Bienvenue dans mon univers ! Vous êtes ici chez vous.
La Une
Voici le quatrième conte de Noël de 2023, spécialement pour les grands au cœur d’enfant…
Juliette avait seize ans lorsqu’elle s’aperçut qu’elle attendait un bébé. À cette époque, dans les années 1920, tomber enceinte hors du mariage s’avérait dramatique. Non seulement on montrait les filles-mères du doigt, mais on les rejetait en traitant leur enfant de bâtard. Le père du bébé était un jeune garçon de dix-sept ans de qui Juliette était tombée amoureuse. Jamais il ne voulut admettre sa responsabilité.
Déroutée et affolée, Juliette pleura longuement en secret avant de se décider à en parler à sa mère qui entra dans une grande colère. Veuve depuis la fin de la guerre, la femme tenait tant bien que mal une petite auberge dans le village de Saint-Espoir tout en élevant ses six enfants. Il n’y avait pas de place pour un autre bébé, ni dans sa maison ni dans sa vie, et surtout pas dans l’existence de sa fille. Elle n’avait qu’à bien se tenir, la vilaine !
– Va-t’en, espèce de dévergondée ! Tu es la honte de la famille ! Je ne veux pas que tes frères et tes sœurs, et encore moins les clients de l’auberge, te voient dans cet état déshonorant. Hors d’ici ! Et ne revient plus !
La voisine offrit de mener Juliette chez un lointain ami qui savait, paraît-il, effectuer des avortements. La jeune fille refusa net.
– Jamais je ne laisserai quelqu’un tuer mon enfant ! Mon bébé, je le garde !
Cette nuit-là, elle ramassa rapidement quelques vêtements, les fourra dans un sac et quitta la maison à pas de loup. Mais où aller ? Qui pourrait l’aider ? À trois heures du matin, les rues du village étaient désertes. Juliette erra sans but en se demandant bien ce qui allait advenir. Il ne se trouvait donc personne pour l’aider ? Finalement, épuisée, elle s’assit sur un banc de la place publique, juste en face du presbytère, et elle se mit à prier en silence.
Aux premières heures de l’aube, elle entendit soudain un bruit du côté de l’église. Monsieur le curé, qui déverrouillait les portes en prévision de la première messe du matin, sursauta en apercevant la jeune fille recroquevillée sur son banc.
– Juliette ? Que fais-tu là, à cette heure ?
Elle pleurait tellement qu’elle n’arrivait pas à prononcer un mot. Le vieux curé mit son bras autour de ses épaules et la mena gentiment au presbytère. Il écouta religieusement la terrible histoire qu’elle lui raconta, entrecoupés de sanglots, et il tenta de la consoler.
– Allons, allons, ma grande, la fin du monde n’est pas arrivée ! Je vais t’aider, moi ! Je connais un endroit où on t’accueillera et où on prendra soin de toi jusqu’à la fin de ta grossesse. Tu décideras alors si tu veux t’occuper de l’enfant ou le laisser en adoption. Je me charge de parler à ta mère. Ça te va ?
Juliette acquiesça d’un signe de tête. Elle n’avait pas le choix.
Les mois passèrent et son ventre devint un énorme ballon. Souvent, elle parlais à son bébé : « Jamais je ne t’abandonnerai à des étrangers, je t’aime trop pour cela… » Pas une seule fois sa mère ne vint la visiter dans cette institution pour filles-mères. Seul le curé se pointait fidèlement, chaque semaine, en lui apportant des friandises.
Une adorable petite fille, frêle et menue, vint au monde au milieu de décembre, au lendemain d’une tempête. Juliette décida de l’appeler Blanche. Ce prénom, s’il lui rappelait joliment l’innocence et évoquait aussi la neige qui tombait quand le curé l’avait secourue, cette neige, symbole de pardon, qui efface tout, purifie tout, cette neige qui rend tout propre et immaculé. La nouvelle maman songeait avec amertume qu’elle n’aurait pas de place où aller à sa sortie de l’hôpital. Qui voudrait d’une mère célibataire de seize ans avec un enfant illégitime sur les bras ? Une dévoyée, une fille de mauvaise vie, une pécheresse, une vilaine fille-mère, voilà ce qu’elle était devenue !
– Ne t’en fais donc pas avec cela ma petite Juliette. Le bon Dieu t’a pardonné et il prendra soin de toi en temps et lieu, lui disait le curé pour la rassurer. En attendant, tu viendras vivre au presbytère avec l’enfant. Moi, je ne vais pas te laisser dans la rue.
Ce jour-là, en arrivant dans la maison du prêtre situé sur le côté de l’église, Juliette constata avec surprise que monsieur le curé hébergeait également un autre pensionnaire. Il s’agissait d’un homme d’une quarantaine d’années plutôt timide et réservé, mais dont le sourire paraissait le plus sincère du monde. Le curé fit les présentations.
– Juliette, je te présente Sylvain. Il habite ici pour quelque temps car, tout comme toi, il n’a pas de place où aller. Il vient de purger une peine de vingt ans de prison et, pour l’instant, personne ne veut l’embaucher et encore moins le loger ! En attendant de se caser, il demeure ici lui aussi.
