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Histoire
Le 24 octobre 1929, la valeur des actions à la Bourse de Wall Street s’effondre brutalement. C’est le début d’une crise économique qui durera 10 ans. Rapidement, l’onde de choc provoquée par ce krach se fait sentir au Québec et partout dans le monde.

Après les privations liées de la Première Guerre mondiale et aux souffrances provoquées par la grippe espagnole, la conjoncture économique, politique, sociale et culturelle devient plus favorable en Amérique. Les Nord-Américains sont habités par une fureur de vivre.
L’économie de guerre laisse place à la production domestique, les manufactures produisent plus que jamais et consomment beaucoup et souvent à crédit.
D’ailleurs, à la Bourse, la majorité des transactions se font avec de l’argent emprunté. Ces nouveaux capitaux auront inévitablement tendance à créer des surenchères et une flambée du prix des actions.
Il faut dire qu’à partir de 1926, Wall Street permettait l’achat d’actions à crédit avec un capital de seulement 10 %. Imaginez… avec 1 $ en poche, les Étasuniens pouvaient acheter pour 10 $ d’actions. Évidemment, ces titres obtenus à crédit vont amplifier la spéculation et être à l’origine du krach boursier.
BLACK THURSDAY
Sur le parquet de la Bourse de New York, on échange régulièrement jusqu’à 3 ou 4 millions de titres par jour. Cette proportion grimpe à 8 millions au printemps 1929. La bulle spéculative est trop intense, les usines surproduisent, les entrepôts débordent.
Le monde capitaliste basé sur la consommation à outrance risque de s’écrouler comme un château de cartes à l’automne 1929 et les grands journaux en parlent quotidiennement. Si monsieur et madame Tout-le-Monde semble insouciants, ou plutôt contents des opportunités qu’offrent ce jeu boursier, du côté des économistes, l’inquiétude est palpable.

Une première secousse frappe les marchés le mercredi 23 octobre 1929. Ce jour-là, le volume de vente des actions fait plonger les valeurs boursières, Dès le lendemain matin, la Bourse ouvre à peine ses portes que le marché perd un autre 11 % de sa valeur. Ce 24 octobre devenu célèbre dans l’histoire sera baptisé « Jeudi noir ».
La panique va s’emparer des marchés, puis des banquiers, des hommes d’affaires et éventuellement des politiciens.
Pas moins de 13 millions d’actions sont mises en vente. La peur gagne la Bourse de Toronto et fait chuter les titres du côté de Montréal, presque tous les cours finissent la journée à la baisse.
La Bourse de New York ferme temporairement ses portes pour calmer le jeu et le 29 octobre, à sa réouverture, la liquidation des actions s’accentue. C’est la panique. En une séance boursière, les pertes équivalent à 10 fois le budget annuel du gouvernement américain.
Le futur premier ministre britannique Winston Churchill, qui se trouve à New York dans les jours qui suivent le krach, racontera au Daily Telegraph avoir vu un homme d’affaire découragé se jeter du 15e étage et s’écraser devant la fenêtre de son hôtel. Cette débâcle boursière sera l’événement qui marquera le début d’une gigantesque dépression qui touchera l’Amérique, l’Europe, puis le monde entier.
Le pire, c’est la prévisibilité de ce krach de 1929, simple fruit d’un affaiblissement de la croissance qui se faisait sentir depuis des mois, mais que les investisseurs semblaient ignorer. Le krach d’octobre 1929, n’est en fait qu’un des maillons d’une chaîne économique qui se dispoquait. Les mouvements boursiers ne correspondaient absolument pas à l’état de la conjoncture économique depuis des semaines. En quelque temps, les actions ont perdu 80 % de leur valeur.
Évidemment, le mouvement de ralentissement allait entraîner des reventes massives de titres. Ce krach n’a joué qu’un rôle d’accélérateur à une crise qui s’annonçait.
EFFONDREMENT DE L’ÉCONOMIE
De nombreuses entreprises font faillite ou ralentissent leur production. Par exemple, J.P. Morgan Jr. perd entre 20 et 60 millions de dollars et la famille Rockefeller voit sa fortune fondre de 80 %.

Le chômage monte en flèche, le pouvoir d’achat des citoyens est bouleversé.
En 1929, l’industrie automobile canadienne a exporté 102 000 véhicules; en 1931, ce nombre chute à seulement 13 000.
Dans des villes comme Windsor, le taux de chômage grimpe à 50 %. Ce krach étend rapidement son onde de choc à Montréal, les exportations de céréales qui transitent par son port sont ralenties, les journaliers sont renvoyés chez eux, même constat dans les ateliers ferroviaires Angus dans Rosemont.
La construction est pratiquement stoppée, comme un jeu de domino, toute la grappe industrielle et commerciale nord-américaine est lourdement affectée.
Évidemment, on doit quand même payer le loyer, l’électricité, l’épicerie et tout ça dans une société sans filet social de l’État. Pour survivre, les mères font des lavages, cultivent des petits jardins et trouvent de la place pour accueillir des chambreurs.
Les plus jeunes sillonnent les voies ferroviaires pour ramasser les morceaux de charbon échappés par les convois. Plusieurs, rongés par le désespoir, quittent la ville pour retourner sur la ferme familiale.
Aux États-Unis, ce n’est qu’en 1932 que le gouvernement redonne un peu d’espoir avec son fameux New Deal. Au Canada, la réaction est un peu plus lente, il faut attendre 1934 pour que le gouvernement Bennett articule sa Loi sur la Banque du Canada. Cette initiative, qui mène à la création de la Banque du Canada en 1935, ne remettra pas du pain sur la table, mais sera fort utile dans les prochaines années pour réguler par exemple l’inflation.
Toutes ces mesures ont pris beaucoup de temps à se structurer. Ce n’est qu’aux premiers coups de canon de la Seconde Guerre mondiale que les usines retrouvent leur vigueur et que l’économie nord-américaine se sort de cette crise
Source : Martin Landry, Historien, Journal de Montréal, cahier Weekend, 26 octobre 2024, p70