Assurance maladie : un régime né dans la contestation

Histoire

Un demi-siècle avant le dossier de santé numérique, la « castonguette » a révolutionné le système de santé. Avant la carte d’assurance maladie, tomber malade coûtait très cher au Québec. La « castonguette » a symbolisé l’accès universel et gratuit à un régime de santé collectif.

Claude Castonguay

« Désormais, les citoyens du Québec ne sont plus obligés de se ruiner quand ils subissent un accident grave », affirme Martin Pâquet, historien spécialiste de la Révolution tranquille et professeur à l’Université Laval.

M. Pâquet replonge pour Le Journal dans les circonstances entourant l’adoption de la carte d’assurance maladie du Québec qu’on a surnommé alors la « castonguette » en référence au père du nouveau système, Claude Castonguay.

Figure centrale de la réforme, cet expert des assurances devenu ministre de la Santé avait précédemment présidé la Commission d’enquête sur la santé et le bien-être social.

Le 1er novembre 1970, la carte est distribuée à toute la population après l’adoption de la loi. Elle devient rapidement le symbole d’un changement majeur : désormais, les Québécois peuvent recevoir des soins sans devoir payer directement leur facture médicale comme auparavant.

LE CORPS MÉDICAL S’OPPOSE

La volonté de l’État d’encadrer le système médical et le financement des soins va « déplaire aux médecins », rappelle M. Pâquet. À cette époque, les médecins sont « des entrepreneurs qui fixent le montant de leurs honoraires à leur convenance », ajoute Aline Charles, historienne spécialiste du système hospitalier au Canada au XXe siècle et professeur à l’Université Laval.

En vertu du nouveau régime, l’État fixe les montants et organise le remboursement.

La contestation est forte et les médecins déclenchent une grève de deux semaines.

L’année 1970 est décisive. En mars, le premier projet de loi sur l’assurance maladie est déposé. C’est le « Bill 8 ».

Quelques semaines plus tard, Robert Bourassa devient premier ministre, À ses yeux, le régime doit être universel et gratuit. Il estime que « si les Québécois contribuent collectivement à la société, ils doivent aussi bénéficier d’une protection de santé », reprend M. Pâquet.

QUAND LA MALADIE POUVAIT RUINER

Avant l’arrivée de la Régie de l’assurance maladie du Québec, en 1969, la capacité à se soigner reposait davantage sur les assurances privées et les moyens financiers des personnes.

Les primes d’assurances privées pouvaient varier d’une personne à l’autre et tous n’étaient pas protégés de la même manière.

L’objectif de la réforme est donc simple : permettre aux citoyens d’avoir accès aux soins sans s’endetter lourdement.

Dès cette époque, les coûts de santé explosent car les tarifs fixes n’existaient pas.

« Lors d’une hospitalisation, les patients doivent tout payer : les infirmières, les repas, les tests sanguins et leurs chambres », comme le précise Mme Charles.

Les frais d’hospitalisations étaient donc élevés. Par exemple, ils sont passés d’environ 12,70 $ par jour en 1955, soit l’équivalent de 150,78 $ aujourd’hui, à 60,69 $ en 1969, soit l’équivalent de 520,93 $ en 2026.

Source : Guillaume Longuépée, Journal de Montréal, section Histoire, 17 mai 2026, p62

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