Personnel soignant… des vocations surhumaines

Quel troublant reportage dans l’édition du 20 février du journal La Presse +, sur le travail surhumain du personnel soignant dans les hôpitaux et principalement en temps de COVID. On ne peut imaginer leur quotidien. En voici un trop bref aperçu.

Lorsque la tempête sera terminée, il faudra récompenser et honorer le travail colossal qu’ils ont accompli.

Voici leur réalité de tous les instants, livrée par Gabrielle Duchaine.

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PERSONNE NE COMPREND CE QU’ON VIT

Photo: David Boily, La Presse

À quelques jours d’un nouvel assouplissement des règles sanitaires, alors que les cas de COVID-19 continuent de baisser, au front, le personnel soignant n’a pas l’impression de souffler. « Personne ne comprend ce qu’on vit » : c’est le cri du cœur d’une travailleuse épuisée qui appréhende plus que tout une troisième vague de la maladie. La Presse a passé une journée avec les équipes COVID-19 de l’hôpital Pierre-Le Gardeur.

UN AN DE DEUILS

Dans la chambre 203 de l’unité des soins intensifs de l’hôpital Pierre-Le Gardeur, Marcel Roy, 73 ans, vit ses dernières heures.

Cela fait 37 jours qu’il est hospitalisé ; 37 jours que le personnel le connaît, le soigne, s’attache à sa famille. Sa femme, Mariette Forget, leur a montré des photos des « beaux yeux bleus » de son mari. Avant la maladie.

Le soir de son admission, M. Roy a appelé Mariette. « Ils vont m’intuber. Je veux vivre », a-t-il dit.

Ensuite, il a passé des semaines dans un semi-coma. Les médecins ont dû lui faire une trachéotomie.

En février, Marcel Roy a remonté la pente. Il a commencé à respirer seul quelques heures par jour. Il a murmuré « je t’aime » à sa femme. Il a été déclaré guéri de la COVID-19. Sa famille s’est mise à espérer. Et les soignants avec elle.

Et puis, il y a eu les complications.

Ce matin, quand Mariette est arrivée à son chevet, elle l’a vu à nouveau dans le coma. La bouche ouverte. Branché de partout. Elle a tranché. « C’est assez. »

« C’est un geste d’amour que vous faites », lui a répondu l’intensiviste, la Dre Amélie Boisclair.

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Nous sommes le 10 février à l’hôpital Pierre-Le Gardeur, à Terrebonne, en banlieue de Montréal. Un établissement ultramoderne qui dessert un bassin de 300 000 résidants de la couronne nord. Aujourd’hui, il y a 12 patients « rouges » aux soins intensifs, ce qui en fait l’un des plus occupés du Québec.

Ils sont une quinzaine autour du poste de garde – des infirmières surtout, des préposés, deux médecins – lorsque les proches de M. Roy entrent dans l’unité.

Ils viennent d’être informés de la décision de la famille d’arrêter les traitements. Les visages sont graves derrière les masques. Des larmes brillent dans les yeux de plusieurs.

Ici, la mort fait partie du quotidien. On pourrait croire que les soignants la côtoient avec une certaine indifférence. Non.

« On ne s’habitue pas à ça », dit la Dre Boisclair.

Il y a quelques semaines, excédée, elle a publié sur Facebook une sortie contre les voyages à l’étranger et une photo de son visage meurtri par son masque. Les réactions ont confirmé ses soupçons : « Les gens n’ont aucune idée de notre réalité. » Alors que plane la menace d’une troisième vague et que les nouveaux variants se multiplient, c’est elle qui nous a invités à l’hôpital. « C’est important que tout le monde voie. »

L’intensiviste entre dans la chambre de son patient inanimé et lui serre le bras de sa main gantée. Elle se penche vers lui, murmure quelques mots, puis s’éloigne pour pleurer loin des regards. « Il allait mieux », souffle-t-elle.

Mélanie Normand, infirmière, prend Mariette Forget dans ses bras, lui caresse le dos et tire le rideau pour donner un peu d’intimité à la famille. C’est elle qui donnera les derniers soins au mourant.

