Un pan de notre histoire : Des ossements irlandais sur une plage gaspésienne

Histoire

À BORD DU CARRICKS, 173 ÉMIGRANTS N’ONT JAMAIS ATTEINT GROSSE ÎLE EN 1847

Cet été, si vous planifiez faire un tour en Gaspésie et que vous passez sur la route 132 par Cap-des-Rosiers, vous pourrez apercevoir une cloche près de la rive, tout près du phare. Elle appartenait au Carricks, un navire qui a sombré dans le secteur en mai 1847, emportant plusieurs passagers irlandais venus tenter leur chance en Amérique.

Cap-des-Rosiers

En juillet 2019, après des années de fouilles et d’analyses scientifiques, les ossements de 21 naufragés ont été inhumés sur la plage, là où se trouve un monument commémoratif.

L’histoire des naufragés du Carricks s’imbrique dans celle de la Grande Famine irlandaise, qui a sévi entre 1845 et 1852, et de la vague d’émigration qui en a découlé.

En 1847, environ 100 000 émigrants irlandais ont quitté leur pays pour l’Amérique du Nord britannique, vers les provinces actuelles du Québec, de l’Ontario, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse.

Les gens quittaient des ports comme celui de Sligo pour s’embarquer sur des navires de commerce non adaptés aux passagers, qui rapportaient souvent du bois d’œuvre du Canada.

C’était le cas du Carricks, qui transportait les émigrants sur son trajet de retour. Les témoignages indiquent que les conditions à bord étaient atroces – ces navires étaient surnommés les bateaux-cercueils, car le risque de mourir y était très élevé en raison des conditions d’hygiène inhumaines et des risques d’épidémies.

LE VOYAGE DU CARRICKS

Le mot Carricks signifie roche en gaélique. Il s’agissait d’un long voilier à 2 mats construit en 1812, de plus de 26 mètres de long et 8 mètres de large.

Sans preuve formelle, il pourrait s’agir du navire ayant accosté à Québec en 1832 avec une épidémie de choléra, ce qui expliquerait l’ouverture de Grosse Île comme centre de quarantaine.

Il est parti du port de Sligo début avril 1847 avec 173 passagers et les membres d’équipage.

Le Carricks se dirigeait vers Grosse Île quand une tempête de neige a provoqué son naufrage sur la pointe de la Gaspésie, possiblement en mai. Il n’y a que 48 survivants.

Les témoignages des habitants parlent de 87 corps inhumés sur la plage de Cap-des-Rosiers.

Le monument des Irlandais sur la plage a été offert en 1900 par la paroisse Saint-Patrick de Montréal. La cloche, aujourd’hui à côté du monument, a été retrouvée par un pêcheur de Blanc-Sablon en 1968.

ÉROSION ET FOUILLES

En 2011, l’érosion des berges a dévoilé trois squelettes de jeunes garçons morts au XIXe siècle, souffrant de malnutrition.

En 2016, des travaux de Parcs Canada contre l’érosion, jumelés à des travaux sur la route 132, ont mené à des fouilles archéologiques préventives. Les archéologues ont mis au jour les restes de 5 adultes et 3 enfants, tous les pieds vers la mer.

Grâce au géoradar, les fouilles ont permis de mettre au jour les ossements de 21 personnes.

Les analyses de l’Université de Montréal ont confirmé que ces gens venaient tous de milieux ruraux où l’alimentation de base était la pomme de terre, et que la plupart présentaient des traces de malnutrition.

Ces analyses ont confirmé l’histoire du naufrage et du sort des naufragés, inhumés à nouveau sur la plage lors d’une cérémonie le 4 juillet 2019.

Source : Évelyne Perron, historienne, Journal de Montréal, 5 juillet 2026, p55

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