Histoire
Au printemps de 1851, des fossoyeurs du cimetière Saint-Joseph-de-la-Pointe-de Lévy creusent une fosse. Leur pelle heurte un objet métallique. En dégageant la terre, ils découvrent une structure en fer rouillée, tordue, au fond d’une tombe anonyme. À l’intérieur, des restes humains.
Ce qu’ils viennent de retrouver, par pur hasard, c’est la cage et les ossements de Marie-Josephte Corriveau, pendue et exposée en 1763.
L’objet disparu depuis près d’un siècle, refait surface comme un spectre d’horreur venu du passé.
Née à Saint-Vallier en 1733, Marie-Josephte Corriveau grandit dans un Québec rural, profondément catholique. Mariée très jeune, elle devient veuve, puis se remarie ne 1761 à un certain Louis-Étienne Dodier. Sa vie semble banale… jusqu’à la tragédie.
Un matin de janvier 1763, Dodier est retrouvé mort dans sa grange, le crâne fracassé. On parle d’un coup de sabot, d’un accident banal.
LE PROCÈS DE LA PEUR
Mais les rumeurs vont bon train, le premier mari de la Corriveau serait lui aussi mort dans des circonstances nébuleuses. On chuchote que les blessures de Dodier ne ressemblent pas à un coup de sabot et que le couple se querellait souvent. Dans la paroisse, les langues se délient : « La Corriveau a tué son mari ! »
L’affaire tombe entre les mains des autorités britanniques, car en 1763, la Nouvelle-France est désormais sous domination anglaise.
Le 29 mars, un tribunal militaire s’ouvre au couvent des Ursulines à Québec. Devant sept officiers britanniques, Marie-Josephte Corriveau devient l’accusée la plus célèbre du pays.
Après un procès expéditif, elle est reconnue coupable du meurtre de son mari et condamnée à mort. Le 18 avril 1763, elle est pendue à la butte-à-Nepveu, sur les plaines d’Abraham, aujourd’hui, l’emplacement de l’hôtel du Parlement de Québec. Mais son supplice ne s’arrête pas là.
LA MORT EN SPECTACLE
Sur ordre du général James Murray, la sentence prévoit que son corps soit exposé publiquement dans une cage en fer suspendue, de l’autre côté du fleuve, à Pointe-Lévy. Une humiliation posthume, mais surtout un avertissement à ceux qui oseraient défier la justice royale.

Les passants, les charretiers, les pèlerins ne pouvaient manquer le corps en décomposition de « la Corriveau » qui se balançait au vent.
Pendant des semaines, on raconte que son cadavre claquait des dents, que des oiseaux se perchaient sur ses épaules, que les enfants terrifiés faisaient un détour pour éviter le chemin du gibet.
Dans la tradition orale, la Corriveau devient une âme damnée, condamnée à hanter la région de Lévis.
Près d’un siècle plus tard, en 1851, les fossoyeurs exhument la fameuse cage : un exosquelette de fer boulonné à la forme humaine.
L’objet circule, exposé à Montréal, à Québec, puis même à Boston, où il devient une curiosité macabre de foire. On y voit « la cage de la sorcière canadienne ».

LA CAGE RETROUVÉE PAR HASARD
Au XXe siècle, sa trace se perd… jusqu’à ce qu’en octobre 2011, Claudia Mendez, vice-présidente de la Société d’histoire régionale de Lévis, la retrouve par hasard dans la collection de Peabody Essex Museum de Salem, au Massachusetts. Les conservateurs croyaient posséder un simple artefact colonial.
En 2015, après des analyse métallurgiques menées par les Musées de la civilisation du Québec, la découverte est confirmée. La corrosion, la composition du fer, les rivets, tout date bien du XVIIIe siècle. Un morceau de notre histoire nous est revenu d’entre les morts.
LA LÉGENDE IMMORTELLE
Si la Corriveau hante encore l’imaginaire, c’est parce qu’elle incarne la justice-spectacle. La paysanne condamnée par les Anglais, devenue sorcière dans les contes du XIXe siècle, notamment sous la plume de Philippe Aubert de Gaspé père.
Mais derrière le mythe, il y a une femme jugée sans véritable défense, dans un procès militaire où la présomption d’innocence n’existait pas.
Le gibet de fer, retrouvé deux siècles plus tard, raconte tant la peur qu’inspirait la transgression féminine que la brutalité d’un monde sans pitié.
Aujourd’hui, la cage de la Corriveau repose dans les réserves des Musées de la civilisation à Québec. Trop fragile pour être exposée, elle demeure une relique du cauchemar judiciaire d’un autre âge. Un rappel que, jadis, au pays, la peur et la justice marchaient main dans la main.
LA JUSTICE QUI FAIT PEUR
Pour comprendre l’objet, il faut se replacer dans le contexte d’un siècle où la justice se voulait spectaculaire et punitive. On ne cherchait pas seulement à punir, mais à inspirer la terreur. Quelques exemples glaçant de tortures d’alors :
La « question préparatoire » : Torture destinée à faire avouer. Les accusés avaient les jambes écrasées dans des brodequins – des coins de bois insérés et martelés entre les tibias.
La « question par l’eau » : On forçait l’accusé à avaler des litres d’eau pendant que son torse était comprimé par des courroies.
Le supplice de la roue : Réservé aux crimes graves, il visait à briser les os du condamné sur la place publique.
La flagellation publique : et, bien sûr, la potence complétaient ce sinistre arsenal.
Source : Martin Landry, historien, Journal de Montréal, cahier weekend, 1er novembre 2025, p52
Anniversaire
Hey oui, déjà 18 ans, aujourd’hui même, que j’écris ce blogue pour vous. Il a atteint sa majorité. Il est devenu adulte.

