Encore des données alarmantes

L’ambiguïté des québécois francophones sur la préservation de leur langue maternelle ne cessera de nous surprendre. Quand je parle d’assimilation et du fait que notre langue est déjà en phase terminale, je ne suis pas tellement loin de la vérité.

Le malheureux fait que les jeunes libéraux aient voulu qu’on ouvre toutes grandes les portes des écoles anglaises aux francophones et aux allophones est là pour le prouver… À petite dose, le peuple francophone mourra! Un triste sort. Mathieu Bock-Coté en a fait l’objet de son article d’hier, dans les pages du Journal de Montréal, qu’il me fait plaisir de partager avec vous.

La tentation de la mort

60% : selon un récent sondage paru pour marquer les 40 ans de la loi 101, c’est le pourcentage de Québécois souhaitant ouvrir l’école anglaise aux francophones et aux allophones. Et 53% des francophones sont d’accord.

En d’autres mots, les Québécois ont beau faire semblant de tenir à leur langue, ils désirent ouvertement ébrécher son noyau et renient son principe. C’est probablement la nouvelle politique la plus importante de l’année. Elle n’est pas vraiment surprenante non plus. Elle est conforme à la tendance des dernières années.

FRANÇAIS

Ceux qui relativisent tout nous expliquent de ne pas nous en faire et répètent qu’apprendre l’anglais ne veut pas dire qu’on désapprendra le français. C’est une pirouette.

Dans les faits, lorsqu’on espère éduquer ses enfants dans une autre langue que la sienne, c’est qu’on considère déjà qu’elle appartient au passé, qu’elle est folklorique et qu’elle n’ouvre plus les portes de l’avenir. Au Québec, quand l’anglais progresse, c’est que le français régresse. Le Québec bilingue, c’est un Québec anglais.

Les Québécois, au fond d’eux-mêmes, sont peut-être fatigués d’exister. Jean Bouthillette est un essayiste malheureusement oublié. Il a pourtant publié un livre essentiel, en 1972. Le titre : Le Canadien français et son double. Il nous aide à penser le paradoxe de l’identité québécoise.

D’un côté, on trouve un peuple qui a survécu à travers les siècles et qui a lutté pour conserver sa culture. D’un autre, ce peuple ne cesse de douter de lui-même. Parler français, vivre en français, espérer en français, en Amérique, est-ce que ça vaut vraiment la peine?

Est-ce que notre culture n’est pas un fardeau dont il faudrait se délivrer et une prison dont il faudrait s’évader? Pourquoi résister à l’Amérique anglophone alors qu’elle représente la puissance de notre temps. Être Québécois, n’est-ce pas trop exigeant?

C’est ce que Jean Bouthillette appelait la tentation de la mort. Cette tentation est revenue nous hanter à plusieurs reprises dans notre histoire. Elle est particulièrement vive quand le peuple québécois doute de son avenir. Et elle est de retour aujourd’hui. Mais elle se maquille en empruntant les traits d’une modernité flamboyante.

DISPARAÎTRE

On ne dit plus : ce Québécois est un assimilé. On dit : c’est un citoyen du monde. On ne dit plus : il renie son identité. On dit : il est ouvert à l’autre. On ne dit plus : il s’écrase devant le Canada anglais. On dit : il a une approche constructive avec nos partenaires canadiens.

On ne dit plus : notre peuple, peu à peu va disparaître. On dit : notre peuple évolue et s’adapte à la diversité.

De la commémoration de la visite du général de Gaulle à celle de la loi 101, ces derniers mois ont été consacrés à la célébration de pages glorieuses de notre histoire. Nous nous sommes rappelés les moments où notre peuple était plein de vie et conquérant. Le contraste avec les années présentes était absolument violent. Peut-être que, dans un siècle, on dira des premières décennies des années 2000 qu’elles ont été l’époque de la disparition tranquille.

Encore le franglais!

Pas que je sois fanatique du duo Richard Martineau et Sophie Durocher, mais très souvent je partage leurs opinions sur les différents sujets d’actualités qui meublent leurs articles. Alors pourquoi ne pas en profiter à l’occasion et partager avec vous leurs écrits qu’ils publient dans le Journal de Montréal.

