Un mystérieux voyageur

Arnault se réveille en frissonnant. Le feu dans l’âtre s’est éteint.

– Vite, ce matin je dois aller répéter les chants de la veillée de Noël, dit-il à sa mère.

Au dehors, son ami Gauthier l’attend déjà. Ensemble, ils entonnent une joyeuse ritournelle. La neige scintille sous le soleil et les sapins croulent sous des grappes d’aiguilles blanches. Là, près de l’église, se tient un homme à la peau couleur de miel, coiffé d’un étonnant turban. Il porte un grand manteau de soie, et chante dans une langue inconnue une mélodie aux notes étranges. Les deux amis s’arrêtent, envoûtés par le timbre sourd de l’étranger.

– Qui êtes-vous, vous n’êtes pas du village? demande Arnault.

– Je me nomme Balthazar, répond l’homme. Je suis un voyageur, poète et musicien, saltimbanque et savant et un peu magicien. Je viens d’un pays où le soleil brille tous les jours de l’année. Je chante des histoires d’autrefois et je connais toutes les étoiles du ciel.

– Mais que venez-vous faire ici? Interroge Arnault.

– Je viens vendre des étoffes soyeuses et des pierres précieuses au seigneur du pays, répond le voyageur.

– Aujourd’hui? Tout le monde est occupé à préparer Noël, explique Arnault. D’ailleurs, nous allons répéter les chants pour la veillée de ce soir. Venez donc avec nous!

Arnault et Gauthier rejoignent le groupe d’enfants et la répétition commence. La nuit tombée, les villageois, flambeaux à la main, se rendent à l’église tout illuminée. Les petits et les grands, le seigneur du château, et toutes les familles du village arrivent de toute part.

Arnault entonne d’une voix claire un hymne de Noël accompagné par la chorale. Sa voix enfantine monte vers les voûtes de l’église.

Mais aussitôt, une voix d’homme puissante et chaleureuse lui répond. Les deux voix se mêlent emplissant l’église de joie et d’émotion. Arnault a reconnu l’étrange voyageur qui vient d’entonner avec lui le plus beau de tous les cantiques de Noël. À la fin de la veillée, tout le monde entoure cet homme venu de loin.

– Chantez-nous encore quelque chose! demande Arnault.

L’homme ferme les yeux. Son chant s’élève alors, qui raconte l’histoire de trois savants guidés par une étoile jusqu’à la crèche d’un enfant roi…

Histoire de Florence Cadier
I
llustrations par Stéphane Couillerot
Source : 24 histoires pour attendre Noël, Groupe Fleurus 2012

Un petit sapin pour Lison

Lison est tout excitée. Aujourd’hui on achète le sapin! Sur la place du marché, des dizaines d’arbres sont installés. Il flotte un parfum de fête! Lison court dans cette drôle de forêt. Elle lève les bras au ciel.

– Moi, je veux un sapin qui chatouille le plafond du salon!

Maman sourit : elle a presque dit oui! Mais Lison n’en finit pas de choisir son arbre préféré… Maman commence à s’impatienter :

– Alors! tu as trouvé?

Lison est bien trop occupée pour répondre! Derrière une montagne de sapins, une branche lui a fait signe. Lison n’en croit pas ses yeux, elle se fraie un passage et découvre un adorable petit sapin vert tendre, écrasé par des arbres dix fois plus gros que lui. Le petit sapin reprend son souffle, secoue ses branches et murmure dans un bruissement d’aiguilles :

– Ouf! merci de m’avoir sorti de là! J’ai cru que j’allais étouffer!

Lison croit rêver :

– Mais… tu parles!

Le petit sapin rit :

– Bien sûr! si tu veux m’écouter!

Lison caresse le petit arbre. Elle ne sait pas pourquoi, elle sent qu’elle l’aime déjà. Elle lui chuchote :

– Mon pauvre! tu dois être triste d’avoir quitté ta forêt!