Depuis ce 8 novembre 2007, que ce soit une opinion, des histoires de chez nous, des trucs et astuces, tout ce que j’aime c’est de vous les partager. Si la majorité sont de ma plume, quelques fois je me permet de publier des articles d’autres personnes parce qu’ils me semblent d’intérêt pour vous, mes lecteurs et lectrices.
Récemment, quelques-uns d’entre vous m’avez informé de votre manque d’intérêt à lire des articles déjà publiés ailleurs et principalement dans le Journal de Montréal. La raison première était que, vérifications faites, plusieurs des lecteurs et lectrices ne lisaient pas les journaux. Alors pour cette raison, je ne pouvais pas passer sous silence un article important pour vous en faire bénéficier. Ils reviendront.
Au fil de toutes ces années, c’est presque 5000 articles qui meublent les archives et que vous pouvez retrouver en marge droite du blogue. Vous pouvez même les cibler par catégories.
Mais, d’abord et avant tout, je veux vous remercier de votre support pendant toutes ces années et des commentaires que vous laissez. Vous pouvez en abuser. Ne vous gêner surtout pas. J’aime autant vous lire que d’écrire parce que votre opinion m’est des plus importantes.
Alors, allons-y pour une 19e… et merci du fond du cœur. Vous êtes la bougie d’allumage de son existence.
Histoire
Les derniers sondages semblent nous montrer que le Parti Québécois (PQ) trône en tête des intentions de vote.
Ce parti d’idées et de débats, qui a vu défiler ses chefs les uns après les autres, est bel et bien toujours en vie après 57 ans d’existence.

Le PQ de Paul St-Pierre Plamondon (PSPP) ressemble-t-il à celui de René Lévesque ? Et surtout, dans quel contexte notre grand parti souverainiste a-t-il fait irruption sur la scène politique québécoise à la fin des années 60 ?
René Lévesque est alors une vedette du Parti libéral du Québec. Connu et aimé du grand public comme ancien journaliste et animateur télé, il s’est imposé comme le ministre incorruptible des Richesses naturelles sous Jean Lesage, celui qui a réussi le tour de force de nationaliser l’hydroélectricité.
Ministre de 1960 à 1966, il se retrouve, après la défaite des libéraux, simple député sur les banquettes de l’opposition.
Cette défaite électorale de 1966 est difficile à avaler, mais elle offre l’occasion aux militants de réfléchir pour redéfinir les orientations du parti. C’est dans ce contexte qu’en octobre 1967, lors du congrès libéral, René Lévesque propose d’adopter sa fameuse doctrine de la « souveraineté-association » : faire du Québec un État politiquement souverain, tout en maintenant une union économique avec le reste du Canada.
Mais pour la majorité des délégués, profondément fédéralistes, cette idée est quasi blasphématoire. Lorsque Lévesque monte à la tribune, la salle s’enflamme, il est hué et certains crieront « traître ».
Le chef du PLQ Jean Lesage et la majorité des délégués rejettent catégoriquement sa résolution.
Le lendemain, humilié, mais lucide, Lévesque annonce sa démission.
UN RÊVE EN MARCHE
Quelques semaines plus tard, entouré d’environ 400 militants, Lévesque fonde le Mouvement Souveraineté-Association (MSA), autour de son projet d’un Québec maître de ses choix.
En janvier 1968, il publie Option Québec, un manifeste où il expose sa vision d’un Québec souverain lié au reste du Canada par une nouvelle forme d’association économique et politique.
Cette démarche donne une légitimité nouvelle au mouvement indépendantiste, jusque-là perçu comme marginal.
Sous l’impulsion de MSA, la souveraineté n’apparaît plus comme un simple rêve d’intellectuels, mais comme un projet concret pour bâtir une société plus juste et responsable de son avenir. Mais le MSA n’est pas un parti politique.
LA FUSION SOUVERAINISTE
En 1968, le MSA entame des pourparlers avec le Ralliement national (RN) de Gilles Grégoire et le Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN) de Pierre Bourgault. Les discussions sont longues et tendues ; chacun veut préserver son identité, son organisation, son chef. Mais Lévesque, avec son ton calme et sa lucidité, parvient à convaincre la majorité que l’unité est la seule voie possible pour prendre le pouvoir.
Fort de son expérience politique, Lévesque refuse catégoriquement d’intégrer le RIN tel quel. Il juge le ton de ses leaders trop émotif et ses partisans trop proches du Front de libération du Québec.
Bourgault comprend vite que Lévesque ne veut pas de lui à la direction de la nouvelle formation. Il accepte de céder sa place pour faciliter la création du nouveau parti. Le 11 octobre 1968, après plusieurs mois de négociations, le Parti Québécois voit le jour.
LE GRAND PARI DE LÉVESQUE
Dès sa fondation, le PQ se distingue par son ton et son style, Lévesque rejette les vieilles méthodes politiques : il prône la transparence, la démocratie interne et la participation citoyenne.

Rapidement, le parti attire des milliers de jeunes, de professeurs, de syndicalistes, de fonctionnaires et des rêveurs aussi. On y sent l’élan d’un peuple qui sort de sa torpeur et qui veut se projeter dans l’avenir. En 1976, à la surprise générale, René Lévesque devient premier ministre du Québec.
Malgré deux tentatives, le PQ ne réussira jamais à convaincre une majorité de Québécois lors des référendums de 1980 et de 1995.
EXISTE-T-IL DES COMPARAISONS POSSIBLES ?
Comme Lévesque, Paul St-Pierre Plamondon place la souveraineté du Québec au cœur du projet politique du PQ et considère le référendum comme l’outil démocratique pour obtenir ce mandat.
Cependant, six décennies plus tard, le décor a bien changé. Lévesque avait pris le pouvoir dans un Québec porté par l’élan de la Révolution tranquille, fier et confiant de son avenir.
Aujourd’hui, PSPP hériterait d’un Québec lourdement endetté, fragilisé par une administration publique à réinventer et un marché mondialisé qui dicte ses règles. Le rêve d’émancipation nationale se heurte désormais à un monde incertain, où Donald Trump, revenu au pouvoir chez nos voisins du Sud, fait planer une ombre sur la souveraineté même des États.
Source : Martin Landry, historien, Journal de Montréal, cahier Weekend, 25 octobre 2025, p52
Opinion
La faible participation des électeurs du Québec aux élections municipales révèle un malaise démocratique préoccupant qu’il faut impérativement adresser.

