La Nuit avant Noël

C’était la nuit de Noël, un peu avant minuit,

A l’heure où tout est calme, même les souris.

On avait pendu nos bas devant la cheminée,

Pour que le Père Noël les trouve dès son arrivée.

Blottis bien au chaud dans leurs petits lits,

Les enfants sages s’étaient déjà endormis.

Maman et moi, dans nos chemises de nuit,

Venions à peine de souffler la bougie,

Quand, au dehors, un bruit de clochettes,

Me fit sortir d’un coup de sous ma couette.

 

Filant comme une flèche vers la fenêtre,

Je scrutais tout là-haut le ciel étoilé.

Au-dessus de la neige, la lune étincelante,

Illuminait la nuit comme si c’était le jour.

Je n’en crus pas mes yeux quand apparut au loin,

Un traîneau et huit rennes pas plus gros que le poing,

Dirigés par un petit personnage enjoué :

C’était le Père Noël je le savais.

Ses coursiers volaient comme s’ils avaient des ailes.

Et lui chantait, afin de les encourager :

« Allez Tornade !, Allez Danseur ! Allez , Furie et Fringuant !

En avant Comète et Cupidon ! Allez Éclair et Tonnerre !

Tout droit vers ce porche, tout droit vers ce mur !

Au galop au galop mes amis ! au triple galop ! »

Pareils aux feuilles mortes, emportées par le vent,

Qui montent vers le ciel pour franchir les obstacles.

Les coursiers s’envolèrent, jusqu’au-dessus de ma tête,

Avec le traîneau, les jouets et même le Père Noël.

 

Peu après j’entendis résonner sur le toit

Le piétinement fougueux de leurs petits sabots.

Une fois la fenêtre refermée, je me retournais,

Juste quand le Père Noël sortait de la cheminée.

Son habit de fourrure, ses bottes et son bonnet,

Étaient un peu salis par la cendre et la suie.

Jeté sur son épaule, un sac plein de jouets,

Lui donnait l’air d’un bien curieux marchand.

Il avait des joues roses, des fossettes charmantes,

Un nez comme une cerise et des yeux pétillants,

Une petite bouche qui souriait tout le temps,

Et une très grande barbe d’un blanc vraiment immaculé.

De sa pipe allumée coincée entre ses dents,

Montaient en tourbillons des volutes de fumée.

Il avait le visage épanoui, et son ventre tout rond

Sautait quand il riait, comme un petit ballon.

Il était si dodu, si joufflu, cet espiègle lutin,

Que je me mis malgré moi à rire derrière ma main.

Mais d’un clin d’œil et d’un signe de la tête,

Il me fit comprendre que je ne risquais rien.

Puis sans dire un mot, car il était pressé,

Se hâta de remplir les bas, jusqu’au dernier,

Et me salua d’un doigt posé sur l’aile du nez,

Avant de disparaître dans la cheminée.

Je l’entendis ensuite siffler son bel équipage.

Ensemble ils s’envolèrent comme une plume au vent.

Avant de disparaître le Père Noël cria :

« Joyeux Noël à tous et à tous une bonne nuit »

Un conte de Clément Clarke Moore

NDLR.: Ce conte était le dernier de la série pour cette année. Merci de vos commentaires et de votre assiduité. On se donne rendez-vous en décembre 2021, pour la suite des merveilleux contes de Noël. D’ici là, gardez votre cœur d’enfant.

Et pendant que j’y pense, si vous avez l’imagination fertile et composez des contes de Noël, je vous offre de les publier, l’an prochain, dans ce blogue. Envoyez-les-moi (nantel.normand@gmail.com) et je me ferai un immense plaisir d’en faire bénéficier mes lecteurs, grands comme petits, l’an prochain. N’oubliez pas d’y spécifier le nom de l’auteur.

Les bonbons d’or

Il était une fois des jumeaux qui avaient reçu un jeu de fléchettes pour leur anniversaire. Évidemment, ils n’avaient pas le droit de lancer les fléchettes ailleurs que sur la cible que leur papa avait fixée sur un mur de la salle de jeu. Hélas ! leurs parents avaient beau les punir, Guillaume avait réussi à briser un précieux vase à fleurs et Alexandre avait jeté une lampe par terre en tirant des flèches un peu partout dans la maison.

Un jour, leur maman reçut une fléchette dans le dos pendant qu’elle préparait le souper sur la cuisinière.

– Ah ! là. C’est assez ! dit-elle, très fâchée. Plus de jeu de fléchettes, c’est fini !

Elle s’empara alors d’un bout de papier et y inscrivit un petit mot. Puis elle enroula le billet autour d’une flèche, ouvrit la porte de la maison et, avec l’arc, l’envoya très haut vers le ciel. La flèche partit à toute vitesse et monta, monta si haut qu’elle disparut à leur regard.

– Qu’est-ce que tu fais, maman ? demandèrent les jumeaux, un peu inquiets.

– J’envoie un message au pôle Nord pour dire au père Noël à quel point vous êtes gentils et obéissants… Hum !

Les jumeaux savaient bien que maman n’avait pas écrit dans son message qu’ils se montraient gentils et obéissants… ils se mirent alors à pleurer.

– Oh non, maman ! T’as pas fait ça ? T’as pas dit la vérité au père Noël à notre sujet ? Il ne voudra plus nous apporter des cadeaux, maintenant !

– Tant pis ! répondit maman. Je pense que vous n’en méritez pas, mes enfants. Vous ne m’écoutez jamais ! De toute façon, il est trop tard, la flèche est partie.

Elle mit le reste des fléchettes à la poubelle sauf une. Guillaume et Alexandre ne cessèrent de se lamenter le reste de la journée, ce qui n’améliora pas l’humeur de leur mère.

Le même après-midi, le père Noël était en train de ranger des jouets dans son traîneau quand il reçut une flèche en plein sur le bras.

– Ouille ! Ouche ! Qu’est-ce que c’est ça ?

La fée des Étoiles vit le père Noël se frotter en faisant une grimace.

– Qu’est-ce qui vous arrive, père Noël ?

– Je viens de recevoir un message de la terre. Certains enfants ne sont pas très sages, je pense. Je serais bien attristé de ne pas leur apporter leurs cadeaux, moi !

– Ne vous inquiétez pas, père Noël, je vais arranger ça !

La fée donna alors trois coups de sa baguette magique sur la coupe de liquide doré qu’elle tenait dans ses mains en prononçant une formule magique. Aussitôt, le liquide se transforma en milliers de bonbons d’or.

– Abracadabra, tous les enfants de la terre qui mangeront ces bonbons-là deviendront sages jusqu’à Noël.

Quelques jours plus tard, Guillaume et Alexandre s’en furent au centre commercial pour visiter le père Noël avec leurs parents. Ils avaient un peu peur car ils se souvenaient du message envoyé par leur mère. Le père Noël les écouta gentiment énumérer la liste des cadeaux qu’ils espéraient recevoir et il leur fit promettre d’être sages. Les deux jumeaux baissèrent la tête, s’attendant à se faire gronder. Mais le père Noël ne dit rien au sujet de leur comportement. Au contraire, il leur offrit même un bonbon d’or qu’ils s’empressèrent d’avaler en lui trouvant un goût étrange.

De retour à la maison, les deux garçons se mirent à ramasser leurs traîneries, à jouer sans se chamailler et à obéir fidèlement à leurs parents. Ils se montrèrent tellement sages qu’ils reçurent à Noël tout ce dont ils rêvaient et même davantage. Le plus surprenant, c’est qu’ils restèrent sages même après Noël !!!

Le lendemain du réveillon, le père Noël, en train de se reposer sur sa chaise berçante, reçut une autre flèche sur une jambe. Elle portait un nouveau message sur lequel était écrit : Merci, père Noël, d’avoir rendu mes enfants sages ! J’aimerais bien recevoir votre recette de bonbons d’or, s’il vous plaît. « Le père Noël fit un clin d’œil à la fée des Étoiles et il se mit à rire. On entendit longtemps son rire résonner dans le ciel.

Contes de Noël pour les petits et les grands, de Micheline Duff, Éditions Québec Amérique 2012. 

La petite fille et les allumettes

Voici un compte du temps des Fêtes, écrit par Hans Christian Andersen en 1876, et qui devrait vous tirer quelques larmes.

Comme il faisait froid ! la neige tombait et la nuit n’était pas loin ; c’était le dernier soir de l’année, la veille du jour de l’An. Au milieu de ce froid et de cette obscurité, une pauvre petite fille passa dans la rue, la tête et les pieds nus. Elle avait, il est vrai, des pantoufles en quittant la maison, mais elles ne lui avaient pas servi longtemps : c’étaient de grandes pantoufles que sa mère avait déjà usées, si grandes que la petite les perdit en se pressant de traverser la rue entre deux voitures. L’une fut réellement perdue ; quant à l’autre, un gamin l’emporta avec l’intention d’en faire un berceau pour son petit enfant, quand le ciel lui en donnerait un.

La petite fille cheminait avec ses petits pieds nus, qui étaient rouges et bleus de froid ; elle avait dans son vieux tablier une grande quantité d’allumettes, et elle portait à la main un paquet. C’était pour elle une mauvaise journée ; pas d’acheteurs, donc pas le moindre sou. Elle avait bien faim et bien froid, bien misérable mine. Pauvre petite ! Les flocons de neige tombaient dans ses longs cheveux blonds, si gentiment bouclés autour de son cou ; mais songeait-elle seulement à ses cheveux bouclés ? Les lumières brillaient aux fenêtres, le fumet des rôtis s’exhalait dans la rue ; c’était la veille du jour de l’An : voilà à quoi elle songeait.

Elle s’assit et s’affaissa sur elle-même dans un coin, entre deux maisons. Le froid la saisit de plus en plus, mais elle n’osait pas retourner chez elle : elle rapportait ses allumettes, et pas la plus petite pièce de monnaie. Son père la battrait ; et, du reste, chez elle, est-ce qu’il ne faisait pas froid aussi ? Ils logeaient sous le toit, et le vent soufflait au travers, quoique les plus grandes fentes eussent été bouchées avec de la paille et des chiffons.

Ses petites mains étaient presque mortes de froid. Hélas ! qu’une petite allumette leur ferait du bien ! Si elle osait en tirer une seule du paquet, la frotter sur le mur et réchauffer ses doigts ! Elle en tira une : ritch ! comme elle éclata ! comme elle brûla ! C’était une flamme chaude et claire comme une petite chandelle, quand elle la couvrit de sa main. Quelle lumière bizarre ! Il semblait à la petite fille qu’elle était assise devant un grand poêle de fer orné de boules et surmonté d’un couvercle en cuivre luisant.