« J’étais là quand il est arrivé. J’étais là quand on lui a fait sa trachéo. Et je suis là aujourd’hui. »

Karine Kazerski s’est retirée le temps de se redonner une contenance. « On vit beaucoup de deuils avec la COVID. Ce sont des patients qui restent plus longtemps aux soins intensifs. On s’attache », dit-elle.

« Quand les visites étaient interdites, on les voyait mourir seuls. Maintenant, on accompagne leurs familles. Ça devient lourd, après un an, de tenir ça sur nos épaules. »

– Karine Kazerski, préposée aux bénéficiaires

Au front depuis bientôt 12 mois, à « vivre le drame de tout le monde », l’équipe est à bout de souffle.

il y a eu la première vague, la peur et l’inconnu. « Tous les jours, quelque chose de nouveau », dit Mélanie Normand.

Puis la deuxième vague et l’afflux de patients – les soins intensifs sont montés à 150 % d’occupation.

Les heures supplémentaires obligatoires. Les congés de Noël annulés. Les renforts à former « sur une maladie qu’on ne connaît pas ».

Et alors que Québec parle de déconfinement et que les cas baissent, ici, le personnel n’a pas l’impression de souffler. Et il s’inquiète qu’on baisse collectivement la garde.

« Personne ne comprend ce qu’on vit. On est seuls au monde. Même à l’intérieur de l’hôpital, je ne crois pas que les gens comprennent », dit Andrée-Anne Gobeil, infirmière, d’une voix étouffée par le masque N95 qui lui serre le visage.

Le soir, au coucher, elle a commencé à prendre des somnifères parce qu’elle a « la tête trop pleine ».

L’infirmière se sent tellement isolée qu’elle ne parle presque plus de son travail en dehors de l’hôpital. Elle a même mis une croix sur certaines amitiés. Des proches qui contournent les règles « et qui ont toujours l’air d’avoir une bonne raison », alors qu’elle se bat pour sauver des vies. « Moi, je les vois, les patients. Je sais qu’ils sont vraiment malades. »

Andrée-Anne devrait être en pause, mais le téléphone du poste ne dérougit pas. Sur le bureau, à côté d’elle, un écran montre les signes vitaux de Marcel Roy, de plus en plus faibles.

Elle aussi connaît bien la famille.

« Je vais me mettre à pleurer si je rentre dans cette chambre. »

UN AN DE COMBATS

La bulle des soins intensifs COVID-19 de l’hôpital Pierre-Le Gardeur a littéralement été construite avec du tape et de la broche. Un environnement hostile, changeant, « extrêmement déstabilisant », dit l’infirmière Mélanie Normand.

Ici et là, des murs en plastique surgissent au milieu des couloirs pour isoler les patients infectés. Le personnel a écrit de petits mots d’encouragement dessus. Fixés avec du ruban adhésif, rouge ou vert selon le côté où l’on se trouve, ils sont déplacés à mesure que le nombre de patients change. « Tu te mets à courir pour une urgence et tu te retrouves devant un mur qui n’était pas là la veille », dit l’intensiviste Amélie Boisclair.

Dans les chambres, le bruit des machines à pression négative est assourdissant. « On n’entend pas ce qui se passe dans l’autre chambre », dit Mélanie Normand.

De gros tuyaux exposés courent le long des murs pour faire circuler l’air.

Il a fallu briser des fenêtres pour installer l’équipement en catastrophe, explique Isabelle Martin, la chef d’unité.

L’infirmière Mélanie Lalonde prend des notes à un petit bureau devant une chambre. Un homme y est allongé, inerte. Il a les yeux fermés. Un tube dans sa trachée l’aide à respirer. Elle ne le quitte pas des yeux. Si elle s’éloigne, elle n’entendra pas les appareils. C’est son fils qui a contaminé le patient en revenant de voyage.

« Il allait assez bien quand il est arrivé, mais [son état de santé] s’est détérioré », dit l’infirmière, mère de trois enfants. Voilà 13 ans qu’elle travaille aux soins intensifs. « Je n’ai jamais vu des malades aussi instables. »

L’infirmière ne le cache pas, elle est « épuisée ».

Pendant la première vague, tout était nouveau. Elle avait peur de ne pas être à la hauteur.

Avec la deuxième, le poids des décès et des tragédies pèse de plus en plus lourd.