Malgré les efforts déployés pour faciliter l’accès au vote, les élections municipales de 2025 au Québec ont une fois de plus été marquées par une participation électorale décevante. À Montréal, le taux de participation final s’est établi à environ 37,5 %, en baisse par rapport à 38,3 % en 2021. Laval et Longueuil ont affiché des chiffres encore plus bas, respectivement 31,09 % et 34,03 %. Seule la ville de Québec a connu une hausse notable, atteignant 51,3 %, son meilleur taux depuis 2013.
Ce désintérêt pour les élections municipales soulève plusieurs questions. D’abord, l’absence de figures politiques charismatiques ou de débats polarisants semble avoir contribué à une campagne terne, incapable de mobiliser les citoyens. Ensuite, des facteurs logistiques comme la grève de Postes Canada et celle de la STM ont pu compliquer l’accès aux bureaux de vote, bien que leur impact réel reste difficile à quantifier.
Mais au-delà des circonstances ponctuelles, cette tendance révèle un problème plus profond : le manque de valorisation du rôle des municipalités dans la vie quotidienne. Les enjeux municipaux — urbanisme, transport, environnement local — sont souvent perçus comme secondaires, alors qu’ils influencent directement la qualité de vie des citoyens. Ce paradoxe entre l’importance des décisions locales et le désintérêt qu’elles suscitent est alarmant.
Il est urgent de repenser la manière dont on engage les citoyens dans la vie municipale. Cela passe par une meilleure éducation civique, une communication plus dynamique des enjeux locaux, et des mécanismes de participation plus accessibles et modernes, comme le vote électronique ou des consultations citoyennes plus fréquentes.
En somme, la faible participation électorale n’est pas qu’un chiffre : c’est le symptôme d’une démocratie locale en perte de vitesse. Il appartient aux élus, aux institutions et aux citoyens eux-mêmes de raviver l’intérêt pour la politique municipale, car c’est là que commence le véritable pouvoir d’agir.
Histoire
Certaines personnes se plaignent dans les derniers jours qu’à la série mondiale de baseball, l’hymne nationale du canada n’est pas chanter dans les 2 langues. Notons qu’il n’y a pratiquement qu’au Québec où l’on chante l’hymne nationale dans les deux langues par respect pour nos concitoyens anglophones. Dans le reste du canada, il n’y a pas ce respect.

