Saint Nicolas et son âne

« Fichtre ! Quel entêté, cet animal ! » s’énerve saint Nicolas en essayant de faire avancer sa monture. Mais son âne ne veut rien entendre. Il ne bouge as d’un poil. Il regarde ailleurs en prenant un air idiot.

Si ça continue comme ça, le patron des écoliers va être en retard pour sa tournée. Car lui aussi va voir les enfants en décembre, un peu comme le père Noël, mais plus tôt. Il leur apporte des friandises et vérifie qu’ils ont été sages pendant l’année.

Or saint Nicolas est toujours accompagné de son âne. De quoi aurait-il l’air sans lui ?

Il faut absolument trouver une solution.

Heureusement, il lui vient une idée : il va lui jouer un tour.

Le vieil homme donne une petite claque sur la croupe de la bête et fait mine de s’en aller : « Après tout, tant mieux : c’est moi qui récupérerai toutes les carottes que les enfants auront préparées pour ce stupide animal. »

L’âne ne bouge toujours pas, mais il a dressé une oreille.

Saint Nicolas continue : « Il y en aura certainement des kilos, des centaines de kilos ! En rentrant, je les dégusterai en salade, en purée, à la crème, en bâtonnets… »

L’âne redresse sa deuxième oreille.

« Hummm, je vais me régaler ! Parce que, moi, j’aime bien les carottes. Ça donne les fesses roses et une bonne vue ! »

Saint Nicolas presse le pas, comme s’il avait décidé de planter là cet âne à la tête de cochon.

Alors, un bruit de sabots se fait entendre. Son baudet le rejoint, comme si de rien n’était, et trottine gentiment à ses côtés pour aller voir les enfants.

Saint Nicolas lui lance un petit regard amusé : comme sa ruse a bien marché !

Textes de Sylvie Mathuisieulx
Illustrations de Mayana Itoïz
Source : 24 histoires pour attendre Noël avec les petits, Groupe Fleurus 2011

Paquets cadeaux

Voici le retour des contes de Noël. En fait, ils ont débuté le 2 décembre. Cette année encore, les histoires seront dédiées aux petits pour que vous puissiez leur raconter avant qu’ils ne tombent dans les bras de Morphée. De beaux contes, courts mais combien fertiles pour le bonheur de ces mignons chérubins en attendant Noël la tête pleine de rêves.

Et si vous voulez en raconter d’autres, ce blogue en compte déjà 123 dans ses archives. Vous n’avez qu’à les trouver en interrogeant la catégorie « Contes de Noël » en marge droite. Allez y faire un tour pour vous rappeler avec émotions, ces belles histoires toujours fantastiques. C’est aussi l’occasion de réveiller votre cœur d’enfant au pays enchanté qui, jadis, vous remplissait le cœur d’émerveillement. Voici le deuxième conte et les autres suivront à tous les deux jours, jusqu’à la grande Fête.

Dong, dong, dong… L’horloge de l’atelier sonne dix coups.

C’est l’heure du goûter. Les lutins arrêtent de travailler. Ils s’installent sur des poufs et discutent avec animation.

Il reste des milliers de paquets à terminer. Bien sûr, certains sont faciles à faire. Par exemple, emballer une boîte en carton, ça n’est pas trop compliqué. Mais il arrive aussi aux lutins de s’arracher les cheveux : personne n’a jamais vraiment bien réussi à faire un emballage pour un ballon de foot, de basket ou de rugby. Le papier se plie n’importe comment, et la ficelle dorée ne veut jamais rester en place.

« De toute façon, c’est idiot de se donner trop de mal : les beaux emballages sont déchirés à toute vitesse, grogne Cosinus de mauvaise humeur.

– Pas du tout. C’est très important, un joli paquet ! » rétorque Yvain.

Wilfried suggère alors :

– Occupons-nous ce matin de tous les cadeaux en forme de boule qui posent un problème. Ensemble, nous trouverons bien une solution. Demain, il ne nous restera plus que les paquets faciles à faire.