« On n’a jamais eu de répit. Ils disent que la situation s’améliore, mais on ne le sent pas vraiment. »

– Mélanie Lalonde, infirmière.

Il y a eu cette femme qui lui a raconté les projets de retraite d’un mari de 68 ans mort 48 heures plus tard. Il y a eu cet homme qui ne croyait toujours pas qu’il avait eu la COVID-19 quand elle a retiré le tube qui le faisait respirer. Il y a eu tous ces morts qu’elle a enveloppés dans un linceul.

Et aujourd’hui, il y a la culpabilité de ce fils dont le père gît devant elle.

« Jour après jour, ça devient exponentiel », dit-elle.

« On dirait que les gens auraient besoin de voir du sang partout dans les couloirs pour prendre ça au sérieux, déplore la Dre Boisclair. Ce n’est pas parce que ce n’est pas spectaculaire que ces gens-là ne sont pas extrêmement malades », dit-elle en balayant les chambres d’un geste de la main.

***

L’inhalothérapeute Julie Gélinas enfile des gants et entre dans une chambre. Elle se penche vers le patient et parle fort pour couvrir le bourdonnement des appareils. « Comment ça va ? »

L’homme a 70 ans. Ça fait une semaine qu’il est sous respirateur. Il ne parle ni français ni anglais. Lorsqu’il a été intubé, il a fallu appeler son fils sur FaceTime pour traduire. Julie se souvient de la panique dans ses yeux.

Le septuagénaire ne le sait pas, mais la soignante fonde beaucoup d’espoir en lui. Elle va éteindre le respirateur quelques instants pour voir s’il réussit à respirer seul. Un premier pas vers l’extubation.

Après seulement une semaine, chez un patient atteint de la COVID-19, c’est extrêmement rapide. Généralement, on parle de quatre, voire six semaines.

« Quand on met le tube, on sait que ça va être long. Et que la réhabilitation va être épouvantable. »

– Julie Gélinas, inhalothérapeute.

Chaque fois que Julie Gélinas effectue la manœuvre, elle ressent le poids de son geste.

Julie sort de la pièce. Enlève ses gants. Se lave les mains. On devine un sourire sous son masque. « Il a très bien fait ça. »

Une petite victoire qui veut dire beaucoup.

UN AN DE BOULEVERSEMENT

Depuis un an, l’infirmière Karine Apreo a été déplacée six fois. Le délestage dont on entend tellement parler, elle pourrait en être l’égérie.

À la première vague, elle a été retirée de sa clinique spécialisée et envoyée un mois aux urgences. Puis trois semaines dans un CHSLD. Puis dans une zone tampon. Elle a ensuite fait du dépistage en CHSLD. Puis elle est retournée dans sa clinique, avant d’être à nouveau déplacée en novembre, cette fois à l’étage COVID-19 de l’hôpital Pierre-Le Gardeur.

« Disons que j’ai dû m’adapter », dit-elle.

Nous voici à l’unité transitoire destinée aux patients atteints de la COVID-19, dans une autre aile de l’hôpital ; 35 chambres réservées aux malades qui doivent être hospitalisés, mais qui n’ont pas besoin de soins intensifs. Aujourd’hui, 12 lits sont occupés. Au plus gros de la crise, ils sont montés à 33.

Le département a été construit à toute vitesse en pleine pandémie pour ouvrir à l’automne ; 100 % du personnel y a été délesté, 80 % a attrapé la COVID-19 depuis novembre.

C’est le cas de Karine. « J’ai été malade cinq semaines pour revenir à 90 % de ma forme d’avant », dit la femme de 35 ans.

« D’une certaine façon, la COVID m’a un peu sauvée. C’est les seules vacances que j’ai eues. »

– Karine Apreo, infirmière

Dire que l’équipe est ébranlée est un euphémisme. Ici aussi, le spectre d’une autre vague fait peur.

« Au début, on avait deux décès par jour. Maintenant, on en a deux ou trois par semaine », raconte la chef d’unité, Kina Demers. Un couple de gens âgés est mort main dans la main.

« C’est très, très lourd comme ambiance. C’est des patients qui nécessitent beaucoup de soins », ajoute Karine Apreo.

