La souris de Bethléem

Que se passe-t-il ce soir? Il y a un monde fou à Bethléem! Dane, la petite souris, claque des dents et ronchonne :

– On me bouscule, on me pousse! Non mais, que font tous ces gens ici? Il n’y a jamais eu de fête à cette époque de l’année!

Vite, elle se faufile et se réfugie dans l’étable d’Hyppolyte l’aubergiste, où elle a élu domicile. Près de ses amis, l’âne et le bœuf, Dane se réchauffe et grimpe comme tous les soirs sur sa grande poutre de bois, d’où elle peut tout voir et tout entendre. Et là, alors que le soir tombe sur Bethléem, Dane s’endort.

Brusquement, elle est réveillée en sursaut pas Hyppolyte qui arrive en traînant les pieds :

– Vous n’avez qu’à vous installer ici! Au moins, vous serez au chaud!

Dane est furieuse :

– C’est incroyable! il invite n’importe qui chez moi! Sans même me demander mon avis! Je ne peux plus dormir en paix! Et d’abord, pourquoi ces gens viennent-ils dormir dans une étable?

Mais soudain, Dane est tout intriguée! La jeune femme a un ventre aussi rond qu’un soleil.

– Elle attend sûrement un bébé, qui va venir bientôt, se dit la petite souris.

L’homme et la femme ont une mine bien fatiguée! Bien au chaud dans la paille, ils s’endorment aussitôt. Le silence se fait dans l’étable.

– Ce n’est pas trop tôt, bougonne Dane, enfin un peu de calme!

La nuit est bien avancée quand Dane est à nouveau réveillée par d’étranges bruits.

– Que se passe-t-il encore?

De mauvaise humeur, elle jette un coup d’œil en bas. Dane n’en croit pas ses yeux ni ses oreilles. La femme serre dans ses bras un tout petit bébé qui vient de naître. Dane tend l’oreille :

– Marie, dit l’homme, quel nom allons-nous lui donner?

– Il s’appelle Jésus, répond la jeune femme.

Dane s’installe entre les cornes du bœuf, pour être à la meilleure place, et de là, elle voit ce tout petit bébé qui tête le sein de sa maman, les yeux fermés. Dans la rue, des pas résonnent.

– Tiens on attend encore quelqu’un! se demande Dane.

– Joseph! va voir qui arrive, demande Marie d’une voix douce.

Elle pose alors l’enfant au chaud dans la mangeoire du bœuf.

– Recule-toi, dit Dane au bœuf, tu vas lui faire peur avec tes grosses cornes!

Joseph revient, suivi de quelques hommes et d’un troupeau d’agneaux.

– Qu’est-ce que ces bergers viennent faire ici, en pleine nuit! s’interroge Dane. Cette nuit est pleine de mystère…

L’un des bergers raconte :

– Un ange est venu nous annoncer la naissance d’un enfant et nous sommes venus tout de suite! À présent que nous l’avons vu, nous pouvons retourner heureux chez nous.

Les bergers s’en vont sans bruit. Dane n’ose plus bouger. Elle souffle juste à l’oreille du bœuf :

– Tu te rends compte, c’est incroyable! Un enfant dont la naissance a été annoncée par les anges… et c’est chez nous, sur notre paille, qu’il est venu naître!

Dane n’a plus du tout envie de dormir. Elle regarde, émerveillée ce tout petit enfant qui dort paisiblement.

Histoire d’Élisabeth Courtois
I
llustrations par Chantal Cazin
Source : 24 histoires pour attendre Noël, Groupe Fleurus 2012

Ce conte était le dernier de la série pour cette année. Merci de vos commentaires et de votre assiduité. On se donne rendez-vous en décembre 2018, pour la suite des merveilleux contes de Noël. D’ici là, gardez votre coeur d’enfant.

Le cadeau de la Petite

Il était une fois, une petite fille qui vivait toute seule, au fond de la forêt, dans une maison de bois. Elle avait trois grands amis : Éolin le vent, Solstice le soleil et Sylva la forêt.