Tout le monde applaudit, et on commence à se creuser la cervelle.

On fait plusieurs essais. On découpe le papier comme-ci, puis comme ça. On dévide des tas de rouleaux de scotch. On invente des nœuds compliqués. Mais le résultat n’est jamais très réussi.

Au bout d’une heure, il faut remonter le moral des troupes.

Xaverus décide de faire une pause et de distribuer des friandises.

Alors, tout à coup, Yvain s’exclame :

« J’ai trouvé ! Il suffit d’emballer tous ces fichus ballons comme des bonbons géants ! »

Aussitôt dit, aussitôt fait. Ça marche à merveille. On félicite le lutin pour son idée de génie.

Textes de Sylvie Mathuisieulx
Illustrations de Mayana Itoïz
Source : 24 histoires pour attendre Noël avec les petits, Groupe Fleurus 2011

La grande réunion

« Bon. Allons-y », dit Xaverus debout sur un tabouret pour qu’on puisse bien le voir. Le père Noël est installé dans son fauteuil rouge, entouré de ses lutins.

Xaverus met ses lunettes. Il commence à lire la liste de tout ce qu’il reste à faire. Il se trompe. Il recommence.

Le père Noël a envie de rire. Les lutins s’ennuient déjà. Chaque année, c’est pareil : Xaverus réunit tout le monde, début décembre, pour tout organiser avant Noël. Mais ça ne sert à rien parce que tout est déjà planifié depuis longtemps.

Tout à coup, Wilfried, un jeune lutin, échange un clin d’œil avec le père Noël. Puis il lève la main. « Chef, dit-il, on a un souci dans l’atelier.

La peinture des petits soldats ne veut pas sécher.

Ça colle aux doigts et on en met partout. »

Xaverus s’étrangle : « C’est une catastrophe ! » Wilfried continue : « Il y aurait une solution… La peinture sècherait sûrement si on soufflait dessus pendant toute la nuit… »

Les lutins rouspètent un peu, mais enfin, le boulot, c’est le boulot !

Ils prennent le chemin de l’atelier. Quand ils y arrivent, quelle surprise !

Tout est décoré, il y a de la musique, à boire et à manger !

Tous les petits soldats sont bien secs. Ils attendent d’être empaquetés, en rang avec les autres jouets.

Alors, le père Noël explique tout : Wilfried a eu l’idée de remplacer la réunion qui ne sert à rien, par une petite fête.

Juste à ce moment, Xaverus entre dans l’atelier. Il ouvre d’abord les yeux ronds, mais après avoir mangé un morceau de gâteau, il se dit que l’an prochain, il agrémentera sa réunion d’un petit buffet !

Textes de Sylvie Mathuisieulx
Illustrations de Mayana Itoïz
Source : 24 histoires pour attendre Noël avec les petits, Groupe Fleurus 2011

On va filmer le père Noël

Enfin, la nuit prochaine sera la nuit magique tant attendue. Les enfants en rêvent depuis 24 jours et ils auront de la difficulté à s’endormir ce soir. C’est dans cette euphorie que je vous propose cette histoire de Louis Émond, auteur…

Nos trois enfants ont les yeux ronds comme des grelots.

– Filmer le père Noël ? s’étonne notre aînée. On a-tu le droit ?

– Comment on va faire ? demande fiston.

– On va se cacher ! décrète notre petite dernière en sautillant.

En cette soirée du 24 décembre 1994, l’excitation s’est vite décuplée à l’annonce de notre projet.

– Une seule chose sera cachée, dis-je. La caméra.

– Bon, on se brosse les dents ! intervient ma femme. Puis au lit !

La bouche pleine de pâte dentifrice, nos trois amours m’écoutent leur décrire la minuterie, le détecteur de mouvement et le déclencheur ultrasensible relié à la caméra. À défaut d’autre chose, au moins ça sonne vrai.