Dans la chambre à côté, un homme de 31 ans a contracté une pneumonie. Il est amaigri. Branché de partout. Il a eu besoin de trois drains thoraciques. Il attend d’être opéré.

Au bout du corridor, Paul Beaudin, 70 ans, a les yeux dans l’eau. Il met dix minutes à reprendre son souffle quand il parcourt les deux mètres qui le séparent de la salle de bains. Il a peur de s’endormir le soir et de ne pas se réveiller. Et il fait partie des chanceux. Il respire seul.

Véronique Tremblay, infirmière auxiliaire, n’avait pas mis les pieds à l’hôpital depuis 15 ans lorsqu’elle a atterri ici. Elle travaille généralement dans un groupe de médecine familiale et en soins à domicile.

« Disons que ç’a été un gros choc. Le premier mois, j’ai senti un vent de panique. J’étais dépassée par les évènements. »

Et maintenant ? « J’aime ça », dit-elle.

Les premières semaines, « c’était le bordel », admet la chef d’unité Kina Demers.

« On a ouvert en catastrophe. On n’était pas rodés. Il manquait des choses, et beaucoup de filles avaient rarement travaillé dans un hôpital. Disons qu’il y avait beaucoup de vouloir. »

Devant nous, le petit groupe d’infirmières, elles sont cinq ou six, utilise des mots forts pour décrire leur expérience : « traumatisme », « impuissance », « solitude ».

À les voir travailler, rien n’y paraît.

L’ambiance est calme. Les corridors sont silencieux. Chacune vaque à ses affaires. L’équipe a pris son erre d’aller.

« On croise les doigts pour que ça ne reparte pas », dit Karine Apreo.

Observations sur l’affaire Camara

Quoi penser de cet événement ?

J’ai tout lu ce qui s’est écrit, tout vu et entendu ce qui s’est dit dans l’affaire de la tentative de meurtre d’un policier du Service de police de Montréal, le 28 janvier dernier. Événement fortement médiatisé qui a également fait couler beaucoup d’encre. Les médias sociaux, les lignes ouvertes, tout le monde s’en donnait à cœur joie. D’emblée, les gens ont crié au racisme, un mot à la mode par les temps qui courent.

Évidemment, je n’étais pas sur les lieux mais si je me mets dans la peau de ce policier, certains gestes ont contribué, dans un premier temps, à soupçonner le suspect Camara.

RACISME

Il n’y a aucun racisme dans cet événement. Le policier Sanjay Vig vient aussi des communautés culturelles. De plus, monsieur Camara venait d’être intercepté pour une infraction au Code de sécurité routière; celle d’avoir utiliser son cellulaire au volant. La couleur de la peau n’a rien à voir là-dedans.

AGESSIVITÉ

Il semble que monsieur Camara était très en colère d’avoir reçu cette contravention, puis qu’elle a été trouvée sur les lieux, dans la rue, complètement déchirée. Un signe que la situation était déjà sous tension. Le policier, en retournant à l’auto-patrouille, devait probablement faire dos au suspect, alors il était plausible que monsieur Camara eut été perçu comme l’agresseur.

CAMÉRA CORPORELLE

Dans ce dossier, la caméra corporelle n’aurait rien filmé de plus que le visage de monsieur Camara au moment de l’interception et de la remise de la contravention. La caméra est portée sur la poitrine donc elle enregistre les images vers l’avant, alors que l’agression se serait produite par l’arrière.

ENQUÊTE

Le rôle des enquêteurs est de faire toute la lumière sur l’événement en assemblant toutes les pièces du casse-tête. Ce travail nécessite du temps, l’analyse de la scène, des interrogatoires de témoins et de faire comparaître de suspect dans les 24 heures suivantes. Après quoi, des recherches approfondies et de nouveaux éléments peuvent disculper le suspect. C’est ce qui s’est passé dans cette cause. C’est toujours plus facile d’analyser un événement après coup, que dans le feu de l’action. Il faut se garder une réserve.

