La paix linguistique : une illusion

Dès qu’un article de journal ou de magazine traite de la langue française, j’accroche. Immédiatement, je le dévore et je prends connaissance de son contenu. Mathieu Bock-Côté en a pondu un de très intéressant hier dans les pages du Journal de Montréal, et qui reçoit mon accord total. C’est ce partage que je vous propose aujourd’hui.

Au Québec, nous vivons depuis une vingtaine d’années sous le signe de la paix linguistique.

bilingueCe concept, sans cesse repris par les médias, les gens d’affaires et les politiciens, est censé décrire le juste équilibre entre le français et l’anglais atteint dans la métropole. En gros, entre les deux langues, la lutte serait terminée. La première serait confirmée dans son rôle dominant. La seconde serait confirmée dans ses droits. Et les montréalais se seraient habitués à évoluer dans cet environnement idéal.

Mais comme le notait récemment Antoine Robitaille dans Le Devoir, la notion de paix linguistique est illusoire.

CAPITULATION
Depuis des années, je dis quant à moi qu’il s’agit d’une paix de capitulation. Nous avons perdu la guerre linguistique, nous avons accepté notre défaite, nous nous sommes couchés, nous servons de tapis, et nous disons merci.

Un peu d’histoire ne nous fera pas de mal. La Révolution tranquille promettait au français un statut significatif: ce serait la seule langue officielle au Québec. Évidemment, les anglophones conservaient leurs droits, à la manière d’une minorité historique.

Mais pour l’essentiel, le Québec serait français, et Montréal le serait aussi. Mais avec l’échec de l’indépendance notre incapacité à nous faire reconnaître constitutionnellement comme nation, cet idéal du Québec français s’est vidé de tout contenu. Nous sommes passés au Québec bilingue.

On veut nous faire croire que c’est à cause de la mondialisation. Elle a le dos large. La loi 101, celle qui consacre le statut du français, a elle-même changé de sens. Elle devait faire du français la langue de pouvoir au Québec. On lui demande plutôt, aujourd’hui, d’assurer des services en français aux Québécois francophones.

Ils n’en demandent pas plus. Sans se l’avouer, ils ont renoué avec la logique du petit pain. Ils auraient pu devenir une majorité sûre d’elle-même. Ils redeviennent une minorité, heureuse qu’on ne la maltraite pas trop.

C’est la fameuse logique du bonjour-hi, qu’on se fait servir à Montréal. Que dit le bonjour-hi? Que les deux langues sont sur le même pied. Dans la métropole du seul pays de langue française en Amérique, le français est optionnel.

C’est la langue de ceux qu’on appelait autrefois les Canadiens français. La langue d’une tribu, avec laquelle on peut interagir, mais à laquelle on ne s’intègre pas.

INTRANSIGEANCE
Les nouveaux arrivants qui sont passés par l’école française maîtrisent généralement notre langue, mais adhèrent trop souvent au mythe du Montréal bilingue et canadien. Entre eux, l’anglais demeure la langue de référence. Ajoutons qu’un très grand nombre d’immigrants ne maîtrisent pas le français et ne manifestent pas le désir de l’apprendre.

Il faut rompre la paix linguistique. Redevenir intransigeant. Rappeler que la culture québécoise est fondamentalement francophone et qu’elle n’est pas optionnelle au Québec. Sortir la tête du sable et cesser d’entretenir l’illusion funeste de notre sécurité linguistique et identitaire. Autrement dit, reprendre la bataille et refaire du français la vraie langue commune.

On se fera insulter? Tant pis. Mais ça n’ira pas de soi pour un peuple engourdi.

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