Une demi-heure plus tard, nos trois canetons dorment à poings fermés.

Commence alors le marathon. On emballe des cadeaux, les nôtres et « ceux du père Noël », on mange le biscuit (mou) et boit le lait (tiède) laissés par les enfants, on remplit des bas accrochés au manteau de la cheminée, on dessine des traces de traîneau dans la neige et celles des empreintes de sabots des rennes et, enfin, cinq minutes avant minuit, on met la caméra en marche afin que le père Noël n’apparaisse pas dès le début de l’enregistrement.

Enfin, un court moment pour relaxer ! Ma femme et moi en profitons pour nous étendre dans le confortable fauteuil du salon.

La première chose que j’entends, ce sont les enfants.

Qui sautent, dansent et crient qu’il est venu ! Hein ? Quoi ? Déjà ?

Par la fenêtre, le blanc de la neige me renvoie la lumière éblouissante du soleil. Nom d’un renne, nous sommes passés tout droit !

Sourire contraint aux lèvres, ma chérie et moi accueillons nos chatons qui nous réclament la vi-dé-o, la vi-dé-ooooo !

La déception qui les attend me brise le cœur.

Lorsque les premières images apparaissent à l’écran, le silence est dense.

Les secondes passent. Rien.

– On l’a manqué…, murmure la plus jeune.

Ma femme et moi n’osons pas nous regarder. Soudain, notre fils s’écrie :

– J’ai vu du rouge… ! Recule la cassette, papa !

Confus, j’obéis, et mes enfants poussent un cri de joie en voyant une silhouette pourpre traverser rapidement l’écran. On rembobine et on regarde. Une fois, deux fois… dix fois ! Les enfants sont fous de joie. On a réussi ! On a filmé le père Noël !

Le soir venu, dans la chambre, je me tourne vers ma femme. Elle me sourit tendrement.

– Bravo… cachottière ! dis-je.

– Cachottière ? s’étonne-t-elle.

– Qui donc s’est levée cette nuit, a revêtu le costume et s’est filmée ?

Je la vois blêmir.

– Ce n’était pas… toi ? demande-t-elle.

NDLR.: Ce conte était le dernier de la série pour cette année. Merci de vos commentaires et de votre assiduité. On se donne rendez-vous en décembre 2019, pour la suite des merveilleux contes de Noël. D’ici là, gardez votre cœur d’enfant.

Tante Adèle

Youpi ! Ce matin on finit de décorer la maison et le sapin.

Pour habiller les murs, Luce et Robin ont découpé des étoiles dans du papier doré. Maintenant, ils choisissent ou ils vont les coller.

Ding-dong ! La sonnette retentit. C’est tante Adèle, qui vient de loin pour passer les Fêtes en famille. Elle arrive avec son énorme valise et des tas de paquets. Les enfants se jettent à son cou.

Mais ils ont pris un tel élan qu’ils lui font perdre l’équilibre ! Elle recule, recule… et se retrouve tout à coup assise, sa valise à la main, ses neveux sur les genoux, sur le carton de boules, qui fait un drôle de bruit.

Papa se penche vers elle pour l’aider à se relever et l’embrasse.

– Bravo sœurette, à peine arrivée, tu exploses toutes nos boules de Noël. D’accord, elles n’étaient pas terribles, mais quand même.

– Tu veux dire qu’elles étaient un peu moches, ces vieilles boules, pouffe Adèle. D’ailleurs…

Elle se tourne vers les enfants pour finir sa phrase :

– … Ouvrez donc cette grosse boîte que j’ai apportée, vous allez rire !

Les enfants s’exécutent. Et ce qui est tout à fait incroyable, c’est que la grosse boîte est pleine… des plus jolies boules de Noël qu’on n’ait jamais vues.

