Déficit actuarielle d’une caisse de retraite

labeaume-coderre-gazettePour vous placer dans le vif du sujet, vous vous rappelez, il y a quelques années, nos maires-vedettes Labeaume et Coderre avaient réussi à faire pression et obtenir de notre bon gouvernement, le droit d’imposer à leurs employés retraités, de rembourser une partie du déficit actuariel passé des caisses de retraites, négocié de bonne foi entre les parties. Ils se trouvaient alors à rouvrir unilatéralement et arbitrairement des clauses de ces contrats de travail déjà conclues. Il n’en fallait pas plus pour que d’autres administrations municipales emboîtent le pas.

Je fais partie de ces employés municipaux retraités et, depuis le premier janvier 2017, je rembourse mensuellement et à même mon revenu actuel de pension, ledit déficit de ma caisse de retraite et ce, jusqu’à ce qu’elle soit totalement renflouée, autant dire dans la nuit des temps. Dans certains cas, les municipalités durant les années florissantes où les caisses de retraites accumulaient des surplus, se payaient des congés de cotisation. Ils sont déguelasses!

Par contre, le citoyen souvent ignorant de la chose, cloue au pilori les employés municipaux en les traitant de privilégiés et bien nantis de la société, tout en étant choyés d’avoir eu de tels emplois… qu’ils auraient accepté d’emblée et les yeux fermés.

Alors récemment, je suis tombé sur un article de vulgarisation sur le sujet, dans l‘Actualité, écrit par Pierre-Yves McSween, professeur, chroniqueur et Comptable Professionnel Agréé (CPA), ayant un penchant pour les sujets économiques. Pour bien comprendre ce qui s’est passé exactement dans cette machiavélique conspiration, et la poutine des déficits actuariels des caisses de retraites, voici son texte dans son intégralité. Tirez-en vos propres conclusions.

pierre-yves-mcsweenLe déficit actuariel pour les nuls

Bien pris dans le trafic en allant travailler, vous passez d’une chaîne à l’autre et vous tombez sur un animateur de radio populiste déchirant sa chemise sur l’argumentaire suivant :

« Les fonctionnaires sont des enfants gâtés. Pourquoi est-ce que je payerais leur déficit actuariel passé de fonds de pension avec mes taxes? C’est à eux de payer leur pension, comme moi dans le privé ! »

Un auditeur moyen se dit: « Bien oui, il a raison lui. J’aime ça comment, il pense. Il défend le vrai monde. Lui, c’est mon homme ! » Ah le « vrai monde », comme s’il y avait sur cette Terre du faux monde. Il a le dos large le vrai monde. De fausses personnes nous entourant sont en réalité des quasi androïdes à la Robocop ou Darth Vader !  Mais bon, revenons-en au déficit actuariel.

Qu’est-ce qu’un déficit actuariel passé ? Commençons par se demander qu’est-ce qu’un fonds de pension à prestations déterminées ? Donc, un syndicat signe une convention collective avec un employeur. À la place de demander 40 000 $ par an à l’employeur, l’employé signe un contrat lui donnant, par exemple, 36 000 $ par année (le montant peut varier, mais gardons cet écart hypothétique pour des fins de concept). En échange, l’employé consent à verser des cotisations à son fonds de pension (oui, l’employé verse une partie du fonds de pension) et l’employeur garantit la différence entre le rendement promis à la retraite et le rendement généré par la cotisation de l’employé.  L’employé accepte donc de transférer du salaire actuel garanti contre du salaire futur garanti.

De son côté, l’employeur consulte un actuaire pour savoir quel montant il devrait mettre annuellement de côté pour respecter le contrat de travail. L’actuaire fait son évaluation en fonction du taux de mortalité, de l’espérance de vie, de l’âge moyen de la retraite, etc. Il arrive avec une cotisation annuelle de l’employeur à investir pour arriver à l’objectif.  Donc, chaque année, l’employeur et l’employé contribuent à la caisse pour assurer la rente future promise.

Malgré tout, les marchés ne donnent pas les rendements prévus. Ainsi, les hypothèses de l’actuaire se sont avérées inexactes. Alors, il se creuse un écart entre le montant de la caisse de retraite (Caisse du régime) et le montant que l’on doit aux employés en date d’aujourd’hui (Obligation au titre des prestations constituées). C’est ce qu’on appelle le DÉFICIT ACTUARIEL.

Donc, lorsque les maires Labeaume et Coderre exigent que les employés payent une partie du déficit actuariel passé, ils exigent en somme que les employés remboursent une partie de leur salaire passé non versé ! Pourtant, ceux-ci avaient techniquement accepté un salaire moindre à l’époque pour compenser le fait qu’ils avaient une rente de retraite.

Expliquons cela autrement. Vous êtes un employé du secteur privé et votre employeur vous dit : « Tu sais, on t’a donné 50 000 $ l’an dernier, mais là on aimerait que tu nous rembourses 5 000 $ ».  Ici, on ne parle pas d’exiger une réduction future de salaire, mais bien de rembourser du salaire passé. C’est complètement illogique.

Que l’on soit d’accord ou non avec la rémunération ou les conditions de travail des fonctionnaires, cela ne devrait en aucun cas altérer notre jugement sur l’obligation morale et légale de respecter un contrat de travail.

Évidemment, il est possible de renégocier le FUTUR pour permettre aux municipalités d’assumer un plus petit risque de déficit actuariel FUTUR. Par contre, il faut comprendre que la rémunération globale (salaire, fonds de pension, congés, etc.) est un tout. Si l’on réduit les conditions de retraites, les salaires exigés seront plus élevés de l’autre côté… comme dans le privé. Il y a des efforts à faire pour revoir le financement de nos infrastructures et les coûts à engendrer pour nos services. Doit-on tout garder? Quelles sont nos priorités? La productivité est-elle satisfaisante? De multiples questions de choix sont à répondre, mais le chemin tracé jusqu’à maintenant mène au vide logique.

Quand j’entends un animateur radio dire des inepties, je me dis :

« Le vrai monde, vraiment ? Qui gagne réellement à créer une polémique en divisant le vrai monde ? Ah oui, l’animateur de radio populiste ».

Et puis, j’éteins la radio en me promettant de l’ouvrir en soirée lorsque le jazz recommencera.

Une réflexion au sujet de « Déficit actuarielle d’une caisse de retraite »

  1. C’est un article qui devrait être lu par ¨le vrai monde ¨car il y a une mauvaise compréhension du fonctionnement des caisses de retraite souvent dû à certains animateurs de radio qui soit par ignorance ou pire par mauvaise foi font de la désinformation. (Rollande)

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