Un pan de notre histoire : La souveraineté du Québec, histoire d’une idée et d’un projet

Histoire

Le projet souverainiste québécois plonge ses racines profondément dans l’histoire. Il est en quelque sorte inhérent à la Conquête britannique de 1760, qui a engendré la mise en tutelle d’un peuple d’origine française à une autre entité ; britannique d’abord, canadienne ensuite.

Depuis la Conquête, ce moment déterminant de l’histoire du Québec, le peuple québécois n’est pas entièrement maître de lui-même. Sa destinée dépend en grande partie de forces extérieures.

De là découle le projet de la souveraineté, qui est revenu périodiquement et sous différentes formes au cours de l’histoire : l’émancipation du peuple québécois de sa tutelle étrangère.

L’ÉLAN DE LA RÉVOLUTION TRANQUILLE

Toutefois, c’est véritablement durant la Révolution tranquille que le projet souverainiste contemporain est né.

Les années 1960 instaurent au Québec une ère marquée par d’importantes réformes d’État et de grands projets économiques.

Durant cette période, les descendants français d’Amérique vivant au Québec s’approprient l’État québécois et s’en servent pour s’émanciper de leur état d’infériorité sociale et économique face à la population anglo-canadienne. De Canadiens français, ils se désigneront progressivement comme des Québécois !

Le slogan des libéraux de Jean Lesage aux élections de 1962, « Maîtres chez nous ! », incarne à merveille l’esprit de cette époque.

Dans la foulée, de plus en plus d’acteurs du monde politique pensent que les Québécois ne seront véritablement maîtres chez eux qu’en se séparant du Canada, en faisant du Québec leur seul et unique pays.

C’est le cas du Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN), un mouvement de gauche qui devient parti politique en 1963, et du Front de libération du Québec (FLQ), créé la même année, qui prône des actions radicales qui mèneront à la crise d’Octobre de 1970.

En 1965, le chef de l’Union nationale et futur premier ministre du Québec (1966-1968), Daniel Johnson, publie un manifeste, Égalité ou indépendance, dans lequel il dit ouvertement que « si la sécession devenait pour les Canadiens français le seul moyen de rester eux-mêmes, de rester français, alors ce ne serait pas seulement leur droit, ce serait même leur devoir d’être séparatistes. »

L’année suivante est créé le Ralliement national (RN), qui se veut un parti indépendantiste campé à droite de l’échiquier politique.

« VIVRE LE QUÉBEC LIBRE »

Durant cette période de consolidation d’un mouvement souverainiste québécois, un événement majeur vient lui donner une impulsion décisive doublé d’une légitimité et d’une résonnance internationale. Il survient le 24 juillet 1967, du haut du balcon de l’hôtel de ville de Montréal, comme un écho venu du fond de l’histoire, lorsque le président de la France, le général de Gaulle, proclame son « Vive le Québec libre ! ».

Ce moment agira comme une véritable épiphanie pour de nombreux Québécois de l’époque…

LE MSA ET LA CRÉATION DU PARTI QUÉBÉCOIS

Quelques mois après la venue de Charles de Gaulle, René Lévesque quitte le Parti libéral du Québec et fonde le Mouvement souveraineté-association (MSA), qui prône la souveraineté du Québec assortie d’une association avec le Canada.

Lévesque publie ensuite un essai, Option Québec, dans lequel il étaye ses idées politiques souverainistes.

« C’est la chance indispensable que nous, Québécois, devons nous donner, à la suite de tant d’autres peuples, de bâtir par et pour nous-mêmes le pays que nous voulons. »

En 1968, le MSA fusionne avec le RN et devient le Parti Québécois. Les souverainistes ont désormais un véhicule jouissant d’une crédibilité et d’une notoriété pour faire avancer leur projet. Les membres du RIN, qui se dissout en octobre 1968, viendront grossir les rangs du nouveau vaisseau amiral de la souveraineté du Québec.

COMMENT DEVENIR UN PAYS

La question qui s’est posée à René Lévesque et aux ténors du mouvement souverainiste est celle-ci : comment faire accéder le Québec à l’indépendance politique ? Pour certains, l’élection d’un parti souverainiste était suffisante pour que celui-ci déclenche le processus d’accession à la souveraineté.

Toutefois, au début des années 1970, le professeur Claude Morin met de l’avant une autre stratégie, « l’étapisme », qui prévoit que le processus d’accession à la souveraineté se fasse à la suite d’un référendum gagnant.

En 1974, le PQ adopte la stratégie de Morin et s’engage à tenir un référendum si le parti obtient le pouvoir.

1980 ET 1995 : LES DEUX RÉFÉRENDUMS

Cette première étape est atteinte le 15 novembre 1976, lorsque le Parti Québécois remporte les élections, Le parti de René Lévesque enclenche alors la deuxième étape, le référendum du 20 mai 1980. En tout, 59,6 % des Québécois votent non à la question référendaire visant à négocier la souveraineté avec le Canada. Pour René Lévesque, les Québécois disent « à la prochaine fois ! »

Cette prochaine fois survient le 30 octobre 1995, lorsque le PQ de Jacques Parizeau fait une deuxième tentative, fort de la remontée du projet d’indépendance après l’échec des accords du lac Meech et de Charlottetown.

Le NON l’emporte encore, mais avec une mince majorité, à 50,58 % d’appuis contre 49,42 % pour le OUI.

Depuis lors, le projet souverainiste s’est dilué à travers divers débats, l’attention étant axée, au tournant des années 2000, sur la réalisation de la mondialisation. Toutefois, celle-ci montre ses limites depuis quelques années et certains États commencent à renouer avec le nationalisme, qui se traduit au Québec avec la remontée du Parti Québécois et du projet d’indépendance, notamment chez les jeunes.

L’histoire du mouvement souverainiste n’est pas finie et continue de s’écrire…

Source : Martin Lavallée, Journal de Montréal, cahier weekend, 18 octobre 2025, p50


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