Voici le chant patriotique original des canadiens français volé par la fédération « canadienne » qui fait de l’appropriation culturelle sur à peu près tout ce qui vient du Québec depuis toujours.
Le mot Canada vient de l’iroquois Kanata, qui signifie « village » ou « peuplement » et a été appliqué à l’origine à la région de la ville actuelle de Québec.
Le nom Québec vient de l’algonquin Kébec, qui signifie « passage étroit » ou « détroit », se référant au rétrécissement du fleuve Saint-Laurent en face de la ville.
Il est aussi à noter qu’il est plus souvent chanté dans les 2 langues officielles du Canada aux États-Unis qu’au Canada.
LES CRÉATEURS
Calixa Lavallée, surnommé le « musicien national du Canada », a composé la musique.
Adolphe-Basile Routhier, juge et écrivain, a rédigé les paroles originales en français.
PREMIÈRE INTERPRÉTATION
Le chant a été joué pour la première fois lors d’un banquet au Pavillon des patineurs à Québec le 24 juin 1880, puis repris devant 6000 personnes dans les jardins du bois de Coulonge le lendemain.
VERSION ANGLAISE
En 1908, Robert Stanley Weir a écrit une version anglaise, qui n’est pas une traduction littérale mais une adaptation poétique. Elle est devenue la version officielle anglaise en 1980.
ADOPTION OFFICIELLE
Ô Canada est devenu l’hymne national de facto en 1939 et officiellement le 1er juillet 1980, lors de la Fête du Canada, comme hymne national du Canada, et ne reprend que le premier couplet et refrain des versions françaises et anglaises.
En 2002, lors de sa visite au Canada, le pape Jean-Paul II a chanté les vers « Car ton bras sait porter l’épée, Il sait porter la croix ! » pour rappeler les origines chrétiennes du pays et de l’hymne.
Les paroles de la version anglaise ont été modifiées le 31 janvier 2018 via un projet de loi : la phrase « true patriot love in all thy sons command » (« commande en tous tes fils un fidèle amour patriotique ») a été remplacée par « true patriot love in all of us command » (« commande en nous tous un fidèle amour patriotique »).
VERSION FRANÇAISE OFFICIELLE
La version officielle en français est interprétée lors d’événements politiques ou sportifs dans les régions francophones du Canada.
Ô Canada ! Terre de nos aïeux,
Ton front est ceint de fleurons glorieux !
Car ton bras sait porter l’épée,
Il sait porter la croix !
Ton histoire est une épopée
Des plus brillants exploits.
Et ta valeur, de foi trempée,
Protégera nos foyers et nos droits,
Protégera nos foyers et nos droits.
VERSION ANGLAISE OFFICIELLE
O Canada! Our home and native land!
True patriot love in all of us command.
With glowing hearts we see thee rise,
The True North strong and free!
From far and wide,
O Canada, we stand on guard for thee.
God keep our land glorious and free!
O Canada, we stand on guard for thee,
O Canada, we stand on guard for thee.
VERSIONS BILINGUES OFFICIELLES
Cette version bilingue est interprétée lors d’événements politiques ou sportifs au niveau national, dans la capitale fédérale, ou bien à l’international.
O Canada! Our home and native land!
True patriot love in all of us command.
Car ton bras sait porter l’épée,
Il sait porter la croix !
Ton histoire est une épopée
Des plus brillants exploits.
God keep our land, glorious and free!
O Canada, we stand on guard for thee.
O Canada, we stand on guard for thee.
Cette deuxième version bilingue est chantée lors des événements au Québec, autant sportifs que des actes institutionnels (tels que cérémonies de citoyenneté), lorsque la version strictement francophone n’est pas utilisée. Elle est aussi chantée dans les écoles d’immersion française dans le reste du Canada.
Ô Canada ! Terre de nos aïeux,
Ton front est ceint de fleurons glorieux.
Car ton bras sait porter l’épée,
Il sait porter la croix.
Ton histoire est une épopée
Des plus brillants exploits
God keep our land, glorious and free!
O Canada, we stand on guard for thee.
O Canada, we stand on guard for thee.
PAROLES FRANÇAISES ORIGINALES PAR ROUTHIER (1880)
Ô Canada ! Terre de nos aïeux,
Ton front est ceint de fleurons glorieux !
Car ton bras sait porter l’épée,
Il sait porter la croix !
Ton histoire est une épopée
Des plus brillants exploits.
Et ta valeur, de foi trempée,
Protégera nos foyers et nos droits,
Protégera nos foyers et nos droits.
Sous l’œil de Dieu, près du fleuve géant,
Le Canadien grandit en espérant.
Il est né d’une race fière,
Béni fut son berceau.
Le ciel a marqué sa carrière
Dans ce monde nouveau.
Toujours guidé par sa lumière,
Il gardera l’honneur de son drapeau,
Il gardera l’honneur de son drapeau.
De son patron, précurseur du vrai Dieu,
Il porte au front l’auréole de feu.
Ennemi de la tyrannie,
Mais plein de loyauté,
Il veut garder dans l’harmonie,
Sa fière liberté.
Et par l’effort de son génie,
Sur notre sol asseoir la vérité,
Sur notre sol asseoir la vérité.
Amour sacré du Trône et de l’autel,
Remplis nos cœurs de ton souffle immortel !
Parmi les races étrangères,
Notre guide est la loi :
Sachons être un peuple de frères,
Sous le joug de la foi.
Et répétons, comme nos pères,
Le cri vainqueur : « Pour le Christ et le Roi ! »
Le cri vainqueur : « Pour le Christ et le Roi ! »
Actualités
Nul besoin de beaucoup de mots pour résumer ce qui émerge de l’actualité. Le caricaturiste Ygreck en a fait son art… Voici ses perles d’octobre, publiées dans le Journal de Montréal.


























Horreur
La Prairie, Québec. Une petite ville paisible, sauf quand l’automne s’installe et que les feuilles rougissent comme du sang. Au bout du vieux chemin de la Ferme, là où les lampadaires ne brillent plus depuis des années, se dresse un érable noir, immense, tordu, oublié.

On raconte qu’il pousse là où, jadis, une maison fut engloutie par la terre. Une famille entière disparue, sans trace. Depuis, personne n’ose s’approcher… sauf Élise.
Élise, 17 ans, passionnée par les légendes locales, voulait prouver que tout cela n’était que superstition. Armée de sa lampe frontale et de son carnet, elle s’y rendit la veille de l’Halloween. Le vent soufflait fort, les branches craquaient comme des os. Elle s’approcha du tronc, posa la main sur l’écorce rugueuse… et sentit un frisson glacé lui parcourir l’échine.
Le sol trembla légèrement. Une racine se souleva, révélant une trappe en bois, gravée de symboles anciens. Elle l’ouvrit. Une odeur de terre pourrie s’en échappa. En descendant les marches, elle découvrit une pièce souterraine, éclairée par des chandelles noircies. Au centre, un cercle de sel, et à l’intérieur… un miroir.
Mais ce miroir ne reflétait pas Élise. Il montrait une autre version d’elle-même : les yeux vides, la bouche cousue, les mains ensanglantées.
Soudain, la porte se referma derrière elle. Elle se retourna, paniquée, mais il n’y avait plus de sortie. Le miroir vibra, puis une voix s’éleva : « Tu m’as réveillée. Maintenant, tu dois prendre ma place. »
Une silhouette sortit du miroir. C’était elle… mais pas vraiment. Le double s’approcha, et Élise sentit son corps se figer. Elle ne pouvait plus bouger, ni crier. Le cercle de sel s’illumina, et en un éclair, elle fut aspirée dans le miroir.
Le lendemain, les policiers retrouvèrent son carnet près de l’érable noir. La dernière page disait : « Ne regardez jamais dans le miroir sous l’arbre. Ce n’est pas votre reflet. C’est votre remplaçant. »
Depuis, chaque Halloween, une personne disparaît à La Prairie. Et l’érable noir, lui, semble grandir…
Effroyable halloween !
Histoire
Une « constitution québécoise », le mot sonne fort, presque irréel, vous ne trouvez pas ? Avec ce projet, Simon Jolin-Barrette remet au goût du jour un rêve que le Québec caresse depuis plus d’un demi-siècle.

