Un pan de notre histoire : Les guerres pour la conquête de la Nouvelle-France bien avant 1759

Histoire

ÉPIDÉMIES, NAUFRAGES ET MUTINERIES ONT SABORDÉ LES AMBITIONS COLONIALES ANGLAISES PENDANT PLUS DE 100 ANS

La prise de Québec en 1759 était la cinquième tentative des Anglais de s’emparer de la Nouvelle-France.

D’abord en 1629, les frères Kirke, des corsaires au service de la couronne britannique, assiègent Québec, obligeant Champlain à leur céder la colonie, 21 ans seulement après sa fondation.

Nés à Dieppe d’un père Écossais, les cinq frères Kirke sont des protestants. Ils voulaient pouvoir contourner l’interdiction faite aux huguenots de commercer avec la colonie française.

En 1628, la flotte de neuf vaisseaux commandée par David Kirke bloque l’arrivée de navires de ravitaillement de la France. Face à la famine et sans espoir de renforts, Champlain capitule le 19 juillet 1629. La prise de Québec avait eu lieu alors que la paix venait d’être conclue entre Londres et Paris.

En 1632, par le traité de Saint-Germain-en-Laye, l’Angleterre restitua le Canada et l’Acadie à la France.

En 1690, pendant la guerre de la Ligue d’Augsbourg, les Britanniques tentent de nouveau de s’emparer de la Nouvelle-France.

Les milices coloniales américaines qui avancent sur Montréal sont ravagées par une épidémie de variole qui décime une centaine de leurs alliés iroquois. Épuisé et démoralisé, son commandant ordonne la retraite, non sans avoir mené un raid meurtrier sur Laprairie.

À Québec, Frontenac repousse l’offre de reddition de l’amiral William Phips avec sa célèbre phrase emblématique : « Quant à votre général, qu’il sache que je n’ai point de réponse à lui faire que par la bouche de mes canons et à coups de fusils… »

Après une tentative de débarquement infructueuse à la Pointe-Lévy. Phips bombarde Québec avant d’abandonner le siège.

Durant son voyage de retour vers Boston, la variole se répand dans les équipages et des orages violents coulent quatre vaisseaux, causant la mort de 1000 hommes.

DEUX AUTRES ÉCHECS CATASTROPHIQUES

Au cours de la guerre de Succession d’Espagne (1702-1713), la reine Anne approuve une offensive contre la Nouvelle-France qui devait, encore une fois, comprendre une attaque maritime contre Québec et une expédition terrestre vers Montréal.

Le militaire et administrateur colonial Samuel Vetch propose à la reine la déportation des Acadiens vers les Antilles afin de repeupler la Nouvelle-Écosse avec des colons anglo-protestants.

En 1709, Vetch et le colonel Francis Nicholson lèvent à Boston une armée d’environ 1500 soldats réguliers et miliciens provinciaux, ainsi que 600 Iroquois. L’expédition se révéla un désastre. En attendant la flotte qui devait venir d’Angleterre, soldats, miliciens et Iroquois sont affligés par la dysenterie et le manque de nourriture, qui entraîne une mutinerie et des désertions.

Abandonné par ses alliés iroquois, le commandant Francis Nicholson ordonne de battre en retraite après avoir appris que la flotte anglaise avait été détournée vers le théâtre d’opérations européen.

LA PERTE DE L’ACADIE

Après ce fiasco, Nicholson mena une nouvelle expédition terrestre, cette fois contre Port-Royal, la capitale de l’Acadie française, dont il s’empara en octobre 1710, instaurant le contrôle britannique sur le territoire qu’ils nomment Nouvelle-Écosse. Port Royal est rebaptisée Annapolis Royal en l’honneur de la reine.

Victorieux, Nicholson retourne en Angleterre solliciter une nouvelle expédition pour conquérir Québec. Il dirige donc une expédition terrestre vers Montréal alors qu’un flotte d’invasion est confiée à l’amiral Hovenden Walker.

Onze navires de guerre et une soixantaine de vaisseaux auxiliaires, avec quelque 7500 soldats et fusiliers marins à leur bord, appareillent de Boston.

Au moment où la flotte s’apprête à entrer dans le Saint-Laurent, le vent se lève violemment et un épais brouillard enveloppe le fleuve. Les navires sont poussés vers la Côte-Nord. Les récifs autour de l’Île-aux-Œufs (80 km à l’est de Baie-Comeau) causent le naufrage de 9 ou 10 navires. Entre 900 et 1400 Anglais y perdirent la vie.

Le 5 septembre, l’amiral Walker annule l’invasion du Canada. Ayant appris le désastre, l’expédition vers Montréal dut – encore une fois – rebrousser chemin au grand dam de Nicholson.

La chute de la Nouvelle-France est de nouveau évitée. Mals la France sort perdant de cette guerre. Par le Traité d’Utrecht, elle cède à l’Angleterre la baie d’Hudson, l’Acadie (Nouveau-Brunswick et Nouvelle Écosse) et la région de Plaisance à Terre-Neuve.

Source : Normand Lester, Journal de Montréal, 10 octobre 2026, p66

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