– Pas du tout! répond le sapin. Regarde dehors, les arbres n’ont plus une feuille, ils tremblent de froid! Moi, je suis vert, même en hiver. Dans les maisons, on me pare de guirlandes. Je brille! Je scintille! Et les enfants dansent autour de moi.

Lison voudrait bien continuer sa conversation, mais voilà sa maman, très étonnée :

– Il n’est pas trop petit celui-là?

Lison a peur que sa maman ne veuille pas de son sapin, alors elle trouve mille idées pour vanter ses qualités :

– Ses épines sont brillantes comme le soleil! Et mes boules neuves lui iront à merveille!

Lison a l’impression que le petit sapin lui fait un signe :

– Bien parlé Lison! Comme ça, je partirai avec toi!

Alors elle insiste :

– On l’installera sur la commode, il touchera le plafond!

Maman sourit : c’est oui!

– Alors c’est moi qui le porte! s’écrie joyeusement Lison. Il est juste à ma taille! Et quand Noël sera passé, nous irons le replanter dans la forêt et nous viendrons lui rendre visite tous les samedis. Je crois que nous sommes devenus de vrais amis.

Le petit sapin a tout entendu : il agite ses aiguilles de bonheur. Il se penche vers l’oreille de Lison, et murmure doucement :

– Je t’aime de tout mon cœur.

Histoire d’Élisabeth Courtois
I
llustrations par Claire Le Grand
Source : 24 histoires pour attendre Noël, Groupe Fleurus 2012

Les trésors de la forêt

Margot passe les vacances de Noël chez ses grands-parents, à la campagne. Ses parents et ses frères et sœurs n’arriveront que le 24 décembre.

– Pfff! c’est long d’attendre, soupire Margot.

Dehors, le froid glacial donne une couleur grise au ciel, tandis que dans la maison douillette, un grand poêle laisse planer une chaleur agréable.

Assis dans un fauteuil confortable, Grand-père s’est assoupi pour la sieste. Grand-mère, dans sa cuisine, prépare un gâteau au chocolat. Son odeur sucrée fait envie à Margot, mais il faut attendre demain pour le déguster!

– Grand-père, je ne sais pas quoi faire, murmure Margot à son oreille.

Grand-père, tiré de son sommeil, sursaute et grommelle quelques mots :

– Lis un livre en attendant que Grand-mère ait fini.

Mais Margot n’a pas envie de lire. Elle secoue son grand-père gentiment.

– Allez, Grand-père, tu m’as promis une promenade.

– Bon d’accord, marmonne Grand-père en se levant, emmitoufle-toi bien et va demander un sécateur à Grand-mère.

Margot enroule autour de son nez son écharpe douce, enfile son manteau épais et ses moufles en laine. Son bonnet lui cache bien les oreilles.

– En route vers les bois, dit Grand-père. Nous allons préparer une surprise à tes parents.

Dans la forêt, seuls les sapins ont gardé leur feuillage. Grand-père choisit le plus vert et le plus fourni d’entre eux et en coupe quelques branches avec le sécateur. Margot s’approche d’un petit buisson vert et brillant aux petites boules rouges.

– Je sais ce que c’est, dit-elle fièrement. Du houx! ça pique.

– Oui, répond Grand-père, et on va en couper quelques branches en faisant bien attention.

Margot se demande bien ce que Grand-père a dans la tête : la maison est déjà décorée d’un magnifique sapin de Noël avec des guirlandes argent et or.

– Rentrons maintenant, dit Grand-père. Il va bientôt neiger et nous avons du travail.

Sur la table, Grand-père étale les branchages, prend de la ficelle et des rubans rouges, du carton et des crayons de couleur :

– Nous allons faire une couronne de bienvenue! Je vais lier entre elles les branches de sapin en une forme ronde, comme un soleil. À toi, ensuite, d’y piquer le houx, des pommes de pin, et de la décorer avec des rubans, des boules et des étoiles que tu auras fabriquées.