À QUOI SERT UNE CONSTITUTION, AU JUSTE ?
En fait, une constitution, c’est comme le mode d’emploi d’un pays. La nôtre, celle du Canada, c’est la loi des lois, tout ce qui est voté par les législateurs doit respecter le droit constitutionnel, sinon la Cour suprême juge la loi anticonstitutionnelle.
C’est elle qui fixe les règles du jeu entre le pouvoir central à Ottawa et les provinces. Elle agit comme une boussole morale et politique, elle établit les grands principes qui tiennent la démocratie debout, comme la séparation des pouvoirs, la primauté du droit, la liberté d’expression et l’égalité devant la loi.
Et surtout, elle est un garde-fou contre les excès des gens qui exercent le pouvoir. Bref, elle trace les limites à ne jamais franchir.
IL FAUT SAVOIR
Évidemment, les provinces n’ont pas de constitution propre, elles sont régies par celle du pays. La nôtre a été mise en place en 1867 (l’Acte de l’Amérique du Nord britannique), puis rapatriée et modifiée en 1982.
Or, le Québec n’a jamais accepté cette version de la Constitution amendée en 1982, et ses principes lui ont été maladroitement imposés. Cette blessure politique, encore sensible, nourrit l’idée que le Québec devrait se doter d’un texte fondateur à son image.
C’est un peu cette idée que le ministre Simon Jolin-Barrette remet de l’avant, en parlant d’un document qui fixerait nos valeurs communes pour protéger la laïcité de l’État, la primauté du français et la reconnaissance des droits et libertés.
Retournons maintenant dans les années 1960 pour redécouvrir le grand rêve constitutionnel du premier ministre Daniel Johnson père.
LE RÊVE D’UN QUÉBEC ÉGAL EN DROIT ET EN FAIT

Johnson devient premier ministre du Québec en 1966. Il saute dans l’arène politique fédérale en mettant de l’avant une idée audacieuse qui lui a permis de séduire les Québécois. Il propose de refonder le Canada sur la base de deux nations égales, l’une francophone, l’autre anglophone.
Une orientation exposée dans son manifeste Égalité ou indépendance. Il rêvait d’un ordre binational, où ces deux nations pourraient gérer leurs intérêts communs sur un pied d’égalité. Johnson revendique pour le Québec des pouvoirs constitutionnels élargis, des leviers essentiels pour le développement de la vie nationale des Canadiens français.
Il propose même que chaque province puisse, à sa guise, déléguer certains pouvoirs au fédéral et non l’inverse. Dans cette logique, Ottawa ne serait plus au sommet de la pyramide du pouvoir, mais l’un des deux partenaires égaux d’une fédération véritablement équilibrée.
Il rêvait d’une réforme constitutionnelle où le Québec serait maître de ses institutions et pourrait se développer en respectant sa culture et les aspirations de ses citoyens. Quand il prend la parole lors de la conférence interprovinciale sur la « Confédération de demain », à Toronto en 1967, il impressionne par la clarté de sa vision : « Le Canada de demain, dit-il, devra être fondé sur une nouvelle constitution [… ] qui respecte les droits collectifs et les aspirations normales de chacune des nations. » – Daniel Johnson
UNE CONSTITUTION POUR NOUS MODERNISER
Dans les coulisses, ses conseillers planchent sur une constitution québécoise. On y trouve déjà l’idée d’une Charte des droits de la personne propre au Québec.
Johnson voulait que cette charte s’applique uniquement aux domaines relevant du Québec, principalement pour refléter les traditions du droit civil plutôt que celles de la common law canadienne. Il prônait aussi la création d’un tribunal constitutionnel, où les provinces désigneraient les deux tiers des juges, pour mieux équilibrer les forces dans l’interprétation du droit.
Le projet de constitution de l’Union nationale proposait aussi de transformer le Sénat en véritable chambre fédérale binationale.
Johnson proposa même l’idée de rebaptiser le pays « Union canadienne », avec la possibilité qu’il devienne un jour une république.
LA MORT D’UN RÊVE

Mais le destin a frappé avant que ce projet aboutisse. Le 26 septembre 1968, le premier ministre Johnson meurt subitement d’un malaise cardiaque. Il n’avait que 53 ans. Son projet de réforme constitutionnelle sera par la suite défendu timidement par son successeur, Jean-Jacques Bertrand, avant d’être éclipsé par l’arrivée au pouvoir d’un certain Pierre Elliott Trudeau.
Trudeau refusait catégoriquement cette vision « binationale » proposé par l’Union nationale. Il préférait l’idée d’un Canada où tous les citoyens, qu’ils soient anglophones ou francophones, jouissent des mêmes droits individuels, sans reconnaissance particulière.
Le choc entre les deux conceptions, celle d’un Canada des nations et celle d’un Canada des individus défendue par Trudeau père, marquera durablement notre histoire canadienne.
UN DÉBAT TOUJOURS VIVANT
Et c’est d’ailleurs ce fossé qui explique encore aujourd’hui pourquoi le Québec n’a jamais signé la Constitution de 1982.
Près de 60 ans plus tard, quand Simon Jolin-Barrette nous parle d’une constitution québécoise, difficile de ne pas entendre l’écho du passé. Certes, le contexte a changé et le projet de la CAQ ne réclame pas l’indépendance, mais il cherche toujours à baliser l’autonomie du Québec.
Bref, si un jour le Québec adopte sa propre constitution, il faudra se souvenir que Daniel Johnson père fut le premier à en tracer les contours, au milieu des années 1960.
Source : Martin Landry, historien, Journal de Montréal, cahier Weekend, 18 octobre 2025, p54
Opinion
Vive les peines de prison doré dans le confort de son foyer. Et ce cas précis c’est dans un luxueux penthouse que la coupable purgera sa sentence.

