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Histoire

À la fin de l’été 2023, on apprenait que Montréal aurait la chance d’avoir une des six premières franchises de la nouvelle Ligue professionnelle de hockey féminin, la LPHF. Cette saison, l’équipe portera le nom de la Victoire de Montréal. En entendant cette nouvelle, je me suis demandé depuis quand les femmes jouaient au hockey au Québec.
Il faut dire qu’au XIXe siècle, les sports féminins ne sont pas tellement encouragés. On n’a qu’à penser au baron Pierre de Coubertin, le restaurateur des jeux olympiques, qui s’opposait à la participation des femmes aux compétitions sportives.
L’Église catholique, elle, encourageait plutôt les jeunes femmes à se préparer à devenir de bonnes épouses. Malgré tout, de nombreuses femmes vont chausser les patins et vont jouer au hockey. Une des premières traces à ce sujet nous vient d’un journaliste du Ottawa Citizen, qui avait assisté à un match de hockey féminin en 1891.
Dans son article, il écrit que les joueuses « ont un coup de patin rapide et manient la rondelle aussi bien que certains des meilleurs joueurs masculins ». Un commentaire élogieux qui fait entrer le hockey féminin dans l’Histoire.
La plus ancienne photographie connue de femmes jouant au hockey a été prise à Rideau Hall, la résidence du gouverneur général du Canada à Ottawa, vers 1890. On y voit la fille de lord Stanley, lady Isobel Stanley, jouer au hockey avec d’autres coéquipières. En fait, de nombreux experts croient que le premier match de hockey féminin aurait été joué le 9 mars 1889.
L’ÉQUIPEMENT DES HOCKEYEUSES
Les archives photographiques nous en apprennent beaucoup sur l’équipement de ces joueuses de hockey du siècle passé. Elles portent des jupes à crinoline avec des maillots sans numéro, parfois des cols roulés. Elles ne portent pas les jambières traditionnelles des hommes, ça aurait été trop indécent pour l’époque.
Leur jupe donne assurément un avantage au gardiennes devant leur filet. Parlant de gardienne de but, on attribue à Elizabeth Graham, de l’Université Queen’s, d’être la première gardienne, tous sexes confondus, à jouer avec un masque. En 1927, à la suite d’une délicate opération dentaire, elle a gardé les buts avec un masque d’escrime pour protéger son visage.
LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE
Le départ de milliers d’hommes au front permet aux femmes de les remplacer à l’usine et à certaines d’occuper des fonctions traditionnellement réservées aux gars. Elles le feront avec brio au boulot, mais aussi sur la glace.
Toutes sortes de ligues sont créées pour remplir les arénas. Une des premières ligues féminines est mise sur pied par la compagnie Bell. Elle aligne six équipes formées de téléphonistes. Les hockeyeuses sont spectaculaires et attirent les foules. Même si la ligue remporte un succès populaire, elle n’existera qu’une seule saison.

De toutes les ligues féminines qui sont créées durant le premier conflit mondial, la plus populaire est la Eastern Ladies Hockey League de Montréal. Elle présente son premier match en décembre 1915 et, presque instantanément, les hockeyeuses font tourner les têtes et deviennent des vedettes à travers tout le pays.
L’aréna Jubilee, qui contient 3200 spectateurs, fait salle comble. Elles jouent avec contact et respectent les mêmes règles de l’Association nationale de hockey que les hommes. Un haut dirigeant des Canadiens de Montréal dira au Montreal Star :
« Ces hockeyeuses semblent être plus en demande que n’importe qui d’autre dans la ville en ce moment… La moitié de mes gars ne pourraient pas jouer dans cette ligue. »
Durant les deux premières saisons de la ligue, les joueuses de l’équipe le Western vont remporter la coupe Doran. La meilleure joueuse de l’équipe est sans contredit Agnès Vautier, on dit qu’elle pourrait rivaliser avec les meilleurs joueurs professionnels au monde.
La popularité du hockey féminin s’étend à l’extérieur de Montréal. En 1916, un journal de Cornwall, en Ontario, fait une série d’articles sur le phénomène grandissant du hockey féminin. Les joueuses les plus talentueuses au pays sont probablement rassemblées chez les Victorias de Cornwall.
L’équipe aligne entre autres une joueuse étoile, Albertine Lapensée. Âgée d’à peine 16 ans, la jeune Franco-Ontarienne est une véritable machine à compter des buts. Elle aurait réussi l’exploit d’enfiler 15 buts en un seul match. Un massacre qui se termine avec un pointage de 21 à 0 contre les filles d’Hochelaga.
Elle joue tellement bien que certains remettent souvent en doute qu’elle est une femme. Durant la saison 1916-1917, Albertine comptera 150 buts. Grâce à elle, les Victorias de Cornwall terminent la saison avec 45 victoires et un seul match nul.
À la fin de la guerre, la Eastern Ladies Hockey League arrête ses activités. Le retour des hommes au pays marque le regain des ligues professionnelles de hockey masculin et l’intérêt pécuniaire des promoteurs du hockey féminin s’étiole.
Les hockeyeuses vont par le fait même disparaître du radar médiatique. Albertine Lapensée prendra sa retraite en 1918. Certains prétendent qu’elle est morte de la grippe espagnole la même année à New York.
On en connaît peu sur la vie des autres joueuses de cette ligue professionnelle, mais ce qu’on sait, c’est qu’à cette période de l’Histoire, ces femmes étaient des athlètes adulées du sport. Les foules se déplaçaient pour voir leur jeu spectaculaire.
LA DIFFICULTÉ DE TROUVER DES LIGUES COMPÉTITIVES
Durant la grande dépression et même après la Seconde Guerre mondiale, on observe un certain déclin du hockey féminin au Canada. Pas facile pour les jeunes filles de se trouver des organisations de hockey pour elles. D’autant plus que les ligues de garçons résistent à leur faire une place.
C’est dans ce contexte que la jeune passionnée de hockey Abigail Hoffman, âgée de 9 ans, ira jusqu’à se couper les cheveux bien courts et même changer son identité de genre pour jouer au hockey. Ses parents l’inscrivent dans une équipe de gars en la présentant comme Ab Hoffman. Pour ne pas trop attirer l’attention dans le vestiaire, Abigail s’habille à la maison et arrive directement sur la patinoire tout équipée.
Son manège fonctionne quand même un certain temps, jusqu’à ce qu’on lui demande son acte de naissance pour l’inscription à un tournoi. Même si elle est exclue de l’équipe, son subterfuge fait scandale. Abigail a prouvé que les filles pouvaient rivaliser avec les garçons.
LE HOCKEY FÉMININ REPREND VIE
Enfin, dans les années 1960, les premières ligues de hockey féminines vont prendre forme au Canada. Plusieurs tentatives pour créer une ligue professionnelle de hockey féminin vont échouer. Plus de 100 ans après les premières performances des hockeyeuses sur les glaces, l’arrivée de la LPHF risque de marquer un tournant historique dans l’évolution de notre sport national d’hiver.
Source : Martin Landry, historien, Journal de Montréal, cahier Weekend, 28 décembre 2024, p66
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