Chaque jour, elle jouait à cache-cache avec le soleil, ou à attrape-moi avec le vent. La forêt lui offrait la rosée du matin, les bruits de la nuit, le chant des oiseaux, et la petite fille le lui rendait bien! Elle consolait les uns, souriait à tous, et mettait tant de gaieté dans la forêt, par ses rires et ses chants, que tout le monde l’aimait bien.

Un hiver, le vent, le soleil et la forêt se retrouvèrent dans une clairière pour discuter :

– La Petite – c’est ainsi qu’ils appelaient entre eux la fillette – est si gentille avec nous! dit la forêt. Je me demande bien ce que nous pourrions faire pour lui montrer combien nous l’aimons.

– C’est bientôt Noël, dit le vent en baissant la voix, et… psshh, psshh, psshh…

– Bonne idée! répondirent ensemble le soleil et la forêt.

Puis ils se séparèrent tout contents, en promettant de garder le secret!

La nuit de Noël, la neige se mit à tomber si fort qu’au petit matin toute la forêt était recouverte de blanc. Dès son réveil, le soleil envoya l’un de ses rayons chatouiller le nez de la Petite.

– Lève-toi! lui souffla-t-il, dehors. Il y a une surprise pour toi!

Très étonnée, la Petite sortit dans le grand froid. Le rayon de soleil la guida dans la clairière du grand sapin. Ses trois amis étaient là! Ils s’écrièrent d’une même voix :

– Voilà notre cadeau de Noël!

– Un cadeau? Qu’est-ce que c’est? demanda la fillette.

– Regarde! lui murmura le vent.

Et la Petite ouvrit grand ses yeux et ses oreilles. Le soleil commença à éclairer le sapin de ses rayons, la neige étincelait sur ses branches comme mille bougies. Le sapin était superbe, si blanc et si brillant! Le vent se mit à tournoyer pour soulever des millions de petits éclats de givre qui, dans le soleil, scintillaient comme autant d’étoiles. C’était comme un ballet, une danse aux éclats d’argent.

La forêt, accompagnée par le vent, se mit à chanter des airs légers comme des berceuses. La Petite était émerveillée.

Quand tout fut terminé, elle sauta de joie autour de ses amis :

– Merci pour tous ces cadeaux! C’est si doux de savoir que vous m’aimez tant…

Depuis ce jour-là, chaque année le jour de Noël, les habitants de la forêt s’offrent des cadeaux, pour se dire toute leur amitié.

Histoire d’Élisabeth Courtois
I
llustrations par Madeleine Brunelet
Source : 24 histoires pour attendre Noël, Groupe Fleurus 2012

Le Père Noël a des soucis

Dans sa maison perdue dans l’immense forêt, le Père Noël préparait ses dernières commandes. Bientôt, il partirait avec ses quatre rennes visiter les enfants du monde entier. L’atelier de fabrication des jouets était en pleine activité : les lutins serraient les derniers boulons des robots, vérifiaient les roues des voitures téléguidées, empaquetaient soigneusement les poupées et les robes de princesses. Quelle joyeuse animation!

Mais les rennes n’étaient pas du tout enthousiastes. Ils étaient vieux, aussi vieux que le Père Noël. Et la tournée d’un pays à l’autre en vingt-quatre heures devenait trop épuisante. Se poser sur les toits glissants des maisons, tirer le traîneau alourdi par des millions de jouets, voler dans le vent cinglant était, chaque année, un peu plus difficile.

– Nous ne voulons plus travailler de cette façon, dirent-ils en chœur au Père Noël. C’est trop fatigant. Il faut trouver une solution, sinon nous ne partirons pas ce soir!

Abasourdi, le Père Noël se laissa lourdement tomber dans son fauteuil. Il réfléchit.

– Je vous offre double ration de foin, du lait à volonté et des clochettes toutes neuves.

– Non, répondirent les rennes obstinés. Ce que nous voudrions, c’est que cette période de Noël dure quatre jours. Ainsi, nous aurions le temps de voler tranquillement et de regarder les enfants découvrir leurs jouets.

– Impossible, répliqua le Père Noël. Comment leur demander d’attendre le 26 ou le 27 décembre pour ouvrir leurs cadeaux?

