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Histoire
« Samedi soir à Saint-Dilon, y’avait pas grand-chose à faire […] on s’est trouvé un violon », chante gaiement Gilles Vigneault dans sa célèbre Danse à St-Dilon. Au Québec, depuis des siècles, le violon est synonyme de réjouissances, de danses et de fêtes populaires. Le temps des Fêtes est aussi un moment de prédilection pour cet instrument largement utilisé par les groupes de musiques traditionnelles.
Bien qu’il ait très vite été utilisé par de grands compositeurs de musique classique, le violon est à la base un instrument populaire. Possédant quatre cordes, il se distingue de la viole de gambe, qui en possède six et qui était surtout utilisée par les membres de l’aristocratie européenne.

Cet instrument est originaire du nord de l’Italie et daterait du début du 16e siècle. Il s’est progressivement étendu au reste de l’Europe, mais ce sont des luthiers italiens, comme Nicolo Amati (1596-1684) et Antonio Stradivari (1644-1737), qui ont défini la norme des violons que nous connaissons aujourd’hui.
En Europe, le violon est utilisé à partir du début du 16e siècle pour animer les bals et les fêtes populaires. En venant s’établir en Amérique du Nord, des colons français ont transporté cet instrument festif lors de leur traversée de l’Atlantique et en ont fait un élément caractéristique de la culture d’ici, encore de nos jours…
EN NOUVELLE-FRANCE
Au Québec, la pratique du violon débute en effet dès l’époque de la Nouvelle-France. Le 27 novembre 1645, le Journal des Jésuites atteste de la présence de deux violons lors des noces d’une fille de Guillaume Couillard, l’un des premiers colons à s’être installés à Québec.
Trois ans plus tard, en 1648, Marie-Élisabeth Bégon rapporte quant à elle la tenue d’un bal, à Montréal, organisé par le nouvel intendant François Bigot. Dans sa correspondance, elle souligne que plusieurs gens espèrent y apprendre à pratiquer la danse.
Si la présence d’un violon à ce bal n’est pas attestée, il y a des raisons de penser qu’un tel instrument ait pu égayer les convives de Bigot et de plusieurs autres festivités décrites dans les premiers temps de la colonie.
En effet, selon les dires de plusieurs chroniqueurs des 17e et 18e siècles relevés par l’ethnomusicologue et violoniste Jean-Pierre Joyal, selon un article paru dans la revue Cap-aux-Diamants, le violon et la danse faisaient partie intégrante de la vie des Canadiens, du seigneur jusqu’à l’habitant.
Il était d’usage, pendant les longues soirées d’hiver, de se réunir dans les maisons autour d’un festin pour ensuite danser sur les airs d’un violon.
Au départ, les violons étaient importés d’Europe, mais le métier de luthier commence tranquillement à s’implanter en Nouvelle-France, d’abord par des luthiers amateurs sachant manier le bois et ensuite par de véritables luthiers de profession.
Pierre-Olivier Lyonnais, un ancien couvreur de métier devenu infirme, fut ainsi l’un des premiers luthiers professionnels à exercer au Québec, au début du 19e siècle.
UNE TRADITION BIEN IMPLANTÉE
Cette tradition de danser et fêter au son d’un violon se poursuit durant les 19e et 20e siècles.
Les vagues d’immigration britannique apportent avec elles des influences anglaise, irlandaises et écossaises qui viennent se greffer au folklore d’origine française.
Durant cette période, le violon constitue l’instrument idéal pour animer les danses et les fêtes populaires, si bien qu’il devient un élément important de la vie traditionnelle canadienne-française.

Toutes les familles, tous les villages et même les chantiers de bûcherons avaient leur violoneux attitré chargé d’égayer les fêtes, les fiançailles et les mariages. Le temps d’une gigue, d’un quadrille ou d’un rigodon, le violoneux contribuait à faire oublier la dureté de la vie aux gens de l’époque.
Encore de nos jours, le violon est largement utilisé par les différents groupes de musique traditionnelle qui animent la scène québécoise.
Ca faisant, ces groupes perpétuent une tradition de danse et de fête pluriséculaire bien implantée chez nous !
TOUJOURS EN VOGUE
La musique traditionnelle a toujours la cote auprès d’une frange importante de la population, particulièrement durant le temps des Fêtes.
Et le violon y est sans doute pour quelque chose… Si cet instrument est naturellement associé à la danse, à la fête et aux réjouissances des Fêtes de fin d’année, c’est que « les airs de violon, appelés reels dans le milieu trad, possèdent un swing particulier, très entraînant et très rythmé qui nous fait naturellement taper du pied, danser et giguer », souligne dans un entretien Frédéric Bourgeois, membre du groupe traditionnel lanaudois La Volée d’Castors.
Selon ce dernier, le violon s’est inscrit dans la tradition canadienne-française en raison du fait qu’il fut « un des premiers instruments à traverser l’Atlantique », mais aussi grâce au « métissage » des cultures française et britannique dont elle est issue et qui a contribué à la richesse de sa musique.
Pour Bourgeois, cet instrument n’a pas fini d’égayer nos vies et il possède encore un bel avenir devant lui : « Si le violon a su traverser les époques depuis des centaines d’années déjà, je suis persuadé que cet instrument est là pour rester. Que ce soit dans la musique trad, la musique classique ou le bluegrass, le violon occupe une place de choix et ces styles ne pourraient être les mêmes sans la présence de cet instrument. »
Source : Martin Lavallée, Journal de Montréal, cahier Weekend, 21 décembre 2024, p68