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Conte de Noël pour les grands au cœur d’enfant
Dans le village reculé de Valombre, niché entre les montagnes enneigées et les forêts de sapins centenaires, Noël n’était pas seulement une fête : c’était une promesse. Chaque année, à minuit, une étoile filante traversait le ciel, bénissant les cœurs purs d’un vœu exaucé. On l’appelait l’Étoile de l’Hiver. Mais cette année-là, elle ne vint pas.

Les anciens murmurèrent que le monde avait trop changé, que les hommes avaient oublié les chants, les veillées, les offrandes de pain chaud laissées sur les rebords des fenêtres pour les esprits du givre. Le silence s’installa, lourd comme la neige qui recouvrait les toits.
Éléonore, une femme dans la quarantaine, veuve depuis trois hivers, vivait seule dans une maison de pierre au bord du lac gelé. Elle n’attendait plus rien de Noël. Son fils, parti vivre en ville, ne revenait plus. Son atelier de verrerie, autrefois réputé pour ses boules de Noël enchantées, ne recevait plus de commandes. Pourtant, chaque soir, elle allumait une lanterne rouge au bord du chemin, comme pour guider une âme perdue.
Le 21 décembre, alors qu’elle taillait un cristal dans son atelier, un souffle glacé fit vaciller la flamme. Une silhouette se dessina dans la buée de la vitre : un homme, vêtu d’un manteau de laine, les cheveux blancs comme la neige, les yeux d’un bleu profond. Il ne frappa pas. Il attendit.
Éléonore ouvrit la porte, méfiante. L’homme s’inclina.
— Je cherche un éclat d’âme, dit-il. Un fragment de lumière pure. On dit que vous savez les façonner.
Elle haussa les épaules.
— Ce sont des contes pour enfants.
— Pas cette année, répondit-il. L’Étoile de l’Hiver est prisonnière. Et sans elle, le monde perdra sa dernière magie.
Il lui tendit une sphère de verre brisée, où palpitait une lueur fragile.
— C’est tout ce qu’il reste. Il faut la réparer avant minuit, le 24.
Éléonore hésita. Puis elle prit la sphère, la posa sur son établi, et se mit à l’ouvrage.
Pendant trois jours, elle travailla sans relâche. Elle fondit du cristal, souffla des formes, grava des runes anciennes qu’elle n’avait pas utilisées depuis l’enfance. Chaque nuit, l’homme revenait, silencieux, apportant des ingrédients oubliés : une larme de lune, une plume de corbeau albinos, un éclat de rire d’enfant enfermé dans une fiole.
Le 24 décembre, à l’aube, la sphère était presque terminée. Mais il manquait une chose : une étincelle de foi. Pas celle des croyances, mais celle du cœur. Éléonore se tourna vers l’homme.
— Je n’ai plus foi en rien.
Il la regarda avec une infinie douceur.
— Alors il faut la retrouver.
Ils partirent ensemble dans le village. Les rues étaient désertes. Les gens s’étaient enfermés, lassés des promesses non tenues. Éléonore frappa aux portes, offrit des boules de verre, des lanternes, des chants. Peu à peu, les fenêtres s’ouvrirent, les enfants sortirent, les rires fusèrent. Une vieille femme apporta du pain chaud, un jeune homme joua du violon, et les flocons semblèrent danser.
À minuit, Éléonore plaça la sphère réparée sur le rebord du lac. Le ciel s’ouvrit. Une étoile filante jaillit, plus brillante que jamais, et s’arrêta juste au-dessus d’eux. Elle descendit lentement, se posa sur la sphère, et fusionna avec elle.
L’homme sourit.
— Vous avez sauvé l’hiver.
Il disparut dans une bourrasque de neige.
Éléonore resta là, le cœur léger, les yeux pleins de larmes. Son fils arriva le lendemain, sans prévenir, les bras chargés de cadeaux. L’atelier reprit vie. Et chaque année, désormais, l’Étoile de l’Hiver brillait plus fort, car elle portait en elle l’éclat d’une âme qui avait retrouvé foi en la magie.