Voici un extrait du texte Camille Payant, publié dans les pages de l’édition d’hier du Journal de Montréal.
Une Montréalaise qui a agressé sexuellement une jeune artiste avec un médecin spécialiste pourra purger sa peine… dans le luxueux penthouse que son complice lui a légué avant de s’enlever la vie.
« Sans sa relation avec Stephan Probst, Wendy Devera n’aurait pas commis un crime de cette nature », a estimé la juge Suzanne Costom hier au palais de justice de Montréal.
Elle a ainsi condamné la Montréalaise de 32 ans à deux ans de prison à la maison, comme elle le désirait, pour une agression sexuelle en groupe survenue en 2020.
La victime, dont l’identité est protégée par la cour, avait accepté de se rendre dans le penthouse du médecin pour avoir une relation avec Devera. Elle avait précisé qu’elle ne voulait rien savoir de l’homme.
Le Québec est le champion des sentences semblables.
On fait quoi des effects punitifs et dissuasifs ?
Opinion
Finalement, le gouvernement Legault a fait adopter, sous bâillon, le projet de loi 106 qui est devenu la loi 2. Depuis, c’est la grogne chez les médecins. Chez la population, les opinions du pour et du contre sont partagées.
Pour ma part, je penche légèrement du côté de Christian Dubé.

J’ai écouté ses explications, dimanche dernier, à l’émission Tout le monde en parle, de Radio-Canada, et elles m’ont satisfaites en partie. Mais, malgré tout, on ne saura jamais ce qui s’est vraiment dit en vase clos, de part et d’autre. Il faut donc se faire une quelconque idée.
En écoutant les deux parties, je reste sur mon appétit, surtout en me rappelant le passé des négos pas si lointain. Est-ce qu’on a vraiment réglé les problèmes entre deux entités qui ont respectivement la tête dure ? Est-ce qu’on a tenu compte de la santé des patients ? La réponse est non ! Et on n’y arrivera jamais.
AUJOURD’HUI C’EST COMME HIER
Voici quelques points qui ne sont toujours pas réglés et ça depuis des années.
La seule réponse qui s’impose est NON ! Et depuis très longtemps, voire toujours.
Je l’ai dit souvent. Toutes les cliniques devraient être ouvertes 24 heures sur 24, être les premiers répondants et leur personnel devrait diriger le patient vers l’urgence d’un hôpital, le cas échéant. Des infirmières spécialisées pourrait intervenir. L’hôpital devrait être priorisée pour des cas d’extrême urgence.
Le temps d’attente pour certaines chirurgies s’étend en terme d’années. Qui souffre ? Le patient (qui porte bien son nom).
Vous appelez le 811 pour expliquer vos malaises, ils vous envoient à l’urgence… sans vous avoir vu, se basant sur vos symptômes.
Les médecins de familles font du 9 à 5. VOUS devez quitter le travail pour les rencontrer. Lequel des deux a les moyens de perdre quelques heures de travail ? Malheureusement l’ère des rendez-vous, le soir, avec votre médecin fait partie de la préhistoire.
Les salles d’urgence continuent d’accueillir les patients, qui doivent prévoir s’amener de la lecture s’ils veulent survivre à l’attente. Il faudrait prévoir un peu plus de personnel médical.
DES PRIMES ET DES PRIMES
Vous vous souvenez, il y a quelques années, le médecin se voyait donné une prime dans certaines conditions comme mettre des vêtements de protection en visitant des patients contagieux… Incompréhensible ! (Pas la jaquette, la prime.).
Même chose s’il se présentait au travail à l’heure prévue. Une autre prime !
Les médecins et le gouvernement sont deux coqs dans la bataille. Chacun tire la couverture de son côté sans céder un pouce. Le gouvernement a recours à l’imposition d’une loi spéciale pour mettre fin à un conflit. Évidemment ça ne règle pas tout, loin de là. Par contre, il est vrai que les médecins, depuis des années, ont vu leur rémunération faire un bond en avant spectaculaire, frôlant et dépassant le demi-million annuellement.
Malheureusement, on n’a pas réglé la situation du PATIENT, celui qui n’a pas le choix de payer pour un service qu’il tarde à recevoir et qui lui est dû. C’est lui, le grand perdant dans cette bataille.
Personne n’en parle !
Histoire
Les soirs d’octobre ont toujours eu quelque chose de magique pour les amateurs de baseball.
Cette année, la magie a repris forme grâce à cette belle vague bleue, signée Blue Jays de Toronto, qui a déferlé sur tout le pays. À Montréal, Québec, Trois-Rivières, on s’est surpris à suivre les matchs tard dans la nuit, le cœur battant à chaque circuit de Vladimir Guerrero Jr., ce jeune colosse au sourire tranquille qui porte désormais sur ses épaules les espoirs d’un pays.
Et cette semaine, le circuit de trois points de Georges Springer a soulevé la foule en liesse au Rogers Center, envoyant les Blue Jays de Toronto en Série mondiale.
Pour des milliers de Québécois, cette fièvre du baseball a un goût de déjà-vu. Elle réveille des souvenirs : ceux d’une époque où les Expos de Montréal faisaient vibrer le Stade olympique et où, un été après l’autre, le rêve d’une Série mondiale semblait à portée de gant.

L’ÈRE DES EXPOS
Tout commence à la fin des années 1960. Montréal est en pleine effervescence : l’Expo 67 a projeté la ville sur la scène internationale et Jean Drapeau rêve d’une métropole moderne et ambitieuse.
C’est dans ce contexte qu’en 1969, la ville obtient une franchise des Ligues majeures de baseball, la première de l’histoire accordée à une ville hors des États-Unis. Le nom s’impose de lui-même : les Expos.
Le premier match a lieu le 14 avril 1969 au parc Jarry, un petit stade improvisé, coincé entre deux rues résidentielles du Nord de Montréal. Ce jour-là, 29 000 spectateurs et quelque 200 journalistes s’entassent pour voir la nouvelle équipe.