Les rennes se grattèrent les moustaches.

– Ah, pour sûr Père Noël, on ne doit pas les décevoir!

– Et que diriez-vous de motoriser le traîneau? suggéra le Père Noël.

– Impensable! Ça sentira l’essence et les étoiles feront la grimace!

– Tout de même, je ne peux pas distribuer les cadeaux tout seul, surtout à mon âge… Et si nous demandions conseil aux lutins?

Les lutins furent unanimes.

– La tournée ne peut pas être annulée. On a tous travaillé comme des fous depuis des semaines

– Et si on se partageait les rôles! dit un petit lutin. Les rennes tireront simplement le traîneau de nuage en nuage. Nous, les lutins, nous sauterons sur les toits et nous ferons la chaîne pour débarquer les cadeaux, et vous, Père Noël, vous passerez par la cheminée…

– Brave lutin, c’est une excellente idée, applaudit le Père Noël.

Et c’est ainsi que, cette nuit de Noël, dans le ciel, les rires cristallins des lutins se mêlèrent au tintement des clochettes des rennes. Au petit matin, tout le monde se retrouva épuisé et heureux pour un bon petit déjeuner.

– C’était très amusant, dirent les lutins.

– Et bien moins fatigant, ajoutèrent les rennes. C’est décidé, Père Noël, nous ferons cela tous les ans!

Histoire de Florence Cadier
I
llustrations par Chantal Cazin
Source : 24 histoires pour attendre Noël, Groupe Fleurus 2012

La grande peur de Finette

Finette, la petite chatte, court partout dans la maison. Il flotte un vent sucré qui fait rêver…

– On doit préparer une fête! se dit-elle en passant sa patte derrière son oreille!

Dans la cuisine, elle grimpe sur la table. Des odeurs de chocolat, de miel, de cannelle et d’orange viennent lui chatouiller les moustaches! Mais Grand-mère rentre du jardin :

– Oust, Finette! crie-t-elle.

Et Finette se sauve à toutes pattes par la porte entrouverte.

Dans le jardin, le mistral souffle fort. Finette court derrière l’apprentis pour se protéger du vent. Elle renifle un cageot de pommes, saute sur le tas de bois et grimpe au sommet. Mais là, patatras! une petite bûche roule sous ses pattes, et c’est tout le tas de bois qui s’écroule. La petite chatte manque de se faire écraser par une énorme bûche au nez long et pointu. Finette pense tout bas :

– Quelle méchante bûche! Ça ne se fait pas d’écraser une jolie chatte!

Effrayée, elle réussit à se dégager et se sauve en courant. En chemin, elle rencontre Grand-père qui tire son petit-fils par le bras :

– Viens! on va choisir la plus grosse! Et nous la brûlerons cette nuit, pour Noël.

Finette se demande de quoi ils peuvent bien parler, mais elle a trop peur de les suivre et préfère retourner au coin du feu.

Dans la maison, chacun a mis ses plus beaux habits. Grand-père et son petit-fils arrivent tout contents. Ils portent fièrement une énorme bûche.

– Mais… c’est la méchante bûche de tout à l’heure! se dit Finette.

Une fois la bûche dans le feu, Grand-père verse dessus de l’huile qui sent bon l’olive. Il sert la main de son petit-fils et dit :

– Dieu nous fasse la grâce de vivre l’an qui vient! Si nous ne sommes pas plus, que nous ne soyons pas moins!

Finette elle, est bien contente : il y en a une qui ne sera pas là l’an prochain, c’est cette vilaine bûche au nez pointu! Mais soudain, Finette regarde sur la table et ses poils se hérissent : La bûche! Elle est revenue! Elle est là!

Pourtant Finette sent une délicieuse odeur… Mais oui! c’est celle de la crème et du beurre! D’un seul coup, elle retrouve tout son courage et s’approche de la bûche.

Et miam… elle lèche la crème et le chocolat, le bûcheron et le sapin en meringue!

Quel délice!

Pour Finette, c’est Noël avant l’heure!

