Se laisser manger la laine sur le dos

La Une

Les Québécois sont habitués à cette maxime. Il suffit qu’un non-francophone prononce deux mots de français, pour qu’on s’emballe. On devient fou comme « d’la marde », pour employer une expression populaire. On a toujours agi en mouton. Alors faut-il se surprendre de ce coup fumant de Geoff Molson ?

Jeff Gorton

Non ! Parce que monsieur Molson a choisi Jeff Gorton, comme vice-président hockey. Un Américain, unilingue anglophone, pour tenter d’améliorer son club et peut être, remporter une 25e coupe Stanley. Imaginez, à Montréal, une ville francophone dans le seul État du Québec, noyée dans toute l’Amérique anglophone.

C’est quoi le problème ?

Aucun Québécois bilingue n’était assez compétent pour remplis ce rôle ?

Rapidement, je pense au regretté Pierre Lacroix qui a gagné deux coupes Stanley (1996, 2001), avec l’Avalanche du Colorado. Puis à Julien Brisebois, actuel directeur général du Lightning de Tampa Bay, avec lui aussi deux coupes Stanley (2020, 2021).

Gorton, lui, a certes transiger d’excellents joueurs, mais il a été congédié deux fois, avec les Bruins de Boston et les Rangers de New-York, sans jamais remporter le précieux trophée.

De plus, Gorton devra trouver un directeur général « bilingue lui » qui, tous les deux s’en remettront au président Geoff Molson.

Croyez-vous sincèrement que monsieur le vice-président va apprendre le français ? Il vit et travaille dans un monde d’anglophones. Il aura tellement de travail, qu’il restera un anglophone. Son DG se chargera de parler à la presse.

Et deux têtes dans le secteur hockey… ça va finir par faire des flammèches.

Je donne la chance au coureur… une seule ! Mais je dois avouer que sa tête ne me revient pas. Enfin ! Je me trompe peut-être. L’avenir nous le dira.

Stéphane Laporte a signé un article intéressant sur l’unilingue anglophone, le 4 décembre dernier dans La Presse+. C’est ce que je vous propose aujourd’hui.

APPRENDRE LE FRANÇAIS

Le nouveau vice-président aux opérations hockey du Canadien de Montréal, Jeff Gorton, s’est assis devant la délégation de journalistes sportifs, pour la première fois, avec l’épinglette du CH sur son veston. Il a pris la parole, en faisant, d’entrée de jeu, son effort de gouverneur général du Canada, en y allant au son : « Bonjour à tous. C’est avec beaucoup de fierté que j’ai accepté le rôle de vice-président this opérations hockey avec les Canadiens de Montreal. La plus grande franchise dans l’histoire du hockey, avec le but de ramener la Coupe Stanley in Montreal. Merci Geoff Molson pour cette confiance. »

Puis il a quitté son texte des yeux, regardé l’auditoire et imploré : « I hope it was OK ? » Rires épars. Dans sa tête, on entendait : « It’s done, my god ! »

Oui, c’était OK. Plus qu’OK même, si on le compare à Saku Koivu en 10 ans de capitanat.

Gorton a ajouté, en anglais, qu’il allait essayer d’apprendre notre langue et qu’il fallait être patient avec lui. Un journaliste lui a demandé ce qu’il voulait dire par apprendre notre langue : allait-il se contenter de quelques mots d’usage ou allait-il vraiment la parler ? Il a répondu qu’il voudrait être aussi bon que possible, que sa femme lui a acheté un programme de leçons de français, mais qu’il ne peut rien promettre, parce qu’il y a 30 ans, il a tenté de devenir bon au golf et qu’il est toujours pourri. Rires généralisés.

Alors, doit-on s’attendre à ce que Jeff Gorton améliore sa connaissance du français durant son règne, ou les 32 secondes consécutives prononcées vendredi demeureront-elles, dans les annales, son plus long discours à vie dans la langue de Serge Savard ?

Beaucoup répondront à cette question : Who cares ? L’important, ce n’est pas que le gars qui prend les décisions hockey du Canadien sache parler français ; l’important, c’est qu’il sache faire gagner le Canadien !

Dit ainsi, ça se défend, mais la réalité est tout autre. Une équipe sportive ne fait pas que gagner. Surtout pas tout le temps. Mais ce qu’une équipe sportive fait, tout le temps, c’est vivre avec la ville qu’elle représente. Les bons jours et les mauvais jours.

