Encore le français bafoué !

Langues

Mercredi dernier, Jean-Nicolas Blanchet, journaliste-sportif au Journal de Montréal, a dénoncé une pratique qui manque totalement de respect envers les partisans, dans la Ligue nationale de hockey (LNH); durant les parties, à Montréal, les arbitres devraient donner leurs décisions dans les deux langues, comme au football des Alouettes entre autres.

C’est le texte que je vous propose aujourd’hui.

***

POURQUOI BANALISE-T-ON NOTRE COLONISATION ?

Il s’est passé quelque chose de tellement colon dans le match du Canadien dimanche. Personne n’en a parlé. Mais prenons un peu de recul pour se demander si c’est normal.

La rencontre se déroulait à Montréal. Les deux arbitres et les deux juges de ligne étaient francophones.

Pourtant, quand les arbitres démarraient leur micro pour annoncer une punition à la foule, c’était en anglais.

Je trouvais ça drôle, tellement c’est ridicule. Et plus j’y pense, plus que je trouve ça triste.

J’en ai parlé avec la légende de l’arbitrage au hockey au Québec, Denis Morel.

M. Morel a été le premier arbitre francophone à temps plein dans la LNH. Il a arbitré plus de 1200 matchs.

Quand je lui parle de ce cas, il part à rire.

« Je suis pas mal sûr qu’elle [la LNH] n’y a jamais pensé, car la langue officielle de la LNH c’est l’anglais », me lance-t-il.

PAS LA FAUTE DES ARBITRES

Ce n’est pas la faute des arbitres. C’est ce qu’on demande, m’a expliqué l’arbitre à la retraite.

D’ailleurs, un des arbitres dimanche était Francis Charron. Et j’aurais de la misère à écrire quoi que ce soit de méprisant à son sujet. Au contraire : j’ai passé ma jeunesse à le voir se faire poivrer dans la LHJMQ, souvent injustement, au vieux Colisée de Québec. Il avait la couenne dure. Ça l’a mené à une brillante carrière dans la LNH. Il compte déjà 17 saisons, 860 matchs et trois finales de la Coupe.

M. Morel m’explique qu’à l’époque, il parlait en français avec les Guy Carbonneau et Guy Lafleur. Mais dès qu’un anglophone arrivait dans la discussion, tout le monde virait à l’anglais. On s’entend, c’est logique.

S’il était encore arbitre, M. Morel explique qu’il évoquerait le sujet auprès de la ligue. « Je leur demanderais s’ils veulent que j’annonce dans les deux langues. »

Mais il souligne que pour la LNH, « c’est très secondaire », tout ça.

J’ai écrit à la LNH, mais je n’ai pas eu de retour.

PAS UN SCANDALE, MAIS…

Est-ce que ça change ma vie ? Non. Ce n’est pas un scandale. C’est un détail. Mais ça va prendre combien de détails avant qu’on arrête d’être indifférent ?

Je suis un bon défenseur du français, mais je ne me réveille pas la nuit pour ça. Néanmoins, je commence à trouver ça lourd et pas à peu près de constater à quel point le français mange une volée dans le sport. Chez les plus jeunes surtout.

D’ailleurs, esto que je suis d’accord avec le chroniqueur Olivier Niquet, à La Presse, qui a écrit que les jeunes qui sacrent préservent un peu notre culture.

Il faut côtoyer les jeunes pour le comprendre. Ils utilisent tellement l’anglais qu’on est rendu quasiment content s’ils sortent un juron.

Je trouve qu’on tolère une colonisation épaisse. On ne parle pas en anglais par obligation. On trouve ça cool et on laisse ça aller, comme une bonne gorgée de jus de pruneaux.

Je jouais à la cachette avec mon neveu ce week-end. Il me dit que j’avais « sell » sa cachette. Il n’est même pas au secondaire. Il ne parle pas anglais. C’est quoi, ça ?

Tu as l’autre ado qui dit qu’elle était « like » choquée. Mais qu’elle est « down » pour tourner la page.

L’ANGLAIS POUR ÊTRE COOL

Dans le sport, c’est rendu épouvantable. Il y a deux ans, Paul St-Pierre Plamondon s’était insurgé. Car des joueurs des Voltigeurs de Drummondville portaient un chandail avec un message en anglais.

Je trouvais ça aussi niaiseux. Mais je vous confirme qu’il y a des centaines d’équipes sportives au Québec qui se sont fait demander de ne plus jamais porter un chandail après ça. C’était la mode, il n’y a pas si longtemps, de mettre sur son chandail « Property of (nom de l’équipe) ».

C’était cool. L’anglais c’est cool. Ça faisait américain. Moi, je trouve que ça fait Elvis Gratton, plutôt.

Les jeunes ne regardent plus vraiment le sport à la télé. Il regardent ça via les plateformes de diffusion. Ils regardent les faits saillants sur les réseaux sociaux. Tout en anglais.

Pensez-vous qu’une équipe de football d’une école secondaire au Saguenay bâtit un livre de jeux en français ? Pensez-vous qu’une équipe de hockey de Rimouski demande à ses joueurs de dire « par ici » au lieu de « over » ? Pensez-vous qu’une équipe de baseball de Lanaudière parle de long lancer ou de long toss ?

Soit qu’on se dit collectivement que tout ça n’est pas grave, même si tant de grands Québécois ont tout fait pour franciser le sport à travers les époques.

Ou soit qu’on se lève et qu’on commence à se dire qu’il n’y a rien de cool à s’angliciser dans le sport. À commencer quand quatre arbitres francophones nous parlent en anglais au Québec.

***

Une constatation et une opinion que j’endosse !



En savoir plus sur Le blogue de Normand Nantel

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Vous en pensez quoi ?