Le feu y brûlait si magnifique, il chauffait si bien ! Mais qu’y a-t-il donc ! La petite étendait déjà ses pieds pour les chauffer aussi ; la flamme s’éteignit,

Le poêle disparut : elle était assise, un petit bout de l’allumette brûlée à la main.

Elle en frotta une seconde, qui brûla, qui brilla, et, là où la lueur tomba sur le mur, il devint transparent comme une gaze. La petite pouvait voir jusque dans une chambre où la table était couverte d’une nappe blanche, éblouissante de fines porcelaines, et sur laquelle une oie rôtie, farcie de pruneaux et de pommes, fumait avec un parfum délicieux. Ô surprise ! ô bonheur ! Tout à coup l’oie sauta de son plat et roula sur le plancher, la fourchette et le couteau dans le dos, jusqu’à la pauvre fille. L’allumette s’éteignit : elle n’avait devant elle que le mur épais et froid.

En voilà une troisième allumée. Aussitôt elle se vit assise sous un magnifique arbre de Noël ; il était plus riche et plus grand encore que celui qu’elle avait vu, à la Noël dernière, à travers la porte vitrée, chez le riche marchand. Mille chandelles brûlaient sur les branches vertes, et des images de toutes couleurs, comme celles qui ornent les fenêtres des magasins, semblaient lui sourire. La petite éleva les deux mains : l’allumette s’éteignit ; toutes les chandelles de Noël montaient, montaient, et elle s’aperçut alors que ce n’était que les étoiles. Une d’elle tomba et traça une longue raie de feu dans le ciel.

« C’est quelqu’un qui meurt, » se dit la petite ; car sa vieille grand’mère, qui seule avait été bonne pour elle, mais qui n’était plus, lui répétait souvent :

– Lorsqu’une étoile tombe, c’est qu’une âme monte à Dieu.

Elle frotta encore une allumette sur le mur : il se fit une grande lumière au milieu de laquelle était la grand’mère debout, avec un air si doux, si radieux !

– Grand’mère s’écria la petite, emmène-moi. Lorsque l’allumette s’éteindra, je sais que tu n’y seras plus. Tu disparaîtras comme le poêle de fer, comme l’oie rôtie, comme le bel arbre de Noël.

Elle frotta promptement le reste du paquet, car elle tenait à garder sa grand’mère, et les allumettes répandirent un éclat plus vif que celui du jour. Jamais la grand’mère n’avait été si grande ni si belle. Elle prit la petite fille sur son bras, et toutes les deux s’envolèrent joyeuses au milieu de ce rayonnement, si haut, si haut, qu’il n’y avait plus ni froid, ni faim, ni angoisse ; elles étaient chez Dieu.

Mais dans le coin, entre les deux maisons, était assise, quand vint la froide matinée, la petite fille, les joues toutes rouges, le sourire sur la bouche… morte, morte de froid, le dernier soir de l’année. Le jour de l’An se leva sur le petit cadavre assis là avec les allumettes, dont un paquet avait été presque tout brûlé.

– Elle a voulu se chauffer ! dit quelqu’un.

Tout le monde ignora les belles choses qu’elle avait vues, et au milieu de quelle splendeur elle était entrée avec sa vieille grand’mère dans la nouvelle année.

L’histoire des nains magiques

L’histoire ci-dessous fait partie des trois contes des nains magiques écrit par les frères Grimm.

Il était une fois un cordonnier qui était devenu si pauvre, qu’il lui restait juste assez de cuir pour une seule paire de soulier. Un soir, le cordonnier tailla le cuir pour en faire des souliers le lendemain matin, et il finit par s’endormir. Le lendemain matin à son réveil, il allait se mettre à travailler quand il trouva la paire de soulier toute faite. Surpris, il ne savait pas comment cela se faisait. Il examina les souliers de tous les côtés, ils étaient parfaits, il n’y avait pas un seul point de manqué, ces souliers étaient une pure merveille.

Un homme rentra dans la boutique du cordonnier et les souliers attirèrent son attention, ils lui plurent tellement qu’il les paya beaucoup plus cher que d’habitude. Avec cet argent le cordonnier put acheter du cuir pour fabriquer deux autres paires et le soir même il se mit au travail, il le tailla et alla se coucher pour terminer le travail le lendemain matin.

Le lendemain matin encore une fois, le cordonnier trouva les paires de soulier toutes faites. Dans sa boutique les acheteurs ne manquèrent pas et avec l’argent que le cordonnier gagné ce jour-là il put s’acheter du cuir pour fabriquer quatre autres paires.

Et comme d’habitude le lendemain matin les paires de souliers étaient déjà prêtes, toutes aussi parfaites les unes que les autres, ainsi le cordonnier commença à sortir de la pauvreté, mais un soir aux environ de Noël, pendant qu’il préparait le sapin de Noël, le cordonnier dit à sa femme :

– Et si ce soir nous veillions pour voir ceux qui nous aident ?

La femme du cordonnier accepta et laissa une bougie allumée et tous deux se cachèrent dans une armoire.

Quand minuit retentit, deux jolis petits nains complètement nus entrèrent, ils se placèrent à l’établi et, prenant le cuir dans leurs petites mains, ils se mirent à piquer, à coudre et à battre le cuir avec tant d’adresse que le cordonnier n’en croyait pas ses yeux. Ils travaillèrent toute la nuit et quand l’ouvrage fût enfin terminé, les petits nains disparurent.

Le lendemain, la femme dit à son mari :

– Ces petits nains nous ont rendus riche, il nous faut leur montrer notre gratitude et toute notre reconnaissance. Les pauvres doivent mourir de froid, à courir partout nus comme des vers. Je vais leur coudre à chacun habit, culotte, chemise et même leur tricoter des bas, et toi mon cher mari fais-leur donc à chacun une paire de soulier.

L’homme trouva l’idée formidable et ils se mirent au travail. Le soir quand tout fût prêt, tous deux placèrent les vêtements sur la table où se trouvait d’habitude les pièces de cuir et se cachèrent dans l’armoire pour voir la réaction des petits nains.

Quand minuit sonna les petits nains apparurent et au moment où ils allaient se mettre au travail, ils trouvèrent les présents au lieu des habituels pièces de cuir. Ils témoignèrent d’abord un étonnement mais une grande joie s’empara d’eux et ils passèrent les habits et se mirent à chanter.

– Ne sommes-nous pas de jolis garçons ? Adieu cuir, souliers et chaussons!

Les nains dansèrent et sautèrent partout, ils étaient fort heureux de ce cadeau, et tout en dansant ils gagnèrent la sortie.

A partir de ce soir-là, le cordonnier et sa femme ne revirent plus jamais les petits nains mais ils continuèrent à être heureux et tout ce qu’ils entreprenaient leur réussissait.

Poiline

Péniblement, Poiline traversait l’allée asphaltée qui menait au jardin de madame Lafleur. Ouf ! Quelle chaleur ! Elle se demandait bien pourquoi le Créateur avait commis l’erreur de recouvrir de fourrure, au beau milieu de l’été, d’innocentes petites chenilles comme elle. Cependant, curieuse et têtue, elle refusait obstinément d’aller se réfugier à l’intérieur du cocon comme l’avaient fait ses cousines afin de se transformer en magnifiques papillons et pouvoir s’envoler vers des pays plus chauds. Non ! Elle ne voulait rien manquer de ce qui se passait dans la nature. L’automne venue, elle s’entêta à rester dehors.

– Je ne veux pas m’endormir pour l’hiver ! Moi je veux voir la nuit de Noël. Il paraît que dans la forêt, tout devient féérique. Bizebize, l’abeille, et Roucoucou, la sittelle, me l’ont raconté. Selon elles, les sapins s’habillent de pompons blancs et les branches des arbres se parent de cristaux scintillants comme des diamants. Si on écoute bien avec son cœur, on peut entendre les anges chanter des cantiques de Noël, accompagnés par le vent qui joue des airs de violoncelle. Elles racontent même que, cette nuit-là, une étoile plus brillante que les autres illumine le paysage. Pas question de manquer ça ! Après tout, avec mon manteau de fourrure jaune et blanc, je suis assez chaudement vêtue pour résister au froid, c’est certain !

Hélas ! Poiline ignorait que l’hiver s’amuse à mordre cruellement les chenilles imprudentes. Une fois la saison froide venue, elle se mit à frissonner sans arrêt et grelotter de tous ses poils. Comme elle regrettait sa témérité ! Ah ! elle aurait dû écouter ses cousines et s’installer bien au chaud dans un cocon. Au lieu de cela, elle souffrait, abandonnée à elle-même sous la branche d’un arbre et sauvagement attaquée par le froid. Tour ça pour voir Noël qui tardait à venir ! Elle n’en pouvait plus.

Un bon matin particulièrement glacial, elle sentit qu’elle allait bientôt mourir. Agrippée de toutes ses dernières forces à l’écorce d’un grand érable, elle pleurait à fendre l’âme.

– Au secours, quelqu’un ! Au secours !

Mais une chenille n’a pas de voix, et personne ne l’entendit. Alors la pauvre Poiline perdit connaissance. Les poils de sa fourrure se raidirent comme des aiguilles et son corps devint rigide comme un glaçon.

Ce jour-là, la sittelle Roucoucou, passant dans les parages, se mit à picorer l’écorne d’un arbre avec son bec, à la recherche de graines et d’insectes gelés. Son regard fut soudain attiré par une étrange tache jaune et brune qui pendouillait sur le bout d’une branche.

– Tiens ! on dirait un bonbon. Miam ! Miam ! Mais… mais, ma foi du ciel, c’est Poiline ! Oh ! mon Dieu ! Que lui est-il arrivé ? Dire que j’ai failli la manger… Vite ! Il faut faire quelque chose ! Peut-être est-elle encore vivante ? Ianc ! Ianc !

Les cris de Roucoucou retentirent dans toute la forêt. En entendant cet appel de détresse, la chorale entière des sittelles à poitrine blanche en train de répéter ses chants de Noël, ce matin-là, s’élança dans les airs. À peine quelques minutes plus tard, une trentaine de sittelles se retrouvèrent perchées sur les bras du vieil érable, tout ému de recevoir autant de visiteurs à la fois. On tint alors un grand conseil.

– Si on transportait la chenille sous la charpente du pont de bois enjambant le ruisseau ? proposa une sittelle au capuchon couleur d’acier.

– Elle se trouverait à l’abri des rôdeurs, renchérit un beau mâle à cou noir.

– Bonne idée ! approuva Roucoucou. Allons voir sur place pour nous assurer qu’aucun écureuil ou raton laveur ne puisse atteindre notre pauvre amie Poiline.

Voilà qu’une volée de sittelles se mit à tourbillonner autour du petit pont, en piaillant à qui mieux mieux.

