’un volcan en irruption. Les journées chaudes, on allait se rafraîchir en faisant un tour de Pitoune, ce manège duquel on sortait tout trempé mais avec le sourire fendu jusqu’aux oreilles.
Quarante-trois ans plus tard, c’était hier et c’était ma jeunesse. À mesure que les mots s’écrivent, plein de souvenirs inoubliables me reviennent encore en mémoire et que je pourrais vous défiler sur plusieurs pages. Ce fut un événement unique qui a marqué ma vie et qui me réjouit. Je recommencerait demain matin et sans rien changer. Ceux et celles qui l’on vécu en parle encore avec émerveillement. Et vous, vous souvenez-vous de 1967 ?