Un pan de notre histoire : Vous laisseriez-vous opérer par un chirurgien-barbier ?

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En Nouvelle-France, depuis la fondation de Québec par Samuel de Champlain en 1608 jusqu’à la fin du Régime français, la grande majorité des soins médicaux ont été prodigués par des chirurgiens-barbiers. Bien sûr, celui qui trône au sommet de la hiérarchie des professionnels de la santé c’est le médecin, mais en 152 ans d’histoire de la colonie, seulement quatre médecins diplômés d’universités européennes sont venus exercer en Nouvelle-France.

Pour soigner la population canadienne, les guérisseurs, les chirurgiens et les apothicaires vont devoir collaborer étroitement avec les congrégations religieuses pour veiller au bien-être des colons.

Même si le métier d’apothicaire se trouve trop souvent au carrefour des métiers d’alchimiste, d’épicier ou de charlatan, il joue un rôle central sur le plan médical en Nouvelle-France. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, l’espérance de vie ne passe pas généralement pas 40 ans, et les maux et les infections de toutes sortes font souffrir la population coloniale, et beaucoup plus qu’aujourd’hui.

C’est une époque où l’on comprend encore bien mal les causes de ces infections ou de ces maladies, et que les mesures pour empêcher leur prolifération demeurent bien simplistes

Se soigner avec des plantes qui poussent dans son environnement est un geste naturel qui a toujours existé, ici et sur tous les continents. L’apothicaire a fait de longues études et sait comment traiter les maux qui affligent la population.

LE MÉTIER D’APOTHICAIRE

À l’aide de son mortier et de son pilon, mais aussi avec ses fourneaux et ses multiples alambics, cet ancêtre du pharmacien concocte des médicaments dans sa boutique. Pour fabriquer ses remèdes, il utilise des petites fleurs, des fruits, des feuilles, de la résine, de l’écorce, des racines ou des graines. Il crée ses savantes préparations en se servant d’œufs, de lait, de miel, mais aussi du fumier ou d’organes, comme des yeux d’écrevisses.

Certains médicaments de l’apothicaire se préparent également avec des bases minérales comme le sel, le soufre, de l’ambre du corail ou des métaux comme le mercure ou le plomb. L’apothicaire de la Nouvelle-France crée, à partir de ces multiples ingrédients, des potions et des onguents qu’il conserve dans des pots de toutes les formes.

Par exemple, il utilise bien souvent l’onguent divin pour favoriser la guérison après une intervention chirurgicale. Un onguent constitué d’un savant mélange de mine de plomb rouge, de cire jaune et d’huile d’olive. On sait aujourd’hui que le plomb a des propriétés antiseptiques.

Au XVIIe siècle, les raisonnements pharmaceutiques reposaient encore sur la théorie antique des rumeurs. Selon cette théorie, le corps est constitué des quatre éléments fondamentaux : l’air, le feu, l’eau et la terre. Il possède aussi quatre qualités, soit le chaud ou le froid, le sec ou l’humide.

Ces éléments doivent cohabiter de façon équilibrée pour que le corps demeure en bonne santé. Tout déséquilibre, si petit soit-il, entraîne des sautes d’humeur et tout déséquilibre important met en danger la santé du sujet. Ce raisonnement qui se fonde sur l’équilibre des fluides du corps humain amène les soignants à effectuer des purgations ou des saignées pour guérir. Les ingrédients qu’on retrouve dans le laboratoire de l’apothicaire reposent donc sur cette recherche de l’équilibre des fluides.

Par exemple, on soigne les rhumatismes avec une concoction à base de saule, parce que l’arbuste pousse dans un milieu humide, ou l’on prescrit une préparation à base de sabot de l’orignal pour soigner les colons atteints des maladies mentales. On prend souvent soin de recueillir certaines plantes les nuits de pleine lune, car les astres exercent une influence sur l’efficacité du remède.

LOUIS HÉBERT

Le premier colon de l’histoire du pays se nomme Louis Hébert. Même s’il est devenu célèbre parce qu’on lui attribue le titre de premier agriculteur de la Nouvelle-France, il était aussi apothicaire de métier.

Pendant ses années en Nouvelle-France, il identifie de nombreuses plantes médicinales (sans doute grâce aux Premières Nations) qu’il consigne dans un ouvrage illustré. Ses observations botaniques, transmises par la suite en France, assurent la participation du continent nord-américain à la naissance de la botanique européenne.

Des plantes comme le thalictrum, qui aide à la cicatrisation, et l’asaret du Canada, dont les racines de gingembre favorisent l’évacuation des mauvaises humeurs, sont intégrées à l’arsenal pharmacologique au XVIIe siècle.

NAISSANCE DE LA PHARMACIE

Il faut attendre la deuxième moitié du XVIIIe siècle pour qu’on cesse de confondre le métier d’apothicaire avec celui de l’épicier.

Après la Conquête britannique (1763), le commerce des remèdes, des onguents et des concoctions médicinales se transforme et se professionnalise au Québec. La profession s’organise et la chimie devient la science pivot de l’apothicaire.

Jusqu’au début des années 1800, on décerne souvent des licences de chirurgien-apothicaire. Cependant, à partir de 1815, on constate une forte diminution des gens du métier qui combinent les deux titres.