– Chut ! taisez-vous ! fit soudain un autre oiseau, j’entends du bruit sous le pont. On dirait un étrange grésillement…

En peu de temps, les oiseaux découvrirent un nid d’abeilles à l’intérieur d’un cocon suspendu sous le pont. Et ça bougeait là-dedans !

– Eh ! les abeilles, vous ne dormez pas ?

Bizebize, la reine de la ruche, se montra sur le pas de la porte. Elle sautillait, tournoyait, ne tenait pas en place. Jamais Roucoucou ne l’avait vue aussi enjouée.

– Ianc ! Ianc ! Que se passe-t-il donc chez vous, les mouches à miel ?

C’est Noël demain, mon amie ! Ne savais-tu pas que le 24 décembre, les abeilles se réveillent toujours ? Ce jour-là, le bon Dieu donne la permission spéciale aux animaux qui hibernent de sortir de leur sommeil afin de célébrer avec les anges, La marmotte dans son tunnel, l’écureuil dans son tronc d’arbre, l’ours dans sa tanière, tous se lèvent miraculeusement pour fêter, à minuit, la naissance du petit Jésus.

– Ah ! bon…

– Nous les abeilles, sommes en train de préparer notre nectar spécial, selon la recette de nos ancêtres. Tu comprends bien que madame l’Ourse a hâte d’y goûter ! Serais-tu venue pour m’apporter tes bons vœux du temps des Fêtes, ma chère Roucoucou ?

– Ianc ! Ianc ! Je… hum… c’est-à-dire… Pour être franche, non ! En fait, nous cherchons un endroit pour cacher la pauvre chenille Poiline. Nous la voulons en sécurité et à l’abri des prédateurs et des tempêtes pour le reste de l’hiver. Imagine-toi que je viens de la trouver gelée et inanimée sous une branche de l’érable. Que vais-je en faire ? Aurais-tu une idée ?

– Bien sûr ! Emmène-la ici, dans notre nid. On trouvera bien un coin où l’installer. Après tout, les abeilles et les chenilles ont toujours fait bon ménage. Et puis, on ne va pas abandonner notre amie la veille de Noël, tout de même !

On se mit immédiatement à l’œuvre. Roucoucou s’empara délicatement de la pauvre chenille toute raide et toujours inanimée, et on la transporta jusqu’au pont. Avec mille précautions, les abeilles tentèrent de l’introduire à travers le minuscule orifice de leur nid. On se bousculait, chahutait, culbutait, tirait, poussait. Finalement, on réussit à la faire basculer à l’intérieur.

– Ianc ! Ianc ! Bravo ! lancèrent les sittelles en chœur. Merci et joyeux Noël à vous, les amies !

– Zzzzzzz ! saluèrent les abeilles dans un gigantesque bourdonnement.

Ravis d’avoir sauvé Poiline, les oiseaux repartirent à grand coups d’ailes vers leur sapin afin d’achever les derniers préparatifs de Noël. Poiline, quant à elle, bien au chaud dans le nid d’abeilles, se mit à dégeler. Son poil sécha et redevint soyeux en quelques minutes.

– Où suis-je ? Que m’arrive-t-il ? Et quel est cet étrange bourdonnement autour de moi ?

– Salut ! C’est moi, ton amie Bizebize. Sois la bienvenue chez nous ! Mes sœurs et moi, nous t’offrons l’hospitalité pour tout l’hiver. C’est notre cadeau de Noël.

Noël ! Le mot magique acheva de ramener Poiline à tous ses esprits. On lui fit boire un grand bol du fameux nectar au miel de Noël et elle commença rapidement à prendre du mieux. Elle se sentit au centre de la fête et, même sans voix, elle mêla sa joie aux cris joyeux et aux chants de Noël qui remplirent la ruche durant toute la nuit. Par l’orifice du cocon, Poiline put apercevoir l’étoile mystérieuse au milieu du firmament et le merveilleux manteau de neige recouvrant la forêt.

Une fois la fête terminée, les abeilles et leur amie la chenille, épuisées de plaisir et ivres de nectar, replongèrent dans un sommeil profond jusqu’au printemps, serrées bien au chaud les unes contre les autres.

Cette année-là, quand avril se pointa à l’orée du bois, un miracle se produisit secrètement sous les poutres du vieux pont : un magnifique papillon jaune et brun sortit de la ruche. Il se mit à batifoler çà et là, sautillant de fleur en fleur, battant l’air de ses grandes ailes et tournoyant en dessinant des arabesques folles.

Un jour, il rencontra une sittelle bavarde qui vint lui piquer une jasette.

– Bonjour, papillon ! Comme tu es joli ! Je m’appelle Roucoucou. Et toi ?

– Moi, je suis Poiline. Ne me reconnais-tu pas, ma chère Roucoucou ? Je te cherchais partout pour te remercier. Regarde ce que je suis devenue. Je te dois la vie, tu sais !

Pour la première fois de l’histoire, on vit une sittelle et un papillon se donner des baisers dans l’air vif et bleu. Décidément, l’été qui venait serait heureux.

Contes de Noël pour les petits et les grands, de Micheline Duff, Éditions Québec Amérique 2012.

Rudolph, le renne au nez rouge

Vous connaissez sans doute Fonceur, Danseur, Tonnerre, Vitesse, Comète et Cupidon, Éclair et Finesse. Mais connaissez-vous le renne le plus célèbre de tous ? Voici l’histoire de Rudolph.

Autrefois, il existait un petit renne que l’on nommait Rudolf, ce n’était pas un renne comme les autres, car celui-ci avait un joli nez rouge. Mais ce petit renne était bien triste, car un jour il se retrouva orphelin à cause de la cruauté d’un chasseur. Peiné de son sort, le petit renne au nez rouge se réfugia un jour dans la forêt, il voulait se retrouver seul, car ses amis n’arrêtaient pas de se moquer de lui.

Un soir, alors que Rudolf tremblait de froid, un ange se présenta à lui et lui demanda pourquoi il était seul dans une si grande forêt et pourquoi il pleurait toutes les nuits. Hésitant au début, Rudolf finit par tout raconter à l’ange et il se rendit compte que ça lui faisait du bien. L’ange l’écouta sans jamais l’interrompre.

Quand Rudolf eut fini de parler, l’ange lui dit qu’il pouvait l’aider et qu’il connaissait un homme bon qui saurait comment faire pour que le petit renne surmonte sa peine. Le petit renne au nez rouge se dit qu’il n’avait plus rien à faire ici et décida donc de suivre l’ange.

Ils arrivèrent tous deux dans un petit village, il planait dans l’air une odeur de pain d’épices et de chocolat. Une personne pas haute comme trois pommes les salua et Rudolf sourit pour la première fois depuis bien longtemps.

Ils arrivèrent devant une maison qui était décorée avec milles illuminations et un énorme sapin était posté à côté de cette maison. L’ange tapa trois fois à la porte et celle-ci s’ouvrit.

Rudolf fut ébloui par la lumière qui se trouvait à l’intérieur, ils avancèrent et le petit renne vit un drôle de personnage, tout de rouge vêtu, les joues roses et rebondies, une barbe blanche bien fournie et un énorme ventre, c’était le Père Noël. L’ange lui raconta l’histoire de Rudolf et le Père Noël touché par celle-ci décida de prendre le petit renne sous son aile.

Il commença par lui donner quelque chose à manger, car Rudolf mourrait de faim, puis il lui présenta d’autres rennes et le Père Noël dit à Rudolf :

– Nous serons à présent ta nouvelle famille Rudolf.

Le petit renne était tellement heureux que son nez se mit à briller de la plus belle des lumières et le Père Noël lui demanda donc, s’il acceptait de faire partie de l’attelage du Père Noël, car son nez pourrait l’éclairer dans la nuit. Rudolf accepta et devint le renne du Père Noël.

Depuis chaque soir à Noël, si on fait bien attention on peut voir dans le ciel une lumière scintiller.

Un nouveau nom pour Noël

UN CONTE POUR LES GRANDS AU COEUR D’ENFANT

Saint Pierre le reconnut dès qu’il le vit secouer hardiment ses bottes à la porte du paradis. Il ne pouvait se tromper : barbe blanche, velours rouge, tuque enfoncée jusqu’aux oreilles.

– Bonjour, père Noël ! Quelle surprise ! On ne vous attendait pas ici aujourd’hui. Quel bon vent vous amène ?

– Quel bon vent, quel bon vent… Je dirais plutôt quel mauvais temps ! Dieu le Père est-il occupé ? J’aimerais bien le voir.

– C’est que vous n’avez pas pris de rendez-vous. Il pourrait peut-être vous rencontrer entre deux futurs Élus. Mais ces gens ne se montrent guère patients et ça risque d’être long, Il s’agit de quelque chose de grave ?

– Oui, et c’est urgent.

– Alors, suivez-moi, je vais vous faire passer par les Soins aux Saints Intensifs.

Saint Pierre longea alors un long corridor à ciel ouvert qui débouchait sur une porte d’or. Il appuya son doigt poilu sur un bouton et un archange vêtu de blanc vint ouvrir, s’inclina devant saint Pierre et pria le père Noël d’attendre quelques instants sur un banc rembourré et recouvert de velours.

Cinq minutes plus tard, l’archange revint pour aider le vieillard à franchir les cent cinquante marches qui menaient au trône. En apercevant le père Noël, Dieu le Père se leva pour venir l’accueillir avec une solide poignée de main.

– Salut, mon cher ! Comment allez-vous ? Pas trop essoufflé, j’espère ?

– Bien… un ascenseur serait une bonne idée, Seigneur, si je peux me permettre…

– Hélas, nous n’avons pas l’électricité au paradis. Nous organisons chaque année un référendum pour faire voter les Élus sur l’installation d’éoliennes sur leurs nuages. Chaque fois, la réponse se révèle négative par une marge de deux ou trois pour cent. Nous dépendons encore uniquement des ardeurs du soleil, mais personne ne s’en plaint. Les anges ont leurs ailes pour se déplacer, et les saints des auréoles pour s’éclairer. Que demander de mieux ? L’enfer en bas et le purgatoire juste à côté s’occupent ne nous tenir au chaud. Mais, mon cher ami, que me vaut l’honneur de notre visite ? Vous me semblez quelque peu déprimé…

– En effet, je viens vous parler d’un problème qui devient de plus en plus grave au fur et à mesure que les années passent. Les enfants me demandent maintenant des jouets d’un coût astronomique et que je n’arrive plus à reconnaitre : Mp3, iPod, iPad, iPhone, Wii, WiFi, DS, Blue Ray, Bluetooth, X-Box, Blackberry, et j’en passe ! Ils veulent même des téléphones intelligents ! Pas besoin de vous dire que je regrette l’époque de la poupée qui ferme les yeux quand on la couche et du train électrique qui tourne en rond ! Il y a autre chose, aussi : mes lutins veulent se syndiquer depuis que j’ai parlé d’embaucher des lutins chinois. Et, comble de malheur, il fait de plus en plus chaud au pôle Nord à cause du réchauffement planétaire et je ne suis plus capable d’endurer mon habit. J’aimerais bien recevoir vos conseils, cher Dieu le Père, à tout le moins un encouragement de votre part.

