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Histoire
Récemment, Ottawa et le Centre universitaire de santé McGill ont déposé des requêtes en Cour supérieure pour invalider une poursuite intentée par des patients en lien avec des expériences secrètes menées à Montréal au milieu du 20e siècle. Celles-ci faisaient partie du programme MK-ULTRA, ces expériences ne visaient rien de moins qu’à contrôler l’esprit humain ! Retour sur une page noire de notre histoire récente.
Nous sommes à Montréal, au début des années 1960, à l’Institut Allan Memorial, un hôpital créé en 1943 qui héberge le Département de psychiatrie de l’Université McGill et qui bénéficie du financement de la fondation Rockefeller.

Le directeur de l’Institut et psychiatre Ewen Cameron (1901-1967) est dans une salle avec des collègues. Au milieu d’eux, une patiente comme tant d’autres de l’Institut, Hélène McIntosh, est assise. Elle est traitée par l’équipe de Cameron pour son état dépressif. Toutefois, elle et sa famille ne le savent pas, mais son traitement vise d’autres objectifs que sa simple réhabilitation.
Elle vient de subir, sans son consentement et comme des centaines d’autres patients, un traitement expérimental secret financé à travers des sociétés-écrans par la CIA. Le gouvernement canadien aurait aussi participé au financement. Objectif : contrôler l’esprit des patients !
Cameron, qui a participé au procès de Nuremberg après la Deuxième Guerre mondiale et à l’élaboration du code du même nom, était pourtant sensibilisé à l’éthique médicale et à l’importance du consentement des patients pour subir des traitements.
Néanmoins, pendant l’équivalent de deux années, McIntosh était soumise par Cameron et son équipe à des séries d‘électrochocs, à des administrations de LSD et à des comas artificiels de plusieurs jours pendant lesquels des messages sonores lui étaient constamment répétés.
La considérant comme une simple machine, les scientifiques de l’Institut cherchaient à la déprogrammer pour pouvoir la reformater, en faire une nouvelle personne.
DES GRAVES SÉQUELLES POUR LES COBAYES
Hélène McIntosh, comme plusieurs autres patients du docteur Cameron, a subi d’importantes séquelles à la suite des traitements, notamment de sévères pertes de mémoire. Certains patients ont perdu toute capacité à fonctionner en société, ont subi des dommages importants au cerveau ou ont été psychologiquement détruits.

Le programme secret MK-ULTRA de la CIA s’est étalé du début des années 1950 jusqu’à 1973, entre autres à l’Institut Allan Memorial, mais aussi dans des dizaines d’autres institutions an Amérique du Nord.
L’existence du programme est rendue publique en 1977, mais plusieurs zones d’ombre subsistent en raison du fait que la majorité des documents ont été détruits en1973 par le directeur de la CIA.
Pourquoi la CIA et nos gouvernements cherchaient-ils à contrôler l’esprit humain ? Selon la version officielle, c’était pour éviter d’être en retard sur les Chinois et les Soviétiques, soupçonnés de mener des tests pour contrôler le mental des populations.
LA TRISTE FIN D’UNE SAGA JUDICIAIRE
Encore à ce jour, aucune excuse officielle n’a été faite par les gouvernements américain et canadien ni par les autres institutions impliquées dans MK-ULTRA. À la fin des années 1980, la CIA a indemnisé certains patients d’Ewen Cameron et le gouvernement canadien a fait de même au début des années 1990.
Toutefois, plusieurs victimes ont vu leurs dossiers rejetés et n’ont reçu aucune indemnisation. C’est pourquoi, en janvier 2019, une action collective menée par des victimes et leurs familles a été intentée contre l’Université McGill, l’hôpital Royal Victoria et les gouvernements canadien et américain.
En octobre 2023, la Cour d’appel du Québec a rejeté la demande des plaignants pour le motif que le gouvernement américain disposait d’une indemnité au moment des faits. Ce n’est que depuis 1982 que les États étrangers sont passibles de poursuites au Canada.
Avant cette date, les États-Unis disposaient donc d’une immunité et les juges considèrent que la loi de 1982 ne peut être rétroactive. Devant ce refus, les plaignants se sont tournés vers la Cour suprême du Canada. En mai dernier, les juges de la Cour suprême ont refusé de réviser la décision de la Cour d’appel du Québec, ce qui constitue un échec important pour les victimes et leurs familles.
Les expériences menées dans le cadre du programme MK-ULTRA marquent une faillite monumentale des institutions politiques, médicales et scientifiques au Canada et aux États-Unis. Des institutions censées rechercher le bien des citoyens…
Pour en savoir plus, voir les documentaires suivants, d’où l’histoire d’Hélène McIntosh est titrée : MK-ULTRA : la fin du silence, de Rose-Aimée Automne T. Morin; ou Lavage de cerveau : les victimes oubliées, de l’émission Enquête.
Source : Martin Lavallée, historien, Journal de Montréal, cahier weekend, 21 septembre 2024, p73