PANIQUE

C’est facile de critiquer le travail des policiers, de crier au racisme, de faire des conférences de presse et de d’y aller des sa propre opinion dans les réseaux sociaux, mais tant et aussi longtemps que les enquêteurs n’ont pas complété leur travail, on ne doit pas sauter aux conclusions trop vite. La panique s’est emparée de la mairesse Plante avec ses grand élans oratoires mais dans cette affaire, les déclarations du directeur du SPVM, Sylvain Caron, et du président de la fraternité des policiers, Yves Francoeur, étaient justes et dans le ton.

ANALOGIE

Pour faire une analogie avec la série District 31, on peut voir tout le travail des enquêteurs pour établir la preuve hors de tout doute de la culpabilité d’un suspect. C’est un travail de minutie et de longue haleine qui demande du temps. Toute une équipe de spécialistes s’affaire pour élucider un crime. Quant à moi, les policiers ont fait un excellent travail dans les circonstances, et avec professionnalisme.

LA SUITE

C’est un épisode malheureux pour monsieur Camara. On a qualifié sa détention d’atroce… quelle aberration ! Que cette situation fut éprouvante je peux en convenir, mais atroce…? Contrairement à la Russie, la Chine et tous les pays totalitaires, nos centres de détentions, ici au Québec et dans le reste du Canada, sont des cinq étoiles. En conséquence, le recours aux tribunaux civils pourrait être intenté pour obtenir une compensation monétaire en dédommagement. Le Service de police a déjà présenté ses excuses publiques à monsieur Camara.

Faire la juste part des choses est de mise.

De plus en plus de musulmans dans l’environnement public.

Vous souvenez-vous, il y a quelques années, on voulait imposer la charia en Ontario ? Heureusement, cette loi islamique n’est pas passée mais bizarrement, depuis ce temps, on voit de plus en plus de musulmans dans l’environnement public. Certains dans des postes clés comme la Commission sur le racisme de madame Plante. D’autres dans des administrations publiques, en politique et dans des comités et mouvements influenceurs. Il faut demeurer aux aguets.

La dernière en lice : Ginella Massa, à la barre de l’émission de nouvelles Canada tonight, à CBC News Network, et portant le voile. Ici, au Québec, la loi 21 est en vigueur, mais contestée devant la Cour supérieure qui devrait rendre sa décision le mois prochain.

Mais pour revenir à Ginella Massa, voici ce qu’écrivait Sophie Durocher dans l’édition d’hier, du Journal de Montréal.

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SI CÉLINE GALIPEAU ÉTAIT VOILÉE

J’ai vu la semaine dernière sur Club Illico l’excellent documentaire de Marie-Claude Barrette et Patricia Beaulieu Cultes religieux : des enfants oubliés. La question que je me suis posée pendant tout ce documentaire est : « Pourquoi la religion donne-t-elle des passe-droits dans notre société ?

Pourquoi permet-on au nom de la religion des choses qu’on n’accepte pas pour d’autres idéologies ? »

C’est aussi la question que je me suis posée quand j’ai vu lundi le 11 janvier que la CBC mettait en onde sa première animatrice de nouvelles, voilée, Ginella Massa à la barre de l’émission Canada tonight.

Jamais on n’aurait accepté qu’une journaliste se promène avec un macaron du Parti conservateur ou du Parti vert. Mais on accepte qu’elle affiche au grand jour ses convictions religieuses.

NEUTRALITÉ JOURNALISTIQUE

Vous me dites, comme certaines chroniqueuses de La Presse, que le voile n’est qu’un « bout de tissus inoffensif » ? Alors que diriez-vous si le correspondant à la Maison-Blanche faisait ses reportages en arborant une casquette rouge sur laquelle était écrit : « Make America Great Again » ? Que ce n’est qu’un couvre-chef inoffensif ?

Comment réagiriez-vous si un journaliste d’enquête qui couvre le milieu des complotistes présentait son reportage en arborant un t-shirt sur lequel est écrit : « Fait tes recherches ! ».

On est d’accord que les journalistes et animateurs sont parfaitement libres de penser ce qu’ils veulent. On leur demande d’être le plus objectifs possibles, même s’ils peuvent, dans leur vie privée, penser ce qu’ils veulent sur toutes sortes de sujets qu’ils couvrent.

Le problème, avec le port d’un signe religieux ostentatoire, c’est que l’individu qui l’arbore nous exprime clairement son opinion. Exactement comme un signe politique.

