Bienvenue dans mon univers ! Vous êtes ici chez vous.
Histoire
Ce 8 mai marque le 80e anniversaire du jour de la Victoire en Europe, soulignant la victoire des forces alliées sur l’Allemagne nazie et la fin de la Seconde Guerre mondiale sur le continent européen. Bien que ce conflit se soit déroulé à des milliers de kilomètres de la ville de Québec, il a laissé des traces visibles dans son paysage urbain, qu’il s’agisse de sa toponymie ou de ses monuments commémoratifs.
La Seconde Guerre mondiale n’est toutefois pas le seul conflit international qui a modifié le visage de la ville au cours de ses quatre siècles d’histoire. Dans cet article, nous vous invitons à la découverte de l’impact de cinq conflits internationaux sur l’aménagement urbain et la toponymie québécoise. Nous espérons éveiller votre curiosité et vous inviter à porter un regard différent sur la ville de Québec.
LES REMPARTS

La guerre de Sept Ans, mieux connue au Québec sous le nom de guerre de la Conquête, a opposé les empires français et britannique de 1756 à 1763. Cette guerre s’est portée sur la presque entièreté des continents dans le monde ce qui a amené plusieurs historiens et historiennes à désigner ce conflit comme étant la « première guerre mondiale ».
Évidemment, cette perspective, encore très débattue entre les chercheurs, peut se défendre si on adopte un regard centré sur l’Europe et ses zones d’influences.
Au contraire des deux conflits mondiaux traditionnels, bon nombre de puissances importantes n’ont pas été concernées par cette guerre.
Cette guerre a eu un impact considérable sur le visage de la ville, notamment par la présence des remparts. Bien que plusieurs segments aient été modifiés, enlevés ou ajoutés au fil des époques, certaines parties ont servi au cours de ce conflit.
La partie entre la falaise au-dessus du palais de l’intendant et le bastion Saint-Louis reprend d’ailleurs le tracé français de 1745-1759.
Ces fortifications ont contribué à faire de Québec un exemple exceptionnel de ville coloniale fortifiée, ce qui a d’ailleurs permis d’inscrire l’arrondissement historique du Vieux-Québec sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Nous fêtons cette année le 40e anniversaire de cet événement.

LA RUE DES ZOUAVES
Entre 1868 et 1870, dans le contexte de l’unification politique de la péninsule italienne, un peu plus de 500 Canadiens français traversèrent l’Atlantique afin de s’engager dans la petite armée pontificale. Leur mission consistait à défendre les États de l’Église contre leur effacement au profit du jeune royaume d’Italie.
En dépit de leur bonne volonté, les zouaves canadiens ne purent empêcher la chute de Rome en septembre 1870 et, avec elle, la fin des États pontificaux.
En 1899, craignant que le souvenir de l’épopée italienne s’efface avec ses derniers survivants, le vétéran Charles-Edmond Rouleau fonda l’Association des zouaves de Québec.
Cette nouvelle association, à la fois militaire et religieuse, avait pour objectif de perpétuer l’esprit du régiment des zouaves pontificaux et de former la jeunesse masculine à l’art militaire en vue de défendre à nouveau l’Église en cas de besoin.
Lors de leur première sortie officielle le 24 juin 1901, les zouaves de Québec comptaient déjà 58 membres, dont 23 vétérans. L’Association perdura jusqu’en 1993.
Le quartier général de l’Association fut établi à l’étage supérieur de la halle du marché Berthelot, où se trouve l’actuel parc Berthelot. La rue qui y fait face a porté le nom de rue Jupiter de 1818 à 1908, jusqu’à ce que les zouaves de Québec en fassent changer le toponyme pour celui de rue des Zouaves.

