Un pan de notre histoire : 6000 Irlandais reposent à Montréal dans la plus grande fosse commune du pays

Histoire

Six mille Irlandais qui ont fui la famine dans leur pays et qui ont été victimes de l’épidémie de typhus ayant fait rage dans la métropole ont été enterrés dans une fosse commune près du pont Victoria à Montréal. Un parc commémoratif leur rendra hommage.

« Jusqu’à 400 personnes mouraient chaque jour au sommet de l’épidémie. On ne pouvait plus enterrer les morts individuellement dans des cercueils », relate Scott Phelan, de la Fondation du Parc du Monument irlandais de Montréal.

Lui-même Irlandais d’origine « depuis quatre générations », précise-t-il. M. Phelan rappelle que Montréal était la première destination des exilés d’Irlande durant la grande famine du milieu du 19e siècle.

De 1845 à 1852, cette tragédie a causé la mort d’environ un million de personnes et provoqué l’émigration de deux millions d’Irlandais.

Ceux qui prenaient la mer n’étaient pas au bout de leur peine, car la « fièvre des navires », comme on surnommait le typhus, allait décimer des milliers d’immigrants.

QUARANTAINE INSUFFISANTE

Les risques de contamination de cette maladie mortelle incurable étaient tels que l’État a converti une île complète, aux environs de Berthier-sur-Mer, en site de quarantaine obligatoire.

Pas moins de 5000 immigrants y ont poussé leur dernier soupir. Mais les personnes qui étaient considérées comme en bonne santé par les autorités médicales pouvaient reprendre leur route. Ce sont celles-ci qui allaient succomber à la fièvre après leur arrivée dans la métropole canadienne.

En effet, le typhus étant transmis par les poux infestés, les symptômes pouvaient prendre plusieurs jours à apparaître.

De nombreux immigrants en apparence sains pouvaient être en phase d’incubation. Une forte fièvre, des maux de tête intenses, des frissons, des douleurs musculaires et de la fatigue apparaissaient, suivi d’une éruption cutanée sur le torse, qui se manifestait quatre à six jours après le début des symptômes.

UN MAIRE HÉROÏQUE

Devant le drame qui se jouait dans sa ville, le maire de Montréal à l’époque, John Mills, a fait construire des bâtiments pour héberger les victimes dans le quartier Pointe-Saint-Charles. Qualifiés de « sheds à fièvre », ces bâtiments sont devenus le mouroir de centaines de personnes.

Malgré tout, les Montréalais ont été nombreux à porter secours aux malades et à y laisser leur peau.

C’est le cas du maire Mills lui-même. Pour M. Phelan, il s’agit là d’une démonstration d’action humanitaire sans pareille dans l’histoire canadienne.

AMITIÉ PROFONDE

Plusieurs caractéristiques culturelles allaient faire en sorte que le peuple québécois et les immigrants irlandais survivants s’intégreraient bien. La religion catholique, entre autres, était un point de convergence.

« Il y a eu d’innombrables mariages entre Irlandais et Québécois, de sorte qu’on trouve de nombreuses familles aux origines communes », mentionne M. Phelan.

Parmi eux, les anciens premiers ministres du Québec Daniel Johnson (et ses fils, Daniel et Pierre-Marc) et Jean Charest et l’ancien premier ministre du Canada Brian Mulroney. Sur la scène culturelle, Marie Travers (le Bolduc) et le poète Émile Nelligan avaient des parents irlandais.

Tout comme les hockeyeurs Patrick Roy et Patrice Bergeron, dont l’un des parents était d’origine irlandaise.

LA FOSSE COMMUNE EN TROIS DATES

1859 Des ouvriers irlandais qui s’affairent sur le chantier du pont Victoria découvrent des ossements qu’ils attribuent au drame du typhus et érigent un bloc de pierre sur lequel ils font inscrire un hommage aux disparus.

Cette pierre, devenue noire en raison de la pollution, est passée à l’histoire comme la « Black Rock » de Montréal. Mais la fondation du Parc du Monument irlandais de Montréal désire changer ce nom pour le « Monument irlandais de Montréal ».

2019 En novembre, les archéologues Marine Puech, Karine Fournier et Patrick Lapointe, mandatés par Hydro-Québec en raison du projet du Réseau express métropolitain, ont découvert des fragment d’os appartenant à une quinzaine d’individus près du site à Pointe-Saint-Charles.

Les cercueils, soigneusement alignés et orientés selon le rite catholique, n’excluent pas l’existence d’une fosse commune aux environs de cet endroit.

2029 La Fondation en partenariat avec Hydro-Québec et le diocèse anglican de Montréal, qui a fait don d’un terrain, mène le projet de parc commémoratif qui doit voir le jour en 2029.

Source : Mathieu-Robert Sauvé, Journal de Montréal, cahier weekend, 6 septembre 2025, p70


2 commentaires sur “Un pan de notre histoire : 6000 Irlandais reposent à Montréal dans la plus grande fosse commune du pays

  1. j’ai peut être des ancêtres qui y reposent…car mes arrières grands parents sur le côté de ma mère venaient d’Irlande

    J’aime

Répondre à Lauriault Francine Annuler la réponse.