Sans dire un mot, Sylvain monta à sa chambre et en redescendit aussitôt en portant dans ses bras un magnifique berceau en bois de pin.
– C’est pour vous, mademoiselle. La semaine dernière, quand le curé m’a annoncé l’arrivée d’une jeune mère avec son bébé, je l’ai fabriqué avec des bouts de planches trouvés dans le sous-sol du presbytère. Et puis voici des petites couvertures que j’ai découpées et cousues dans de vieux draps dont monsieur le curé ne se servait plus. Tout est bien propre, j’ai tout nettoyé. Vous avez un bel enfant, je vous félicite ! Si je peux vous être utile, ne vous gênez pas !
Juliette resta figée dans le silence tant elle se sentait émue.
Quelques jours passèrent. La petite Blanche se comportait en bébé calme et paisible et elle ne pleurait presque jamais. Juliette employait son temps à prendre soin de l’enfant et à lui fabriquer des vêtements sur la vieille machine à coudre trouvée au grenier. Récemment, monsieur le curé avait perdu sa servante et Juliette lui avait offert de s’occuper des repas et du ménage. Il avait accepté avec plaisir.
Sylvain, de son côté, rendait de menus services. Il voyait à nettoyer l’église et à remplir de bois le vieux poêle de fonte. Quant à monsieur le curé, il s’affairait aux préparatifs des festivités de Noël qui s’en venaient à grands pas : guignolée, paniers de Noël, chorale, crèche, messe de minuit, réveillon pour les pauvres… Il n’avait pas le temps, pour le moment, de réfléchir à l’avenir de ses deux pensionnaires.
Personne, dans la paroisse, ne se doutait qu’il donnait le gîte à un homme et une adolescente et son bébé. Cependant, un bon matin qu’il se trouvait seul dans son église, le saint homme prit tout de même le temps de s’agenouiller devant la crèche encore vide pour parler à Dieu de ses inquiétudes à leur sujet. Une idée lui vint alors qui le fit sourire…
Le 24 décembre arriva finalement. Cette nuit-là, de gros flocons de neige tombaient doucement sur le beau village de Saint-Espoir. Les paroissiens se dirigèrent allègrement vers l’église illuminée, les uns à pied, certains avec leur nouvelle automobile, d’autres en jolies carrioles, pour assister à la messe de minuit.

En pénétrant dans l’église, tous furent surpris de constater la disparition de la crèche traditionnelle. Ne restait qu’un berceau vide, grandeur nature, déposé au pied des sapins décorés de glaçons d’argent par les enfants de l’école. Cela intrigua tout le monde, évidemment. Seul monsieur le curé, accueillant ses paroissiens à la porte de l’église, ne semblait pas s’en être aperçu.
Quand minuit sonna, l’orgue et la chorale entonnèrent le beau Minuit Chrétiens !, suivi par toute l’assemblée. Une petite procession se mit solennellement en branle dans l’allée principale de l’église. Il y avait là le vieux prêtre resplendissant dans sa chasuble brodée d’or, suivi de ses quatre enfants de chœur tout mignons dans leur longue robe rouge recouverte d’un surplis de dentelle.
Puis, au grand étonnement de la foule, suivait par derrière une jeune fille au visage dissimulé sous un voile bleu, accompagnée d’un homme barbu qui se tenait la tête plus haut qu’il ne l’avait fait de toute sa vie. Ils portaient tous deux une chasuble d’une blancheur immaculée. Lui, avait entouré sa taille d’un large ceinturon brun et tenait à la main une longue canne taillée dans une branche d’arbre. Elle, serrait sur son cœur un bébé enveloppé dans une couverture de laine bleue. Le vieux chien du curé fermait la marche, tout content d’avoir, pour la première fois de sa vie, la permission de pénétrer dans l’église.
Le cortège se rendit à l’avent de la nef sous les regards ébahis. Les gens, croyant d’abord que la jeune fille tenait une poupée, sursautèrent en entendant geindre le bébé qu’elle déposa dans le berceau. L’homme s’empressa d’agiter le petit lit, et le bébé se rendormit aussitôt. Les deux personnages s’agenouillèrent alors devant l’enfant et le chien se coucha à leurs pieds.
La foule demeura bouche bée. Jamais personne n’avait vu, de sa vie, une crèche vivante. Dans cette paroisse éloignée, on s’était toujours contenté de personnages de plâtre entourant un Jésus de cire aux cheveux blonds bouclés. Toute l’assemblée resta debout, muette d’admiration, Quelle merveilleuse idée ! Pour un moment, on se serait cru véritablement à Bethléem. À part quelques reniflements d’émotion, on aurait pu entendre une mouche voler dans l’église.
Soudain, le cri d’un enfant d’une dizaine d’années retentit au milieu de la nef et déchira le silence.
– Maman ! Maman ! Regarde, c’est notre sœur, c’est Juliette ! Je la reconnais, c’est elle qui incarne la Sainte Vierge !