Alors cette fois-ci, je veux partager l’article de Sophie, publié mercredi dernier et qui traite de la « franglicisation ». Moi aussi je trouve très désolant qu’on en soit rendu à utiliser des mots et expressions anglaises dans nos conversations. À la radio, à la télé, on ne se gêne plus pour « frangliciser », et ce ne sont pas les exemples qui manquent. Alors justement, en fin de semaine dernière, j’écoutais un entretien à Salut Bonjour, avec la chanteuse Ima. À au moins deux reprises, elle a mentionné le mot challenge, alors que « défi » aurait été plus approprié et indiqué. C’est ça qui m’agace, parce que ça détériore et rabaisse ma belle langue française riche de mots.

English non stop

À Historia, on nous propose une série originale québécoise sur les courses de poids lourds intitulée… Truck Non Stop.

Sur toutes les plateformes internet de TV5, la télé de la francophonie (sic), on nous propose une minisérie documentaire sur l’intégration des Français de France au Québec, intitulée… French PQ.

Kim Rusk, Philo Lirette se joignent à Jonathan Roberge et vont maintenant animer, à Énergie, l’émission matinale qui va s’appeler… Boost.

Mais non, ne vous en faites pas, on n’est pas du tout, du tout, en train de glisser lentement vers la « franglicisation. » Tout va très bien, Madame la marquise. « Everything is fine ».

C’EST COZY!

Le magazine Elle Québec et Lise Watier, le géant québécois de la cosmétique, lancent une collection de maquillage exclusive intitulée… « Weekender ». Une collection, nous dit-on, qui « nous convie à un moment cozy ».

Le 12 août dernier, la compagnie montréalaise de vêtements de sport Löle organisait à nouveau son évènement rassemblant des milliers de femmes faisant du yoga ensemble, habillées en blanc. C’était le « Löle White Tour » de « LöleWomen ».

Le bâtonnier de Montréal a écrit un message s’adressant aux membres, avec un paragraphe en français et un paragraphe en anglais. Pas une traduction, non, juste chaque paragraphe écrit dans sa propre langue. Un bel exemple de franglais à la Trudeau/Joly. Quand l’avocat Pierre-Marc Boyer lui en a fait le reproche, le bâtonnier a répondu à Droit inc. : « C’est un de mes devoirs de célébrer la diversité et c’est la position de la majorité des membres. J’ai envie de dire : « Wake up and smell the coffee, Montreal has changed ». » Parler franglais, en 2017, il paraît que c’est une façon de « célébrer la diversité… »

SMELL THE COFFEE

Vous me direz que la langue du commerce, la langue pour se faire connaître à l’international, est l’anglais. J’ai trois mots pour vous : Cirque. Du. Soleil. Quand les échassiers de Baie-Saint-Paul ont fondé ce qui allait devenir un empire culturel essaimant sur les cinq continents, ils ne se sont pas dit : « On devrait choisir un nom anglais, facilement prononçable par les Ricains et par tous les habitants de la planète qui baragouinent l’anglais ». Ils ont choisi un nom français, hyper dur à prononcer. Essayez de prononcer le mot « cirque » quand vous habitez le fin fond du Midwest, vous.

Mais les circassiens n’ont pas bougé depuis. Est-ce que quelqu’un à New York, à Shanghaï ou à Cancun a déjà dit : « My God, why don’t you have an English name? » I don’t think so.

FLEUR DE LYS EN BERNE

Cet aplaventrisme devant l’anglais, dans nos institutions, à la télé, à la radio, dans les magazines, me décourage.

Comment s’étonner après que les jeunes libéraux réunis en congrès aient évoqué la possibilité d’une brèche dans la loi 101?

C’est Félix Leclerc, qui parlait un excellent français, qui doit se retourner dans sa tombe. Lui qui chantait dans Le Tour de l’île : « Imaginons l’Île d’Orléans/Un dépotoir/Un cimetière/ Parcs à vidanges/Boîte à déchets/U. S. parkings/On veut la mettre en minijupe/And speak English/Faire ça à elle/L’Île d’Orléans/Notre fleur de lys. »

Voilà ce que devrait être la vision du PQ

Mercredi dernier, Mathieu Bock-Côté publiait dans les pages du Journal de Montréal, son « programme » pour sauver le français au Québec. Il me rejoint totalement dans son exposé et ça fait longtemps que j’ai la même idée. Je n’ai pas peur d’affirmer que je suis encore et toujours un nationaliste convaincu et depuis quelque temps je m’ennuie de la belle époque des années 1976 à 1985 où tous les espoirs étaient permis d’obtenir notre souveraineté rapidement.

