Un pan de notre histoire : Le fort Chambly, un monument énigmatique

Histoire

Le Québec des années 1600 est un territoire foisonnant, peuplé par des nations autochtones qui s’y épanouissent. Les Français – débarqués du siècle précédent – commencent ouvertement une politique de peuplement à partir de 1665, sous l’initiative du roi Louis XIV.

LES TROIS FORTS

Fort Chambly vers 1810

Il y a eu non pas un, mais bien trois forts qui ont été établis sur le même site. Le premier fort a été construit en 1665. Il consistait en quatre longues palissades de pieux de bois, à travers lesquelles in était difficile de voir si l’ennemi iroquois s’approchait.

Une tour d’observation a donc été érigée à l’intérieur de l’enceinte en 1687. Cette tour servait aussi de poudrière et d’espace d’entreposage pour les grains. Le fort en bois brûle lors d’une nuit d’hiver en 1702.

Le deuxième fort est construit dans l’urgence, par les soldats eux-mêmes, car le Richelieu ne peut pas rester trop longtemps vulnérable – surtout qu’il y a à présent des combats avec les Anglais. En raison d’un conflit européen de grande ampleur, des répercussions se font sentir jusque dans les colonies. Heureusement, une paix fragile est maintenue avec les Iroquois depuis 1701.

Ce nouveau fort est construit aussi en bois, dans des dimensions plus petites que celles du premier : il mesure 31 mètres par 36. La hauteur des pieux est de près de 4 mètres.

La poudrière est située dans une cave qui sert aussi comme logis.

Le conflit avec les Anglais continue de s’envenimer.

Les autorités de la Nouvelle-France demandent au roi que le fort soit reconstruit en pierre, car il sera plus résistant aux boulets de canon anglais, qui ont remplacé les flèches iroquoises. Il sera cependant beaucoup plus cher à construire. Après maintes tergiversations de la part du roi, la fortification en pierre est autorisée en 1709.

Le fort survivra aux années agitées qui suivront. Il sera témoin de la guerre pour le contrôle des colonies entre la Nouvelle-Angleterre et la France. Il tombera aux mains des Anglais en 1763, lorsque ceux-ci prendront le pouvoir de la province.

Il leur servira de rempart défensif contre les troupes américaines qui se rebelleront en 1775, et contre les Patriotes qui voudront l’attaquer, sans succès, en 1838.

LA VIE À L’INTÉRIEUR DU FORT

Les soldats qui vivaient dans le fort ne disposaient pas d’une alimentation de base très variée. La ration quotidienne consistait en deux livres de pain de froment, du lard, de la viande séchée ou salée, et des pois verts. À cette ration s’ajoutait un pot de mélasse et une livre de beurre par mois.

Les soldats du fort Chambly ne recevaient que deux livres de savon et deux peignes par année. Et malgré le fait qu’ils étaient encouragés à se laver de façon régulière, il semble que la garnison de Chambly ne profitait pas de l’eau de la rivière Richelieu pour ce faire, ce qui est en accord avec les mœurs de cette époque.

Les maladies qui affligeaient le plus souvent les soldats du fort étaient la gale, les hernies, les rhumatismes, les douleurs poitrinaires, l’épilepsie et la folie. On y voyait également d’autres affections qui touchaient la population de la Nouvelle-France en général : grippe, typhus, petite vérole, etc.

Les soldats du fort Chambly aimaient boire, fumer et jouer aux jeux de hasard.

Les fouilles archéologiques ont permis de récupérer des bouteilles en verre pour les boissons alcoolisées : vin, bière, eau-de-vie, cidre.

LA RESTAURATION DU FORT

À la fin des années 1800, le fort Chambly se trouve dans un bien mauvais état, surtout depuis qu’il a été déserté par les militaires, qui y vivaient depuis ses débuts.

C’est à la suite de l’intervention du journaliste Joseph-Octave Dion, né à Chambly en 1838, qu’un élan de sympathie va se traduire en actions de préservation concrètes.

En 1881, il réussit à intéresser des politiciens fédéraux à la restauration du fort, qu’il leur fait visiter. C’est cette démarche qui permettra de réaliser le projet.

La restauration du fort de Chambly commence en 1882, Joseph-Octave Dion est nommé responsable du chantier, gardien résident du fort et curateur à vie.

En 1921, le fort Chambly est nommé lieu historique par le gouvernement fédéral. Il est maintenant l’un des sites patrimoniaux les plus visités au Canada.

Source : Edwin Bermudez, archiviste, Journal de Montréal, cahier Weekend, p77


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