Un pan de notre histoire : Survivre au froid en Nouvelle-France

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Au Québec, en hiver, on parle de hockey, de raquettes, de ski ou de ski de fond, de pêche dur la glace, de glissade ou de motoneige… On voit bien que le Québec a su apprivoiser cette rude saison. Toutefois, on pourrait presque oublier qu’avant de s’amuser dans le froid, il nous a d’abord fallu apprendre à y survivre.

Sous le Régime français, le froid hivernal est particulièrement rigoureux puisque le globe est aux prises avec le petit âge glaciaire, une période de refroidissement climatique entre le XIVe et le XIXe siècle.

L’explorateur malouin Jacques Cartier nous lègue le premier témoignage d’un hiver canadien lorsqu’il hiverne sur les berges de la rivière Saint-Charles (où se trouve aujourd’hui le Lieu historique national Cartier-Brébeuf) en 1535.

Quoique la mémoire populaire du Québec retienne surtout l’épisode du scorbut dont ont souffert les hommes de Cartier, ceux de Champlain, en 1608, goûtent aux rigueurs de l’hiver d’une manière tout aussi dramatique : sur 28 hommes, seuls 8 survivent jusqu’au printemps !

Les premiers colons doivent donc s’adapter rapidement, Parfois, il est question de construire de nouveaux bâtiments, tout simplement. Dans les copies d’archives françaises conservées par la BAnQ, on lit par exemple un mémoire de 1680 révélant que la chapelle Notre-Dame-des-Victoires fut originalement construite pour accommoder les habitants de la Basse-Ville qui se fatiguaient à braver l’hiver pour aller à l’église Notre-Dame située dans la Haute-Ville :

« Comme les rigueurs de l’hyver sont causes bien souvent qu’on ne peut pas porter les sacrements aux malades de la basse ville de Québec sans s’exposer [à] de grands accidens, […] L’Evesque de Québec a esté obligé de permettre une Chapelle en la basse ville pour servir d’ayde à la parroisse et […] Sa Majesté est très humblement suppliée d’accorder une place appellée le vieux magasin du Roy pour y construire la dite chapelle qui doit servir d’ayde à la dite parroisse. »

CONSERVER LA CHALEUR

Rester au chaud en Nouvelle-France signifie savoir non seulement chauffer, mais également s’isoler du froid. Avant longtemps, les colons découvrent que la technique de construction de leurs habitations compte tout autant que les méthodes de chauffage.

D’abord, on limite la taille des documents : comme l’écrit Marie de l’Incarnation, « […] le trop grand froid ne permet pas qu’on fasse des lieux plus vastes ».

Le matériel de construction compte pour beaucoup aussi, comme en témoignent les Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec : après la construction d’une étable en maçonnerie, les Augustines constatent que « […] rien n’est moins propre [à] cet usage que les bâtiments [sic] de pierre, parce qu’il se fait un amas de frimas sur les murailles qui donne une fraicheur [sic] fort mal saine aux animaux […] ».

Le bois, en effet, devient le matériel de construction de prédilection dans la colonie. Pehr Kalm, un naturaliste suédois qui visite la Nouvelle-France en 1749, décrit l’habitation typique des Canadiens :

« Les maisons des fermiers sont généralement bâties en pierre, ou en bois de charpente, et contiennent trois ou quatre chambres. Les fenêtres sont rarement garnies de vitres; le plus souvent des carreaux de papier remplacent le verre. Un poële [sic] en fonte chauffe toute la maison. Les toits sont couverts en bardeaux. On calfeutre les fentes et les lézardes avec de la terre glaise. Des dépendances sont couvertes en chaume. »

Comme le souligne l’historien Peter Moogk dans son livre Building a house in New France, la présence aujourd’hui de plusieurs maisons en pierre datant du Régime français nous donne la fausse impression qu’elles étaient plus communes à l’époque que les maisons en bois.

UN COMBUSTIBLE ACCESSIBLE

Comme le rappelle l’archéologue Marcel moussette, les combustibles utilisés pour se réchauffer dans la colonie comprennent le charbon de terre, le charbon de bois, la tourbe et, bien sûr, le bois. En effet, dans un mémoire sur le Canada, l’ancien procureur d’Auteuil écrit en 1715 : « Il ne faut pas penser que les Français habitués en Canada souffrent considérablement de ce froid, parce que ayant du bois à volonté ils se chauffent tant qu’il leur plaît. »

Toutefois, les réserves de bois au XVIIIe siècle ne reflètent plus nécessairement l’abondance du bois du siècle précédent. L’impact de la déforestation se ressent surtout près des centres urbains où l’on doit aller chercher le bois de chauffage de plus en plus loin.

En 1749, Élisabeth Bégon nous offre un témoignage de la montée des prix : « Notre chère petite fille se désole. Elle dit que le bois n’est pas assez bon marché pour faire de si grands feux et que nous serions bien fous de rester dans un pays où il faut mettre tout son argent à chauffer. »

Malgré ces paroles qui font écho à nos propres inquiétudes vis-à-vis de la cherté de la vie, le bois de chauffage continuera d’être le principal combustible jusqu’à la fin du Régime français.

LES DANGERS LIÉS AU CHAUFFAGE

Le feu réchauffe, voilà l’évidence même, mais il peut accidentellement détruire ! On se méfie donc des incendies. Parmi les sinistres notables en Nouvelle-France, retenons celui du couvent des Ursulines à Québec, qui succombe aux flammes en 1650, et ceux du palais de l’intendant, qui brûle une première fois en 1713 et encore en 1725.

