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Conte de Noël pour les grands au cœur d’enfant
Dans un petit appartement du quartier Villeray à Montréal, Monsieur Lambert, 82 ans, vivait seul depuis la mort de sa femme, Huguette, survenue huit hivers plus tôt. Chaque année, il décorait quand même son balcon avec une guirlande rouge et une étoile lumineuse, « pour faire honneur à la tradition », disait-il, même si personne ne venait plus vraiment lui rendre visite.

Le 24 décembre, la neige tombait dru sur la ville. Les trottoirs étaient déserts, les vitrines fermées, et les rares passants pressaient le pas, emmitouflés dans leurs manteaux. Monsieur Lambert, lui, avait préparé son traditionnel ragoût de boulettes, une recette qu’il tenait de sa mère. Il avait mis la table pour deux, comme toujours, avec la vieille nappe brodée et les verres en cristal qu’Huguette adorait.
Il s’assit, seul, face à la chaise vide. Il leva son verre de vin rouge et murmura :
— Joyeux Noël, ma belle.
Puis il mangea lentement, en silence, bercé par les souvenirs. Il se rappelait les Noëls d’autrefois, les rires de ses enfants, les chansons autour du piano, l’odeur du sapin naturel qu’ils allaient chercher au marché Jean-Talon. Mais les enfants étaient partis vivre loin : l’un à Vancouver, l’autre à Bruxelles. Ils appelaient parfois, mais rarement à Noël. Trop occupés, disaient-ils.
Vers 21 h, alors qu’il s’apprêtait à éteindre les lumières, on frappa à la porte. Étonné, Monsieur Lambert alla ouvrir. Sur le seuil se tenait une jeune femme, trempée, les joues rouges de froid, tenant un sac à dos et un petit chien dans les bras.
— Bonsoir… Je suis désolée de vous déranger. Mon autobus a été annulé, et je n’ai nulle part où aller. J’ai vu votre lumière… Est-ce que je peux juste me réchauffer un peu ?
Monsieur Lambert hésita. Il n’aimait pas les imprévus. Mais il vit dans les yeux de la jeune femme une détresse sincère. Il s’écarta.
— Entrez donc. Vous allez attraper la mort.
Elle entra, remerciant à voix basse. Elle s’appelait Clara, avait 27 ans, et tentait de rejoindre sa mère à Trois-Rivières pour Noël. Le chien s’appelait Biscuit, un petit bâtard nerveux mais affectueux.
Monsieur Lambert lui offrit une serviette, un bol de soupe chaude, et même un vieux chandail de laine. Clara mangea avec appétit, puis ils parlèrent. D’abord timidement, puis avec plus de chaleur. Elle lui raconta sa vie de serveuse dans un café du Plateau, ses rêves de devenir illustratrice, ses amours ratées. Lui parla de sa jeunesse, de son métier de facteur, de ses promenades avec Huguette au parc Jarry.
Minuit approchait. Clara regarda l’horloge.
— Vous savez, je n’ai pas eu un vrai Noël depuis des années. Mais ce soir… c’est comme si j’étais tombée dans un conte.
Monsieur Lambert sourit. Il n’avait pas souri ainsi depuis longtemps.
— Moi non plus, dit-il. Pas depuis que ma femme est partie.
Ils burent un peu de porto. Clara trouva dans le vieux buffet un jeu de cartes et proposa une partie de carte. Monsieur Lambert accepta, ravi. Ils jouèrent, rirent, trichèrent un peu. Le chien dormait sur le tapis, ronflant doucement.
Vers 2 h du matin, Clara s’endormit sur le divan, emmitouflée dans une couverture. Monsieur Lambert la regarda un moment, puis alla chercher un oreiller et une autre couverture. Il éteignit les lumières, ne laissant que l’étoile lumineuse du balcon briller dans la nuit.
Le lendemain matin, Clara se réveilla seule. Sur la table, un mot…
Elle attendit. Une heure. Deux. À midi, inquiète, elle sortit. La neige avait cessé. Elle demanda au concierge s’il avait vu Monsieur Lambert.
— Monsieur Lambert ? Il est décédé l’hiver dernier, mademoiselle. En janvier. Crise cardiaque. On l’a trouvé seul chez lui.
Clara pâlit.
— Ce n’est pas possible. J’ai passé la nuit ici. Il m’a ouvert la porte. On a joué aux cartes…
Le concierge la regarda, perplexe.
— Vous devez vous tromper d’appartement.
Mais Clara insista. Elle monta, frappa à la porte. Personne. Elle tourna la poignée : c’était ouvert. L’appartement était vide. Pas de nappe, pas de vaisselle, pas de chien. Juste une odeur de renfermé.
Mais sur le balcon, l’étoile lumineuse brillait encore.
Clara descendit, le cœur battant. Elle marcha longtemps dans les rues enneigées, le chien dans les bras. Elle ne comprenait pas. Elle se sentait bouleversée, mais étrangement apaisée.
Ce soir-là, elle appela sa mère et lui dit qu’elle viendrait le lendemain. Elle avait quelque chose à dessiner d’abord.
Dans les semaines qui suivirent, Clara peignit une série d’illustrations inspirées de cette nuit étrange : un vieil homme et une jeune femme jouant aux cartes, un chien endormi, une étoile qui brille dans la nuit. Elle les exposa dans une petite galerie du Mile-End. L’exposition s’intitulait : « Le dernier Noël de Monsieur Lambert ».
Les visiteurs furent nombreux. Certains pleuraient en silence devant les tableaux. D’autres souriaient. Tous ressentaient quelque chose d’indéfinissable, comme une chaleur oubliée.
Clara ne sut jamais vraiment ce qui s’était passé cette nuit-là. Était-ce un rêve ? Un miracle ? Une hallucination née de la fatigue et du froid ? Peu importait.
Elle savait seulement qu’un vieil homme seul lui avait offert, sans rien attendre, un Noël inoubliable. Et qu’en retour, elle lui avait peut-être offert la paix.
Et depuis ce jour, chaque 24 décembre, Clara allume une étoile lumineuse à sa fenêtre. Pour Monsieur Lambert.
bonjour bravo très belle histoire passe une bonne journée
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