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Histoire
EN 1976, LA TORCHE OLYMPIQUE A TRAVERSÉ CONTINENTS ET TECHNOLOGIES POUR ALLUMER UNE GÉNÉRATION
Le 13 juillet 1976, l’actrice et Grande Prêtresse Maria Moscholiou incline sa torche en forme de quenouille dans une vasque posée sur le sol du temple d’Héra à Olympie. Ainsi débute l’immense parcours de la flamme des jeux de la XXIe Olympiade à Montréal, des ruines du temple d’Héra au sommet du mont Royal : 775 kilomètres, presque autant de porteuses et de porteurs, et des milliers de personnes venues assister à l’événement le long de la route à travers les villes et villages de Grèce, d’Ontario et du Québec.

Depuis la reprise des Jeux après la Seconde Guerre mondiale, la flamme a traversé les continents, mers et océans par camion, par bateau et par avion, mais ce saut vers l’Amérique a quelque chose d’inusité : la flamme portée par des coureurs d’Olympie à Athènes, est ensuite transmise à Ottawa par signal satellite et rallumée par rayons laser sur la Colline du Parlement.
À l’aube de la guerre des étoiles, alors que l’on commence tout juste à obtenir des images couleur de la Terre vue de l’espace, le contraste entre la tradition millénaire des Olympiques et les nouvelles technologies de la course à l’espace s’illustre également dans le dessin du flambeau du designer Michel Dallaire.
BIEN VISIBLE SUR PELLICULE
Là aussi, les Jeux de 1976 font bande à part. Alors qu’auparavant, les torches étaient inspirées de la forme d’une coupe ou d’un calice, ou encore d’un manche d’épée, Michel Dallaire s’est inspiré des quenouilles de son enfance dans une approche moderniste, voire minimaliste.
Pas d’argent ou d’or, mais du rouge et du noir, une forme simplifiée, et un carburant encore une fois classique et incongru : pour assurer une belle flamme orange, la torche olympique est alimentée… à l’huile d’olive !
Graphistes, designers et ingénieurs ont cherché à éviter le kérosène, le phosphore rouge et le butane des Jeux précédents dans le but d’assurer une belle visibilité de la flamme sur pellicule photographique. Ils ont doté le flambeau d’une cartouche fumigène non toxique et non lacrymogène pour produire un panache de fumée blanche.
Une fois la torche allumée, c’est parti ! Pas moins de 500 porteurs se relaient d’Olympie à Kresténa, Zacháro, Kiparissía, Filiatrá, Gargaliáni, Néstoras, Pýlos, Messíni, Kalamáta, Sparte, Tripoli, Nauplie, Argos, Corinthe, Mégare et Éleusis jusqu’à Athènes enfin, deux jours plus tard, le 15 juillet.
Dans les archives, ces arrêts marqués par le nom de villes ou de comtés mythiques mettent en scène une foule de personnages secondaires, croqués au bord de la route, sur la place publique, massés sur les trottoirs sous un soleil méditerranéen ou dans le clair-obscur des lampadaires. Plus que les moments posés sur podium, ce sont ces anonymes qui évoques l’attente, l’anticipation, les temps morts et les triomphes de station en station.
En Grèce, le relais de la flamme en est à sa 15e reprise; il fait son entrée en scène en 1936, aux Jeux de Berlin, et depuis les Jeux d’hiver à Oslo en 1952, le flambeau traverse le pays en été comme en hiver tous les quatre ans.
D’Olympie, les personnes sélectionnées par le Comité olympique hellénique pour porter la flamme commencent par descendre la côte qui longe la mer Ionienne avant de traverser la péninsule du Péloponnèse; elles se relaient sans relâche jusqu’à Nauplie, où elles marquent un arrêt pour la nuit du 14 au 15 juillet.
La course se poursuit le lendemain jusqu’au soir : les derniers porteurs atteignent les environs d’Athènes au crépuscule.
ARRIVÉE AU PAYS
À Ottawa, il fait encore plein jour, et c’est une nouvelle page d’histoire qui s’écrit : ce n’est que le troisième passage de la flamme en sol nord-américain, après les Jeux d’hiver aux Palisades Tahoe en Californie en 1960 et les Jeux d’été à Mexico en 1968.