L’après-midi passe vite pour Margot… Peu à peu, la couronne de bienvenue s’embellit des couleurs de Noël.

– Il est temps de l’accrocher sur la porte en signe d’amitié pour nos invités de Noël, déclare Grand-père.

Alors Margot, de sa plus belle écriture, trace quelques lettres dorées sur un carton :

« Bienvenue à tous! »

– Et que Noël entre dans toutes les maisons! rajoutent d’une même voix Grand-père et Grand-mère.

Histoire de Florence Cadier
I
llustrations par Madeleine Brunelet
Source : 24 histoires pour attendre Noël, Groupe Fleurus 2012

Le chevalier au grand cœur

Il était une fois un beau chevalier, un ours en peluche et une poupée de chiffon qui habitaient chez un marchand de jouets. Monté sur son cheval, le chevalier brandissait un drapeau, comme s’il partait à la guerre! Il était fier, et parlait peu à sa voisine, la poupée qui somnolait toute la journée.

L’ours était le plus vieux jouet de la boutique. Il était arrivé ici bien avant tout le monde et il savait tout, ou presque! Un jour, il annonça d’une voix forte :

– Ce soir, grande toilette pour tout le monde! Demain c’est Noël!

– Noël?

La plupart de ses compagnons n’avaient jamais entendu ce mot-là! Et tous les jouets voulaient en savoir plus! Pour une fois, la poupée était réveillée et c’est elle qui dit de sa toute petite voix :

– Noël, c’est la fête! C’est un jour extraordinaire où chacun veut faire plaisir aux autres pour leur montrer qu’il les aime. C’est pour cela que les enfants reçoivent de jolis jouets comme nous en cadeau.

Les jouets, tout étonnés, commencèrent à bavarder. Mais…

– Taisez-vous, quelqu’un arrive! dit brusquement l’ours en peluche.

Le chevalier sursauta : une main venait d’attraper l’ours!

– Adieu mes amis! souffla celui-ci en partant.

Le chevalier se demandait si, lui aussi, il serait pris pour être offert en cadeau. Il serait tellement fier d’être choisi pour faire plaisir à un enfant! À ce moment-là, il entendit la poupée de chiffon pleurer doucement à côté de lui :

– Moi, disait-elle, personne ne me remarquera jamais… Pourtant, j’aimerais tellement faire des câlins à un bébé…

De nouveau, une main s’approcha, et une voix demanda :

– Crois-tu que ce chevalier ferait plaisir à Baptiste?

Le chevalier senti son cœur battre de bonheur. Mais il se souvint aussi de sa pauvre voisine, la poupée de chiffon. Alors il essaya de se reculer, pour lui laisser plus de place.

– Très bien, dit alors la voix d’une maman. Et pour notre petite Noëmi?

– Oh, regarde! à côté du chevalier, il y a une jolie poupée! Elle a un sourire de fée, et elle est si douce… C’est parfait pour un bébé, prends-la donc!

Quand le chevalier vit le sourire qui illuminait le visage de la poupée, il se sentit très fier et très heureux. Vraiment, Noël était un jour extraordinaire!

Histoire d’Élisabeth Courtois
I
llustrations par Chantal Cazin
Source : 24 histoires pour attendre Noël, Groupe Fleurus 2012

La crèche patatras!

Le dernier dimanche avant Noël, toute la famille fait la crèche chez Théo et Léa. Cela se passe toujours comme ça depuis que leur mamie est toute petite et, sûrement, depuis plus longtemps encore! Avec papa, Léa descend à la cave chercher la boîte qui contient le papier rocher, les santons et l’étable en bois.

Tout est sorti sur la table basse du salon, quand Théo s’emmêle les pieds et… patatras! les santons volent, le papier rocher se déchire! Papa et Léa crient :

– Attention Théo!

Mais, il est trop tard, les santons sont cassés en mille morceaux. Léa est furieuse :

– La crèche est fichue, et c’est à cause de toi! Regarde papa! Joseph a perdu ses jambes! Et l’âne n’a plus d’oreilles! Même le petit Jésus est cassé!

