Un pan de notre histoire : M. Trump, l’histoire a la tête très dure

Histoire

IL Y A PLUS DE 30 000 NOMS AUTOCHTONES SUR LA CARTE CANADIENNE QUE LA POLITIQUE NE PEUT PAS EFFACER

Un texte de Martin Landry, historien, publié dans le Journal de Montréal du 29 août.

Cher président Trump, vous vous êtes levé un matin récemment avec une nouvelle idée : rebaptiser le lac Ontario Lake America. Pourquoi ?

Nous sommes en « guerre tarifaire » avec les États-Unis. Récemment, le Canada a quitté la table des négociations en refusant de faire des concessions sur les tarifs qui remettent un tant soit peu en question la souveraineté de notre pays.

Je ne suis pas spécialiste en négociations, mais permettez-moi de vous offrir gratuitement un petit cours d’histoire. Ça tombe bien, il sera très court. Comme votre mémoire. J’ai bien l’impression.

Commençons par une mauvaise nouvelle : le lac Ontario ne s’appelle pas Ontario à cause de la province. C’est plutôt l’inverse. Le nom existait bien avant la création de la province en 1867.

Et surtout, Ontario n’est pas un mot anglais ni l’invention d’un premier ministre. Son nom a des origines autochtones. Le toponyme est généralement rattaché à des langues iroquoiennes et évoque l’idée d’une belle étendue d’eau ou d’eaux brillantes. L’Encyclopédie canadienne rapporte notamment que le nom Ontario serait formé à partir des mots ontare (« huron ») et oniatare (« iroquois »), auxquels s’ajoute le suffixe -io, qui suggère quelque chose de beau ou d’étincelant. C’est joli, non ?

UN NOM, C’EST UNE TRACE

Au Canada, plus de 30 000 lieux portent officiellement un nom d’origine autochtones. Autant de traces de la présence et de l’histoire des Premiers Peuples inscrites sur nos cartes. Un rappel bien utile, vous ne trouvez pas ?

Vous me direz qu’un nom, ça se change.

C’est vrai… Les conquérants le font depuis des siècles. Mais à force d’être répétés, ces noms deviennent des points d’encrage de la mémoire collective.

AVANT LES FRONTIÈRES

Moi, je trouve que le nom Ontario nous rappelle que, bien avant les frontières actuelles entre le Canada et les États-Unis, des peuples autochtones nommaient, parcouraient et connaissaient ces territoires.

On n’a qu’à penser à Los Angeles (qui signifie « Les Anges » en espagnol). Faudrait-il le rebaptiser Very American City ?

En fait, la carte des États-Unis est riche d’histoire… Riche, ça vous parle, Ça ? Elle conserve partout les traces des peuples autochtones et des présences : française, espagnole, néerlandaise ou britannique.

Alors, M. Trump, laissez donc le lac Ontario un peu tranquille et mettez plutôt votre énergie dans la transformation de la Maison-Blanche en saloon ou dans l’érection de votre arc de triomphe avec votre nom en belles lettres dorées.

JE VOUS OFFRE MES SERVICES

Et si vous cherchez encore des lieux à rebaptiser, j’ai une longue liste d’oubliés de l’histoire américaine à vous proposer.

N’oubliez simplement pas une chose : l’histoire a la tête très dure et la mémoire longue.

Si votre agenda vous le permet, je suis libre mercredi prochain pour une première leçon. On pourrait commencer par l’origine des noms Miami ou Chicago, ou même se demander pourquoi tant de villes américaines portent le nom de Lafayette.

Vous verrez, c’est surprenant. L’Amérique était déjà pleine d’histoires bien avant votre naissance.

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