Une surprise d’un demi-million $

Opinion

Vous vous souvenez de Christian Dubé, le ministre de la Santé qui cherchait son fameux PDG « Top Gun » pour sauver le réseau de la santé québécois ; Santé Québec ? Celui qui allait révolutionner le système, briser les silos, éliminer les listes d’attente et déplacer des montagnes ?

Après des mois de recherche et beaucoup de suspense, le gouvernement de la CAQ avait finalement déniché sa perle rare : Geneviève Biron, ex-PDG du Groupe Santé Biron.

Le prix de cette trouvaille exceptionnelle ? Un modeste salaire de 600 000 $ par année. Et le contrat se termine en mai 2027.

À ce niveau-là, on ne parle plus d’un salaire. On parle d’un diagnostic de santé financière parfait.

Depuis son arrivée, l’avez-vous vue souvent Geneviève ? L’entendez-vous régulièrement expliquer ses résultats ? Remarquez-vous une amélioration spectaculaire des services ? Les urgences débordent-elles moins ? Les listes d’attente ont-elles disparu ? Les chirurgies se font-elles à la vitesse d’un arrêt aux puits chez Tim Hortons ?

Soyons honnêtes : si je demandais à dix personnes dans la rue qui est Geneviève Biron, combien pourraient me répondre ?

Pourtant, pendant que plusieurs Québécois comptent leurs sous avant d’aller à l’épicerie, eux n’ont aucun problème à trouver 600 000 $ par année pour rémunérer celle qui est devenue, à toutes fins pratiques, la femme invisible de Santé Québec.

LA CERISE SUR LE SUNDAE

Évidemment, les « Top Gun » ne signent pas leur contrat sur le coin d’une table chez McDonald’s.

Avant même d’entrer en fonction, ils s’assurent que leur parachute est parfaitement plié, bien rembourré et prêt à être déployé à la moindre turbulence.

Le salaire, lui, est public. C’est la partie de l’iceberg que les contribuables ont le droit de voir.

Le reste ? Les clauses, les privilèges, les indemnités et les garanties ? Circulez, il n’y a rien à voir.

La transparence a parfois la transparence d’un mur de béton.

Et voilà maintenant que Paul St-Pierre Plamondon, notre nouveau premier ministre, promet de faire un grand ménage dans Santé Québec. Réduction des structures, coup de balai administratif, élimination du gaspillage. Plusieurs diront : enfin !

C’est alors que le fameux chat sort du sac.

Si le contrat de Mme Biron devait être résilié avant terme, elle repartirait avec une indemnité de départ de 580 000 $, qu’elle empochera quand même si elle rend son mandat à terme.

Oui, vous avez bien lu.

Cinq cent quatre-vingt mille dollars.

Pour plusieurs Québécois, c’est l’équivalent d’une vie entière à essayer d’épargner. Pour d’autres, c’est le prix d’une maison. Dans ce cas-ci, c’est essentiellement une poignée de main de départ.

Pas besoin de gagner le 6/49.

Pas besoin non plus de s’inquiéter du prochain versement hypothécaire.

Pendant ce temps, les urgences débordent encore, les citoyens peinent à trouver un médecin de famille, les logements deviennent inabordables et la classe moyenne ressemble de plus en plus à une espèce en voie de disparition.

C’est ça qui me révolte.

Pas seulement le montant.

L’impression persistante qu’il existe deux Québec : celui des contribuables qui paient la facture et celui des dirigeants qui négocient les conditions avant même de commencer le travail.

Un Québec où l’on demande toujours plus d’efforts à ceux qui peinent à joindre les deux bouts, pendant que d’autres empochent des montants qui semblent complètement déconnectés de la réalité.

Et après, on se demande pourquoi la confiance envers les institutions continue de fondre plus vite qu’un cornet de crème glacée au mois de juillet.

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