Léa se met à pleurer.

Papa prend ses deux enfants sur ses genoux et il réfléchit tout haut :

– Crois-tu Léa, que tu saurais refaire de la pâte à sel comme pour la fête des Mères?

– Bien sûr! répond Léa, qui retrouve soudain le sourire.

– Alors nous pourrions fabriquer un nouveau Joseph, un petit Jésus et un âne, qu’en dis-tu?

À ce moment-là Maman arrive, les bras chargés d’un grand carton :

– Regardez ce que j’ai retrouvé, tous vos trésors de l’été…

– Mes galets! s’écrie Léa tout heureuse.

– Mes bouts de bois! Nos bocaux remplis de sable! continue Théo.

– Avec toutes ces merveilles, dit Maman, nous pourrions construire une nouvelle crèche!

En quelques minutes, la cuisine devient un véritable atelier. Léa pétrit la pâte à sel. Sous ses doigts apparaissent Joseph, puis l’âne avec ses grandes oreilles. Léa s’applique pour faire l’enfant Jésus : c’est fragile un bébé! Théo, lui, installe tous ses galets pour faire un vrai décor, Maman étale le sable avec précaution et dépose de la mousse du jardin tout autour. Il ne manque plus que les santons tout neufs! Quelle merveille! Cette année, la crèche est vraiment superbe!

– Et chaque soir jusqu’à Noël, dit maman, nous allumerons une bougie pour l’illuminer.

Histoire d’Élisabeth Courtois
I
llustrations par Myriam Mollier
Source : 24 histoires pour attendre Noël, Groupe Fleurus 2012

La surprise de saint Nicolas

Ce soir, le vent souffle en longues rafales d’air glacé. Courbés en avant, pour mieux se protéger du vent, Jeanne et Thomas vont chercher du bois pour la cheminée. Soudain, Jeanne s’arrête et demande à son grand frère :

– Tu penses qu’il va passer cette année?

– Saint Nicolas? Mais il n’existe pas! rétorque le grand garçon. Ce sont des histoires de bébé!

– Mais si, il existe! Il a ressuscité trois petits enfants qui s’étaient perdus dans la forêt et qu’un boucher avait enfermés dans son saloir pendant sept ans! raconte Jeanne.

– Ce sont des contes pour les petits comme toi! répond Thomas. Allez, en avant maintenant!

– Eh bien, moi j’y crois! répond Jeanne d’un air buté. Et le père Fouettard, il existe, lui?

– Mais non! c’est une histoire pour nous faire peur! De toutes les façons, le père Fouettard vient pour les enfants désobéissants! Nous, on est toujours sages!

Peu à peu, la lumière du jour baise et bientôt la nuit s’installe. Au loin, les arbres noirs de la forêt dessinent des formes inquiétantes. En traversant le grand bois sombre, Jeanne serre la main de son grand frère. Soudain, derrière un buisson, elle aperçoit une espèce de grand bonhomme qui brandit un bâton menaçant. Jeanne pousse un cri et se cache derrière Thomas. L’ombre s’immobilise, semble écouter, puis s’éloigne en dressant un poing inquiétant…

– Tu penses que c’est le père Fouettard? demande Thomas tremblant de peur.

– Oui! Tu vois bien qu’il existe! dit Jeanne en claquant des dents.

Thomas attrape la main de Jeanne et vite ils courent dans la neige.

– Saint Nicolas, saint Nicolas, crie Thomas, vient nous protéger!

Au loin, une lumière brille dans la nuit. C’est la maison! Tout à coup, Thomas s’arrête net : une silhouette majestueuse approche.

– Regarde! s’écrie Jeanne, c’est saint Nicolas avec son âne!

Jeanne et Thomas n’osent plus bouger, ils sont éblouis par l’éclat lumineux du manteau en fil d’or que porte le grand saint.