– Vous tombez mal, mon pauvre père Noël, car je suis découragé moi aussi à ce sujet. L’humanité est en train d’oublier complètement la véritable essence de la fête de Noël. Les enfants ne reconnaissent même plus la crèche, les églises sont à vendre, on retourne le vin de messe au paradis à pleines caisses. Au fait, en prendriez-vous un petit verre ? J’en ai reçu, hier, qui n’est pas piqué des vers.

Les deux vieillards, tout en se caressant la barbe, trinquèrent aux chrétiens du monde entier, aux enfants trop gâtés et à tous les travailleurs de la terre devenus des consommateurs invétérés. Ils trinquèrent ensuite aux chercheurs scientifiques qui veulent changer le monde en inventant des « bébelles » compliquées, puis ils levèrent leur verre aux lutins, aux écolos, aux anges et aux saints ! Le bon vin coulait à flot, ils en vinrent à se tutoyer, et même à se prendre par les épaules pour se consoler mutuellement.

– Tu comprends, mon vieux, s’écria Dieu le Père en reniflant, je n’ai pas envie d’accabler l’humanité d’une épidémie fatale de grippe H1Z1, pas plus que d’une autre crise économique, et surtout pas d’une guerre mondiale, pour ramener les hommes à l’essentiel. Vois-tu, la plupart du temps, quand ça va mal, ils se remettent à la prière et à la pratique de la religion, ils implorent tous les saints du ciel et ils fêtent même Noël pour la vraie raison. N’empêche que je n’aime pas voir souffrir les hommes et les entendre se lamenter. Alors, je les endure tels qu’ils sont maintenant, silencieux et laïques.

– Moi non plus, répondit le père Noël, je n’aime pas les voir souffrir. Et, malgré tout le respect que je te dois, mon cher Dieu le Père, ma situation semble encore plus difficile que la tienne. Toi, tu peux envoyer aux humains des petites gâteries, du temps ensoleillé en été, pas trop de neige certains hivers, mais moi, je n’ai que Noël pour les choyer et les détendre un peu. Heureusement, la fête s’étend de plus en plus longtemps, puisque certains magasins sortent leurs marchandises dès le début octobre et que les ventes d’après Noël s’étirent jusqu’en février.

– Ouais… Qu’allons-nous faire pour améliorer la situation mon vieux ? Tiens, j’y pense, tout à coup ! Consultons mon Fils, il a toujours de bonnes idées, lui !

Dieu le Père donna deux grands coups et un petit coup de bâton sur le parquet de marbre blanc. Aussitôt, Jésus-Christ se pointa, très élégant dans son manteau écarlate dernièrement renouvelé par un grand dessinateur de mode mort subitement cette année.

– Salut, saint Nicola, oups !… père Noël ! Comment allez-vous ?

Les deux barbus expliquèrent à qui mieux mieux leur désenchantement au sujet de la fête de Noël. Le fils ne parut pas vraiment impressionné. Il s’installa sur l’avant-dernière marche qui menait au trône et se mit à parler comme il devait prêcher dans le désert, deux mille ans auparavant, les bras ouverts et le regard plongé dans celui de ses interlocuteurs.

– Vous avez vu juste tous les deux : les hommes sont en train d’oublier ma naissance qui constitue, au fond, la véritable raison de la fête de Noël. Cependant, admettez qu’ils n’ont pas perdu le vrai sens de cette fête.

– Mais voyons, mon Fils, tu divagues ! Ils ne savent même plus qui tu es…

– Ils ne savent plus qui je suis, certes, mais à Noël, ils fêtent l’Amour. Un jour, Noël ne s’appellera plus Noël mais tout simplement la Fête de l’Amour. Tiens, je devrais parler de ça au Saint-Esprit et lui demander ce qu’il en pense. On ne devrait pas attendre trop longtemps avant de faire changer le nom. Le marketing, vous savez… Il pourrait semer ces idées-là sur Facebook et Twitter, ou encore YouTube, et même ouvrir un blogue…

Le père Noël jeta un regard meurtrier à Jésus-Christ.

– Quoi ? Encore la technologie ?

– Il le faut bien, père Noël, si on ne veut pas se laisser dépasser. Mais le Saint-Esprit n’a pas de problème avec ça, lui. Ne vous en faites donc pas !

Dieu le Père répliqua, d’une voix bougonne.

– Oh là là ! Tu frises le délire, mon pauvre enfant…

– Mais non ! C’est vous qui dramatisez tout, Père ! Admettez qu’à Noël, les centres commerciaux débordent et que les gens y passent des heures et des heures par amour, en quête de trouvailles pour choyer leurs proches. Plusieurs s’endettent même pour allumer des sourires sur le visage de ceux qu’ils aiment. Ouvrez les yeux, grand Dieu ! Et regardez quel amour et quelle générosité les humains mettent dans leurs recherches et quelle joie ils ressentent à faire plaisir à quelqu’un, à imaginer le bonheur des êtres qui leur sont chers. Si ce n’est pas dans l’esprit du vrai Noël, ça…

– M… ouais… tu as peut-être raison.

– Pensez à tous ceux qui organisent des guignolées et aux bénévoles qui préparent des fêtes pour les itinérants, qui visitent les personnes âgées, les malades, les démunis, etc. Les familles prévoient des réunions où tout le monde se retrouve et s’embrasse, les riches donnent aux pauvres, on parle partout d’accommodements raisonnables. On voit même les compagnons de travail incapables de se supporter tout le reste de l’année prendre un coup ensemble lors du party de Noël de l’entreprise ! Les parents lointains arrivent, les mononcles et les matantes, les amis organisent des rencontres, on se rapproche, on devient soudain tolérant, généreux, empathique. Avez-vous entendu les choristes et les musiciens répéter leurs concerts de Noël des mois à l’avance ? Si les gens ne vont plus à l’église pour assister à la messe, ils y vont pour entendre les plus beaux chefs-d’œuvre musicaux jamais composés par les humains et pour se recueillir à leur manière. Plus que tout, il faut regarder la lumière dans les yeux des petits enfants qui attendent le père Noël pour constater que la pureté et la naïveté existent encore chez les Hommes de bonne volonté, et que le cœur de la plupart des parents reste encore et toujours rempli d’amour pour les leurs.

– Wow ! Comme tu parles bien, mon Fils ! Je comprends pourquoi tu as converti l’humanité à ta cause, il y a deux mille ans !

– Pourquoi, papa, m’avez-vous envoyé sur la terre, sinon pour semer l’Amour dans le cœur des Hommes ? Eh bien ! J’ai réussi, car il s’y trouve encore et toujours ! Et tant et aussi longtemps que l’Amour demeurera la principale motivation des célébrations de Noël, moi je serai content. Tant pis pour la crèche, le bœuf et l’âne ! Et tant pis pour les églises qui coûtent trop cher à chauffer ! La vraie religion, c’est dans le cœur des Hommes qu’elle se pratique et elle s’appelle Amour. S’il n’y avait pas d’Amour, la terre tournerait « carré », croyez-moi !

Dieu le Père se gratta la tête et lança un coup d’œil au père Noël.

– Quel Fils intelligent que le mien ! Ouais, peut-être as-tu raison, mon cher Jésus. J’ai créé les hommes libres, je ne peux tout de même pas les empêcher d’évoluer. L’Amour, ils l’ont encore, je te le concède. Qu’en penses-tu père Noël ? On pourrait appeler Noël la Fête de l’Amour.

– Oui, bien sûr ! Les humains n’ont pas perdu l’Amour et ils n’ont probablement pas plus besoin du père Noël que de la crèche… Je me réjouis de ce fait, mais si tu veux connaître le fond de ma pensée, cher Bon Dieu, sache que je ne suis pas encore en âge de penser à la retraite, moi, surtout sans fonds de pension ! J’ai tout intérêt à voir Noël se perpétuer le plus longtemps possible. Je porterai des bermudas si le réchauffement de la terre se poursuit et nous changerons le nom de la fête, voilà tout. Mais on continuera à célébrer Noël quand même. On pourrait alors m’appeler le père d’Amour. Cependant, ça ne règle en rien mon problème de cadeaux compliqués ni le chialage de mes lutins.

– Écoute, mon vieux, je t’envoie le Saint-Esprit au pôle Nord dès demain matin. On le charge habituellement des affaires compliquées. Sans doute va-t-il te prêter des anges spécialisés en informatique pour donner des cours à tes lutins. Et pour les enfants qui réclameront des jouets trop dispendieux, je suis certain qu’à la longue, il réussira à faire baisser les prix. Quant à toi, mon Fils, tu as réussi à me rassurer. Tu as toujours le dernier mot, et je te remercie d’être né un certain 25 décembre ! S’il faut numériser la Parole de Dieu, eh bien on le fera ! Dites donc, vous deux, si on prenait un dernier p’tit verre pour fêter ça ?

Dieu le Père leur tendit une nouvelle coupe de vin.

– Prenez et buvez…

Le père Noël refusa poliment.

– C’est que je dois conduire mon traîneau, moi… Je n’ai pas envie de perdre le Nord ! Le petit renne au nez rouge est en vacances et je crains de ne pas réussir le test d’alcoolémie.

– Pas de problème, mon vieux. Nous avons nos anges bénévoles qui te conduiront sans problème : Opération Nez Bleu. Et c’est gratuit !

On continua alors de trinquer une dernière fois en dégustant une bouteille de Châteauneuf-du-Pape, bon en diable. Mais soudain, saint Pierre vint brusquement mettre un terme à cette merveilleuse rencontre.

– Désolé de vous déranger, cher Dieu le Père, mais la file d’attente s’allonge en bas et certains bienheureux risquent de perdre leur couronne de sainteté s’ils continuent à protester comme ils le font. J’en ai même entendu un murmurer des mots d’église, Vilain, ça…

Dieu le Père serra la mais du père Noël.

– Allons, mon cher père Noël, ne perdons pas le sens du devoir. Je te souhaite à l’avance un joyeux Noël, euh… c’est-à-dire… une joyeuse Fête de l’Amour ! Ho ! Ho ! Ho !

Jésus-Christ se retourna d’un bloc, n’en croyant pas ses oreilles. Jamais il n’avait entendu Dieu le Père rire ainsi, à la manière du père Noël.