Comment voulez-vous que l’on croie à l’objectivité réelle de Ginella Massa le jour où elle va nous présenter un reportage sur la ville de Montréal qui vient d’engager Bochra Manaï comme commissaire antiracisme ?

Comme l’a dit le gouvernement Legault, Madame Manaï a mené une « croisade personnelle » contre la loi 21, En portant un voile en ondes, Madame Massa nous indique clairement quelle est sa position sur le port des signes religieux… puisqu’elle en porte un elle-même !

UN MODÈLE ?

Dans la vidéo de promotion de son émission, Ginella Massa affirme : « En grandissant, je ne voyais personne qui me ressemblait à la télévision. Alors j’espère que maintenant, j’ouvre un peu la porte à celles qui vont me suivre ».

Quand j’ai entendu ça, j’ai pensé à une petite fille canadienne qui refuse de porter le voile mais qui se fait dire par ses parents : « Regarde à la télévision, Ginella le fait, elle, c’est un vrai modèle pour les jeunes filles… »

MICHEL AVAIT TOUT PRÉVU

En 2013, mon mari Richard Martineau avait porté pendant quelques secondes une burqa en ondes. Par ce geste, il souhaitait qu’on se demande tous comment on réagirait si un ou une journaliste animait une émission d’affaires publiques caché derrière un signe religieux.

Avec l’apparition de Ginella Massa à Canada tonight, je pense qu’on a la réponse. Au Canada anglais, certains médias ont souligné son arrivée en disant qu’elle
« révolutionnait la télé ».

Je pense que je vais aller relire Soumission de Michel Houellebecq…

Le couvre-feu… quelle bonne idée !

La meilleure initiative du gouvernement Legault est bien de décréter un couvre-feu. Depuis le temps qu’on l’attend, c’est le glaçage sur le gâteau depuis les tout débuts.

Avez-vous seulement pensé aux chiens qui retiennent leur sphincter depuis mars dernier ? Enfin, ils peuvent laisser sortir la crotte après 20 heures. Pas en matinée ou en après-midi… après 20 heures. C’est l’heure où leur système d’évacuation est le plus performant. On vient de découvrir cela. Ouf ! il était temps. En plus, pas besoin de ramasser ce tas de merde parce qu’il n’y a pas un chat… oh, pardon, un humain, pour nous prendre en défaut. Dans la neige, cette déjection durcie subitement, alors la nature va s’en charger.

Autre bienfait, économique celui-là, ce sont les amendes salées, à payer par nos hurluberlus qui s’amusent à défier l’autorité, provoquant le système en défiant les consignes. À 1 546 $ la sortie, il aurait été préférable que ces « poches pleines » fassent un don équivalent aux œuvres caritatives qui en ont toujours besoin.

Autre bienfait de ce couvre-feu; la société profitera d’une bonne marche après 20 heures. En boni, ils peuvent marcher dans les rues désertes. Avant 20 heures, c’est risqué de se faire frapper. Beaucoup plus réparateur qu’en matinée ou en milieu de l’après-midi, c’est prouvé qu’une bonne randonnée pédestre demeure un beau défi, pendant un couvre-feu. Et si c’était la guerre ???

Les lignes ouvertes se font aller. Souvent le fait que les écoles soient encore ouvertes devient le sujet de conversation favori. Les parents sont inquiets du rendement d’apprentissage des enfants. Leur année académique est désastreuse parce qu’ils risquent d’échouer. Et puis ? De tout temps, certains élèves devaient « doubler » sans que ce soit un drame. Le beau côté de cette pandémie est qu’ils apprennent à se débrouiller, à faire face à des situations tragiques et contraignantes de la vie. À sortir de la ouate dans laquelle on les enferme constamment.

Quand on regarde tout ça, on constate que toute décision que prend le gouvernement est contestée par une minorité qui ne se gêne pas pour leur faire savoir. Très souvent, ce sont des peccadilles, des doléances de personnes gâtées par la vie et qui préfèrent conserver intact leur petit bonheur. Dès qu’on les sort de leur routine, ils deviennent dépressifs et manquent d’imagination pour profiter de la situation qui, je le répète, n’est la faute de personne.

