Charité bien ordonnée… commence par soi-même

Opinion

Aussi loin que je puisse me rappeler, ma mère répétait ce proverbe. Et plus j’observe nos gouvernements, plus je me dis qu’ils auraient intérêt à l’encadrer, l’imprimer et l’afficher dans chaque ministère. Parce qu’en ce moment, Ottawa distribue l’argent comme si le Canada était un pays sans problèmes, sans pauvreté, sans routes qui s’effondrent. Résultat : plus de 20 millions de dollars envoyés aux îles Fidji. Oui, oui : vingt millions. Pas vingt mille.

Commençons par le bouquet : près de 775 000 $ pour ouvrir un nouveau « haut‑commissariat » aux Fidji. Pourtant, on avait déjà un consul honoraire sur place… qui ne coûtait pratiquement rien. Mais pourquoi faire simple et économique quand on peut faire cher et symbolique?

IA

Les 20 M$ du gouvernement Carney se répartissent ainsi :

1 — « Les femmes entrepreneures du Pacifique, gardiennes des îles » 7,85 M$ pour renforcer la résilience climatique d’entreprises dirigées par des femmes dans plusieurs îles du Pacifique.

2 — « Renforcement de la résilience des femmes de la région de l’océan » 5 M$ pour soutenir le leadership des femmes et des filles dans une demi‑douzaine de pays insulaires.

3 — « Soutien au Fonds de résilience du Pacifique » 7,5 M$ pour aider les pays du Pacifique à accéder au financement climatique et à se préparer aux catastrophes.

Tout cela est noble, évidemment. Sur papier, c’est magnifique. Dans la réalité canadienne… c’est un peu insultant.

SOLUTIONS

C’est fascinant : on trouve des solutions à l’autre bout du monde, mais chez nous, on dirait que tout est un casse‑tête insoluble. La nourriture coûte si cher que même les banques alimentaires n’arrivent plus à suivre. Le logement ? Une catastrophe annoncée : loyers qui explosent, familles qui glissent vers l’itinérance, classe moyenne qui s’effrite comme un trottoir mal entretenu.

Et parlons‑en, des trottoirs. Des routes, des ponts et des bâtiments publics qui tombent en ruine. On dirait un pays qui attend que tout s’écroule avant d’agir. On pourrait allonger la liste des urgences locales jusqu’à demain matin.

Mais non : 20 millions de dollars pour les Fidji.

Imaginez ce qu’on pourrait faire ici, maintenant, avec ces 20 millions.

Il existe des politiciens qui n’ont aucune idée de ce que ça signifie de vivre d’une paye à l’autre. Aucune. Et ce chèque de 20 M$ envoyé à l’autre bout du globe en est une démonstration éclatante.

Source : Journal de Montréal, « Où vont vos impôts »,19 mai 2026, p4

*****


En savoir plus sur Le blogue de Normand Nantel

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Vous en pensez quoi ?