Hélas, le Fédéral s’est appliqué par deux fois à s’imposer sournoisement et faire pencher la balance du mauvais côté, et de justesse pour la dernière fois. Avec l’entrée massive d’immigrants pour qui l’anglais est LA priorité, jumelé au recul du français, il faudra que le PQ redevienne le parti du changement, celui qui faisait tellement peur aux Québécois anglophones et même certains francophones, qu’ils menaçaient de s’exiler en Ontario advenant la victoire du PQ en 1976. D’ailleurs, lors de cette élection historique, le PQ avait lancé un macaron où on pouvait y retrouver un balai. Sa raison d’être, d’agir et de tout balayer!

Alors voici ce texte dans son intégralité, pour sauver notre belle et riche langue française… et pour des siècles à venir.

Mon programme pour sauver le français

Dans notre société où le cycle médiatique va trop vite, il arrive qu’une nouvelle importante n’occupe l’actualité que quelques jours, avant d’être déclassée par d’autres, bien moins importantes.

C’est ce qui vient d’arriver avec les résultats du recensement. On les a commentés pendant quelques jours, avant de les oublier. Ils annonçaient pourtant quelque chose de bouleversant : la progressive disparition du peuple québécois. Pour cela, on nous pardonnera d’y revenir, même si plus personne n’en parle.

QUÉBEC

Il faut dire que certains médias ont travaillé fort pour nous dire que rien ne se passait. On a voulu nous faire croire que tous les indicateurs alarmants ne sont pas des indicateurs pertinents. La langue maternelle? Interdit d’y réfléchir! La langue parlée à la maison? S’en préoccuper serait une forme d’intrusion odieuse dans la vie privée.

Poussons plus loin : est-il encore permis de se questionner sur les liens entre l’immigration massive et l’anglicisation du Québec? Non. Et si on s’entête à le faire, on se fera accuser de racisme. Comme d’habitude.

Parlons franchement : dans un monde normal, ces résultats devraient lancer un signal d’alarme.

Une question devrait s’imposer : voulons-nous encore, dans un siècle, dans deux siècles, et pour très longtemps, être un peuple de langue et de culture française? Si oui, il faut replacer cette question au cœur de notre vie publique.

Cela impliquera bien des choses. La première sera de nous percevoir à nouveau comme une nation et non seulement comme une collection d’individus dispersés. Il faut savoir qu’on existe pour vouloir survivre.

Au quotidien, il faudra aussi cesser d’accepter de se faire traiter comme des étrangers chez nous. Le bonjour/hi montréalais représente un manque de respect effrayant envers le peuple québécois et son histoire.

Mais politiquement, des mesures s’imposent. J’évoque les plus importantes.

Il faudrait imposer la loi 101 au niveau collégial. Comment peut-on accepter qu’un si grand nombre de jeunes issus de l’immigration rejettent le système francophone dès qu’ils en ont l’occasion? La loi 101 au cégep, c’est le minimum vital. Il faudrait en finir avec le bilinguisme institutionnel des services publics. La minorité historique anglaise a droit à des services dans sa langue, c’est évident.

Mais pour le reste de la population, la langue commune devrait être le français, point final. Il ne devrait pas suffire de faire press nine pour la contourner comme c’est le cas actuellement. Le français ne devrait pas être optionnel au Québec.

MESURES

Poursuivons : il faudrait réduire significativement l’immigration. Dans le cadre actuel, nous n’avons pas les moyens de recevoir autant de gens et de réussir leur francisation et leur intégration à la culture québécoise.

De même, il faudrait rendre la francisation obligatoire pour les immigrants. Mieux encore : il faudrait rendre la maîtrise du français et la connaissance des grands repères de l’histoire québécoise obligatoires pour ceux qui veulent s’installer ici avant même qu’ils n’arrivent.

Il faudrait aussi faire l’indépendance du Québec. Mais ça, ce n’est apparemment pas pour demain. N’en demandons pas trop à un peuple endormi.

Des chiffres révélateurs

On nous apprend que le français régresse au Québec. Surpris? Moi, pas du tout! L’assimilation à petite dose fait son bonhomme de chemin. On n’a qu’à écouter les gens pour se rendre compte qu’ils massacrent leur langue avec des anglicismes à répétition. Pour l’écrit, c’est exactement la même chose. Comment peut-on protéger une langue quand on ne la respecte pas. À ce chapitre, les Québécois francophones en sont largement responsables.

