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Deuil
En furetant sur Facebook hier, je suis tombé sur le texte qui suit, touchant, empreint de douleur et en même temps de résilience, écrit par une femme dont le conjoint, policier à la Sûreté du Québec, s’est enlevé la vie le 25 octobre dernier. Par respect, les noms ne sont pas mentionnés.
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Derrière le matricule 9579 et le ruban noir de la SQ, il y avait l’homme de ma vie.

Il y a à peine 48 heures, j’ai perdu l’homme de ma vie. Celui qui m’a accompagnée, soutenue et aimée durant les 32 dernières années. Celui avec qui j’ai construit ma vie, ma famille et mes plus beaux souvenirs. Celui que j’ai épousé le 2 octobre 1999 et que j’ai perdu en ce même mois le 25 octobre 2026.
Aujourd’hui, je me retrouve avec un vide immense, une douleur indescriptible et une multitude de questions qui me déchirent le cœur.
Est-ce que tu souffrais à ce point-là ? Est-ce que j’aurais pu faire quelque chose de plus ? Ai-je été à la hauteur de la femme que tu méritais ? Comment ai-je pu ne pas voir à quel point tu souffrais ? Avec le recul, je réalise qu’il y avait des signes… des signes que je comprends aujourd’hui, mais que je n’ai malheureusement pas su reconnaître à temps.
Et cette pensée me ronge.
Hier, une chose m’a été confirmée : tu portais le poids de l’habit. Ce poids invisible, celui que bien des gens ignorent, celui que même la personne qui partage ta vie peut ne pas réussir à voir.
Au fil de tes années de carrière comme policier, tu as été témoin de choses qu’aucun être humain ne devrait avoir à voir, à entendre ou à vivre. Toutes ces interventions, toutes ces images, toutes ces histoires ont laissé des traces. Des microfissures invisibles, accumulées au fil du temps, jusqu’à fragiliser ce que l’on croyait solide.
Comme un vase qui semble encore intact malgré les fissures qu’il porte, tu as fini par te briser.
Et pourtant, tu étais là pour les autres. Tu as même tout fait pour convaincre un collègue de consulter, de demander de l’aide. Tu savais l’importance de prendre soin de soi… mais tu n’as malheureusement pas réussi à t’accorder cette même chance.
J’aurais tellement voulu voir ce que tu cachais derrière ton sourire, derrière ton uniforme, derrière cette force que tu as toujours dégagée. J’aurais voulu comprendre, te prendre dans mes bras et te rappeler que tu n’avais pas à être fort tout le temps. Que tu avais le droit, toi aussi, de déposer les armes, de parler, de demander de l’aide et de te laisser soutenir.
Si seulement j’avais su…
Aujourd’hui, je dois apprendre à avancer sans toi. À continuer d’être là pour nos deux enfants, comme tu l’as été pour eux. À trouver en moi une force que je ne sais même pas encore si je possède. Pour l’instant, je ne vois pas la lumière au bout du tunnel. Je sais seulement que je dois avancer un jour à la fois, même lorsque chaque pas me semble impossible.
De là-haut, si tu peux nous entendre, aide-nous. Aide-moi à trouver la force de traverser cette épreuve. Aide nos enfants à surmonter cette douleur, à apprivoiser ton absence et à continuer de vivre malgré le vide que tu laisses derrière toi. Veille sur nous, comme tu l’as toujours fait.
Aujourd’hui, je veux aussi m’adresser à tous les policiers.
À vous qui portez cet uniforme, qui répondez aux appels de détresse, qui intervenez dans des situations traumatisantes et qui êtes parfois témoins de l’impensable.
Vous exercez un métier qui vous confronte à des réalités qu’aucun être humain ne devrait avoir à porter seul. Vous êtes formés pour intervenir, pour protéger, pour garder votre sang-froid et pour être présents lorsque les autres vivent leurs pires moments.
Mais qui prend soin de vous lorsque vous rentrez à la maison ?
Qui voit ce que vous avez vu ? Qui entend ce que vous avez entendu ? Qui peut réellement mesurer le poids de toutes ces images et de toutes ces histoires que vous emportez parfois avec vous, même lorsque vous retirez votre uniforme ?
Demander de l’aide n’est pas une faiblesse. Consulter n’est pas une honte. Et vous n’avez pas besoin d’attendre de vous sentir au bout du rouleau pour parler à un professionnel.
Même si vous croyez aller bien, même si vous pensez avoir tourné la page après une intervention difficile, prenez le temps de consulter un spécialiste. Faites-vous accompagner. Parlez. Déposez ce poids avant qu’il ne devienne trop lourd.
Vous passez vos journées à veiller sur les autres. Vous méritez, vous aussi, que quelqu’un veille sur vous.
Hier, le policier portant le matricule 9579 s’est enlevé la vie.
Pour certains, il ne sera qu’un numéro parmi tant d’autres. Une statistique. Un collègue dont on parlera quelques jours.
Mais pour moi, le matricule 9579, c’était mon mari. L’homme que j’ai aimé pendant 32 ans. Mon compagnon de vie. Mon confident. Mon pilier. L’homme avec qui j’ai grandi, construit une famille et imaginé l’avenir. C’était le père de mes enfants. C’était mon Chéri.
Derrière ce matricule, il y avait une histoire, des rêves, des éclats de rire, des souvenirs, une famille et un amour qui ne disparaîtra pas avec ton départ.
Chéri, Tou
C’est ainsi que je t’ai toujours appelé, et c’est ainsi que je continuerai de te porter dans mon cœur.
J’espère que là où tu es, tu as enfin trouvé la paix. J’espère que le poids que tu portais est devenu plus léger et que tu ne souffres plus.
J’aurais voulu pouvoir t’aider à porter ce fardeau. J’aurais voulu comprendre plus tôt, voir au-delà de ce que tu me laissais voir et trouver les mots qui auraient peut-être pu te rejoindre là où tu étais.
Pardonne-moi de ne pas avoir compris à quel point tu souffrais. Pardonne-moi de ne pas avoir reconnu les signes à temps.
Je sais aujourd’hui que je ne peux pas revenir en arrière. Mais j’aurais donné n’importe quoi pour avoir une dernière chance de te serrer dans mes bras, de te dire que je t’aime et de te rappeler que tu n’avais pas à tout porter seul.
Trente-deux ans d’amour ne s’effacent pas en 48 heures. Et même si je dois maintenant apprendre à vivre dans un monde où tu n’es plus physiquement présent, tu feras toujours partie de moi, de notre histoire et de tout ce que nous avons construit ensemble.
Je t’aime, mon Chéri. Aujourd’hui, demain et pour tout le reste de ma vie.
Veille sur nous. Nous allons essayer de continuer, un jour à la fois, en gardant ton amour avec nous.
Et si ton histoire peut sauver ne serait-ce qu’une seule vie, si un seul policier ose demander de l’aide en lisant ces mots, alors j’espère de tout mon cœur que ton départ contribuera à faire comprendre une chose essentielle :
Derrière chaque uniforme, il y a un être humain. Et derrière chaque matricule, il y a une vie qui mérite d’être protégée.
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Si vous êtes découragé, dans le noir, et que la vie vous pèse lourd. Avant de passer à l’acte ultime, demandez de l’aide en ligne sur suicide.ca ou au 1 866 277-3553 en tout temps. N’hésitez pas.
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