Un pan de notre histoire : Le cheval canadien un puissant symbole patrimonial

Histoire

« Crinière abondante en crins fins, longs et ondulés », « silhouette dénotant puissance, santé et agilité », « élégance et noblesse dans le port et les mouvements » : voilà certaines des caractéristiques du cheval canadien, une race équine qui fait la fierté de ses admirateurs.

Peu connu du grand public, le cheval canadien est un pur produit de l’histoire du Québec puisqu’il est arrivé tout au début de la colonisation en vertu d’une livraison du roi de France et s’est adapté en symbiose avec les paysans et bûcherons qui ont bâti le pays.

Au moins trois organisations veillent à la préservation de cette race patrimoniale depuis sa création, en 1895, de la Société des éleveurs de chevaux canadiens. Une loi votée en 1999 à l’Assemblée nationale lui a donné le titre de « race patrimoniale ». C’est une reconnaissance symbolique et culturelle importante pour le patrimoine agricole.

« C’est un cheval magnifique parfaitement adapté à notre territoire, à notre climat et à notre culture », lance, en entrevue avec Le Journal, l’écrivaine, éditrice et cavalière Marie-Hélène Poitras, qui a monté et a longtemps conduit une calèche tirée par un cheval canadien nommé Caleb dans le Vieux-Montréal.

Caleb était un cheval à la fois docile et résistant, capable de circuler au milieu des voitures dans des conditions difficiles, « calme, mais sans être plate », ajoute-t-elle, encore heureuse de penser à l’équipe qu’elle faisait avec le hongre.

12 CHEVAUX DU ROI

Il faut remonter à 1665 pour trouver l’origine de cette race équine reconnue à l’étranger. Une douzaine de chevaux ont été envoyés dans la colonie par le roi Louis XIV. D’autres bêtes ont suivi jusqu’à ce que l’intendant Jean Talon stoppe l’entrée des chevaux, car il trouvait que le nombre suffisait aux besoins des colons.

« Ces chevaux se sont reproduits entre eux et ont donné cette race bien de chez nous », explique Gilles Racette, ancien policier du Service de police de la Ville de Montréal et ancien président de l’Association québécoise du cheval canadien.

Encore aujourd’hui, son écurie compte 12 chevaux canadiens qu’il affectionne particulièrement. « C’est une partie de notre histoire qui a bien failli disparaître », ajoute l’homme de 82 ans.

En effet, après avoir atteint des sommets autour de 1795 avec 14 000 têtes (on en trouvait jusqu’en Louisiane), le cheval canadien a vu ses effectifs baisser, au point d’inquiéter les éleveurs au tournant des années 1900 et dans les années 1970. Il a en effet frôlé l’extinction, notamment en raison de l’industrialisation de l’agriculture.

LE PETIT CHEVAL DE FER

Aujourd’hui, l’avenir du « petit cheval de fer », comme on le surnomme, serait assuré, bien qu’on ne connaisse pas le nombre précis de bêtes encore en mesures de procréer. On parle d’environ 5000 têtes, mais le sujet ne fait pas consensus.

« Celui qui a le mieux immortalisé le cheval canadien est le peintre Cornelius Krieghoff », mentionne M. Racette, qui aime particulièrement les œuvres où le cheval est illustré avec des familles de paysans ou des coureurs des bois des premiers temps de la colonie.

On ne s’attend pas à ce que cette race domine les Jeux olympiques, précise l’historien amateur. « C’est un cheval généraliste qui peut s’illustrer dans de multiples tâches. C’est la beauté de cette race », résume M. Racette.

Source : Mathieu-Robert Sauvé, Journal de Montréal, cahier weekend, 3 janvier 2026, p63


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