Aussi bien prendre cette épreuve du bon côté puisque, qu’en faisant le tour de la terre en une seule journée, les virus sont appelés à nous contaminer encore plus.

Tout le monde est tanné de cette pandémie persistante mais dans le fond, pourquoi en sommes-nous là après 10 mois ? Vous êtes-vous posé la question ? J’ai l’indiscutable réponse : beaucoup de personnes N’ÉCOUTENT PAS LES CONSIGNES ! Tant qu’il en sera ainsi, le virus règnera en roi et maître.

Heureusement, les vaccins sont arrivés… et la contestation se met en branle, encore et encore.

Devant les enfants récalcitrants, nos parents de jadis, nous envoyaient dans le coin où dans nos chambres pour réfléchir. Papa Legault ne fait simplement que poursuivre la tradition. Pensez-y !

Procès contre la loi 21 : on nous descend !

Est-ce que vous suivez le procès sur la loi 21 ? Moi, oui, et avec beaucoup d’intérêt. J’en ai même des nausées. Se faire écœurer, au Québec par des avocats étrangers et en anglais par-dessus le marché, c’est ajouter l’insulte à l’injure. Par moment, je deviens hors de moi et j’aurais le goût de foutre un bon coup de pied dans le cul à ces emmerdeurs.

C’est comme ça que nous sommes vus au Canada anglais. Vous vous souvenez des marques d’affection et d’amour de ces hypocrites de bas niveau, en 1995. Le moment où on aurait pu devenir un pays ? Toutes les lois que le Québec se vote, sont contestées par le Canada anglais. Ce rendez-vous manqué de 1995 avec notre autonomie doit se reproduire. Et rapidement. On se doit de devenir maître chez nous.

Je ne serais pas surpris que ces malotrus à toges aient gain de cause. Ce ne serait que répéter les insultes précédentes et principalement celle de la loi 101, qui tarde à être revue.

J’aime bien l’approche de Paul St-Pierre Plamondon, nouveau chef du Parti québécois, d’accéder enfin à notre indépendance et j’espère que ce ne seront pas des paroles en l’air.

Dans l’édition du Journal de Montréal d’hier, Mathieu Bock-Coté, mon idole, rejoint mon opinion sur la question et particulièrement sur sa conclusion. Voici son propos.

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CONDESCENDANCE COLONIALE

La semaine dernière, dans le cadre du procès contre la loi 21, Azim Hussain, un des avocats anti-laïcité, a assimilé le loi 21 aux lois de Nuremberg. Il parlait des lois adoptées par le régime nazi pour persécuter les Juifs. Ces lois annonçaient leur extermination.

Azim Hussain a fait tout cela en anglais, évidemment, parce qu’au Québec, on peut chercher à invalider les lois votées par l’Assemblée nationale sans même daigner parler la langue du peuple qu’elle représente.

HUSSAIN

C’est une marque de condescendance coloniale à l’endroit d’un peuple à qui on explique de plus en plus qu’il est de trop chez lui.

On peut aussi, comme on l’a entendu au tribunal, affirmer qu’un de nos sociologues les plus réputés venu pour témoigner, n’est pas qualifié pour le faire parce qu’il est un homme blanc hétérosexuel de plus de 50 ans ne portant pas de signe religieux. Et c’est au nom de l’antiracisme qu’on le disqualifiait à cause de la couleur de sa peau… Quelle blague !

À ce compte-là, beaucoup de Québécois ne seront plus en droit de se prononcer sur ce qui se passe dans leur pays.

Faut-il vraiment multiplier les arguments historiques pour expliquer que le Québec n’a rien à voir avec l’Allemagne nazie ? La nazification du peuple québécois est odieuse. Ajoutons qu’on piétine aussi de grossière manière la mémoire des victimes de la Shoah, qui voient leur souffrance instrumentalisée de manière indécente.

INDÉPENDANCE

N’espérons rien. Les tribunaux ne sont pas là pour traiter équitablement la loi, mais pour la charcuter d’une manière ou d’une autre. Ce sont des tribunaux au service d’une constitution qui nous est hostile, et qui ne changera pas.

Plus je m’intéresse à ce procès, où c’est notre droit d’exister comme peuple qui est en question, plus je me rappelle à quel point le Québec devrait devenir un pays indépendant.