Textes de Sylvie Mathuisieulx
I
llustrations de Mayana Itoïz
Source : 24 histoires pour attendre Noël avec les petits, Groupe Fleurus 2011

Des traces dans la neige

Vite ! Robin enfile son anorak et son bonnet.

Il a neigé cette nuit, et il veut aller jouer dans le jardin.

Une fois dehors, il remarque de drôles de traces par terre.

Quand sa maman le rejoint, elle le trouve à quatre pattes, le nez à quelques centimètres de la neige. Elle s’accroupit près de lui et lui explique :

– Regarde là, c’est un oiseau qui a sautillé vers la haie. On dirait qu’il s’est envolé un peu plus loin… Peut-être à cause du chat de la voisine : tu vois, ce sont sûrement les empreintes de Félix, ici… Et elles vont dans la même direction !

Robin et sa maman font le tour du jardin. Ils essayent de deviner tout ce qui est arrivé pendant la nuit. Ils découvrent que deux écureuils sont aussi passés par-là. Peut-être cherchaient-ils des noisettes ?

C’est rigolo, et Robin propose de continuer leur enquête sur le trottoir.

On y voit les empreintes de tout un tas de chaussures : des petites, des moyennes, des grandes…

Soudain, maman montre deux lignes qui se croisent dans la neige, Elle se tourne vers Robin.

– Et ça ? Qu’est-ce que c’est, à ton avis ?

Robin réfléchit. On dirait que deux gros serpents ont fait la course sur le trottoir !

Il observe autour de lui et remarque, un peu plus loin, une petite fille bien emmitouflée qui fait de la trottinette.

– C’est elle qui a fait ces traces ! s’exclame-t-il.

Maman l’embrasse sur le bout du nez.

– Bravo, mon chéri, tu es un vrai détective !

Textes de Sylvie Mathuisieulx
I
llustrations de Mayana Itoïz
Source : 24 histoires pour attendre Noël avec les petits, Groupe Fleurus 2011

Le vrai-faux père Noël

Tra la la la lère ! Aujourd’hui, maman emmène les jumeaux en ville pour admirer les vitrines de jouets.

Elles sont remplies d’ours en peluche, de poupées qui bougent la tête, de petites voitures, de jeux de société… La bouche pleine de marrons chauds, les enfants ouvrent de grands yeux.

– C’est le vélo rouge dont je rêve ! murmure Luce.

– Moi, je voudrais bien toute la vitrine, souffle Robin.

Au bout d’un moment, maman s’exclame :

– Regardez ! Là-bas ! Le père Noël !

En effet, un peu plus loin, sur le trottoir, se trouve un monsieur avec une grande barbe blanche et un manteau rouge.

On se dépêche d’aller le voir de plus près.

Tout à coup, le monsieur se penche vers maman pour lui demander si elle avait été bien sage. Elle éclate de rire et répond que oui, avant de lui présenter Luce et Robin qui lui serrent poliment la main. Maman explique que ses enfants sont les plus gentils des enfants et qu’ils ont bien mérité d’être gâtés. Le monsieur leur tapote la tête et leur offre un bonbon.

Sur le chemin du retour, Robin chuchote à sa sœur :

– C’était pas vraiment lui. Il portait des vieilles baskets moches aux pieds. Le vrai père Noël, il a des bottes bien cirées.

– Tu as raison, répond Luce. J’ai bien remarqué qu’il y en avait au moins trois, des pères Noël, devant les grands magasins… Mais tu sais quoi ? Maman a l’air tellement contente qu’on ne va rien lui dire !

Et quand le soir venu, maman raconte à papa qu’ils ont eu la chance de rencontrer le père Noël, les jumeaux prennent tous les deux un air angélique pour dire « Oui, oui ! » avec un sourire remontant jusque derrière les oreilles.

Textes de Sylvie Mathuisieulx
I
llustrations de Mayana Itoïz
Source : 24 histoires pour attendre Noël avec les petits, Groupe Fleurus 2011