Un pan de notre histoire : Il y a 50 ans, on inaugurait l’aéroport de Mirabel

Histoire

Le 4 octobre 1975, le premier ministre du Canada, Pierre Elliott Trudeau, le premier ministre du Québec, Robert Bourassa et le maire de Montréal, Jean Drapeau, procédaient à l’inauguration de l’aéroport de Mirabel, qui avait pour vocation de devenir le plus grand aéroport du monde.

Retour sur les faits marquants de ce défunt aéroport controversé, qui n’accueille plus de vols de passagers depuis 2004.

À la fin des années 1960, Montréal connaît une période de prospérité économique importante. L’Expo 67, le métro, les grands travaux d’infrastructures et les Jeux olympiques à venir contribuent tous à faire de Montréal une ville en ébullition et une plaque tournante en Amérique du Nord.

À cette époque, la métropole québécoise est toujours le centre financier et économique du Canada, avant d’être progressivement délogée par Toronto dans les années 1970-1980.

Sur le plan aéroportuaire, la ville est desservie par Dorval, qui est alors le plus gros aéroport au Canada, mais qui n’est toutefois plus adéquat pour répondre à la croissance anticipée des voyageurs.

De plus, « les gens autour de Dorval se plaignaient du bruit des appareils », précise Jacques Roy, professeur à HEC Montréal et auteur du livre La saga des aéroports de Mirabel et Dorval (JFD éditions; 2023). Il ajoute que « l’aéroport enclavé de Dorval n’avait pas l’espace requis, ni la capacité d’atterrissage pour des avions supersoniques comme le Concorde, qui était en développement à l’époque. […] Il fallait donc rapidement un nouvel aéroport pour desservir les besoins grandissants de Montréal ».

« ABSENCE DE LIAISON »

Le choix du site de Mirabel ne s’est pas imposé dès le départ et d’autres sites ont été envisagés. Mais, finalement, c’est le projet défendu par un économiste, Benjamin Higgins, qui l’emporte en 1969 auprès du gouvernement de Pierre Elliott Trudeau.

Le projet d’Higgins prévoyait également de relier le nouvel aéroport au centre-ville de Montréal et à L’aéroport de Dorval grâce à la construction d’un train rapide et d’une nouvelle autoroute, deux infrastructures qui ne verront toutefois jamais le jour.

Avec le recul, « cette absence de liaison avec le centre de Montréal sera l’un des principaux facteurs qui contribueront à l’échec du nouvel aéroport », observe M. Roy.

HABITANTS EXPROPRIÉS

L’ampleur du projet voulu par Ottawa et les retombées économiques attendues ont justifié, à l’époque, l’expropriation par le gouvernement fédéral de milliers d’habitants de la région agricole de Sainte-Scholastique, qui va devenir Mirabel en 1971.

Au total, ce sont 97 000 acres de terres fertiles qui sont saisies par Ottawa. Pour les habitants expropriés, la construction de Mirabel va donc laisser un goût amer qui perdure de nos jours, malgré la rétrocession progressive, à partir des années 1980, environ 91 000 acres des terres expropriées.

EN GRANDE POMPE

Afin d’être prêt pour les Jeux olympiques de 1976, l’aéroport se construit en un temps record et accueille ses premiers vols dès 1975. Le 4 octobre 1975, alors qu’environ 200 expropriés manifestent tout près, le gratin politique, les médias et les gens d’affaires sont présents à Mirabel pour inaugurer cette nouvelle infrastructure qui a coûté 500 millions de dollars.

Pour ajouter au faste de l’événement, le pilote français André Turcat se pose vers les 15 h sur la piste de Mirabel à bord du Concorde 01-WTSA.

L’enthousiasme est d’ailleurs palpable parmi les dignitaires. Pour le premier ministre du Québec, Robert Bourassa, le nouvel aéroport est un « témoignage éloquent de la valeur du fédéralisme canadien », rapporte un article du Devoir de l’époque.

Pour sa part, le premier ministre du Canada, Pierre Elliott Trudeau, ne cache pas les immenses espoirs qu’il caresse à l’égard du projet initié sous sa gouverne : « On a peine à imaginer le fourmillement énorme, mais ordonné qu’elle abritera bientôt lorsque les voyageurs y afflueront au rythme de quatre, puis de six, puis de dix millions par année […]. Le projet entier déborde sur le 21e siècle, qu’il prépare et anticipe. »

Ironiquement, moins de 30 ans plus tard, Mirabel accueillera son dernier vol de passagers et les vols internationaux retourneront à Dorval, qui porte désormais le nom de Pierre Elliott Trudeau !

Source: Martin Lavallée, Journal de Montréal, cahier weekend, 4 octobre 2025, p52


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