Histoire d’Élisabeth Courtois
I
llustrations par Madeleine Brunelet
Source : 24 histoires pour attendre Noël, Groupe Fleurus 2012

Un mystérieux voyageur

Arnault se réveille en frissonnant. Le feu dans l’âtre s’est éteint.

– Vite, ce matin je dois aller répéter les chants de la veillée de Noël, dit-il à sa mère.

Au dehors, son ami Gauthier l’attend déjà. Ensemble, ils entonnent une joyeuse ritournelle. La neige scintille sous le soleil et les sapins croulent sous des grappes d’aiguilles blanches. Là, près de l’église, se tient un homme à la peau couleur de miel, coiffé d’un étonnant turban. Il porte un grand manteau de soie, et chante dans une langue inconnue une mélodie aux notes étranges. Les deux amis s’arrêtent, envoûtés par le timbre sourd de l’étranger.

– Qui êtes-vous, vous n’êtes pas du village? demande Arnault.

– Je me nomme Balthazar, répond l’homme. Je suis un voyageur, poète et musicien, saltimbanque et savant et un peu magicien. Je viens d’un pays où le soleil brille tous les jours de l’année. Je chante des histoires d’autrefois et je connais toutes les étoiles du ciel.

– Mais que venez-vous faire ici? Interroge Arnault.

– Je viens vendre des étoffes soyeuses et des pierres précieuses au seigneur du pays, répond le voyageur.

– Aujourd’hui? Tout le monde est occupé à préparer Noël, explique Arnault. D’ailleurs, nous allons répéter les chants pour la veillée de ce soir. Venez donc avec nous!

Arnault et Gauthier rejoignent le groupe d’enfants et la répétition commence. La nuit tombée, les villageois, flambeaux à la main, se rendent à l’église tout illuminée. Les petits et les grands, le seigneur du château, et toutes les familles du village arrivent de toute part.

Arnault entonne d’une voix claire un hymne de Noël accompagné par la chorale. Sa voix enfantine monte vers les voûtes de l’église.

Mais aussitôt, une voix d’homme puissante et chaleureuse lui répond. Les deux voix se mêlent emplissant l’église de joie et d’émotion. Arnault a reconnu l’étrange voyageur qui vient d’entonner avec lui le plus beau de tous les cantiques de Noël. À la fin de la veillée, tout le monde entoure cet homme venu de loin.

– Chantez-nous encore quelque chose! demande Arnault.

L’homme ferme les yeux. Son chant s’élève alors, qui raconte l’histoire de trois savants guidés par une étoile jusqu’à la crèche d’un enfant roi…

Histoire de Florence Cadier
I
llustrations par Stéphane Couillerot
Source : 24 histoires pour attendre Noël, Groupe Fleurus 2012

Un petit sapin pour Lison

Lison est tout excitée. Aujourd’hui on achète le sapin! Sur la place du marché, des dizaines d’arbres sont installés. Il flotte un parfum de fête! Lison court dans cette drôle de forêt. Elle lève les bras au ciel.

– Moi, je veux un sapin qui chatouille le plafond du salon!

Maman sourit : elle a presque dit oui! Mais Lison n’en finit pas de choisir son arbre préféré… Maman commence à s’impatienter :

– Alors! tu as trouvé?

Lison est bien trop occupée pour répondre! Derrière une montagne de sapins, une branche lui a fait signe. Lison n’en croit pas ses yeux, elle se fraie un passage et découvre un adorable petit sapin vert tendre, écrasé par des arbres dix fois plus gros que lui. Le petit sapin reprend son souffle, secoue ses branches et murmure dans un bruissement d’aiguilles :

– Ouf! merci de m’avoir sorti de là! J’ai cru que j’allais étouffer!

Lison croit rêver :

– Mais… tu parles!

Le petit sapin rit :

– Bien sûr! si tu veux m’écouter!

Lison caresse le petit arbre. Elle ne sait pas pourquoi, elle sent qu’elle l’aime déjà. Elle lui chuchote :

– Mon pauvre! tu dois être triste d’avoir quitté ta forêt!

