Un pan de notre histoire : Quand la terre se dérobe dans la région de Portneuf

Histoire

Dans la nuit du 15 au 16 juillet dernier, un important glissement de terrain est survenu dans le village de Saint-Thuribe, dans la région de Portneuf. Si l’ampleur du cratère a surpris bien des gens, la situation a surtout rappelé des événements similaires et meurtriers survenus en 1898, et en 1894, dans le village de Saint-Alban. Cet éboulis est d’ailleurs une des plus anciennes catastrophes naturelles québécoise immortalisées en photos.

L’histoire de Saint-Alban commence avec sa colonisation dans les années 1830, avant de devenir une paroisse catholique officielle en 1856.

De nos jours, beaucoup d’amateurs de grand air et de randonnée pédestre connaissent ce village qui est la porte d’entrée aux sentiers du parc régional de Portneuf, qui permet de longer la longue et remarquable rivière Sainte-Anne.

CATASTROPHE ÉCLAIR

La rivière Sainte-Anne est une rivière à fort courant qui, à cause d’importantes crues printanières provoquées par une fonte rapide des neiges en avril 1894, est gonflée au point de sortir de son lit.

Le 27 avril, le plateau sablonneux d’une section du village ne résiste pas à cette crue puissante et s’effondre dans un spectaculaire glissement de terrain, qui, selon les archives de l’époque, n’aurait duré que quelques minutes.

L’événement laisse un trou de 36 m de profondeur et le rapide éboulis emporte des maisons, des granges, une centaine de têtes de bétail, une cinquantaine d’arpents de terre cultivées et les ponts de Saint-Alban et du village voisin de Saint-Casimir !

Le glissement de terrain est si rapide qu’une partie des membres de la famille de Samuel Gauthier a péri, engloutie sous les débris de leur maison.

Cet événement géologique a aussi fait dévier le cours de la rivière a aussi fait dévier le cours de la rivière, ce qui a eu des conséquences négatives pour la pêche au saumon et l’industrie du flottage de bois et des scieries de la région.

IMMORTALISÉE

Bien que les daguerréotypes existent depuis quelques décennies déjà et que la photographie est un art en plein essor depuis la moitié du XIXe siècle, le temps d’exposition et le développement des images sont encore un processus lent.

Il n’en demeure pas moins que dans les années 1890 au Québec, les studios de photographie se multiplient et permettent enfin de garder en mémoire nos paysages du passé.

À cet égard, il existe plusieurs photographies du célèbre glissement de terrain de Saint-Alban, qui témoignent de l’ampleur de la catastrophe et des dommages subis.

Il s’agit en effet d’une des toutes premières catastrophes naturelles documentées par la photographie dans l’histoire du Québec !

QUELQUES ANNÉES PLUS TARD

En 1898, un événement similaire se produit cette fois dans un autre village à proximité de Saint-Alban, soit la petite localité de Saint-Thuribe. Celui-ci survient au petit matin du 9 mai, alors que les humeurs de la rivière Blanche provoquent un glissement de terrain qui emporte trois maisons et même une petite école de rang. Il coûte aussi la vie à une fillette de six ans, Régina Douville, engloutie avec sa maison.

Contrairement à l’éboulis de Saint-Alban, il n’existe pas de photos de cet événement, qui est rapporté par les journaux comme Le Soleil à l’époque.

L’environnement, les changements climatiques et les humeurs de la nature ont aussi une histoire qui mérite d’être préservée, afin de garder entres autres en mémoire nos anciens paysages et les conséquences de certaines catastrophes sur le développement des villages de notre province.

Source : Évelyne Ferron, historienne, Journal de Montréal, cahier weekend, 6 septembre 2025, p74


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