Le Comité organisateur des Jeux olympiques à Montréal recrute des athlètes âgés d’au moins 15 ans, de préférence recommandés par une association sportive, et qui peuvent courir un kilomètre en cinq minutes ou moins. On cherche un équilibre en filles et garçons, et une majorité de personnes des régions traversées par la flamme, qui longe la rivière des Outaouais.
Les candidatures s’envolent de la Colombie-Britannique à l’Île-du-Prince-Édouard; on en reçoit même d’une ressortissante canadienne au Vermont !
PLUS DE 200 JEUNES QUÉBÉCOIS
Au Québec, les candidates et candidats viennent du Cap-de-la-Madeleine et de Trois-Rivières, de Lanoraie et de Joliette, de Jonquière, d’Alma, d’Estrie, de Plessisville et de Victoriaville, de Lachute, de Québec, de Portneuf, de Dorion, de Valleyfield…
Le Comité sollicite deux athlètes de chaque région de la province, et en sélectionne finalement plus de 200 pour se relayer à chaque kilomètre du parcours.
On se retrouve avec une foule merveilleusement bigarrée : ce sont de véritables cortèges qui se forment pour accompagner les porteuses et porteurs, souvent composés de membres d’associations sportives locales. C’était le but du Comité, qui invitait celles et ceux qui n’avaient pas été sélectionnés pour porter la flamme à faire partie de l’escorte, vêtus des couleurs de leurs clubs.
Il est 15h, et les 12 premiers porteurs – un par province ou territoire – descendent la Colline du Parlement pour traverser la rivière des Outaouais. Très vite, la flamme arrive à Hull, avant de poursuivre sa route vers les petites villes et banlieues aujourd’hui comprises dans le grand Ottawa, comme Vanier, Orléans et Cumberland.
La flamme est alors transportée à bord du traversier Cumberland-Masson pour poursuivre sa route du côté du Québec, avec de brefs arrêts à Buckingham, à Thurso et à Plaisance.
Après avoir salué Papineauville, le convoi passe la nuit à Montebello et reprend de plus belle à 6h le lendemain.
Fasset, Pointe-aux-Chène, Calumet, Grenville, Hawkesbury, Greeces Point, Cushing, Carillon, Pointe-Fortune, Rigaud, Hudson Heights, Vaudreuil : pluie et beau temps, le parcours se déroule sans entraves à pied, à vélo et en canoë.
ENFIN LE MONT ROYAL
À partir de Vaudreuil, c’est la dernière ligne droite : la flamme approche de sa destination, une vasque placée sous la croix au sommet du mont Royal. Les porteurs de relaient tout l’après-midi pour la mener à bon port.
Après Dorion, Pincourt et l’Île-Perrot, c’est par Sainte-Anne-de-Bellevue que le convoi atteint l’île de Montréal à la brunante. Baie-d’Urfé, Beaconsfield, Pointe-Claire, Dorval, Lachine, LaSalle, Verdun : la flamme traverse des rues bondées avant d’entreprendre son ascension vers le sommet de la montagne.
Tout au long du parcours, on sent que les photographes aiment particulièrement prendre des photos sur le vif : des bouilles d’enfants qui tirent la langue, des personnes âgées assises dans un champ, une ado à cheval, des familles blotties sous les parapluies…
Peut-on imaginer aujourd’hui l’atmosphère du parcours de la flamme olympique le long de la rivières des Outaouais ?

Montréal avait déjà connu Expo 67 et Terre des Hommes à partir de l’année suivante, et n’en était pas à son premier événement d’envergure, mais que dire d’une course qui a mobilisé des centaines de sportifs, des milliers de curieux et le pouvoir symbolique du feu olympien ? C’est dans les visages de la foule massée à chaque station, beau temps mauvais temps, de jour comme de nuit dans les petites communautés autant que dans la capitale et la métropole, que l’on en prend la mesure.
Aujourd’hui, les torches d’aluminium rouge et blanc produits pour le parcours de la flamme dorment dans les caves et les greniers des porteuses et porteurs et de leurs familles – et mille milliers de souvenirs seront ravivés cet été, 50 ans après la course.
Source : Un texte de Flo Vallières, Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Publié dans le Journal de Montréal les 11 et 12 juillet 2026, p48-49
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