En 1831, une nouvelle loi vient structurer les titres professionnels de médecins et de chirurgiens par rapport à celui d’apothicaire. Par exemple, on décide qu’il faut maintenant avoir au moins 20 ans pour être admis à l’examen du Bureau médical. On s’assure aussi que les candidats ont effectué minimalement trois années d’apprentissage auprès d’un apothicaire expérimenté.

La profession devient centrale dans le système de santé, à un tel point que les médecins du Québec vont sentir le besoin de protéger la leur. Ils iront jusqu’à faire imposer des amendes aux apothicaires qui visitent des malades ou qui prescrivent directement des remèdes.

Au Québec, plusieurs années plus tard, soit en 1868, on voit naître le Montreal College of Pharmacy pour la formation pharmaceutique. Le législateur adopte, sept ans après, la première loi pour encadrer le métier de pharmacien (Loi de pharmacie au Québec). On définit alors que la pharmacie est le lieu de vente et de préparation sur prescription des drogues et des poisons.

Cette loi de 1875 permet à l’Association pharmaceutique de la province de Québec de sévir contre les fraudeurs et de leur imposer des amendes, qu’ils soient pharmaciens, médecins, simples marchands ou épiciers.

LE PHARMACIEN COMMERÇANT

Au 19e siècle, la pharmacie prend forme, elle est évidemment le commerce qui conseille les malades et qui vend les remèdes, mais elle devient aussi un endroit où sont offerts aux clients toutes sortes de biens de consommation.

À titre anecdotique, le pharmacien montréalais Marcellus Gilmore Edson vend dans sa pharmacie dans les années 1880 une succulente pâte d’arachides qu’il a concocté pour ses patients qui éprouvent de la difficulté à avaler. Il l’offre aussi sous forme de confiserie pour ceux qui ont le bec sucré.

Il recevra en 1884 pour son peanut-candy (bonbon d’arachide) une reconnaissance officielle du Bureau des brevets des États-Unis (US Patent Number 306,727).

Depuis 150 ans, le pharmacien et sa pharmacie de quartier sont en première ligne entre les malades et notre système hospitalier. Au plan moral, il se trouve parfois dans une drôle de position parce qu’il est à la fois un scientifique indispensable et un marchand qui cherche à rentabiliser un commerce basé sur les soins de santé.

Aujourd’hui, on peut dire que la pharmacie québécoise est un hybride entre la tradition française et britannique. Elle a conservé certaines caractéristiques typiques françaises, telles que l’obligation d’être pharmacien pour être propriétaire de sa pharmacie, mais aussi certaines coutumes des drugists britanniques, comme celles d’offrir aux clients toutes sortes de produits de consommation.

Source : Martin Landry, Historien, Journal de Montréal, 3 juin 2023, cahier Weekend, p76


159e jour de l’année

Jeudi, 8 juin 2023

On célèbre aujourd’hui…

LA JOURNÉE MONDIALE DES OCÉANS


À la douce mémoire de…

ANTHONY BOURDAIN 1956-2018 – Chef cuisinier de renommée mondiale.


Une année de plus sur le chemin de la vie pour…

Jean-Paul Belleau

Bon anniversaire !


On jase là…

Lionel Messi, un joueur de soccer de renommée mondiale, arrive en MLS avec l’Inter de Miami pour la modique somme de 54 Millions $ annuellement et pour quatre saisons. On parle de 232 millions $ pour un seul joueur. On a beau être le meilleur, ça représente 75 % de la masse salariale actuelle de chaque équipe de la LNH. Le monde est rendu fou !


Pensée et citation du jour

L’amour est la source de toute vie.

Hryhory Skovoroda


Ça s’est passé un 8 juin…

(1944) Deux jours après le débarquement de Normandie, la division « Das Reich » reçoit l’ordre de se positionner dans la région entre Tulle et Limoges avant de converger vers le front de Normandie. C’est le régiment « Der Führer » qui est chargé d’appliquer les ordres de « nettoyage » dans ce secteur. Ses soldats ont pour mission d’attaquer les maquis et de faire de la répression contre les civils.

À l’annonce du débarquement allié du 6 juin 1944, les résistants sortent de l’ombre. Dès lors, sabotages et embuscades s’intensifient. Le 8 juin 1944, les Allemands pendent aux balcons de la ville de Tulle 99 personnes et en déportent 149 autres, en représailles à l’attaque des maquisards de la garnison allemande de Tulle.

(1962) Les employés d’Hydro-Québec quittent le « Power Building », l’édifice dont la société d’État a hérité de la MLH&P (Montreal Light, Heat and Power Company) en 1944, à l’angle des rues Saint-Antoine (autrefois Craig) et Saint-Urbain. Le nouveau siège social d’Hydro-Québec, au 75, boulevard Dorchester Ouest (aujourd’hui boulevard René-Lévesque), est inauguré aujourd’hui.

(2003) Inauguration à Montréal du Muséemde l’Holocauste, le seul du genre au Canada. Dès le 30 juin, le public pourra se familiariser avec la culture et l’histoire juives en Europe avant la Seconde Guerre mondiale, le contexte politique et les événements qui ont marqué le conflit lui-même, et l’histoire des survivants qui ont immigré à Montréal. Le musée contient quelque 400 objets originaux provenant des survivants installés dans la région ou leurs descendants.


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