Par hasard, je suis tombé sur l’article de Sophie Durocher, dans le Journal de Montréal du 4 août dernier. Il rejoint tellement ma position que je m’empresse de le partager avec vous

Est-ce qu’on « love » vraiment le français?

Vous avez vu les chiffres du recensement 2016 de Statistique Canada? Est-ce assez déprimant à votre goût? Les grands titres donnent froid dans le dos : l’usage du français recule!

Mais je me pose une question : si nous aimons le français, comme nous prétendons l’aimer, pourquoi le massacrons-nous? Il n’y a pas de pire ennemi du français que les francophones eux-mêmes. Pourquoi, en plus d’être francophones, ne sommes-nous pas aussi des francophiles?

DO YOU SPEAK FRANÇAIS?

Si nous nous inquiétons autant de l’anglicisation, pourquoi ponctuons-nous nos discours de mots et de tournures anglaises? Pourquoi personne ne dit un mot quand un chef connu appelle son nouveau resto Foodchain?

Pourquoi célèbre-t-on à chaque Saint-Jean la beauté de la langue française si c’est pour la piétiner les 364 autres jours de l’année? Vous vous souvenez, il y a quelques années, quand le groupe La Chicane dans sa chanson Calvaire, chantait « mes erreurs les plus pires »? Ils avaient fait rire d’eux.

Dans sa chanson Au 1036, le beau chanteur Claude Bégin (qu’on voit en petite tenue dans Cheval-Serpent) fredonne : « Mais où ce qu’on va se sauver ? […] Quessé qu’on fait encore là? Juste à cause que nous on change pas? » Personne, à aucune étape de la production de l’album, ne lui a signalé qu’on ne disait pas « à cause que », mais « parce que »?

Pourquoi Yulorama, ce sympathique blogue qui nous fait découvrir des bonnes adresses montréalaises, me propose-t-il sa nouvelle section « Dans mon hood, les crèmes glacées de nos quartiers »? Si le mot « quartier » existe, pourquoi utiliser le mot « hood »? Si les mots « meilleur ami » existent, pourquoi dire « BFF »? Si les mots « Oh mon Dieu » existent, pourquoi dire « OMG »?

Pourquoi personne ne dit un mot quand un salon de barbier dans mon quartier s’appelle Scotch and Scissors? Pourquoi quand la préposée de mon concessionnaire automobile m’appelle pour une vidange d’huile me dit-elle toujours : « On va céduler un rendez-vous. Appelez-moi si vous devez canceller ».

Pourquoi le compte Twitter d’une grande créatrice de mode québécoise est-il majoritairement en anglais et pourquoi m’a-t-on souhaité une bonne Saint-Jean… en anglais cette année? Pourquoi tant de personnalités québécoises ont-elles recours à l’anglais sur leurs médias sociaux? Comme cette jeune féministe, qui fait carrière au Québec, mais met toutes ses notes biographiques en anglais sur ses comptes Twitter et Instagram (Candidate, writer, documentarist, co-host, author)? A-t-elle besoin de « love »?

Pourquoi cette boutique de mode en plein cœur d’Outremont écrit-elle uniquement en anglais sur son compte Instagram? Le jour où Justin Trudeau a fait la une du magazine Rolling Stone, ils ont écrit : « We love you #styleiseverything #proudlycanadian ».

En 2017, c’est ça, « être fier d’être canadien »?

LA QUESTION QUI TUE

Pourquoi, quand vient le temps de défendre le français, parle-t-on des deux côtés de la bouche?

Amour, ponctuation et subtilité

Voici qui résume bien la petite histoire qui suit sur la richesse de la langue française écrite. Avec toute sa virtuosité on voit bien combien elle peut être jolie et raffinée…

Mademoiselle la VIRGULE et Monsieur le TRÉMA devaient se marier… Mais voilà qu’elle apprend que son futur, l’infâme, est épris d’une autre femme!

Elle le fait venir. Ils sont dans le salon. Très nerveuse, elle sonne. Un serviteur fidèle entre, son nom est GUILLEMET. Ayant besoin d’air, montrant au serviteur les fenêtres, elle lui dit :

– Ouvre-les, GUILLEMET!

Et GUILLEMET les ouvrit.

Alors, calmée un peu par les odeurs champêtres, de nouveau, montrant au serviteur les fenêtres :

– Ferme-les, GUILLEMETS!

GUILLEMET les ferma.

Madame la VIRGULE et Monsieur TRÉMA restèrent seuls.

