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Histoire vécue
Au début des années 1970, il était inconcevable qu’une femme puisse aspirer à devenir policière au Québec. C’était, depuis toujours, réservé aux hommes. Mais Nicole Juteau à abaissé toute les barrière pour devenir la première policière, au Québec et notamment à la Sûreté du Québec. Voici un condensé de son histoire trouvé sur Facebook.
Nicole Juteau nait en septembre 1954 dans une famille de la classe moyenne de Montréal-Nord. Son père René est un pompier, Nicole l’admire pour sa droiture, son intégrité, son sens du service public et du devoir.

Vers l’âge de 8 ans, en écoutant avec lui les chroniques judiciaires de Claude Poirier, Nicole rêve de devenir agente de police, sans savoir que la présence des femmes dans les corps est interdite par la loi.
Au début des années 1970, Nicole Juteau est une adolescente sportive et déterminée, elle s’illustre entre autres en athlétisme. La formation des policiers se professionnalise et est offerte pour la première fois dans un cégep en 1972. Le cursus de cette nouvelle technique partage un tronc commun avec la technique correctionnelle qui, elle, est accessible aux femmes. Nicole s’y inscrit en se disant qu’elle trouvera bien un moyen de faire son chemin.
À la fin de sa première année, forte de ses bons résultats scolaires, Nicole profite de l’arrivée d’un nouveau conseiller d’orientation au Collègue Ahuntsic pour demander un changement de programme. Quelques semaines plus tard, elle reçoit une lettre confirmant son admission en technique policière.
En août 1973, Nicole est la seule femme de sa cohorte. La chargée du programme, mécontente de la trouver dans sa classe, traine Nicole chez le conseiller d’orientation fautif pour tirer cette histoire au clair. Nicole doit signer un document exemptant le Collège Ahuntsic de toute responsabilité pour l’avoir formée sans espoir qu’elle obtienne un emploi après ses études.
Nicole poursuit le cursus, mais non sans subir le mécontentement de ses collègues de classe et des professeurs qui, tous, tentent de la décourager.
Nicole demeure convaincue, elle fera sa place, même si elle doit elle-même créer son emploi une fois diplômée.
Nicole trouve sur sa route un allié. Tout enseignant, Normand St-Georges est membre de la Commission de police du Québec (aujourd’hui Commission de déontologie policière). Il est favorable à l’intégration des femmes dans le métier. Il travaille à faire modifier le règlement numéro 7 relevant de la Commission qui encadre les normes d’embauche des agents, tant de la Sûreté du Québec que des corps de police municipaux. Il adaptera les standards à la taille et au poids de Nicole, pour assurer qu’elle soit éligible.
La Commission exercera une influence certaine sur l’abrogation de la Loi sur la police afin de permettre l’embauche de femmes policières.
L’année 1975 est désignée « Année internationale de la femme » par l’ONU. L’Institut de police de Nicolet accueille une première cohorte issue du collégial, dans laquelle se trouvent 3 aspirantes candidates à la profession. Toutes trois feront face aux doubles standards sexistes, tout en devant s’acquitter des mêmes tâches et tests physiques que leurs confrères. Ces derniers n’aiment d’ailleurs pas que Nicole les surpasse aux épreuves physiques.
Lors des rencontres d’embauche organisées à l’Institut de Nicolet, les trois aspirantes policières essuient refus sur refus des différents corps policiers. André Grenier, policier à la Sûreté du Québec et instructeur à l’Institut de police encourage Nicole à postuler à la SQ.
Nicole obtient son diplôme à l’issue de sa troisième année d’études collégiales. Elle passe à travers tout le processus d’embauche de la SQ et reçoit en juin 1975 l’appel tant attendu. Elle devient la première femme à être embauchée par la Sûreté du Québec. On lui remet son insigne, mais elle ne peut ni patrouiller ni être armée tant que l’Assemblée nationale n’a pas abrogé la loi. Elle est reléguée aux tâches administratives tout l’été, ce qui lui vaut le surnom de « Rien Juteau ».
Nicole Juteau est finalement assermentée le 11 septembre 1975 à l’Assemblée nationale du Québec. Elle apprend après la cérémonie qu’elle entrera en fonction au poste de Shawinigan le mois suivant.
L’inclusion d’une femme dans un métier d’homme, en région de surcroît, ne se fait pas sans heurts. L’uniforme policier n’est pas adapté aux femmes, les mentalités ne le sont pas davantage. Nicole est confrontée au fait que les épouses de ses nouveaux collègues voient en elle une voleuse de mari et que les collègues eux-mêmes refusent de patrouiller avec elle.
Même si la Sûreté du Québec se targue d’être avant-gardiste, sur le terrain, le changement de culture ne se fait pas aussi aisément.
Nicole patrouille seule la plupart du temps, même sur les quarts de nuit, même si ce n’est pas tout à fait sécuritaire. Elle communique facilement avec les citoyens et, même s’ils sont surpris de se trouver en présence d’une policière, ils collaborent rapidement, parce qu’ils se sentent traités de manière respectueuse. Même si elle est une habile tireuse, jamais Nicole n’aura à se servir de son arme au cours de sa carrière.
Elle reste en poste à Shawinigan pendant 5 années, puis est promue enquêtrice au QG du Cap-de-la-Madeleine. Elle y passe 18 ans, d’abord en tant qu’agente double, dans la peau de son personnage « Nicky », puis comme cheffe d’unité dans l’équipe des renseignements criminels. Elle prend sa retraite en janvier 2001, après 24 années de service, à l’âge de 46 ans.
Nicole Juteau est une pionnière dans un métier encore majoritairement masculin. Au 31 mars 2023, 1 625 femmes faisaient partie du personnel policier de la SQ et représentaient 27.6% des effectifs policiers.
En novembre 2020, l’embauche de la première policière est désigné événement historique par la ministre de la Culture et des Communications du Québec.
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Pour en savoir plus :
À visionner :
– Entrevue de Nicole Juteau, Femme d’aujourd’hui, 2 février 1979 https://www.youtube.com/watch?v=HGEHlecEQb0
– Reportage du journaliste Alain Gravel sur le chemin parcouru par les femmes pour exercer le métier de policière, Enjeux, 19 octobre 1999, sur Radio-Canada
À lire : Annie Roy, La téméraire. Nicole Juteau, de première policière à agente double, Druide, 2022, 432 pages.
Source photo: Agente Nicole Juteau, 1976, Collection patrimoniale de la Sûreté du Québec.
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