Un pan de notre histoire : On crie « Bingo ! » depuis un siècle.

Histoire

LE « JEU CHARITABLE » FINANCE LES BONNES CAUSES DANS LA BONNE HUMEUR

Chaque jour depuis près de 100 ans, quelqu’un crie « Bingo » dans une des 22 entreprises commerciales du Québec qui se consacrent à ce jeu, sans compter les tirages dans les médias communautaires, pour des revenus annuels de 160 M$.

« Il y a des jeux charitables depuis la colonisation, mais la forme moderne du bingo est arrivée chez-nous vers 1929 », résume le directeur général de la Société du bingo du Québec, Éric Castonguay.

Hérité d’un ancien jeu où on plaçait des haricots sur une carte numérotée jusqu’à une combinaison gagnante (le « bean-o »). Le Bingo du XXIe siècle a été popularisé par les hommes d’affaires américains Edwin Lowe et Hugh Ward dans les années 1920.

Très rapidement, le jeu s’installe dans des sous-sols d’église aux quatre coins du Québec et passionne les gens de toutes les conditions. On fait tirer des prix en argent, mais aussi des appareils ménagers, des vêtements et d’autres lots.

Dans les années 1940, des dizaines de milliers de personnes se rassemblaient au Forum de Montréal pour jouer au bingo.

« JEUX CHARITABLE »

Mais à l’époque de la mainmise du clergé sur la population, on ne voit pas d’un bon œil cet engouement populaire pour le jeu. « L’Église catholique craint une menace à la morale religieuse. Mais elle se ravisera face aux profits dont elle peut bénéficier », précise M. Castonguay.

Le concept de « jeu charitable » est alors mis de l’avant. En permettant des soirées ludiques, les organisations sociales et communautaires trouvent un généreux financement.

« C’est encore vrai aujourd’hui, reprend M. Castonguay. Pour obtenir un permis d’opération, les exploitants doivent verser une bonne partie de leurs profits aux organismes de bienfaisance. »

Par exemple, sur les quelque 150 M$ générés annuellement par les commerces, environ 40 M$ vont directement dans les coffres des organismes communautaires. Alphabétisation, banques alimentaires, organisations sportives et autres regroupements sont en partie financés grâce aux soirées de bingo.

LOTO-QUÉBEC S’EN MÊLE

En raison de son caractère inoffensif, le bingo prête le flanc à de nombreuses activités illicites. On a vu se multiplier les tirages en ligne (ce qui est interdit) pendant le confinement de 2020. Or, un contrevenant jugé coupable peut encourir des peines d’emprisonnement et voir s’ouvrir un casier judiciaire.

La Société des bingos relève d’ailleurs du ministère de la Sécurité intérieure, à la différence de Loto-Québec qui est dirigée par le ministère des Finances. La société d’État supervise le cadre de fonctionnement des salles de bingo et gère le « Kinzo », un jeu de hasard qui reprend plusieurs éléments du bingo traditionnel, mais dans une formule informatisée en ligne.

Loto-Québec a inventé ce jeu au début des années 2000, alors que le bingo connaissait un important déclin au Québec. La clientèle vieillissait et les salles perdaient des participants. Loto-Québec a alors cherché une formule plus moderne susceptible d’attirer de nouveaux joueurs tout en conservant l’aspect social qui faisait le succès du bingo.

Source : Mathieu-Robert Sauvé, Journal de Montréal, 24-25 octobre 2026, p61

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