– J’espère que maman a pensé au verre de lait et aux carottes pour l’âne! dit Thomas.

Lentement, le grand personnage de lumière s’éloigne dans la nuit. Les enfants s’approchent doucement de la maison et, sur le pas de leur porte, ils découvrent, oh! merveille, des sucres d’orge et des oranges que le bon saint Nicolas a déposés pour les enfants sages.

Histoire de Florence Cadier
I
llustrations par Stéphane Couillerot
Source : 24 histoires pour attendre Noël, Groupe Fleurus 2012

Les pains d’épice ont disparu!

Sur la grande place de la ville, des marchands venus de partout ont installé leurs échoppes de bois. Les gens se bousculent dans une joyeuse pagaille, les bras chargés de paquets. Louise vient chaque année au marché de Noël. Entre les casse-noisettes aux larges épaules, les Pères Noël en bois, les boules en verre et les guirlandes d’étoiles, Louise ne sait plus où poser le regard. Elle a emporté avec elle ses économies.

– Je ne dois pas oublier les cadeaux pour mes frères, songe-t-elle. Deux bonshommes de pain d’épice à suspendre dans l’arbre.

Devant une échoppe, elle tend la main vers une boîte à musique qui chante Mon beau sapin, puis change d’avis. Tout d’abord, elle va acheter ses pains d’épice. Louise se faufile dans la foule. Soudain, des cris éclatent au milieu du brouhaha :

– Mes pains d’épice, mes bonshommes en pain d’épice, ils ont disparu! s’affole une jeune vendeuse. Ils ne peuvent pas s’être volatilisés! Ils étaient là il y a encore dix minutes. Je me suis absentée un instant et quand je suis revenue, plus rien! Pff! envolés! Je remplace ma grand-mère qui a pris sa retraite mais, cela ne lui est jamais arrivé!

Tout le monde se met à chercher. Dans les sapins, sous les tables, derrière les échoppes, dans les cartons… rien. Louise est très déçue. Maintenant il est tard, il faut rentrer! Elle s’engage dans une petite rue étroite, quand tout à coup, elle fronce le nez : on jurerait une odeur de pain d’épice! Elle s’approche d’une petite maison éclairée.

– Quelle surprise, vous êtes venus! dit une petite vois frêle.

– Vous nous manquez tant, Maminette, nous avions envie de vous revoir cette année, répondent en chœur des petites voix flûtées.

Louise jette un coup d’œil par la fenêtre, elle n’en croit pas ses yeux : des bonshommes de pain d’épice dorés et moelleux sautent sur les genoux d’une vieille dame!

– C’est grâce à vous si nous existons, dit un petit ange potelé.

– Vous avez donné la recette à votre petite fille et elle sait bien nous cuisiner. Regardez comme nous sommes tendres! ajoute un Père Noël encore chaud.

– Ainsi, vous vous êtes échappés du marché de Noël! s’amuse la vieille dame.

– Oh, juste une petite minute, pour vous souhaiter joyeux Noël! explique un ours doré et dodu.

Les bonshommes de pain d’épice posent vite un baiser sur la joue de la vieille dame et filent dans la nuit rejoindre leur échoppe.

Le saint Nicolas se retourne une dernière fois en agitant la main et aperçoit Louise qui les regarde stupéfaite.

– Chut! fait-il en mettant un doigt devant sa bouche.

– Je saurai me taire, le rassure Louise, ce sera notre secret de Noël! Mais je reviendrai vous voir demain car, moi aussi, j’ai une surprise à faire à mes frères!

Histoire de Florence Cadier
I
llustrations par Madeleine Brunelet
Source : 24 histoires pour attendre Noël, Groupe Fleurus 2012

Sophie et Aliocha

Sophie et son grand frère Aliocha habitent un pays où l’hiver est si long et si froid qu’on n’a pas envie de sortir de chez soi. Mais dans leur maison de bois, Aliocha et Sophie ne se soucient guère de la neige et du froid. Ils sont en plein travail.

