Un pan de notre histoire : Quand on achetait des « Petits Chinois »

Histoire

« Vous trouverez dans cette enveloppe le conte de 1037 timbres que jai ramasser [sic] pour vous autres » écrit le 12 février 1933 Marie Girard, de Cap-aux-Os, en Gaspésie, dans une lettre qu’elle adresse à l’œuvre de la Sainte-Enfance, à Paris.

Mme Girard demande de « prier le bon Dieu » pour qu’elle retrouve la santé, car elle est bien souffrante « surtout quand ving [sic] mes Règles ».

Cette lettre est restée plusieurs décennies dans un coffre remisé à Rome jusqu’à ce que l’historienne Catherine Larochelle, professeure à l’Université de Montréal, la découvre avec quelques dizaines d’autres en 2022.

« C’est un peu par hasard que j’ai appris l’existence de ces lettres et ça m’a beaucoup touchée de lire les confidences des Québécoises et Québécois parfois peu instruits qui s’adressaient à l’œuvre de la Sainte-Enfance avec des demandes spéciales », explique-t-elle au Journal de Montréal en marge du Salon du livre de Québec.

MÉMOIRE COMMUNE

Son livre Marie-Louise et les petits chinois d’Afrique qui vient de paraître chez Mémoire d’encrier, présente 12 de ces lettres (dont celle de Mme Girard) insérées dans un récit de ses démarches adressé à un ami. Elle y reproduit les textes incluant les fautes d’orthographe et les erreurs de syntaxe afin d’en préserver l’authenticité.

Pour Catherine Larochelle, l’œuvre de la Sainte-Enfance, fait partie de la mémoire commune. Tout le monde a son anecdote au sujet de l’achat de « Petits Chinois » dans les écoles primaires de la province, surtout dans la génération de l’après-guerre.

Toute la communauté catholique a été invitée à y contribuer, mais les Québécois sont devenus des champions mondiaux de la campagne à partir des années 1950. Ce sont eux qui donnaient le plus per capita. Dans certaines écoles les « dons » étaient obligatoires.

« C’est à l’initiative d’un évêque français de Nancy que cette campagne a été lancée en 1843 et a longtemps été administrée à Paris. Elle consistait en une activité de financement pour les missions étrangères. En 1922, l’œuvre est déclarée pontificale par le pape Pie XI, c’est pourquoi les archives ont été transférées à Rome et s’y trouvent toujours. »

PROJET DE RECHERCHE

Depuis la publication de son livre, Mme Larochelle a assisté à une déferlante de témoignages liés à cette campagne philanthropique. Au point où elle décide de les recueillir pour un projet de recherche.

« Je profite de ma présence à Québec pour interroger des gens au sujet de l’œuvre de la Sainte-Enfance par la méthode de l’histoire orale. Nous avons déjà une trentaine de rencontres prévues », explique-t-elle.

Financé par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, son projet de recherche pourrait, à terme, prendre la forme d’une pièce de théâtre.

Source : Mathieu-Robert Sauvé, Journal de Montréal, cahier weekend, 19 avril 2025, p67


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