La laideur de Montréal

Opinion

En fin de semaine dernière, nous avions des billets, avec des amis, pour assister au spectacle Elvis symphonique de Martin Fontaine, qui personnifiait évidemment le « King », au théâtre Saint‑Denis, à Montréal. Une reproduction fidèle d’un spectacle du vrai Elvis à Las Vegas dans les années 70.

Avec une bonne vingtaine de choristes, de musiciens et d’un orchestre symphonique en fond de scène, le spectacle valait largement le prix des billets. Seul moment agaçant : une partie de la foule se levait d’un trait pour danser et se tortiller sur des airs de rock, sans le moindre souci de déranger les spectateurs derrière eux.

Autre fait un peu étrange, et que je vivais pour la première fois : les gens pouvaient filmer le spectacle avec leurs téléphones intelligents, pourvu qu’ils n’utilisent pas l’éclairage. Du jamais vu, puisque d’ordinaire, c’est précisément le contraire qu’on nous impose avant la levée de rideau.

MONTRÉAL, LOIN D’ÊTRE INVITANTE

Hormis le spectacle, c’est le secteur de la ville qui était franchement désolant. Des rues barrées mur à mur, des trottoirs défoncés et inégaux où chaque pas devient un risque calculé, des cônes orange plantés comme des champignons toxiques, et des détours qui donnent l’impression de traverser un chantier de guerre plutôt qu’une métropole.

Sur Saint‑Denis, c’était carrément le cirque; une rue trop étroite pour la circulation qu’on lui impose, où se mêlent vélos, trottinettes, autos, autobus, piétons, terrasses… tout ça dans un chaos parfaitement orchestré par personne. Une rue pensée comme si Montréal était une petite ville européenne charmante, alors qu’en réalité, c’est un centre‑ville paralysé, saturé, dangereux. Et au milieu de ce fouillis, les piétons doivent se faufiler comme des figurants dans un film catastrophe.

Mais le clou du spectacle, c’est les terrasses. On a littéralement installé des tables et des chaises dans le corridor des tuyaux d’échappement. Les gens mangent et boivent pendant que les autos leur soufflent au visage un cocktail de CO₂, de particules fines et de bruit. On dirait un concept expérimental : gastronomie en atmosphère polluée. On a même planté des arbres entre les terrasses, comme si un peu de verdure allait masquer l’odeur de carburant brûlé. Résultat : tu dégustes ton repas dans un mélange de fumée, de klaxons et de vibrations de moteurs. Et après, on se demande pourquoi Montréal accumule les accidents mortels impliquant des piétons. Quand on transforme une rue en parcours d’obstacles, il ne faut pas s’étonner des conséquences.

Je n’ose même pas imaginer la semaine du Grand Prix. Il faut avoir un solide penchant pour le masochisme pour aimer Montréal dans son état actuel.

L’ancienne mairesse Plante a voulu tout ça, et la nouvelle élue Martinez Ferrada ne bouge pas d’un millimètre. Rien. Niet. Et je vous épargne le dossier de l’itinérance et des détritus à ciel ouvert, qui complètent le portrait.

Aucun plaisir, pour moi, de traverser les ponts pour me retrouver dans une ville laide, sale, bruyante et repoussante. Des spectacles, il y en a ailleurs — et dans des endroits où on peut respirer pendant qu’on mange.

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