Un pan de notre histoire : Le Parti Québécois, une idée qui refuse de mourir…

Histoire

Les derniers sondages semblent nous montrer que le Parti Québécois (PQ) trône en tête des intentions de vote.

Ce parti d’idées et de débats, qui a vu défiler ses chefs les uns après les autres, est bel et bien toujours en vie après 57 ans d’existence.

Le PQ de Paul St-Pierre Plamondon (PSPP) ressemble-t-il à celui de René Lévesque ? Et surtout, dans quel contexte notre grand parti souverainiste a-t-il fait irruption sur la scène politique québécoise à la fin des années 60 ?

René Lévesque est alors une vedette du Parti libéral du Québec. Connu et aimé du grand public comme ancien journaliste et animateur télé, il s’est imposé comme le ministre incorruptible des Richesses naturelles sous Jean Lesage, celui qui a réussi le tour de force de nationaliser l’hydroélectricité.

Ministre de 1960 à 1966, il se retrouve, après la défaite des libéraux, simple député sur les banquettes de l’opposition.

Cette défaite électorale de 1966 est difficile à avaler, mais elle offre l’occasion aux militants de réfléchir pour redéfinir les orientations du parti. C’est dans ce contexte qu’en octobre 1967, lors du congrès libéral, René Lévesque propose d’adopter sa fameuse doctrine de la « souveraineté-association » : faire du Québec un État politiquement souverain, tout en maintenant une union économique avec le reste du Canada.

Mais pour la majorité des délégués, profondément fédéralistes, cette idée est quasi blasphématoire. Lorsque Lévesque monte à la tribune, la salle s’enflamme, il est hué et certains crieront « traître ».

Le chef du PLQ Jean Lesage et la majorité des délégués rejettent catégoriquement sa résolution.

Le lendemain, humilié, mais lucide, Lévesque annonce sa démission.

UN RÊVE EN MARCHE

Quelques semaines plus tard, entouré d’environ 400 militants, Lévesque fonde le Mouvement Souveraineté-Association (MSA), autour de son projet d’un Québec maître de ses choix.

En janvier 1968, il publie Option Québec, un manifeste où il expose sa vision d’un Québec souverain lié au reste du Canada par une nouvelle forme d’association économique et politique.

Cette démarche donne une légitimité nouvelle au mouvement indépendantiste, jusque-là perçu comme marginal.

Sous l’impulsion de MSA, la souveraineté n’apparaît plus comme un simple rêve d’intellectuels, mais comme un projet concret pour bâtir une société plus juste et responsable de son avenir. Mais le MSA n’est pas un parti politique.

LA FUSION SOUVERAINISTE

En 1968, le MSA entame des pourparlers avec le Ralliement national (RN) de Gilles Grégoire et le Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN) de Pierre Bourgault. Les discussions sont longues et tendues ; chacun veut préserver son identité, son organisation, son chef. Mais Lévesque, avec son ton calme et sa lucidité, parvient à convaincre la majorité que l’unité est la seule voie possible pour prendre le pouvoir.

Fort de son expérience politique, Lévesque refuse catégoriquement d’intégrer le RIN tel quel. Il juge le ton de ses leaders trop émotif et ses partisans trop proches du Front de libération du Québec.

Bourgault comprend vite que Lévesque ne veut pas de lui à la direction de la nouvelle formation. Il accepte de céder sa place pour faciliter la création du nouveau parti. Le 11 octobre 1968, après plusieurs mois de négociations, le Parti Québécois voit le jour.

LE GRAND PARI DE LÉVESQUE

Dès sa fondation, le PQ se distingue par son ton et son style, Lévesque rejette les vieilles méthodes politiques : il prône la transparence, la démocratie interne et la participation citoyenne.

Rapidement, le parti attire des milliers de jeunes, de professeurs, de syndicalistes, de fonctionnaires et des rêveurs aussi. On y sent l’élan d’un peuple qui sort de sa torpeur et qui veut se projeter dans l’avenir. En 1976, à la surprise générale, René Lévesque devient premier ministre du Québec.

Malgré deux tentatives, le PQ ne réussira jamais à convaincre une majorité de Québécois lors des référendums de 1980 et de 1995.

EXISTE-T-IL DES COMPARAISONS POSSIBLES ?

Comme Lévesque, Paul St-Pierre Plamondon place la souveraineté du Québec au cœur du projet politique du PQ et considère le référendum comme l’outil démocratique pour obtenir ce mandat.

Cependant, six décennies plus tard, le décor a bien changé. Lévesque avait pris le pouvoir dans un Québec porté par l’élan de la Révolution tranquille, fier et confiant de son avenir.

Aujourd’hui, PSPP hériterait d’un Québec lourdement endetté, fragilisé par une administration publique à réinventer et un marché mondialisé qui dicte ses règles. Le rêve d’émancipation nationale se heurte désormais à un monde incertain, où Donald Trump, revenu au pouvoir chez nos voisins du Sud, fait planer une ombre sur la souveraineté même des États.

Source : Martin Landry, historien, Journal de Montréal, cahier Weekend, 25 octobre 2025, p52



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