Avec des branches de sapin, ils tressent une couronne. Comme elle est belle, avec son ruban rouge et ses petites boules de houx! Sophie la lève au-dessus de sa tête :

– Regarde Aliocha, c’est le soleil!

Puis elle ajoute un peu inquiète :

– Crois-tu que le soleil reviendra un jour?

– Bien sûr! Le soleil reviendra quand l’hiver s’en ira, et nous pourrons à nouveau courir dans les prés!

Cela fait si longtemps que Sophie et Aliocha économisent sou par sou, pour acheter quatre belles bougies à mettre sur leur couronne de l’Avent.

– Chaque dimanche avant Noël, nous en allumerons une, et la maison sera de plus en plus belle, pleine de lumière! Explique Aliocha à sa petite sœur.

Soudain, quelqu’un frappe à la porte.

– Bonjour Yvan! dit Sophie en ouvrant.

– Ma maman est malade, dit le petit voisin tristement, et nous n’avons plus de bougies pour nous éclairer. Le marchand n’en a plus et, à cause de la neige, il ne sera pas livré avant longtemps. Pourriez-vous nous en prêter une?

Aliocha et Sophie se regardent : les seules bougies qu’ils ont sont celles de leur couronne! Sophie fait un signe de la tête. Alors Aliocha tend une bougie à Yvan :

– Tiens! elle est pour toi!

Aliocha regarde sa petite sœur en souriant :

– Tu sais, Sophie, la semaine est presque finie, on allumera la deuxième bougie la semaine prochaine!

Les jours passent et la maman d’Yvan est toujours malade. Alors Sophie et Aliocha décident de leur donner leur deuxième, puis leur troisième bougie. Et à chaque fois, Aliocha dit en riant à Sophie :

– Tu sais, Sophie, la semaine est presque finie…

Et Sophie continue…

– On allumera la suivante la semaine prochaine!

Le dernier dimanche avant Noël est arrivé.

– Demain, c’est Noël, dit Aliocha, allumons notre quatrième bougie!

– Bien sûr, dit Sophie un peu triste, mais elle éclairera moins que s’il y en avait quatre!

Mais quelle surprise! Voilà que la petite bougie se met à briller, à briller… On dirait que des milliers de petites flammes éclairent la pièce. Une douce chaleur se répand dans toute la maison, comme si la couronne était un soleil au milieu de l’hiver. Tout à coup, on entend frapper à la porte. C’est Yvan et sa maman.

– Maman est guérie! s’écrie Yvan, et nous venons réveillonner avec vous! dit-il joyeusement.

Dans la pièce toute illuminée, les amis fêtent ensemble le plus beau des Noëls!

Histoire d’Élisabeth Courtois 
Illustrations par Stéphane Couillerot
Source : 24 histoires pour attendre Noël, Groupe Fleurus 2012

Minuit est là

minuit-est-laLes cloches sonnent : minuit est là !

Les cloches résonnent dans le vent froid.

À la maison, Julia et son papa, maman et Nicolas ont préparé un dîner de roi.

Les cloches sonnent : minuit est là !

– Julia, dépêche-toi !

Dehors, le vent pique les yeux et rend joyeux.

Julia serre fort la main de son papa.

Sur tous les chemins, les familles accourent la main dans la main.

Les enfants ont envie de danser vers l’église illuminée…

Tout le monde est arrivé !

Quelle joie de se rassembler.

Julia et son frère Nicolas, tout contents, s’assoient au premier rang, avec tous les autres enfants.

Dans la crèche en bois, Marie serre Jésus dans ses bras.

Guidés par l’étoile qui scintille, arrivent les bergers qui s’inclinent !

On chante à pleine voix de beaux airs d’autrefois.

Tous ensemble dans le vent froid, on boit un bon chocolat.

Puis dans la nuit de Noël, chacun rentre chez soi le cœur plein de joie.

Les cloches sonnent : minuit est là !

Elles carillonnent : Noël est là !

