Normandie Crimes de guerre : Le sang canadien sur les mains d’un général SS

Histoire

AU MOINS 150 DE NOS SOLDATS, FAITS PRISONNIERS DE GUERRE, ONT ÉTÉ EXÉCUTÉS PAR UN BOURREAU RESTÉ IMPUNI

Les forces canadiennes débarquent sur les plages de Normandie le 6 juin 1944. Le lendemain, elles affrontent des éléments de la 12e division SS « Hitlerjugend » commandés par le général Wilhelm Mohnke, un nazi fanatique.

Mohnke

L’unité SS est composée de membres des Jeunesses hitlériennes, âgés de 17 à 19 ans qui « brillent par leur barbarie » selon l’historien français Olivier Wieviorka.

Dans les jours qui suivent, des centaines de soldats canadiens sont faits prisonniers par cette unité, certains sont froidement assassinés.

L’historien Howard Margalian relate minutieusement dans un livre1 la responsabilité de Mohnke dans le massacre de prisonniers canadiens.

Le 8 juin, l’unité de Mohnke fait prisonniers une centaine de soldats du Royal Winnipeg Regiment. Lorsqu’il apprend que quarante autres sont capturés, il donne l’ordre de ne plus prendre de prisonniers. Des SS s’approchent alors des quarante Canadiens, assis dans un champ près de Fontenay-le-Pesnel et les mitraillent.

Trente-cinq sont tués, mais cinq survivent, Ils raconteront le massacre à la fin de la guerre.

Le lendemain matin, Mohnke se présente au poste médical où trois Canadiens blessés sont interrogés et ordonne au Sturmbannführer Bernhard Siebken de les tuer. Conduits à l’extérieur, ils sont abattus par quatre SS. Siebken leur assène ensuite le coup de grâce à la tête avec son pistolet. Il eut à répondre de ce crime et fut pendu le 20 janvier 1949.

PAS ASSEZ DE PREUVES

Dans les jours qui suivirent, des dizaines d’autres prisonniers de guerre canadiens furent tués, soit sur ordre direct de Mohnke, soit par des troupes sous son commandement.

Mohnke fit l’objet d’une enquête immédiatement après la guerre, mais les procureurs et les enquêteurs canadiens ne crurent pas avoir réuni de preuves suffisantes pour obtenir une condamnation.

Dans les années 70 et 80, des procureurs ouest-allemands conclurent eux aussi à l’insuffisance de preuves. Comme d’autres officiers supérieurs nazis, Mohnke a profité des décennies après les faits, il était difficile de retrouver des témoins et des preuves permettant d’engager des poursuites.

Il n’en demeure pas moins qu’on estime que quelque 150 soldats canadiens, pour la plupart faits prisonniers par la 12e division SS, furent exécutés. Un soldat canadien sur sept tués en Normandie entre le 7 et le 17 juin ne périt pas au combat, mais exécuté alors qu’il était prisonnier de guerre.

Mohnke fut également impliqué dans le carnage de Malmedy dans les Ardennes de 72 prisonniers de guerre américains en 1944. Il est aussi accusé d’avoir ordonné le massacre de prisonniers britanniques en France en 1940.

AVEC HITLER À BERLIN EN 1945

Wilhelm Mohnke était dans l’entourage d’Hitler dès 1933 et est l’un des derniers généraux SS à être à ses côtés dans son Führerbunker en 1945.

Lorsqu’il tente de fuir après le suicide d’Hitler, Mohnke est capturé par les Soviétiques et transféré à Moscou où il est détenu à la Loubianka, siège de la police secrète du régime. Il est ensuite interné dans un camp pour généraux allemands d’où il est libéré en 1955.

On ne s’explique pas pourquoi les Russes le traitèrent avant tant de mansuétude : une exécution sommaire attendait tout SS capturé par les Soviétiques.

À son retour en Allemagne de l’Ouest, il se fit vendeur de camions et de remorques près de Hambourg.

Wilhelm Monhke vécut jusqu’è l’âge de 90 ans et mourut le 6 août 2001, sans avoir été poursuivi pour les atrocités dont il était responsable. Jamais condamné pour ses crimes de guerre, ce général SS reçut même une pension pour ses blessures, et – outrageusement – une « pension spéciale pour victimes de guerre » pour ses années de détention en Russie.

Le Canada, honteusement, il faut le rappeler, servit de refuge à des centaines, voire des milliers, de criminels de guerre. En 1986, la Commission d’enquête Deschênes a conclu que d’importants criminels de guerre nazis avaient été accueillis comme immigrants et y résidaient toujours.

1 Margolian, Howard. Conduct Unbecoming : The story of the murder of Canadian Prisoners of War In Normandy, University of Toronto Press, 1998.

*****

Source : Normand Lester, Journal de Montréal. 13-14 juin 2026, p72


En savoir plus sur Le blogue de Normand Nantel

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Vous en pensez quoi ?