– Pas du tout! répond le sapin. Regarde dehors, les arbres n’ont plus une feuille, ils tremblent de froid! Moi, je suis vert, même en hiver. Dans les maisons, on me pare de guirlandes. Je brille! Je scintille! Et les enfants dansent autour de moi.

Lison voudrait bien continuer sa conversation, mais voilà sa maman, très étonnée :

– Il n’est pas trop petit celui-là?

Lison a peur que sa maman ne veuille pas de son sapin, alors elle trouve mille idées pour vanter ses qualités :

– Ses épines sont brillantes comme le soleil! Et mes boules neuves lui iront à merveille!

Lison a l’impression que le petit sapin lui fait un signe :

– Bien parlé Lison! Comme ça, je partirai avec toi!

Alors elle insiste :

– On l’installera sur la commode, il touchera le plafond!

Maman sourit : c’est oui!

– Alors c’est moi qui le porte! s’écrie joyeusement Lison. Il est juste à ma taille! Et quand Noël sera passé, nous irons le replanter dans la forêt et nous viendrons lui rendre visite tous les samedis. Je crois que nous sommes devenus de vrais amis.

Le petit sapin a tout entendu : il agite ses aiguilles de bonheur. Il se penche vers l’oreille de Lison, et murmure doucement :

– Je t’aime de tout mon cœur.

Histoire d’Élisabeth Courtois
I
llustrations par Claire Le Grand
Source : 24 histoires pour attendre Noël, Groupe Fleurus 2012

Les trésors de la forêt

Margot passe les vacances de Noël chez ses grands-parents, à la campagne. Ses parents et ses frères et sœurs n’arriveront que le 24 décembre.

– Pfff! c’est long d’attendre, soupire Margot.

Dehors, le froid glacial donne une couleur grise au ciel, tandis que dans la maison douillette, un grand poêle laisse planer une chaleur agréable.

Assis dans un fauteuil confortable, Grand-père s’est assoupi pour la sieste. Grand-mère, dans sa cuisine, prépare un gâteau au chocolat. Son odeur sucrée fait envie à Margot, mais il faut attendre demain pour le déguster!

– Grand-père, je ne sais pas quoi faire, murmure Margot à son oreille.

Grand-père, tiré de son sommeil, sursaute et grommelle quelques mots :

– Lis un livre en attendant que Grand-mère ait fini.

Mais Margot n’a pas envie de lire. Elle secoue son grand-père gentiment.

– Allez, Grand-père, tu m’as promis une promenade.

– Bon d’accord, marmonne Grand-père en se levant, emmitoufle-toi bien et va demander un sécateur à Grand-mère.

Margot enroule autour de son nez son écharpe douce, enfile son manteau épais et ses moufles en laine. Son bonnet lui cache bien les oreilles.

– En route vers les bois, dit Grand-père. Nous allons préparer une surprise à tes parents.

Dans la forêt, seuls les sapins ont gardé leur feuillage. Grand-père choisit le plus vert et le plus fourni d’entre eux et en coupe quelques branches avec le sécateur. Margot s’approche d’un petit buisson vert et brillant aux petites boules rouges.

– Je sais ce que c’est, dit-elle fièrement. Du houx! ça pique.

– Oui, répond Grand-père, et on va en couper quelques branches en faisant bien attention.

Margot se demande bien ce que Grand-père a dans la tête : la maison est déjà décorée d’un magnifique sapin de Noël avec des guirlandes argent et or.

– Rentrons maintenant, dit Grand-père. Il va bientôt neiger et nous avons du travail.

Sur la table, Grand-père étale les branchages, prend de la ficelle et des rubans rouges, du carton et des crayons de couleur :

– Nous allons faire une couronne de bienvenue! Je vais lier entre elles les branches de sapin en une forme ronde, comme un soleil. À toi, ensuite, d’y piquer le houx, des pommes de pin, et de la décorer avec des rubans, des boules et des étoiles que tu auras fabriquées.

L’après-midi passe vite pour Margot… Peu à peu, la couronne de bienvenue s’embellit des couleurs de Noël.

– Il est temps de l’accrocher sur la porte en signe d’amitié pour nos invités de Noël, déclare Grand-père.

