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Depuis plusieurs années, le Journal de Montréal organise le concours Mannequin d’un jour. Très populaire et même s’il est ouvert à tout ce qui est humain, on voit rarement des rondeurs triompher. Stéréotypes obligent. Mais là n’est pas mon propos et je le dis d’emblée, je ne suis pas contre ce genre de concours. Par contre, là où je suis en désaccord c’est d’en faire une catégorie pour des enfants, en l’occurrence les trois à cinq ans.
Ces enfants sont à Toronto pour des sessions de photos et leurs jolies frimousses paraissent dans les pages du journal présentement. On leur montre le glamour, et on les initie à la photo de mode dans des décors enchanteurs, bien évidemment en dehors de leur quotidien. Est-ce qu’on se retrouverait devant le même phénomène qu’au hockey, où les parents se voient à travers leurs enfants, pour une carrière qu’ils rêvaient d’avoir ? La question mérite d’être posée.
On leur vole leur enfance en les propulsant beaucoup trop tôt dans le monde adulte. Les mannequins appartiennent à un monde pas mal plus vieux que le leur. À cet âge, on rit, on s’amuse et on découvre la vie. Aujourd’hui, on brûle les étapes avec nos enfants. Nous souhaitons qu’ils soient autonomes le plus rapidement possible. On les bombarde de responsabilités très jeunes. On ne leur laisse pas le temps d’apprivoiser les étapes de la vie; bébé, enfant, adolescent puis adulte. On est pressé comme le reste de la société.
S’il n’enfourche pas un vélo à trois ans, il est attardé. Il doit déjà connaître l’ordinateur. À six ou sept ans, il possède déjà son petit véhicule électrique. Son « scooter » à 14 et l’auto à 16 ans. Puis bang ! Adulte à 18 ans et sevrés depuis 15 ans. Ils ont la clé de la maison dans le cou dès qu’ils arrivent sur les bancs d’école et une bonne partie ne prennent même pas le temps de déjeuner. Le Club des petits déjeuners du Québec a peine à suffire à la demande, et le nombre d’estomacs affamés explose. Ce n’est pas normal ! Se nourrir c’est la base de la vie. Ils ont deux papas, trois mamans et huit grands-parents et on ne compte plus les mononcles et matantes.
Je généralise, mais pas tant que ça. Et après, on se demande pourquoi nous sommes les champions du Ritalin. Pourquoi nos jeunes, devenus adolescents, se droguent ou font usage d’antidépresseurs, quand ce n’est pas de s’auto-détruire ou de se suicider. Lorsqu’ils arrivent à l’âge adulte, ils n’ont plus rien à découvrir. Ils ont tout vu et entendu sans vraiment l’apprendre ou l’apprivoiser. Garrochés, ils arrivent en adultes « fuckés » !
Ce n’est pas d’être un mannequin à trois ans qui va arranger les choses. Ils en décideront le moment venu et lorsqu’ils seront en mesure de faire leurs propres choix. Jusqu’à ce moment, il faut les laisser faire leur apprentissage normal, sans les pousser où les bousculer. Pensez-vous sincèrement qu’un enfant de trois ans cherche ce moyen de se faire valoir en devenant mannequin? Non ! N’en déplaise à tous les lologues de la planète. Plus il y en a de ces lologues pour jouer dans des petits cerveaux en pleine évolution, plus notre société en sort malade et se questionne. Dès six ans, on passe au mode adulte. Il me semble qu’on a oublié quelque chose.