– J’étais, lui dit-elle, fort aise, mon cher monsieur, d’entrer dans votre PARENTHÈSE. Mais puisqu’une autre femme est mieux à votre goût que moi, ne niez pas Monsieur, car je sais tout, elle est jeune et jolie. Elle se nomme CÉDILLE, danseuse à l’Opéra, dans le premier quadrille. Restons-en là! (tout ça dit d’un ACCENT AIGU).

Le pauvre du TRÉMA piteux, mais convaincu qu’on se sort toujours d’affaire en étant brave, s’expliqua d’un air digne avec un ACCENT GRAVE. Mademoiselle la VIRGULE l’interrompit :

– Assez Monsieur, POINT D’EXCLAMATION! Je ne souffrirai POINT D’INTERROGATION! Adieu!

Du TRÉMA, certes était philosophe, mais vraiment, sous le coup d’une telle APOSTROPHE et comprenant le faux de la situation, il renonça soudain à tout TRAIT D’UNION. Prenant l’air pincé de quelqu’un qui se vexe, il fronça les sourcils en ACCENT CIRCONFLEXE. Et se sentant coupable sur plusieurs POINTS, il sortit brusquement en serrant les DEUX POINGS.

Une femme frappée d’un coup si traître, c’est affreux! C’est humiliant! Et vous croyez peut-être que madame VIRGULE en mourut?

Ah que nenni! Elle s’éprit d’un autre, un certain monsieur POINT. Et bientôt eut lieu sans que ce fut ridicule, le mariage très sélect de POINT et VIRGULE. Ils eurent des enfants POINT À LA LIGNE.

D.-F.

En plein dans l’mille!

Assez percutant le dernier article de Joseph Facal dans les pages du Journal de Montréal de samedi dernier, qui faisait suite aux propos de Sophie Durocher rapportés lors de la cérémonie de remise des Prix du gouverneur général canadien et de la piètre, voire très piètre qualité du français, sur les gazouillis rédigés sur Twitter par les responsables des communications et reliés à l’événement. Je ne peux faire autrement que le partager avec vous dans son intégralité.

Histoire de cul

Je vous parle souvent de petits incidents porteurs de grandes significations.

Sophie Durocher suit sur Twitter la cérémonie de remise des Prix du gouverneur général, la plus haute distinction décernée par les autorités canadiennes pour une œuvre d’art.

Elle remarque que les gazouillis émis par les responsables des communications de l’événement martyrisent la langue française. Quand elle demande des explications, on lui répond d’abord, très sérieusement, que cela illustre… les limites des logiciels de traduction automatique. Puis, voulant la jouer « cool », la personne s’excuse d’être anglophone, pour enfin tenter de sauver les meubles avec de l’humour épais.

TANNANTS

Si l’affaire vous étonne, vous sortez d’un long coma. Ces incidents sont si récurrents qu’on se demande si le communiqué de presse pour s’en excuser n’est pas prêt d’avance. Que la langue française soit méprisée et bafouée dans ce beau grand pays officiellement bilingue, cela ne relève plus de la nouvelle. C’est comme la nuit qui succède naturellement au jour.

Depuis des décennies, tous les commissaires fédéraux aux langues officielles font le même constat. Leur propos est traité comme ceux des illuminés au coin des rues qui parlent dans le vide, ou qui nous crient de nous repentir vite, car le Jugement dernier approche.

J’imagine d’ici cet employé de la Fondation des Prix du gouverneur général, sans doute pas un mauvais bougre, levant les yeux au ciel et trouvant que les Québécois sont donc susceptibles, qu’ils grimpent aux rideaux pour rien. Que Mélanie Joly, qui parle pour ne rien dire et parle mal, soit chargée des langues officielles est puissamment révélateur de l’importance accordée à cette question.

Pourtant, le plus triste n’est pas où l’on croit dans cette affaire. Le plus triste est dans les têtes de tous les Québécois qui n’y voient rien de grave, qui trouvent que c’est une tempête dans un verre d’eau, qui ne voient pas le rapport de force PO-LI-TI-QUE, entre les deux langues.

ELVIS GRATTON

Ils voyagent au Canada anglais, ils y connaissent du monde, donc ils croient savoir de quoi ils parlent. Ils trouvent les anglophones « ben fins », comme si c’était la question. Ils sont de ces gens dont le niveau de réflexion politique ne va pas au-delà du : « On est-tu ben au Kanadâââ! »

Ils sont de ceux qui passent automatiquement à l’anglais devant un anglophone pour être « gentil », pour montrer qu’ils le parlent ou parce que c’est « plus pratique ». Le colonisé authentique ne voit plus les barreaux de sa prison mentale.