Dès cette première saison, Montréal est conquise. Rapidement, le baseball devient un langage commun : les pères apprennent à leurs fils à compter les balles et les prises, les mères tricotent des casquettes bleues et rouges, les enfants collectionnent les cartes de Gary Carter, Andre Dawson, Tim Raines et, plus tard, celles de Vladimir Guerrero.
Le parc Jarry puis le Stade olympique deviennent des lieux de rassemblement. On y vient pour rêver, pour se défouler, pour être ensemble.
Les soirs d’été, le métro déborde de familles, d’amis, de couples qui se tiennent par la main et crient « Go Expos Go ! »
Montréal est une ville de hockey, certes, mais pendant ces années-là, elle est aussi une ville de baseball.
UNE PASSION POPULAIRE, MAIS AUSSI POLITIQUE
Le baseball, à Montréal, n’était pas qu’un sport, c’était un symbole. Symbole d’ouverture sur le monde, d’un Québec qui voulait s’affirmer autrement qu’à travers le Canadien de Montréal ou la politique.
Quand les Expos ont vu le jour, le Québec sortait à peine de la Révolution tranquille. Les Québécois se cherchaient de nouveaux repères identitaires, de nouvelles fiertés. Et quoi de plus rassembleur qu’un sport américain… conquis par une équipe francophone ?
On oublie souvent à quel point le baseball des Expos avait une saveur nationale. Les annonces se faisaient en français et en anglais, et les commentateurs comme Jacques Doucet ou Rodger Brulotte sont devenus des légendes.
Les soirs de victoire, les klaxons résonnaient sur la rue Sainte-Catherine comme après une conquête de la coupe Stanley. C’était une époque où Montréal osait rêver grand.
SI PRÈS DU SOMMET
Les Expos ont connu des saisons héroïques. En 1979, ils remportent 95 victoires et manquent la Série mondiale d’un souffle.
Deux ans plus tard, en 1981, l’équipe atteint enfin les séries éliminatoires et se rend jusqu’à la finale de la Ligue nationale.
Le 19 octobre 1981, au Stade olympique, tout un peuple retient son souffle : un seul match les sépare de la Série mondiale. Mais le sort en décide autrement, alors que Rick Monday, des Dodgers de Los Angeles, frappe un circuit dévastateur en neuvième manche.
C’est la fameuse journée qu’on appellera plus tard Blue Monday, un traumatisme sportif gravé dans la mémoire collective.
Puis vient 1994. Les Expos sont au sommet : meilleure fiche du baseball, une équipe jeune, explosive, spectaculaire. Mais la grève des joueurs interrompt la saison et l’espoir s’effondre. C’est la fin d’une époque.
L’équipe ne s’en remettra jamais vraiment. En 2004, les Expos jouent leur dernier match à Montréal. Le rêve s’éteint.
L’AUTRE ÉQUIPE DU CANADA

Pendant ce temps, ailleurs au pays, une autre équipe monte en puissance. En 1977, huit ans après la naissance des Expos, les Ligues majeures accordent une deuxième franchise canadienne : les Blue Jays de Toronto.
Ils commencent modestement au vieux Exhibition Stadium, sur les rives du lac Ontario, mais la Ville de Toronto investit massivement. Le baseball devient rapidement un élément de prestige national, un outil d’unification du Canada anglophone autour d’une équipe « de la maison ».
Au début, au Québec, les Jays représentent surtout une rivalité. Ils sont les cousins riches, ceux qui ont le soutien des grandes entreprises et des médias anglophones.
En 1992 et 1993, ils remportent deux fois de suite la Série mondiale grâce à des vedettes comme Joe Carter et Roberto Alomar.
Le pays entier célèbre, sauf peut-être Montréal, qui regarde ces triomphes avec un pincement au cœur. Il faudra attendre la disparition des Expos pour voir des milliers de Québécois adopter Toronto par procuration.
LE RETOUR DE LA FIÈVRE
Et nous voilà en 2025. Les Blue Jays viennent d’éliminer Seattle dans un septième match d’anthologie.
Leur retour en Série mondiale enflamme tout le pays. Dans les bars de Montréal, les écrans géants diffusent les matchs ; les chandails bleus fleurissent dans les rues ; les enfants rêvent de frapper des circuits. À Québec, Sherbrooke, Saguenay, les ligues mineures voient leur nombre d’inscriptions grimper. Le baseball n’est plus seulement un souvenir : il est redevenu une passion nationale.
Comme si ce n’était pas suffisant, ce retour de flamme, on le doit en partie au talent de Vladimir Guerrero Jr., le fils du légendaire Vladimir Guerrero Sr., qui avait électrisé Montréal à la fin des années 1990.
Le père, joueur emblématique des Expos, frappait tout ce qui bougeait – des balles au-dessus de la tête. Dans la terre ou hors de la zone. Il jouait avec le cœur, la fougue d’un Montréal multiculturel et fier.
Son fils, qui est aujourd’hui une vedette des Blue Jays, est devenu le visage de cette nouvelle ère. Son sourire, sa puissance, son calme rappellent à beaucoup l’époque dorée des Expos.
On dirait presque que l’histoire recommence… mais avec une autre couleur de chandail.
Source : Martin Landry, historien, Journal de Montréal, cahier Weekend, 25 octobre 2025, p50
Histoire
Le projet souverainiste québécois plonge ses racines profondément dans l’histoire. Il est en quelque sorte inhérent à la Conquête britannique de 1760, qui a engendré la mise en tutelle d’un peuple d’origine française à une autre entité ; britannique d’abord, canadienne ensuite.
Depuis la Conquête, ce moment déterminant de l’histoire du Québec, le peuple québécois n’est pas entièrement maître de lui-même. Sa destinée dépend en grande partie de forces extérieures.