Contes de Noël pour les petits et les grands, de Micheline Duff, Éditions Québec Amérique 2012.

L’histoire de Hansel et Gretel

Hansel et Gretel est un conte des frères Grimm qui apparait dans le livre Contes de l’enfance et du foyer écrit en 1812. Les contes des frères Grimm n’étaient pas d’innocente histoire, en réalité, les contes devaient préparer les enfants à leur future vie d’adulte. Mais ces histoires restent néanmoins de jolis contes à raconter le soir de Noël avant que les enfants aillent s’endormirent.

Un bûcheron, sa femme et ses deux enfants Hansel et Gretel vivaient à l’orée d’une forêt. La famille était très pauvre. Une année, la famine régna dans le pays et le bûcheron dit à sa femme :

– Qu’allons-nous devenir ? Comment nourrir nos pauvres enfants ?

– Eh bien, dit la femme, dès l’aube, nous conduirons les enfants dans la forêt, puis nous irons à notre travail et les laisserons seuls. Ils ne retrouveront plus leur chemin, et nous en serons débarrassés.

– Non, dit le bûcheron, je ne ferai pas cela ! Comment pourrais-je laisser nos enfants tout seuls dans la forêt !

– Tu préfères donc que nous mourions de faim tous les quatre ?

Le pauvre homme finit par accepter. Hansel et Gretel n’ayant pas pu s’endormir, entendirent les paroles de leur mère et Gretel se mit à pleurer.

– Ne t’en fais pas, dit Hansel. Je trouverai un moyen de nous en tirer.

Quand les parents furent endormis, il se leva et sortit de la maison. Il ramassa autant de cailloux qu’il put et les mit dans ses poches. Quand vint le jour, la femme réveilla les deux enfants. Puis, ils se mirent tous en route pour la forêt. Tout le long du chemin, Hansel, jetait des cailloux blancs derrière lui. Quand ils furent arrivés au milieu de la forêt, le père dit :

– Maintenant, les enfants, ramassez du bois ! Je vais allumer un feu pour que vous n’ayez pas froid.

Hansel et Gretel amassèrent des brindilles. Quand on y eut mis le feu et qu’il eut bien pris, la femme dit :

– Reposez-vous. Nous allons abattre du bois. Quand nous aurons fini, nous reviendrons vous chercher.

Les deux enfants s’endormirent. Quand ils se réveillèrent, il faisait nuit et Gretel se mit à pleurer :

– Comment ferons-nous pour sortir de la forêt ?

Hansel la consola.

– Attends encore un peu, dit-il, jusqu’à ce que la lune soit levée. Alors, nous retrouverons notre chemin.

Quand la pleine lune brilla, il prit sa sœur par la main et suivit les petits cailloux blancs et ils atteignirent la maison. La femme en les voyant leur dit :

– Méchants enfants ! Pourquoi avez-vous dormi si longtemps ? Nous pensions que vous ne reviendriez jamais.

Leur père, lui, se réjouit, car il avait le cœur lourd de les avoir laissés seuls dans la forêt.

Peu de temps après, la misère régna de plus belle et, une fois de plus, pendant la nuit, les enfants entendirent ce que la mère disait :

– Il ne nous reste plus rien à manger, une demi-miche seulement. Il faut nous débarrasser des enfants ; nous les conduirons encore plus profondément dans la forêt pour qu’ils ne puissent plus retrouver leur chemin.

Quand les parents furent endormis, Hansel se leva avec l’intention d’aller ramasser de nouveau des cailloux. Mais la femme avait verrouillé la porte et le garçon ne put sortir. Il consola cependant sa petite sœur :

– Ne pleure pas, Gretel, dors tranquille.

Tôt le matin, la mère fit lever les enfants. Elle leur donna un morceau de pain, plus petit encore que l’autre fois. Arrivés dans la forêt, les parents laissèrent les enfants pour aller couper du bois. Le soir, Hansel et Gretel firent du feu, puis ils dormirent, et la soirée passa sans que personne ne revînt les chercher. Ils s’éveillèrent au milieu de la nuit, et Hansel consola sa petite sœur, en disant :

– Attends que la lune se lève, Gretel, nous retrouverons le chemin de la maison.

Quand la lune se leva, ils se mirent en route. Mais les deux enfants marchèrent toute la nuit et le jour suivant, sans trouver à sortir de la forêt. Ils mouraient de faim et ils étaient si fatigués que leurs jambes ne voulaient plus les porter. Ils se couchèrent au pied d’un arbre et s’endormirent.

Ils reprirent leur marche, et vers midi, ils virent un joli oiseau sur une branche, blanc comme neige. Il chantait si bien que les enfants s’arrêtèrent pour l’écouter. Quand il eut fini, l’oiseau s’envola devant eux. Ils le suivirent jusqu’à une petite maison sur le toit de laquelle l’oiseau blanc se percha. Quand ils s’en approchèrent, ils virent qu’elle était faite de pain et recouverte de délicieux gâteaux. Les fenêtres étaient en sucre.

– Nous allons nous régaler, dit Hansel.

Hansel grimpa sur le toit et en arracha une petite portion, pour goûter. Gretel se mit à lécher les carreaux. Tout à coup, la porte s’ouvrit et une vielle femme sortit de la maison. Hansel et Gretel eurent si peur qu’ils laissèrent tomber ce qu’ils tenaient dans leurs mains. La vieille secoua la tête et dit :

– Hé, chers enfants ! Qui vous a conduits ici ? Entrez, venez chez moi.

Elle les fit entrer dans la maisonnette et leur servit un bon repas. Elle prépara ensuite deux petits lits. Hansel et Gretel s’y couchèrent. Mais la gentillesse de la vieille femme n’était qu’apparente. En réalité, c’était une méchante sorcière qui n’avait construit la maison en pain d’épice que pour attirer les enfants et les manger.

À l’aube, la vielle femme attrapa Hansel, le conduisit dans une petite étable et l’y enferma. Il eut beau crier, cela ne lui servit à rien. La sorcière s’approcha ensuite de Gretel, la secoua pour la réveiller et lui dit :

– Debout, paresseuse ! Va chercher de l’eau et prépare quelque chose de bon à manger pour ton frère, il faut qu’il engraisse. Quand il sera à point, je le mangerai.

Gretel fut obligée de faire ce que lui demandait la sorcière.

Tous les matins, la vieille se glissait jusqu’à l’étable et disait :

– Hansel, tends tes doigts que je voie si tu es déjà assez gras.

Mais Hansel tendait un petit os et la sorcière, qui avait de mauvais yeux, ne s’en rendait pas compte. Elle croyait que c’était vraiment le doigt de Hansel et s’étonnait qu’il n’engraissât point. Quand quatre semaines furent passées, et que l’enfant était toujours aussi maigre, elle perdit patience et décida de ne pas attendre plus longtemps.

– Gretel, cria-t-elle, dépêche-toi d’apporter de l’eau ! Que Hansel soit gras ou maigre, c’est demain que je le mangerai.

De bon matin, Gretel fut chargée de remplir la grande marmite d’eau et d’allumer le feu. La sorcière poussa la pauvre Gretel vers le four, d’où sortaient de grandes flammes.

– Faufile-toi dedans ! ordonna-t-elle, et vois s’il est assez chaud pour la cuisson.

Elle avait l’intention de fermer le four quand la petite y serait, pour la faire rôtir. Elle voulait la manger, elle aussi. Mais Gretel devina son intention et dit :

– Je ne sais comment faire. Comment entre-t-on dans ce four ?

– Petite oie, dit la sorcière, l’ouverture est assez grande, vois, je pourrais y entrer moi-même.

Et elle y passa la tête. Alors Gretel la poussa dans le four, claqua la porte et mit le verrou. Puis, elle courut vers la petite étable et dit :

– Hansel, nous sommes libres ! La vieille sorcière est morte !

– N’ayant plus rien à craindre, ils pénétrèrent dans la maison de la vieille femme. Dans tous les coins, il y avait des caisses pleines de perles et de diamants. Ils se remplirent les poches et partirent.

Au bout de plusieurs heures de marche, ils virent au loin leur maison. Ils se mirent à courir, se ruèrent dans la chambre de leurs parents et sautèrent au cou de leur père. Sa méchante femme était morte. Gretel secoua son tablier, et les perles et les diamants roulèrent à travers la chambre. Hansel en sortit d’autres de ses poches. C’en était fini des soucis.

Ils vécurent heureux tous ensemble.

Un visiteur inattendu

UN CONTE POUR LES GRANDS AU COEUR D’ENFANT

Voilà trois fois que le feu de circulation vire au vert sans que, pare-chocs à pare-chocs, les voitures avancent d’un centimètre. Quelle tempête ! Moi qui voulais écrire mon conte de Noël, ce soir… Zut ! À l’instar des autres automobilistes, j’éteins mon moteur, tourne le bouton de la radio et me cale profondément dans mon siège. Troisième concerto pour piano de Beethoven. Bof ! Après tout, aussi bien profiter du moment et l’écouter attentivement. Quel génie, tout de même ce compositeur !

– Oui, mais le soliste joue mal. Il ne respecte pas les consignes indiquées sur la partition. Même le tempo de l’orchestre est trop lent.

Je me retourne d’un bloc. Sur le siège de droite, à mes côtés, est assis un personnage dont l’allure me laisse perplexe : cheveux en bataille, chemise de dentelle et veste de soie, souliers à boucles. Le regard perçant sous les sourcils broussailleux a pour moi un air de déjà vu : la ressemblance avec le portrait de Beethoven suspendu au-dessus de mon piano me paraît évidente. Je n’ose y croire… Suis-je en train de perde la tête ?

– Seriez-vous ?…

– Oui, oui, je suis Ludwig van Beethoven !

– Mais… Que faites-vous ici, dans ma voiture ?

– Permission spéciale ! Parce que j’ai inspiré un écrivain à poursuivre son œuvre malgré les difficultés éprouvées, je fais partie du groupe des Élus qui ont reçu, cette année, le privilège du Seigneur d’accomplir un désir fou. J’ai manifesté le vœu de vous rencontrer afin de vous inciter à persévérer dans l’écriture. Alors, me voilà ! On m’a parachuté sur terre à vos côtés pour quelques instants seulement. J’avoue toutefois ne rien connaître de la planète du vingt et unième siècle, sauf pour ma musique que les hommes semblent encore apprécier. D’ailleurs, d’où sort-elle, en ce moment, cette musique ? De cette boîte-là ? J’entends bien mon concerto, mais où sont les musiciens ?