Dans les plantations, les esclaves qui travaillaient comme domestiques dans les maisons des maîtres finissaient par croire qu’ils faisaient partie de la famille et méprisaient les esclaves qui travaillaient dans les champs.

Pierre Bourgault disait jadis que certains Québécois trouvent tellement normal de recevoir des coups de pied au cul qu’ils ne les remarquent même plus.

Langue française écrite : le passé simple

Amant de la langue française comme je suis, tout ce qui s’y rattache m’intéresse. Une belle langue riche de mots que malheureusement, on tente de simplifier. Mes cours de français sont loin derrière moi, mais quelquefois je reçois des textes comportant des verbes conjugués à différents temps. La conjugaison étant l’action de conjuguer un verbe, celui-ci change de forme avec le mode, le temps, la personne et le nombre.

Une connaissance m’a fait parvenir le texte qui suit relatif aux verbes, avec la particularité qu’ils sont tous au passé simple, qui exprime une action achevée du passé, le plus souvent une action brève. Bonne lecture en espérant que vos souvenirs des bancs d’école refassent surface.

Non! Ce n’était pas chose évidente que cette conversation toute en langue morte. Et pourtant je la tins. (Tenir)

Hier, nous achetâmes le DVD d’un spectacle de Marcel Marceau et tout de suite nous le mîmes. (Acheter et mettre)

Comment? Vous avez mis à la casse votre vieille Volkswagen? C’est bien dommage! Tiens! Vous souvient-il qu’un jour vous me la passâtes? (Passer)

Bien que vous ayez laissé passer votre chance de cesser d’être une prostituée, un jour, vous le pûtes. (Pouvoir)

Deux vieux acteurs hollywoodiens discutent : – Te rappelles-tu notre premier film… ce western dans lequel nous jouions les indiens? – Oui! Et je sais que nous nous y plûmes. (Plaire)

Vous saviez que ce manteau était tout pelé… alors pourquoi le mîtes-vous pour la réception d’hier soir? (Mettre)

C’est dans ce tonneau que notre vieux vin fut. (Être)

On nous offrit une augmentation et, bien sûr, nous la prîmes. (Prendre)

Les moines brassèrent la bière et la burent. (Boire)

C’est bien parce que vous m’avez invité à goûter votre Beaujolais que je vins. (Venir)

Pour les prochaines vacances, ils émirent l’idée d’aller en Arabie Saoudite. (Émettre)

Heureusement que vous avez retrouvé des capitaux! Car mettre la clé sous la porte et déposer le bilan vous faillîtes! (Faillir)

Est-ce dans le but de lui subtiliser quelques pommes de terre que, jouant de votre charme vous l’appâtâtes? Et que par votre beauté vous lépatâtes…! (Appâter et épater)

Un autre pas vers l’assimilation

La langue française continue d’en prendre un bon coup en s’engageant, lentement mais sûrement, vers l’assimilation. Le texte qui suit est l’article d’hier de Mathieu Bock-Côté dans les pages d’opinion du Journal de Montréal, et qui me rejoint beaucoup. C’est ce que je veux partager avec vous aujourd’hui. C’est une autre triste preuve du déclin de la langue française au quotidien et principalement par la génération montante pour qui l’histoire est loin d’être une priorité. Au temps de la mondialisation sous toutes ses formes, c’est notre langue qui écopera le plus. Pour moi, le mouvement est irréversible.

Le syndrome I want to pogne

En 1969, Rock et Belles Oreilles, le groupe humoristique phare de sa génération, lançait une chanson qui allait devenir un classique instantané de la culture populaire québécoise : I want to pogne.

Guy A. Lepage et sa bande s’y moquaient de ces Québécois qui se mettent à chanter maladroitement en anglais dans l’espoir de percer aux États-Unis et de conquérir le marché international. Près de 30 ans plus tard, cette chanson demeure d’une brûlante actualité. Guy A. Lepage en est certainement lui-même conscient.

ANGLICISATION

Jeudi dernier, le 1er juin, il publiait un tweet qui mérite d’être rappelé : «Sur Instagram, pourquoi des francophones, avec des abonnés francophones, écrivent leur état d’âme en anglais? Manque de vocabulaire?» Cette excellente question aurait pu s’adresser aux utilisateurs de tous les réseaux sociaux, qu’il s’agisse de Facebook ou de Twitter.