De là découle le projet de la souveraineté, qui est revenu périodiquement et sous différentes formes au cours de l’histoire : l’émancipation du peuple québécois de sa tutelle étrangère.
L’ÉLAN DE LA RÉVOLUTION TRANQUILLE
Toutefois, c’est véritablement durant la Révolution tranquille que le projet souverainiste contemporain est né.
Les années 1960 instaurent au Québec une ère marquée par d’importantes réformes d’État et de grands projets économiques.
Durant cette période, les descendants français d’Amérique vivant au Québec s’approprient l’État québécois et s’en servent pour s’émanciper de leur état d’infériorité sociale et économique face à la population anglo-canadienne. De Canadiens français, ils se désigneront progressivement comme des Québécois !
Le slogan des libéraux de Jean Lesage aux élections de 1962, « Maîtres chez nous ! », incarne à merveille l’esprit de cette époque.
Dans la foulée, de plus en plus d’acteurs du monde politique pensent que les Québécois ne seront véritablement maîtres chez eux qu’en se séparant du Canada, en faisant du Québec leur seul et unique pays.
C’est le cas du Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN), un mouvement de gauche qui devient parti politique en 1963, et du Front de libération du Québec (FLQ), créé la même année, qui prône des actions radicales qui mèneront à la crise d’Octobre de 1970.
En 1965, le chef de l’Union nationale et futur premier ministre du Québec (1966-1968), Daniel Johnson, publie un manifeste, Égalité ou indépendance, dans lequel il dit ouvertement que « si la sécession devenait pour les Canadiens français le seul moyen de rester eux-mêmes, de rester français, alors ce ne serait pas seulement leur droit, ce serait même leur devoir d’être séparatistes. »
L’année suivante est créé le Ralliement national (RN), qui se veut un parti indépendantiste campé à droite de l’échiquier politique.
« VIVRE LE QUÉBEC LIBRE »
Durant cette période de consolidation d’un mouvement souverainiste québécois, un événement majeur vient lui donner une impulsion décisive doublé d’une légitimité et d’une résonnance internationale. Il survient le 24 juillet 1967, du haut du balcon de l’hôtel de ville de Montréal, comme un écho venu du fond de l’histoire, lorsque le président de la France, le général de Gaulle, proclame son « Vive le Québec libre ! ».
Ce moment agira comme une véritable épiphanie pour de nombreux Québécois de l’époque…
LE MSA ET LA CRÉATION DU PARTI QUÉBÉCOIS
Quelques mois après la venue de Charles de Gaulle, René Lévesque quitte le Parti libéral du Québec et fonde le Mouvement souveraineté-association (MSA), qui prône la souveraineté du Québec assortie d’une association avec le Canada.
Lévesque publie ensuite un essai, Option Québec, dans lequel il étaye ses idées politiques souverainistes.
« C’est la chance indispensable que nous, Québécois, devons nous donner, à la suite de tant d’autres peuples, de bâtir par et pour nous-mêmes le pays que nous voulons. »
En 1968, le MSA fusionne avec le RN et devient le Parti Québécois. Les souverainistes ont désormais un véhicule jouissant d’une crédibilité et d’une notoriété pour faire avancer leur projet. Les membres du RIN, qui se dissout en octobre 1968, viendront grossir les rangs du nouveau vaisseau amiral de la souveraineté du Québec.
COMMENT DEVENIR UN PAYS

La question qui s’est posée à René Lévesque et aux ténors du mouvement souverainiste est celle-ci : comment faire accéder le Québec à l’indépendance politique ? Pour certains, l’élection d’un parti souverainiste était suffisante pour que celui-ci déclenche le processus d’accession à la souveraineté.
Toutefois, au début des années 1970, le professeur Claude Morin met de l’avant une autre stratégie, « l’étapisme », qui prévoit que le processus d’accession à la souveraineté se fasse à la suite d’un référendum gagnant.
En 1974, le PQ adopte la stratégie de Morin et s’engage à tenir un référendum si le parti obtient le pouvoir.
1980 ET 1995 : LES DEUX RÉFÉRENDUMS

Cette première étape est atteinte le 15 novembre 1976, lorsque le Parti Québécois remporte les élections, Le parti de René Lévesque enclenche alors la deuxième étape, le référendum du 20 mai 1980. En tout, 59,6 % des Québécois votent non à la question référendaire visant à négocier la souveraineté avec le Canada. Pour René Lévesque, les Québécois disent « à la prochaine fois ! »
Cette prochaine fois survient le 30 octobre 1995, lorsque le PQ de Jacques Parizeau fait une deuxième tentative, fort de la remontée du projet d’indépendance après l’échec des accords du lac Meech et de Charlottetown.
Le NON l’emporte encore, mais avec une mince majorité, à 50,58 % d’appuis contre 49,42 % pour le OUI.
Depuis lors, le projet souverainiste s’est dilué à travers divers débats, l’attention étant axée, au tournant des années 2000, sur la réalisation de la mondialisation. Toutefois, celle-ci montre ses limites depuis quelques années et certains États commencent à renouer avec le nationalisme, qui se traduit au Québec avec la remontée du Parti Québécois et du projet d’indépendance, notamment chez les jeunes.
L’histoire du mouvement souverainiste n’est pas finie et continue de s’écrire…
Source : Martin Lavallée, Journal de Montréal, cahier weekend, 18 octobre 2025, p50