Alors Margot, de sa plus belle écriture, trace quelques lettres dorées sur un carton :

« Bienvenue à tous! »

– Et que Noël entre dans toutes les maisons! rajoutent d’une même voix Grand-père et Grand-mère.

Histoire de Florence Cadier
I
llustrations par Madeleine Brunelet
Source : 24 histoires pour attendre Noël, Groupe Fleurus 2012

Le chevalier au grand cœur

Il était une fois un beau chevalier, un ours en peluche et une poupée de chiffon qui habitaient chez un marchand de jouets. Monté sur son cheval, le chevalier brandissait un drapeau, comme s’il partait à la guerre! Il était fier, et parlait peu à sa voisine, la poupée qui somnolait toute la journée.

L’ours était le plus vieux jouet de la boutique. Il était arrivé ici bien avant tout le monde et il savait tout, ou presque! Un jour, il annonça d’une voix forte :

– Ce soir, grande toilette pour tout le monde! Demain c’est Noël!

– Noël?

La plupart de ses compagnons n’avaient jamais entendu ce mot-là! Et tous les jouets voulaient en savoir plus! Pour une fois, la poupée était réveillée et c’est elle qui dit de sa toute petite voix :

– Noël, c’est la fête! C’est un jour extraordinaire où chacun veut faire plaisir aux autres pour leur montrer qu’il les aime. C’est pour cela que les enfants reçoivent de jolis jouets comme nous en cadeau.

Les jouets, tout étonnés, commencèrent à bavarder. Mais…

– Taisez-vous, quelqu’un arrive! dit brusquement l’ours en peluche.

Le chevalier sursauta : une main venait d’attraper l’ours!

– Adieu mes amis! souffla celui-ci en partant.

Le chevalier se demandait si, lui aussi, il serait pris pour être offert en cadeau. Il serait tellement fier d’être choisi pour faire plaisir à un enfant! À ce moment-là, il entendit la poupée de chiffon pleurer doucement à côté de lui :

– Moi, disait-elle, personne ne me remarquera jamais… Pourtant, j’aimerais tellement faire des câlins à un bébé…

De nouveau, une main s’approcha, et une voix demanda :

– Crois-tu que ce chevalier ferait plaisir à Baptiste?

Le chevalier senti son cœur battre de bonheur. Mais il se souvint aussi de sa pauvre voisine, la poupée de chiffon. Alors il essaya de se reculer, pour lui laisser plus de place.

– Très bien, dit alors la voix d’une maman. Et pour notre petite Noëmi?

– Oh, regarde! à côté du chevalier, il y a une jolie poupée! Elle a un sourire de fée, et elle est si douce… C’est parfait pour un bébé, prends-la donc!

Quand le chevalier vit le sourire qui illuminait le visage de la poupée, il se sentit très fier et très heureux. Vraiment, Noël était un jour extraordinaire!

Histoire d’Élisabeth Courtois
I
llustrations par Chantal Cazin
Source : 24 histoires pour attendre Noël, Groupe Fleurus 2012

La crèche patatras!

Le dernier dimanche avant Noël, toute la famille fait la crèche chez Théo et Léa. Cela se passe toujours comme ça depuis que leur mamie est toute petite et, sûrement, depuis plus longtemps encore! Avec papa, Léa descend à la cave chercher la boîte qui contient le papier rocher, les santons et l’étable en bois.

Tout est sorti sur la table basse du salon, quand Théo s’emmêle les pieds et… patatras! les santons volent, le papier rocher se déchire! Papa et Léa crient :

– Attention Théo!

Mais, il est trop tard, les santons sont cassés en mille morceaux. Léa est furieuse :

– La crèche est fichue, et c’est à cause de toi! Regarde papa! Joseph a perdu ses jambes! Et l’âne n’a plus d’oreilles! Même le petit Jésus est cassé!

Léa se met à pleurer.

Papa prend ses deux enfants sur ses genoux et il réfléchit tout haut :

– Crois-tu Léa, que tu saurais refaire de la pâte à sel comme pour la fête des Mères?