Portrait : ils sont Québécois francophones. 95% de leurs abonnés le sont aussi. Et pourtant, ils écrivent en anglais et s’écrivent en anglais. On peut croire aussi qu’ils sont atteints de la version 2017 du syndrome I want to pogne.

En s’anglicisant, ils ont l’impression de se grandir, de devenir des humains plus évolués. On avait un mot pour parler de ces gens autrefois : on le traitait de colonisés. On présentait ainsi ceux qui méprisent leur propre identité et qui croient nécessaire d’adopter cette du dominant pour se hisser socialement.

Le mot est passé de mode et on préfère croire qu’il appartient à une lointaine histoire, vieille de quelques générations. Erreur. La réalité est toujours là. Elle est partout visible, mais on ne la voit plus. Toutefois, le colonisé n’est plus moqué. Il est valorisé.

Combien sont-ils, sur Facebook, à décrire leur vie en anglais? Amazing! Enjoy! Nice! Good night! Love it! Y a-t-il une sensualité supérieure de la langue anglaise? Combien sont-ils à Montréal à frangliser de manière décomplexée, comme s’ils se hissaient ainsi à un stade supérieur d’humanité.

C’est une chose d’être bilingue. C’en est une autre d’être bilingue dans la même phrase. Quand un Touchette parle anglais à un Tremblay, il n’a pas l’air supérieurement intelligent, il a l’air ti-coune.

FACEBOOK

Il y avait autrefois une fierté québécoise. C’était celle d’un peuple qui avait résisté à l’assimilation et qui voulait désormais vivre dans sa langue et se projeter dans le monde sans renier son identité. Il y a désormais, chez les plus jeunes, une fierté à ne plus avoir l’air québécois, comme s’il s’agissait d’une identité diminuée dont on devrait s’arracher pour devenir citoyen du monde.

Derrière cette anglomanie débilitante, il y a deux échecs référendaires. L’échec de l’indépendance a blessé intimement notre psychologie collective. Il a marqué d’un signe négatif notre identité. Les plus jeunes sont nés dans un monde où le Québec était une référence perdante et où l’on confondait l’ouverture à l’autre avec le reniement de soi. Alors ils renient joyeusement. Parce que they want to pogne.

La lente agonie irréversible du français

Mathieu Bock-Côté a publié un excellent article dans le Journal de Montréal d’hier, qui traite du franglais, un dialecte de la langue française de plus en plus répandu chez nos jeunes, ceux-là même qui nous succéderont dans quelques années. Un pas de plus vers la lente agonie d’une langue moribonde, dont on avait la chance de sauver lors du dernier référendum perdu par la peau des fesses. Je vous le partage.

Comment le français meurt

Dimanche, 13h environ, je lis dans un café de mon quartier. C’est une vieille habitude à laquelle je suis fidèle. J’apporte ma pile de magazines (oui, en format papier!) et je m’installe.

De temps en temps, je tends l’oreille, mais pas trop. C’est l’avantage
des lieux publics.
Les dizaines de conversations s’annulent dans un bruit de fond, et finalement, chacun peut s’isoler dans sa bulle pour un moment.

FRANGLAIS

Mais cette fois, ça ne fonctionne pas. À côté de moi, deux charmantes jeunes femmes. Je les remarque à cause de leur étrange dialecte. Elles parlent français. Puis l’anglais. Puis français. Puis anglais encore. Au total, le français a sa place, mais l’anglais domine. En gros, elles parlent franglais.

Silencieusement, je m’exaspère. Car comment ne pas y voir une manifestation parmi d’autres de notre régression identitaire. Surtout que la jeunesse aime le franglais. Je devine ce que me dirait un bon relativiste: vivre et laisser vivre! Elles ont bien le droit de faire ce qu’elles veulent!

Ainsi posé, le problème semble insignifiant. Mais il ne faut pas le poser ainsi. Tout ne se réduit pas à la logique des droits individuels. Qu’on le veuille ou non, rien n’est plus collectif qu’une langue. La langue est politique. Le franglais révèle un rapport de force: dans la bataille des langues, l’anglais gagne du terrain. Autrement dit, l’anglais mange le français.