– Mais… ils tournent à la radio ! Ou plutôt, non ! Ils jouent sur un disque. Euh… C’est-à-dire qu’ils se trouvaient là lors de l’enregistrement du disque compact, euh… le CD qui tourne à la radio…

– Radio ? Disque compact ? Et le piano, où l’a-t-on installé ? Quel son extraordinaire, tout de même ! Les hommes de ce siècle ne connaissent pas leur chance. Dites-moi, Micheline, où nous trouvons-nous exactement, en ce moment ?

– Nous sommes assis à l’intérieur de ma voiture, au centre-ville, au milieu d’un embouteillage monstre causé par la tempête de neige du siècle.

– Quelle voiture ? Je ne vois pas de voiture ici, moi ! Il n’y a même pas de cheval !

– De cheval ? Euh… Il y a des chevaux-vapeur, mais pas de cheval.

– Des chevaux-vapeur ? C’est quoi ça, des chevaux-vapeur ? Et toutes ces lumières qui ne cessent de bouger autour de nous, quel magnifique feu d’artifice, n’est-ce pas ? Oups ! Attention ! On nous attaque ! Regardez ce monstre, il se dirige droit vers nous ! Quel vacarme ! Ciel ! Nous allons périr ! Prenez garde, Micheline, prenez garde !

J’ai beau tourner la tête de tous les côtés, je ne vois qu’une vulgaire charrue en train de pousser la neige afin de dégager la rue. Je m’empresse de rassurer mon interlocuteur de plus en plus effaré.

– Dieu que la vie sur terre est devenue traumatisante depuis 1827 ! Oh ! regardez là-bas, dans la fenêtre du palais, cet arbre de Noël grandiose. Nous ne sommes que le 20 décembre, pourtant. Pourquoi avoir allumé les bougies dès maintenant ?

– Du palais ? Quel palais ? Et quelles bougies ? Je ne vois de palais nulle part.

– Juste là, devant nous.

– Mais, monsieur Beethoven, il ne s’agit pas d’un palais, c’est seulement un magasin : Le Palais des Sports ! Et les bougies sont des lumières électriques, pas des chandelles, voyons !

– Électriques ? Qu’est-ce que ça veut dire ?

– Pauvre monsieur Beethoven, vous voilà vraiment perdu ! Je n’en reviens pas de vous voir là, à mes côtés…

Le musicien se retourne vers moi et me gratifie d’un sourire irrésistible, celui qui me rappelle les plus beaux moments de sa Symphonie Héroïque.

– Un ange m’a raconté que, pendant vos périodes creuses au cours de cette année, vous vous êtes très souvent inspirée de moi en écrivant votre roman avec constance et acharnement. Il semble que ma persévérance d’autrefois à composer de la musique malgré ma surdité vous a maintes fois soutenue et donnée du courage. Cela m’a touché profondément, vous savez. Ce n’est pas parce qu’on a trépassé et qu’on habite le ciel qu’on reste indifférent à ce qui se passe dans le cœur des humains. Alors, j’ai voulu vous remercier et vous offrir un petit présent pour vous encourager à continuer.

Dans l’écrin de velours bleu nuit que le musicien me remet gentiment, brille une magnifique plume d’or. Je me sens tout émue et ne sais trop comment remercier cet homme que j’admire plus que tout.

– Oh ! merci monsieur Beethoven ! Quelle bonne idée et comme c’est gentil à vous !

– Appelez-moi Ludwig, je vous en prie. En fait, je n’ai pas grand mérite, c’est le Saint-Esprit qui m’a glissé cette idée à l’oreille et… ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd, eh ! eh ! Depuis que j’habite au ciel, j’entends de nouveau. Savez-vous, Micheline, que vos contes de Noël sont lus jusqu’au fond du paradis et que nous les attendons impatiemment chaque année ? Non seulement les petits Chérubins, mais tous les Bienheureux les adorent. Rappelez-vous de la consigne : « Si vous n’êtes pas comme des enfants, vous n’entrerez pas au paradis. » Puisse cette plume d’or vous inciter à en écrire beaucoup d’autres pendant de nombreuses années. C’est mon cadeau de Noël et celui de tous les Élus.

– Vous tombez pile, monsieur Beethoven, euh… monsieur Ludwig ! J’avais justement prévu, ce soir, de rédiger à la hâte mon conte de Noël de cette année. J’accuse du retard, contrairement à mes habitudes. Pour vous remercier de ce merveilleux cadeau, je vais vous insérer dans ce conte et y donner un rôle de premier ordre, si vous n’y voyez pas d’objection.

– Vous m’en voyez tout honoré, Micheline. Eh bien ! je dois vous quitter maintenant. Au paradis, cette année, on jouera ma Missa Solemnis durant la nuit de Noël, et je dois m’occuper des répétitions avec l’orchestre des Glorieux et le Chœur céleste. Ce n’est pas parce que ces gens sont béatifiés qu’ils ont nécessairement de l’oreille, vous comprenez ! Je dois veiller, sans perdre patience, à ce que les voix et les violons soient parfaitement accordés.

– Au revoir et merci, monsieur Beethoven ! On se reverra sans doute un jour, au paradis. N’oubliez pas d’inscrire mon nom sur la liste d’attente de vos futurs élèves en piano.

L’homme me sert la main chaleureusement.

– J’insiste : appelez-moi donc Ludwig…

Je me penche timidement pour déposer un baiser sur la joue de mon musicien préféré, l’un des plus grands dans l’Histoire de l’humanité, quand les klaxons me font soudainement sursauter. La voie est enfin dégagée, et ma voiture immobilisée semble maintenant entraver la circulation. Je m’empresse de remettre le moteur en marche et de déguerpir, non sans jeter un regard oblique vers le siège du passager. Il est vide.

La chaussée glissante et dangereuse capte toute mon attention, et ce n’est qu’une demi-heure plus tard que j’arrive finalement à m’extirper de la circulation infernale de ce vendredi avant Noël. Enfin, je peux maintenant réfléchir à ce qui vient de m’arriver.

Beethoven dans ma voiture… Quelle farce ! Voyons, Micheline, tu deviens folle ! Comment appelle-t-on cela ? Hallucination ? Schizophrénie ? Paranoïa ? Voilà ce qui arrive, ma vieille, quand on se surmène comme tu le fais depuis des mois : on capote ! Et les maladies mentales finissent par surgir. Oh là là ! Je n’aime pas cela du tout ! Il faudrait que j’en parle de toute urgence à mon médecin, À moins que ce ne soit le commencement de la maladie d’Alzheimer… À mon âge, ce serait vraiment le comble !

Et puis, non ! J’ai dû bêtement m’endormir quand ma voiture s’est trouvée immobilisée. Oui, oui, c’est cela ! Aussi simple que ça : j’ai rêvé que Beethoven venait me visiter. Tu parles ! Il faut croire que j’ai l’imagination fertile. Quel beau rêve, tout de même !

Quelques heures plus tard, je m’installe confortablement devant un feu de cheminée, pantoufles aux pieds, tablette à écrire à la main, un bon café fumant sur ma table. Décidément, voilà une excellente idée d’inclure Beethoven dans mon conte de Noël de cette année. Il est vrai que sa pensée me réconforte depuis longtemps. Oups ! J’ai oublié de prendre un stylo.

À la recherche d’un quelconque crayon, je farfouille dans mon sac à main. Quelle n’est pas ma surprise d’y découvrir, dans un écrin de velours bleu nuit, une ravissante plume d’or. Une minuscule carte l’accompagne :

De Ludwig, avec tendresse.

Contes de Noël pour les petits et les grands, de Micheline Duff, Éditions Québec Amérique 2012.

Sous le sapin

Ce soir-là, il se faisait très tard et personne n’avait encore éteint les lumières de l’arbre de Noël installé au milieu du salon familial. Tout paraissait calme dans la maison à part les ronflements de monsieur Roupillon endormi sur le divan, son journal sur son nez.

Le sapin brillait de mille feux. Au-dessous, sur une couverture blanche évoquant la neige, une clarté dorée émanait des fenêtres des petites maisons d’un village de carton. Au milieu trônait une jolie crèche dans laquelle rien ne bougeait. Les personnages de plâtre restaient immobiles et silencieux. Pourtant, une petite voix s’éleva soudain.

– Dis donc, Flanelle, si on sortait de la crèche pour aller se dégourdir les pattes au village ?

– Oh ! non, notre berger ne serait pas content.

– Tu sais bien que Samuel ne bronchera pas du temps des Fêtes. Il va se contenter de contempler le petit Jésus à perpétuité, appuyé sur sa canne ! Il ne s’apercevra même pas de notre promenade. On mérite bien une petite sortie, après tout ! Une année dans les boules à mites, juchés sur une tablette du sous-sol, c’est long pour des petits moutons comme nous ! On a bien droit à quelques heures de vacances, non ? J’en ai assez, moi, de rester sans bouger au fond de la crèche.

– Non, Coton ! Notre place se trouve à gauche du petit Jésus, du côté de l’âne, exactement là où madame Roupillon nous a placés.

– Allons, viens ! Personne ne remarquera notre absence. Toute la famille est sortie ce soir à part monsieur Roupillon qui dort à poings fermés sur le canapé. C’est le temps ou jamais !

Flanelle se laissa finalement convaincre et suivi Coton, un peu à regret. Mais elle oublia vite son sens du devoir dès qu’elle eut sauté la clôture. Ah ! quelle joie de gambader sous le sapin de Noël et de jouer à cache-cache derrière les maisons du village illuminé. Les deux agneaux dévalaient les pentes à toute vitesse ou se laissaient glisser sur le miroir figurant une patinoire, au grand plaisir du bonhomme de neige de peluche qui les regardait s’amuser en riant de bon cœur.

Les petits moutons arrivèrent bientôt devant un étrange objet constitué de plusieurs chariots sur roues, attachés les uns aux autres.

– Un train ! s’écria Coton. Il y a des années qu’on n’en avait pas installé sous l’arbre des Roupillon. Allez ! monte, Flanelle, tu vas faire un tour de train. Tu verras comme ça peut aller vite.

– Jamais de la vie ! J’ai bien trop peur !

– Ah ! ce que les filles sont poules mouillées ! Il n’y a pas de danger, voyons ! Un train d’arbre de Noël, ça ne fait que tourner en rond !

Flanelle accepta de mauvaise grâce et finit par monter, en hésitant, dans un wagon de marchandises dont la porte était ouverte. Coton dut sauter à plusieurs reprises, à pattes jointes, sur le bouton rouge de l’interrupteur déniché derrière l’arbre, avant que le convoi ne se mette enfin en branle. À chacun des tournants, l’engin lançait des tchous-tchous sonores auxquels se mêlaient les cris effrayés de Flanelle, ce qui faisait rire Coton chaque fois que le train défilait devant lui.