– Bien sûr! répond Léa, qui retrouve soudain le sourire.

– Alors nous pourrions fabriquer un nouveau Joseph, un petit Jésus et un âne, qu’en dis-tu?

À ce moment-là Maman arrive, les bras chargés d’un grand carton :

– Regardez ce que j’ai retrouvé, tous vos trésors de l’été…

– Mes galets! s’écrie Léa tout heureuse.

– Mes bouts de bois! Nos bocaux remplis de sable! continue Théo.

– Avec toutes ces merveilles, dit Maman, nous pourrions construire une nouvelle crèche!

En quelques minutes, la cuisine devient un véritable atelier. Léa pétrit la pâte à sel. Sous ses doigts apparaissent Joseph, puis l’âne avec ses grandes oreilles. Léa s’applique pour faire l’enfant Jésus : c’est fragile un bébé! Théo, lui, installe tous ses galets pour faire un vrai décor, Maman étale le sable avec précaution et dépose de la mousse du jardin tout autour. Il ne manque plus que les santons tout neufs! Quelle merveille! Cette année, la crèche est vraiment superbe!

– Et chaque soir jusqu’à Noël, dit maman, nous allumerons une bougie pour l’illuminer.

Histoire d’Élisabeth Courtois
I
llustrations par Myriam Mollier
Source : 24 histoires pour attendre Noël, Groupe Fleurus 2012

La surprise de saint Nicolas

Ce soir, le vent souffle en longues rafales d’air glacé. Courbés en avant, pour mieux se protéger du vent, Jeanne et Thomas vont chercher du bois pour la cheminée. Soudain, Jeanne s’arrête et demande à son grand frère :

– Tu penses qu’il va passer cette année?

– Saint Nicolas? Mais il n’existe pas! rétorque le grand garçon. Ce sont des histoires de bébé!

– Mais si, il existe! Il a ressuscité trois petits enfants qui s’étaient perdus dans la forêt et qu’un boucher avait enfermés dans son saloir pendant sept ans! raconte Jeanne.

– Ce sont des contes pour les petits comme toi! répond Thomas. Allez, en avant maintenant!

– Eh bien, moi j’y crois! répond Jeanne d’un air buté. Et le père Fouettard, il existe, lui?

– Mais non! c’est une histoire pour nous faire peur! De toutes les façons, le père Fouettard vient pour les enfants désobéissants! Nous, on est toujours sages!

Peu à peu, la lumière du jour baise et bientôt la nuit s’installe. Au loin, les arbres noirs de la forêt dessinent des formes inquiétantes. En traversant le grand bois sombre, Jeanne serre la main de son grand frère. Soudain, derrière un buisson, elle aperçoit une espèce de grand bonhomme qui brandit un bâton menaçant. Jeanne pousse un cri et se cache derrière Thomas. L’ombre s’immobilise, semble écouter, puis s’éloigne en dressant un poing inquiétant…

– Tu penses que c’est le père Fouettard? demande Thomas tremblant de peur.

– Oui! Tu vois bien qu’il existe! dit Jeanne en claquant des dents.

Thomas attrape la main de Jeanne et vite ils courent dans la neige.

– Saint Nicolas, saint Nicolas, crie Thomas, vient nous protéger!

Au loin, une lumière brille dans la nuit. C’est la maison! Tout à coup, Thomas s’arrête net : une silhouette majestueuse approche.

– Regarde! s’écrie Jeanne, c’est saint Nicolas avec son âne!

Jeanne et Thomas n’osent plus bouger, ils sont éblouis par l’éclat lumineux du manteau en fil d’or que porte le grand saint.

– J’espère que maman a pensé au verre de lait et aux carottes pour l’âne! dit Thomas.

Lentement, le grand personnage de lumière s’éloigne dans la nuit. Les enfants s’approchent doucement de la maison et, sur le pas de leur porte, ils découvrent, oh! merveille, des sucres d’orge et des oranges que le bon saint Nicolas a déposés pour les enfants sages.

Histoire de Florence Cadier
I
llustrations par Stéphane Couillerot
Source : 24 histoires pour attendre Noël, Groupe Fleurus 2012