LE MONUMENT POUR LA GUERRE DES BOERS
À deux pas de la porte Saint-Louis, au bord de l’Esplanade, située au coin des rues Saint-Louis et D’Auteuil, on retrouve un monument qui commémore les soldats qui ont participé à la Guerre des Boers.
En plus de nous rappeler le passé colonial du Canada, cette statue souligne l’implication et le sacrifice de plusieurs Québécois et même de résidents de Québec dans un conflit qui s’est déroulé à plusieurs milliers de kilomètres, sur un continent qui leur était totalement étranger.
Sur les 60 000 hommes tombés au combat, 270 étaient des Canadiens et 11 d’entre eux étaient originaires de la province de Québec.
Pour souligner le sacrifice de ces 11 soldats francophones, le journal Chronicle a organisé une souscription afin d’ériger un monument en leur honneur. Le dévoilement se fit en grande pompe le 15 août 1905.
L’emplacement du monument avait une forte signification pour les partisans de cette entreprise coloniale, puisque c’est à cet endroit que les soldats se sont rassemblés avant de descendre en basse-ville pour prendre le bateau vers Cape Town.
Malgré l’engouement plutôt modéré des francophones devant les ambitions coloniales britanniques, ce monument rappelle que certains habitants de Québec ont participé à cette guerre, que ce soit pour répondre à des sentiments patriotiques, ou tout simplement par goût de l’aventure.

AVANT HENRI-BOURASSA, LE BOULEVARD CHURCHILL-ROOSEVELT
Ouvert officiellement en 1936, l’actuel boulevard Henri-Bourassa portait jadis le nom de la route Québec-Charlesbourg puisqu’il s’agissait à cette époque d’une voie rapide entre les deux localités.
En septembre 1943, à la suite de la Conférence de Québec, la route prit le nom de boulevard Churchill-Roosevelt en l’honneur des deux chefs d’État qui ont participé à cette réunion qui s’est déroulée durant la Seconde Guerre mondiale.
Au cours de ce conflit, les dirigeants des forces alliées belligérantes ont tenu une série d’importantes réunions stratégiques. Deux d’entre elles se sont tenues à Québec : du 10 au 24 août 1943 et du 11 au 16 septembre 1944.
Lors de la première visite des dirigeants étrangers en août 1943, le maire de Québec, Lucien Borne, annonça que le boulevard qui partait du chemin de la Canardière et qui se rendait jusqu’à Charlesbourg allait désormais porter le nom de boulevard Churchill-Roosevelt pour souligner la sixième conférence interalliée.
Le toponyme Churchill-Roosevelt a été maintenu jusqu’en juillet 1953. On change alors son nom brièvement pour boulevard Desroches avant que le boulevard soit rebaptisé au nom d’Henri-Bourassa quelques mois plus tard, après la mort de ce dernier.

LA CROIX DU SACRIFICE
On retrouve à l’entrée principale des plaines d’Abraham, près de la Grande-Allée, une grande croix commémorant les soldats qui ont contribué à quatre conflits internationaux : la Première et la Seconde Guerre mondiale, la Guerre de Corée et, plus récemment, la Guerre d’Afghanistan.
Premier monument de ce genre au Canada, la Croix du Sacrifice a été dévoilée le 1er juillet 1924, lors des fêtes de la Confédération.
À l’automne 1947, il fut décidé d’accorder une place aux morts de la Seconde Guerre mondiale sur le monument.
Le 9 novembre, on enfouit même de la terre en provenance de France sous le tertre sur lequel se trouve la croix.
La décennie suivante, c’est le sacrifice des soldats de la Guerre de Corée (1950-1953) qui fut commémoré.
Plus récemment, le 11 novembre 2022, à la suite d’un processus de réfection qui a duré plus d’un an, le Comité de la Croix du Sacrifice à choisi d’inscrire la guerre d’Afghanistan sur le monument.
Cette dernière inscription montre comment un élément patrimonial peut demeurer vivant et évoluer au sein d’un contexte mondial en constante évolution.
Source : Éric Légaré Roussin, avec la collaboration des historiens Mathieu Bouchard-Tremblay et Michel Thévenin, Journal de Montréal, cahier weekend, 3 mai 2025, p70