C’est à ce moment précis que monsieur Roupillon se réveilla à moitié, sans doute à cause du vacarme. Tout ensommeillé, il s’en fut éteindre l’arbre de Noël et toutes les lumières de la maison pour monter ensuite se coucher dans sa chambre, sans même se demander ce qui avait pu actionner le train électrique sous le sapin. Non seulement l’arbre de Noël et le village, mais tout le salon, se trouvèrent aussitôt plongés dans l’obscurité totale. Bien sûr, le train cessa immédiatement son excursion.

Seuls les cris de panique de Flanelle résonnant au loin et les bêlements affolés de Coton brisaient le silence effroyable. « Ma pauvre Flanelle, comment vais-je la retrouver par cette noirceur ? » Il se mit à courir le long de la voie ferrée en se disant qu’il finirait bien par rejoindre le train quelque part. En brave petit mouton, il ramènerait son amie dans la crèche et nul ne saurait avec quelle imprudence il l’avait lui-même entraînée dans cette mésaventure. Hélas ! lorsqu’il parvint à grimper dans les wagons arrêtés au milieu d’un tunnel, Flanelle ne s’y trouvait plus. Rien ! Pas un bruit, pas un cri, pas un agneau, absolument rien ne bougeait. Morte de peur, Flanelle avait dû quitter le train et s’enfuir à toutes pattes dans n’importe quelle direction. Dieu sait où…

« Pourvu qu’il ne lui arrive rien ! On ne sait jamais quels dangers guettent une naïve brebis comme elle ! » songeait Coton. Il se rassura quelque peu en pensant qu’on ne rencontre jamais de loup ou de bandit sous les arbres de Noël. Il continua à crier de toutes ses forces, mais Flanelle ne répondait toujours pas.

Pendant ce temps, dans l’étable disposée sur le devant de l’arbre, saint Joseph remarqua que Marie grelottait.

– Quelle nuit fraîche ! Depuis qu’on a éteint les lumières du sapin, on dirait qu’un vent frais tourne au-dessus de nous. Même le petit Jésus a les mains gelées ! Il faudrait faire quelque chose, mon mari.

– Ne t’inquiète pas, Marie, je vais faire venir nos deux petits moutons. L’un se couchera avec Jésus et l’autre te réchauffera les pieds.

Marie se mit à sourire. Elle aimait bien ces deux adorables agnelets de laine blanche qui revenaient invariablement égayer la crèche, chaque année. Oh ! de temps en temps, ils donnaient un peu de fil à retorde à leur berger Samuel, mais ils se montraient tellement joyeux et pleins de vie !

Joseph revint bredouille en compagnie d’un Samuel passablement énervé.

– Mes moutons ont disparu ! Oh ! bonne Sainte Vierge, me pardonnerez-vous jamais de les avoir perdus ?

– Allons, mon bon Samuel, ne vous inquiétez pas. Je vais envoyer mes anges à leur recherche.

Au même moment, un grand miracle se produisit : l’étoile suspendue au-dessus de la crèche commença à briller comme un soleil. Les anges fouillèrent alors le sapin, du haut jusqu’en bas, volant de branche en branche, frôlant de leurs ailes les glaçons d’argent et les babioles multicolores. Ils survolèrent le village étalé au pied de l’arbre comme de grands oiseaux furetant dans tous les coins et recoins. Ils dénichèrent d’abord Coton, recroquevillé derrière une butte de neige, épuisé d’avoir tant cherché son amie. Il pleurait à chaudes larmes, désolé d’avoir causé la perte de Flanelle. Samuel le ramena à lui avec sa canne mais il le gronda à peine, trop content d’avoir retrouvé au moins un des agneaux.

De Flanelle, on ne trouva nulle trace. On commença à se demander si l’un des méchants casse-noisettes accrochés dans l’arbre ne s’était pas emparé d’elle pour la croquer. Ou une boule géante l’aurait-elle écrasée en tombant ? On en verrait alors des traces… Et si une souris affamée, longtemps dissimulée entre les murs de la maison, avait croqué cette proie facile en rêvant à un gigot d’agneau ? Ce serait bien la première fois qu’un tel drame se produirait sous le sapin des Roupillon. Les plus vieux ornements de l’arbre certifièrent que jamais ni chat, ni chien, ni souris n’avait habité cette maison. Tout le monde revint à la crèche la mine basse. Même la Vierge Marie s’énerva un peu.

– Il n’est pas question de passer la nuit sans retrouver Flanelle. Je vais devoir faire un autre miracle.

Aussitôt, non seulement les maisons du village sous l’arbre de Noël s’éclairèrent de nouveau, mais on put déceler de l’animation derrière les fenêtres de chacune d’elles. Ici, on dansait la gigue au son d’un violon, là, on disposait des cadeaux sous un arbre décoré. Un peu plus loin, une odeur de dinde rôtie commença à se répandre. On voyait partout des passants se diriger vers la grande église de carton toute illuminée, parmi les carrioles aux grelots joyeux. Ô sainte nuit, ô nuit de paix… Les chants envahissaient le village, et Coton sentait son cœur battre à tout rompre. Comment se réjouir sans sa Flanelle bien-aimée ? Jamais il ne pourrait redevenir heureux.

L’idée lui vint tout à coup de pénétrer dans l’église remplie de monde alors que minuit sonnait tout juste à la grande horloge du clocher. Il se faufila discrètement entre les deux portes et se dirigea à petits pas vers l’avant, en longeant le mur. Il y découvrit une grande crèche qui occupait tout le côté. Instinctivement, il scruta les personnages. Autour du petit Jésus, il remarqua de nombreux moutons sommeillant sur la paille. Sans doute des cousins lointains qu’il ne connaissait pas… Soudain, il se frotta les yeux. Non ! il ne rêvait pas, il s’agissait bel et bien de Flanelle, là, complètement endormie, le museau entre les pattes. Il s’empressa de la réveiller d’un coup de langue sur le bout de l’oreille.

– Ah ! Flanelle ! Te voilà enfin ! Mais que fais-tu ici ?

– Je… je ne sais pas. Il faisait si noir et j’avais si peur. Quand je me suis approchée de cette église de carton coloré, elle s’est éclairée tout à coup et j’ai entendu des chants si doux qu’ils m’ont attirée. Je suis entrée et j’ai reconnu le petit Jésus dans la mangeoire. Il m’a souri et je suis demeurée près de lui, bien en sécurité.

– Viens ! C’est le temps de rentrer chez nous, maintenant, l’aventure a assez duré.

Un ange ramena les agneaux à la crèche à pleine volée, après les avoir déposés dans un panier d’or, au grand bonheur des chœurs de chant qui entonnèrent des alléluias plus fort que jamais. Puis, la nuit et le silence redescendirent tranquillement au pied de l’arbre de Noël.

On choisit Flanelle pour dormir auprès de Jésus. Épuisée, elle se rendormit aussitôt en même temps que l’Enfant. Saint Joseph et Samuel reprirent leur canne et s’agenouillèrent à nouveau devant le berceau. Quant à Coton, s’il eut à subir le regard réprobateur de Samuel, il se consola bien vite sous les caresses que la Vierge ne manqua pas de lui prodiguer jusqu’à ce qu’il parte lui aussi au pays des rêves, aux premières heures du matin.

Tout se figea alors et un grand silence envahit le grand salon des Roupillon.

Contes de Noël pour les petits et les grands, de Micheline Duff, Éditions Québec Amérique 2012.

L’histoire de Raiponce

Raiponce est un conte écrit par les frères Grimm et figure dans leur recueil Contes de l’enfance et du foyer écrit en 1812. Ce conte séduira toutes les petites filles pendant la période des Fêtes.

Il était une fois un mari et sa femme qui désirait depuis longtemps avoir un enfant, quand enfin le Bon Dieu avait entendu leur prière et avait accompli leur vœu le plus cher.

Depuis leur maison il pouvait voir un magnifique jardin où poussaient les plantes et les fleurs les plus belles ; mais il était entouré d’un haut mur, et personne n’osait s’y aventurer car il appartenait à une sorcière que tout le monde craignait.

Un jour la femme se tenait à sa fenêtre et admirait le jardin, elle vit de superbes raiponces avec des rosettes de feuilles si vertes et si luisantes, si fraîches et si appétissantes, que l’eau lui en vint à la bouche. Cette envie grandissait de jour en jour ; mais comme elle savait aussi qu’elle ne pouvait pas en avoir, elle se rendit malade et commença à dépérir chaque jour un peu plus. En la voyant dans un tel état, son mari s’inquiéta et lui demanda :

– Mais que t’arrive-t-il donc ?

– Ah ! Je vais mourir si je ne peux pas manger de raiponce !

Le mari aimait sa femme et était prêt à tout pour son bonheur. Au crépuscule, il escalada le mur du jardin de la sorcière, et prit une pleine main de raiponces qu’il rapporta à son épouse. La femme s’en prépara immédiatement une salade, qu’elle mangea sans attendre. Mais c’était si bon et cela lui avait tellement plu que son envie avait triplé. Et pour la calmer, son mari retournât encore une fois dans le jardin. Il fit donc comme la veille, mais quand il sauta dans le jardin, il se figea d’effroi car il était nez à nez avec la sorcière !

– Tu devrais avoir honte de t’introduire dans mon jardin comme un voleur, lui dit-elle, et de venir me voler mes raiponces ! Tu vas voir ce qu’il va-t’en coûter !

– Par pitié, ne voulez-vous pas user de clémence et préférer miséricorde à justice ? Si je me suis décidé à le faire, c’est que ma femme a vu vos raiponces par notre petite fenêtre, et elle a été prise d’une telle envie d’en manger qu’elle serait morte si elle n’en avait pas eu.

La sorcière fit taire sa fureur et lui dit :

– Si ce que tu racontes est exact, je veux bien te permettre d’emporter autant de raiponces que tu voudras, mais à une condition : c’est que tu me donnes l’enfant que ta femme va mettre au monde.

Le mari paniqué, accepta sans discuter. Quelques semaines plus tard, quand sa femme accoucha, la sorcière arriva aussitôt, donna à l’enfant le nom de Raiponce et l’emporta avec elle.

Raiponce était la plus belle fille de tout le royaume et lorsqu’elle eut douze ans, la sorcière l’enferma dans une haute tour sans escalier ni porte, au milieu d’une forêt. Et comme la tour n’avait pas d’autre ouverture qu’une minuscule fenêtre tout en haut, quand la sorcière voulait y entrer, elle appelait sous la fenêtre :

– Raiponce, Raiponce, descends-moi tes longs cheveux.

Raiponce avait de longs et merveilleux cheveux blonds. En entendant la voix de la sorcière, Raiponce détacha ses cheveux et les laissa se dérouler jusqu’en bas, si bien que la sorcière pouvait se hisser et entrer.