Tout le monde se mit à murmurer. Dieu du ciel ! Il s’agissait en effet de la fille de l’aubergiste, que personne n’avait pu identifier à cause de son voile. On vit alors une femme pauvrement vêtue s’avancer vers l’autel. Elle s’agenouilla en tremblant devant la crèche et plongea son regard embrouillé de larmes dans les yeux de la jeune fille.
– Mon enfant, mon enfant, qu’est-ce que je t’ai fait… Comment ai-je pu te renier et me montrer aussi méchante envers toi ? Me pardonneras-tu jamais ?
Sans prononcer une parole, Juliette souleva le bébé de son berceau et le déposa dans les bras de sa mère.
– Voilà ton cadeau de Noël, maman. Tu es maintenant grand-mère !
Au même moment, la foule, jusque-là silencieuse et profondément émue, témoin de ce miracle du pardon et de la réconciliation, se mit à applaudir chaudement. L’orgue s’en mêla et, l’espace d’un moment, on aurait cru que la clameur se faisait entendre à travers les champs jusqu’à des milles à la ronde.
Le prêtre ne fit pas de sermon, cette nuit-là. Il se contenta de préciser à ses paroissiens que la scène qui venait de se produire devant la crèche vivante devait suffire à les faire réfléchir. Il fallait tendre la main au lieu de jeter la pierre.
– Quant à Sylvain, ajouta-t-il, voici un homme rempli de bonne volonté. Il désire ardemment se racheter et réintégrer la société. Si jamais quelqu’un a du travail pour lui…
Il n’eut pas le temps de terminer sa phrase que déjà, le propriétaire du magasin général se leva et offrit, là, au milieu de la foule, de lui donner sa chance et de le prendre à l’essai dès le surlendemain. Deux autres fermiers requirent également ses services. Quant au chien, il reçut tant de caresses qu’il resta longtemps convaincu que le paradis se trouvait vraiment à l’intérieur de l’église. Une seule personne semblait indifférente à ce brouhaha et recevait les mots d’admiration de tous en dormant effrontément à poings fermés : c’était le petit Jésus dont on oublia de s’enquérir du véritable nom.
Inutile de préciser que tous se montrèrent doublement pieux à la messe.
Une seule fois dans l’Histoire de l’Humanité, le petit Jésus se prénomma Blanche, l’espace d’une merveilleuse nuit de Noël…
Source : Contes de Noël pour les petits et les grands, de Micheline Duff, Éditions Québec Amérique 2012.
352e jour de l’année
Lundi, 18 décembre 2023
On célèbre aujourd’hui…
LA JOURNÉE INTERNATIONALE DES MIGRANTS
52e ANNIVERSAIRE DE MARIAGE DE DIANE SAVARD ET PHILIPPE HUDON . NOCES DE TOURMALINE.

En souvenir de…
ALAIN BARRIÈRE 1935-2019 – Chanteur français à succès.
RENÉE MARTEL 1947-2021 – Chanteuse country québécoise.

Une année de plus sur le chemin de la vie pour…
Sylvain Nantel
Bon anniversaire !
Décompte…

NOËL : 7 NOUVEL AN : 14
Pensée et citation du jour…
On se plaint souvent du manque de temps, alors que c’est tout simplement l’envie de prendre le temps qui nous manque.
Pierre Péladeau
Ça s’est passé un 18 décembre…
(1865) Par la ratification du 13e amendement à la Constitution, l’esclavage est officiellement aboli aux États-Unis. Voté par le Congrès en début d’année, le 13ème amendement de la Constitution américaine entre en application. Il stipule que « Ni esclavage, ni aucune forme de servitude involontaire ne pourront exister aux États-Unis, ni en aucun lieu soumis à leur juridiction ». L’émancipation des Noirs, proclamée par Abraham Lincoln en 1863, est offialisée malgré l’assassinat du président au mois d’avril.
(1968) Création du réseau des Universités du Québec. La Loi 88, adoptée le 14 décembre, permet de créer des Universités du Québec à Montréal, Trois-Rivières et Chicoutimi. Par après, s’ajouteront celles de Rimouski, Hull et Rouyn. Il s’agit d’un réseau d’universités publiques dont la naissance s’inscrit dans la vaste réforme des institutions d’enseignement en cours depuis le début de la Révolution tranquille.
Le 18 décembre l’Assemblée législative adopte la loi constituant les Universités du Québec. Plusieurs instituts se grefferont à ce réseau dont l’Institut Armand-Frappier, l’École nationale d’administration publique et l’Institut nationale de recherche scientifique. La Télé-Université est également liée à ce réseau. La création de ce réseau d’universités francophones, qui comprend l’Université du Québec à Montréal (UQAM), répond à une revendication de vieille date des milieux universitaires québécois.
(2000) Le chanteur Michael Jackson a été officiellement inculpé concernant les allégations d’abus sexuels sur un mineur. Le document a été déposé jeudi après-midi au tribunal de Santa Maria, en Californie.
Merci de votre fidélité. – Passez une excellente journée !
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.