Le danger plane non seulement sur les bâtiments individuels, mais sur des quartiers entiers, comme le rappelle l’incendie de Montréal en 1734.

À la suite de celui-ci, on accuse une esclave du nom de Marie-Josèphe-Angélique d’avoir causé la perte d’une cinquantaine de maisons et on l’exécute sans preuve. Mieux vaut prévenir que guérir, alors : en mars 1710, le Conseil supérieur de Québec émet une ordonnance visant le ramonage des cheminées.

Celle-ci cible la « negligence [sic] des propriétaires et locataires des maisons de cette dite Ville », et oblige les citoyens de Québec à ramoner leurs cheminées une fois par mois pour éviter les incendies.

L’acte même d’aller chercher du bois de chauffage peut poser un certain risque. Dans son livre sur les morts tragiques au XVIIe et XVIIIe siècles, Léonard Bouchard identifie au moins 17 cas de décès accidentels liés au bois !

Entre autres, il soulève le cas de Jacques Bluteau qui a « la tête écrasée par la chute d’un arbre sec ». Louis Côté, quant à lui, se fait tuer à Détroit en 1762 par une branche morte qui lui tombe sur la tête.

Charles Goguet n’est pas plus chanceux : en 1754, l’arbre qu’il coupait lui tombe aussi sur la tête. Dernier exemple, soulignons Pierre Lereau de Charlesbourg qui, en novembre 1711, se fait « écraser sous son voyage de bois ».

DE L’ÂTRE AU POÊLE

L’utilisation de l’âtre semble s’imposer dès les premières explorations du territoire, si l’on se fie à Samuel de Champlain, qui dit avoir vu les vestiges d’une cheminée à l’endroit où Cartier avait hiverné un siècle plus tôt.

En 1684, le baron de Lahontan souligne l’importance des cheminées dans la colonie : « La plupart des maisons sont de bois à deux étages; les cheminées sont extrêmement grandes, car on fait des feux prodigieux pour se garantir du froid qui est excessif depuis le mois de Decembre [sic] jusqu’en avril. »

Aujourd’hui, pour un bon nombre de Québécois à la campagne, il peut sembler tout naturel de se chauffer avec un poêle à bois. Pourtant, ce n’est qu’en 1668 que l’on trouve une première mention documentée d’un poêle, dans ce cas-ci au couvent des Ursulines. Chez les gens aisés, les poêles sont en fonte.

Toutefois, même si l’on ne pouvait pas se payer une telle pièce, l’obligation de se garder au chaud poussait à faire appel à l’ingéniosité : on pouvait se fabriquer des poêles de briques munis d’une plaque en fonte ou d’une tôle de fer.

Les recherches de Marcel Moussette révèlent une variété de formes de poêles au cours du Régime français : des petits, des gros, avec trépied, « à ceinture », etc. Néanmoins, gare aux « patenteux » du dimanche : une ordonnance de 1673 interdit tout poêle « s’il n’est dans une cheminée ou qu’il n’en soit fait de capable pour mettre iceux ».

Si les Canadiens à la fin du Régime français ont enfin réussi à s’habituer à l’hiver, ce n’est pas le cas pour tous les nouveaux arrivants : Pendant la conquête, l’officier français Bougainville bougonne au sujet du « plaisir des femmes de ce pays d’aller en carriole l’hyver [sic] sur les neiges, ou sur les glaces dans des tems [sic] où il semble qu’on ne devrait pas même sortir par nécessité ».

Décidément, on ne s’étonne pas qu’une île tropicale porte son nom… Comme quoi, parfois, la meilleure façon de rester au chaud l’hiver, c’est de fuir ce dernier.

Source : Joseph Gagné, archiviste BAnQ, Journal de Montréal, cahier Weekend, cahier Weekwend, 10 février 2024.


47e jour de l’année

En mémoire de…

GARY CARTER 1954-2012 – Receveur étoile des Expos de Montréal.


Pensée et citation du jour…

L’amour est la force de l’univers qui attire, unit et harmonise.

Robert Anthony


Ça s’est passé un 16 février…

(1968) Le premier Centre d’urgence 9-1-1 pour répondre à tous les appels d’urgence fut fondé à Haleyville, Alabama aux États-Unis.

(1994) Environ 12 heures après avoir vu son amie de cœur Isabelle Brasseur remporter une médaille de bronze en patinage artistique avec son équipier Lloyd Eisler, Jean-Luc Brassard cause toute une sensation aux Jeux olympiques de Lillehammer en procurant au Canada sa première médaille d’or, grâce à une victoire spectaculaire en ski acrobatique sur bosses. Il éclipse ainsi le champion olympique d’Albertville, le français Edgar Grospiron, et le russe Sergueï Shoupletzov.

(2012) L’ancien receveur des Expos de Montréal, Gary Carter (né le 8 avril 1954), est décédé des suites du cancer. Il était âgé de 57 ans. Sa perte représente un immense vide chez les partisans des anciens Expos, puisque Carter a marqué l’histoire de la concession montréalaise. Il a évolué dans la métropole de 1974 à 1984, avant d’être impliqué dans un échange avec les Mets de New York. D’ailleurs, il a remporté sa seule Série mondiale avec ceux-ci en 1986. Quelques années plus tard, soit en 1992, le numéro 8 est revenu à Montréal pour conclure une fructueuse carrière de 19 ans dans les ligues majeures.


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