Quelqu’un qui parle franglais nous envoie un signal, sans même peut-être s’en rendre compte: le français ne lui suffit pas pour exprimer sa pensée et ses émotions. Il a besoin de passer à une autre langue pour s’exprimer pleinement. C’est un symptôme de colonialisme linguistique. Ce n’est pas un bilinguisme enrichissant, mais celui d’un peuple qui ne parvient plus à dire le monde dans sa propre langue. Aujourd’hui, on parle franglais, demain, on se convertira pour de bon à l’anglais.

Il faut penser historiquement. Dans la deuxième moitié du 20e siècle, les Québécois se sont battus pour franciser leur métropole, qui était encore marquée par la Conquête. Ils ont fait d’immenses progrès jusqu’aux années 1990. Il s’agissait de faire du français la langue commune d’un peuple.

COMBAT

La loi 101, dont nous célébrerons cette année le 50e anniversaire, nous a permis de faire d’immenses progrès. Mais manifestement, elle a atteint depuis longtemps son efficacité maximale. Il faut dire qu’en refusant la souveraineté en 1995, nous avons renoncé au seul cadre qui aurait pu pérenniser le français. Chaque fois qu’on nous accueille dans un commerce en nous disant bonjour-hi, c’est l’esprit de la loi 101 qu’on piétine.

Le français n’est qu’une langue sur deux. La langue pauvre. La langue vaincue. Celle qu’un jour, on ne parlera plus. On se suicidera culturellement au nom de la modernité. À moins de reprendre le combat. Encore une fois. Ce combat qui ne finira jamais. Si nous voulons vivre comme peuple, du moins. Le voulons-nous encore?

Un hommage à la langue française

Jean D’Ormesson

C’est aujourd’hui la Journée internationale de la francophonie. Et pour souligner cette journée spéciale, je vous offre ce billet d’humour de Jean Lefèvre d’Ormesson (parfois surnommé Jean d’O), né le 16 juin 1925 dans le 7e arrondissement de Paris, qui est un écrivain, chroniqueur, journaliste, acteur et philosophe français. Il est également membre de l’Académie française depuis 1973.

Que vous soyez fier comme un coq
Fort comme un bœuf
Têtu comme un âne
Malin comme un singe
Ou simplement un chaud lapin
Vous êtes tous, un jour ou l’autre
Devenu chèvre pour une caille aux yeux de biche

Vous arrivez à votre premier rendez-vous
Fier comme un paon
Et frais comme un gardon
Et là … Pas un chat !
Vous faites le pied de grue
Vous demandant si cette bécasse vous a réellement posé un lapin
Il y a anguille sous roche
Et pourtant le bouc émissaire qui vous a obtenu ce rancard
La tête de linotte avec qui vous êtes copain comme cochon
Vous l’a certifié

Cette poule a du chien
Une vraie panthère !
C’est sûr, vous serez un crapaud mort d’amour
Mais tout de même, elle vous traite comme un chien
Vous êtes prêt à gueuler comme un putois
Quand finalement la fine mouche arrive
Bon, vous vous dites que dix minutes de retard
Il n’y a pas de quoi casser trois pattes à un canard

Sauf que la fameuse souris
Malgré son cou de cygne et sa crinière de lion
Est en fait aussi plate qu’une limande
Myope comme une taupe
Elle souffle comme un phoque
Et rit comme une baleine
Une vraie peau de vache, quoi !

Et vous, vous êtes fait comme un rat
Vous roulez des yeux de merlan frit
Vous êtes rouge comme une écrevisse
Mais vous restez muet comme une carpe
Elle essaie bien de vous tirer les vers du nez
Mais vous sautez du coq à l’âne
Et finissez par noyer le poisson
Vous avez le cafard

L’envie vous prend de pleurer comme un veau
(ou de verser des larmes de crocodile, c’est selon)
Vous finissez par prendre le taureau par les cornes
Et vous inventer une fièvre de cheval
Qui vous permet de filer comme un lièvre
C’est pas que vous êtes une poule mouillée
Vous ne voulez pas être le dindon de la farce
Vous avez beau être doux comme un agneau
Sous vos airs d’ours mal léché

Faut pas vous prendre pour un pigeon
Car vous pourriez devenir le loup dans la bergerie
Et puis, ç’aurait servi à quoi
De se regarder comme des chiens de faïence
Après tout, revenons à nos moutons
Vous avez maintenant une faim de loup
L’envie de dormir comme un loir
Et surtout vous avez d’autres chats à fouetter.