Ça fait 54 ans que les Maple Leafs de Toronto n’ont pas gagné la Coupe Stanley, pourtant, ils n’ont jamais essayé de mettre un francophone à leur tête, encore moins un francophone unilingue ! Ils ont toujours eu un dirigeant capable de communiquer avec la langue de la majorité des médias et des partisans de leur ville. Pour vivre le hockey avec eux.

Des anglophones liés au Bleu-blanc-rouge qui ont réussi à établir un dialogue avec les francos, il y en a eu dans la grande histoire du Tricolore : Scotty Bowman, Larry Robinson, Bob Gainey… Même Sam Pollock, qui était de l’époque de la vendeuse de chez Eaton, répondait en français aux questions de Lionel Duval, à La soirée du hockey. Ce n’est sûrement pas un hasard, si ça remonte aux belles années.

Depuis les temps durs, rarissimes sont les anglos tricolores qui acceptent de donner des entrevues dans la langue de JiC, si on fait exception du propriétaire, Geoff Molson, un exemple à suivre pour tous les hauts placés du Québec.

Vous me direz que tout le monde n’est pas doué pour les langues, que c’est toujours ben pas de sa faute, s’il s’avère que le pauvre Jeff Gorton est aussi poche en français qu’au golf. Ça n’a rien à voir : 100 % de tous les Québécois unilingues francophones qui accèdent à la LNH parviennent à apprendre l’anglais, assez bien pour comprendre les directives du coach et discuter avec les boys.

Il y a même des Québécois unilingues francophones qui parviennent à maîtriser assez bien l’anglais, durant leurs années de hockeyeurs, pour devenir coachs et diriger à leur tour les joueurs de la LNH dans la langue de Don Cherry. Pourquoi ? Parce qu’ils le veulent. Pourquoi ils le veulent ? Parce qu’ils n’ont pas le choix.

Le problème de Jeff Gorton, c’est qu’il a le choix. Parce qu’il aura à ses côtés un directeur général parfaitement francophone. C’est bien pensé. Sauf que nous, on aimerait que le grand boss du hockey soit en mesure de s’exprimer dans la langue du nom de la franchise : Canadien avec un e. Je sais, je sais, ce seront deux grands boss. Égaux. Bien sûr, tellement égaux qu’il y en a un qui choisit l’autre. On est plus dans The Bachelor que dans Occupation double !

J’oserais demander à Jeff Gorton d’apprendre le français avec autant de volonté qu’il en a mis pour apprendre le golf. Il peut même consacrer la moitié des heures qu’il a passées sur les terrains de golf à ses cours de français. Il va constater que les résultats seront tellement plus satisfaisants !

Qu’est-ce que ça va changer ? Est-ce que le Canadien sera meilleur ? D’une certaine façon, oui. Parce que son décideur sera conscient de l’une des identités, jadis essentielle, de cette équipe : permettre à une diversité de réaliser son rêve. Le désir de ceux qui ne l’ont pas facile parvient souvent à de belles grandes choses. Comme à 24 Coupes Stanley.

En échange, on vous promet de crier : « Go Habs go ! »

Vous voyez bien qu’on peut s’entendre.

Good luck pour la grosse job qui vous attend !

Vous voyez bien que le français est facile à comprendre !


340e jour de l’année

6 décembre 2021

On célèbre aujourd’hui…

LA JOURNÉE NATIONALE DE COMMÉMORATION ET D’ACTION CONTRE LA VIOLENCE FAITE AUX FEMMES


À la douce mémoire de…

JOHNNY HALLYDAY 1943-2017, Chanteur-compositeur-interprète et acteur français.


Une année de plus sur le chemin de la vie pour…

Pierre Despatie

Bon anniversaire !


Pensée et citation du jour

Quand on est allé si loin qu’on ne peut pas faire un pas de plus, on a seulement fait la moitié de ce qu’on est capable de faire.

Proverbe hollandais


Ça s’est passé un 6 décembre…

(1900) Alphonse Desjardins fonde la première caisse populaire.

(1989) Tragédie à l’École polytechnique de Montréal. 14 jeunes femmes et leur assassin trouveront la mort.

(2015) Guy Turcotte a été déclaré coupable des meurtres non prémédités de ses deux enfants, au terme de son second procès. Les jurés avaient l’air grave quand ils sont entrés dans la salle d’audience. Ils ont rendu leur décision peu après midi, au septième jour de leurs délibérations.


Merci de votre assiduité. – Passez une excellente journée !

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