Histoire d’Élisabeth Courtois
I
llustrations par Myriam Mollier
Source : 24 nouvelles histoires pour attendre Noël, Groupe Fleurus 2012

Ce conte était le dernier de la série pour cette année. Merci de vos commentaires et de votre assiduité. On se donne rendez-vous en décembre 2017, pour la suite des merveilleux contes de Noël. D’ici là, gardez votre coeur d’enfant.

Le fabuleux Noël des Godasses

le-fabuleur-noel-des-godassesElles sont bien vieilles, un peu usées d’avoir été portées par tant de petits pieds. Dans la maison, on les surnomme les Godasses et maman les a rangées tout au fond d’un placard. Délaissées, derrière une paire de bottes, elles s’ennuient de plus en plus.

– Crois-tu que l’on servira encore un jour ? demande Droite à Gauche.

– Peut-être ! Arthur, le petit dernier de la maison, a juste l`âge de nous chausser.

Les jours défilent l’un après l’autre. Un matin, pourtant, une lueur éclaire le fond du placard. Une petite main attrape les chaussures, les soupèse, puis les pose sur le plancher.

– Maman, j’ai retrouvé les Godasses de Valentine et Antoine. Je peux les mettre ?

– Essaie toujours !

Arthur applaudit des deux mains et les enfile immédiatement. Ses orteils trouvent parfaitement leur place.

– Je les garde, crie Arthur à sa mère. Elles sont si belles, murmure-t-il en les caressant. Avec elles, je peux sortir dans la neige, je ne serai pas mouillé.

Droite et Gauche, depuis longtemps, n’avaient pas goûté aux flocons de l’hiver. Leurs semelles crissent sur la pellicule givrée, puis s’enfoncent avec plaisir dans la neige. Arthur pousse une grosse boule devant lui pour en faire un bonhomme de neige. Valentine et Antoine le rejoignent.

– Tiens, tu as mis mes Godasses, remarque la petite fille.

– Mais non, c’étaient les miennes, constate l’aîné.

– Eh bien, elles sont à moi ! réplique Arthur.

Les trois enfants, à la nuit tombée, rentrent chez eux. Ils sont complètement trempés, de la tête aux pieds.

– Toilette pour tout le monde, dit Maman. On commence par les souliers.

Droite et Gauche n’en reviennent pas. Elles avaient oublié ! Arthur prend le cirage, la brosse, et les nettoie énergiquement.

– Hmmm ! c’est délicieux ! ronronne Droite en se laissant passer du cirage.

– Et cela sent si bon, soupire Gauche.

Puis elles se laissent frotter avec un chiffon doux. Elles retrouvent tout leur éclat. Ça brille !

Le soir de Noël arrive et la maisonnée s’agite dans tous les sens. Dans quelques heures, le Père Noël passera et les chaussures doivent être installées devant la cheminée pour recevoir les cadeaux.

– Mets tes chaussons rouge et vert, suggère Maman, à Arthur.

Mais le petit garçon n’a qu’une idée en tête. Il veut que les Godasses trônent en bonne place devant la cheminée.

Droite et Gauche n’en croient pas leurs semelles. Elles vont voir le Père Noël !

Dans la maison silencieuse, les paires de chaussures somnolent. Un bruit dans la cheminée fait sursauter Gauche.

– Eh, Droite, réveille-toi, c’est sûrement lui !

La semelle trépidante et les lacets frétillants, Droite et Gauche se tordent le cou pour apercevoir le Père Noël. Une paire de bottes rouges s’avance dans la pénombre du salon… Bientôt, Droite sent la douceur d’un ours en peluche et Gauche la fraîcheur d’un livre d’images. Et pour elles, une paire de lacets tout neufs ! Le Père Noël est déjà reparti, laissant les Godasses toutes joyeuses !

Histoire de Florence Cadier
I
llustrations par Madeleine Brunelet
Source : 24 nouvelles histoires pour attendre Noël, Groupe Fleurus 2012