Quelques années plus tard, un prince chevauchait dans la forêt et passa près de la tour, il entendit un chant si adorable qu’il s’arrêta pour l’écouter. C’était Raiponce qui chantait avec la plus belle des voix. Le prince, qui voulait monter vers elle, chercha la porte de la tour mais n’en trouva aucune. Il finit par rentrer chez lui ; mais le chant l’avait bouleversé qu’il ne pouvait plus laisser passer un jour sans revenir à la tour et écouter.

Un jour, alors qu’il était caché derrière des buissons, il vit apparaitre la sorcière et l’entendit appeler Raiponce :

– Raiponce, Raiponce, descends-moi tes longs cheveux.

Raiponce laissa alors tomber ses cheveux et la sorcière grimpa. Le prince ayant comprit comment rejoindre la belle Raiponce, tenta sa chance le lendemain et, arrivé au pied de la tour, il l’appela :

– Raiponce, Raiponce, descends-moi tes longs cheveux.

Les nattes se déroulèrent aussitôt et prince monta. C’est alors que Raiponce prit peur en voyant qu’un homme était entré chez elle, un homme comme elle n’en avait jamais vu ; mais il se mit à lui parler gentiment et à lui raconter combien son cœur avait été touché quand il l’avait entendue chanter, qu’elle l’avait ensorcelé. Alors Raiponce perdit son effroi, et quand il lui demanda si elle voulait de lui comme époux, elle répondit qu’elle le voulait bien, en mettant sa main dans la sienne. Elle ajouta aussitôt :

– Je voudrais bien partir avec toi, mais je ne sais pas comment descendre d’ici. A chacune de tes visites, apporte-moi un cordon de soie : j’en ferai une échelle, et quand elle sera finie, je descendrai et nous partirons ensemble.

La sorcière ne se doutait de rien jusqu’au jour où Raiponce la questionna :

– Dites-moi, marraine, comment se fait-il que vous soyez si lourde à monter, alors que mon chère prince est en haut en un clin d’œil ?

– Ah ! Qu’est-ce que j’entends ? s’exclama la sorcière. Moi qui croyais t’avoir isolée du monde entier !

La sorcière était furieuse et dans sa colère, elle empoigna les beaux cheveux de Raiponce et les serra dans sa main en les tournant, puis elle, attrapa des ciseaux de l’autre main et les coupa. Elle s’en alla ensuite déposer Raiponce dans une solitude désertique, où elle l’abandonna à une existence misérable et pleine de détresse.

Ce même jour encore, elle revint attacher solidement les nattes au crochet de la fenêtre, et vers le soir, quand le prince arriva et appela :

– Raiponce, Raiponce, descends-moi tes longs cheveux.

La sorcière laissa dérouler les cheveux jusqu’en bas et le prince y monta, mais ce ne fut pas Raiponce qu’il trouva en haut mais la vieille sorcière qui le fixait.

– Mouhaha ! Ricana-t-elle, tu viens chercher ta douce, mais le bel oiseau n’est plus au nid et il ne chante plus : le chat l’a emporté loin très loin et il va maintenant te crever les yeux. Pour toi, Raiponce est perdue et tu ne la retrouveras jamais !

Déchiré de douleur et de désespoir, le prince sauta par la fenêtre du haut de la tour :il sauva sa vie mais il perdit les yeux en tombant au milieu des épines. Il erra, désormais aveugle, dans la forêt, pleurant sans cesse sur la perte de sa douce Raiponce.

Le malheureux erra ainsi pendant quelques années, aveugle et misérable, jusqu’au jour où ses pas l’amenèrent dans la solitude où Raiponce vivait avec les deux jumeaux qu’elle avait mis au monde. Il avait entendu une voix qu’il lui sembla connaître, et tout en tâtonnant, la voix de Raiponce la guidait vers elle.

Raiponce le reconnut immédiatement et lui sauta au cou en pleurant. Deux de ses larmes ayant touché ses yeux, le prince recouvra la vue, et il ramena sa bien-aimée dans son royaume, où ils furent accueillis avec joie et vécurent à tout jamais heureux

La véritable histoire du Père Noël

NDLR.: En ce 2 décembre, voici le retour des contes de Noël. Cette année 2020, ayant été très éprouvante, ces histoires arrivent à point pour jeter un baume sur ces mauvais moments et se remettre dans l’ambiance de Noël. Avec la générosité de Micheline Duff, auteure de contes de Noël et son éditeur, Québec-Amérique, je veux les remercier de leur autorisation d’en publier cinq pour cette année; trois pour les petits au cœur d’ange et deux pour les grands au cœur d’enfant. Je suis heureux de profiter de cette belle plume; de beaux contes, à raconter et apprécier, en attendant Noël la tête pleine de rêves.

Et si vous voulez en lire et raconter d’autres, ce blogue en compte déjà 134 dans ses archives. Vous n’avez qu’à les trouver en interrogeant la catégorie « Contes de Noël » en marge droite. Allez y faire un tour pour vous rappeler avec émotions, ces belles histoires toujours fantastiques. C’est aussi l’occasion de réveiller votre cœur d’enfant au pays enchanté qui, jadis, vous remplissait le cœur d’émerveillement. Jusqu’au 24 décembre inclusivement, vous trouverez sur ce blogue, tous les deux jours, la cuvée des contes de Noël 2020. À vous de venir y faire un tour. Bonne lecture.

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L’histoire ci-dessous est assurément la véritable histoire du Père Noël et, petits et grands, n’en doutez pas une seule seconde. Racontez aux enfants… et leurs yeux seront ébahis.

Il y a bien longtemps, le Père Noël s’installait en Laponie. Il rêvait de calme et de verdure. Et surtout, il rêvait d’un lieu agréable pour ses nombreux rennes. La Laponie semblait être le lieu rêvé.

Après discussion avec Mère Noël, le Père Noël s’est écrié :

– C’est décidé, nous allons nous installer ici.

Et c’est dans cette nature bienveillante que le Père Noël a élu domicile avec ses lutins et ses rennes.

La Laponie du Père Noël se trouve très loin de chez nous, là-haut au Nord, dans des contrées toutes enneigées l’hiver. Ce que le Père Noël aime en Laponie, ce sont ces belles étendues à perte de vue. Pas de voitures, pas de bus, juste des sapins de Noël, des rennes et quelques renards blancs…

Chut, l’adresse précise de la maison du Père Noël est « top secret ». Si l’on sait qu’il habite la montagne Korvatunturi (la Montagne de l’Oreille), personne n’a jamais réussi à percer le mystère du lieu exact de sa maison. Lui et Mère Noël vivent heureux et cachés, bien au chaud quelque part dans cette montagne qui a la capacité d’entendre, selon la légende, les enfants méchants.

Ce que l’on sait en revanche, c’est que chaque jour le Père Noël quitte sa maison à traineau pour se rendre à son bureau du Village du Père Noël, situé sur le Cercle Polaire.

Le Père Noël est toujours très occupé dans son village : il doit trier les très nombreuses lettres qu’il reçoit du monde entier. Il doit accueillir les petits chanceux qui lui rendent visite dans sa chambre secrète et bien sûr il doit s’afférer à la fabrication des cadeaux qu’il distribuera autour du monde le soir du 24 décembre.

Après une longue journée de travail, le Père Noël rentre à la maison. Il est toujours très content de retrouver Mère Noël qui lui prépare souvent de délicieux gâteaux à la cannelle. Les valeureux rennes ont eux aussi droit à une petite douceur : un bon bol de lait !

Le Village du Père Noël est un lieu enchanté situé dans la petite ville de Rovaniemi sur le Cercle Polaire Arctique. C’est ici, dans ce lieu plein de magie, entouré de nature, de rennes et de mystère que le Père Noël a décidé d’installer son Village/bureau.

– Je suis enchanté, s’esclaffe le Père Noël. Toute l’année, des enfants du monde entier viennent me rendre visite ici. J’aime quand ils s’assoient sur mes genoux pour me chuchoter à l’oreille ce qu’ils veulent pour Noël.

Le gentil bonhomme prend toujours le temps de faire une photo avec ses petits visiteurs. Même quand Noël approche et qu’avec ses Lutins il ne sait plus où donner de la tête, le Père Noël aime toujours aller discuter avec les enfants, leur demander s’ils ont été bien sages et surtout ce qu’ils ont demandé pour Noël.

– Tu sais Mère Noël, les années passent, mais les enfants me demandent toujours les mêmes cadeaux.

– Je sais Père Noël, les petits chéris te demandent très souvent des voitures, des poupées, des jeux vidéo… s’amuse Mère Noël, le soir au coin du feu.

Le Père Noël adore Noël et les fêtes de fin d’année. A cette période de l’année, la Laponie a revêtu son beau manteau blanc de neige et à l’heure de la récré, le Père Noël aime regarder les Lutins s’amuser comme des petits fous lors de batailles de boules de neige.

C’est dans son bureau au village, que le Père Noël reçoit des milliers de lettres. Il est toujours touché par tous ces messages d’amour et d’affection, par toutes ces preuves de gentillesse et par les souhaits de tout petits.

Mais comme le Père Noël raconte souvent à Mère Noël, il n’y a pas que les enfants souhaitent contacter le Père Noël. Parfois, certains adultes lui écrivent aussi pour lui demander un service ou un cadeau.

Papa Noël est une véritable star, et chaque année les Lutins lui demandent combien de lettres il pense recevoir :

– Des milliers et des milliers mon cher petit Barbelu le Lutin. Cette année encore, il vous faudra m’aider pour ouvrir et lire toutes ces merveilleuses lettres.

– Pendant 3 mois ?

– Oui, pendant 3 mois. C’est le temps nécessaire pour ouvrir toutes les lettres au Père Noël, tu le sais bien mon petit.

Même si les Lutins préfèreraient s’amuser dans la neige, ou partir en balade avec les rennes, ils aiment aider le Père Noël à lire et à répondre à toutes ses lettres.

Rudolph est le meilleur ami du Père Noël. Il est toujours partant pour un tour du monde dans le ciel. Mais le Père Noël possède également de nombreux autres rennes qui l’accompagnent dans son voyage le soir sur 24 décembre pour distribuer jouets et cadeaux.

– Père Noël, cette année je veux vous accompagner, toi, Rudolph et les autres. Je ne veux pas rester à la maison, supplie Etoile des Neiges, le bébé renne de 6 mois.

– L’année prochaine Etoile des Neiges. Tu sais bien que cette année tu es encore trop jeune. Et puis, tu n’as pas encore fini ton entrainement. Ne sois pas impatient. Être le renne du Père Noël demande du temps et du travail. Il te faut aller à l’école des rennes encore quelques temps.