Un pan de notre histoire : L’époque où nos ancêtres avalaient n’importe quoi pour guérir

Histoire

LES QUÉBÉCOIS SE SOIGNAIENT AUTREFOIS AVEC DES REMÈDES DE GRAND-MÈRE PARFOIS SURPRENANTS, VOIRE ÉTRANGES

Longtemps, les Québécois ont soigné leurs petits et grands maux avec des remèdes de « grand-mère ». Des recettes transmises de génération en génération, dont certaines ont de quoi nous faire sourire aujourd’hui.

Nos ancêtres possédaient tout un arsenal de petits secrets pour se soigner sans l’aide de la médecine.

Un mauvais rhume ? Rien de mieux que les oignons, jusque dans les chaussettes ! Vous êtes constipés ? L’idéal, c’est la tisane de graines de lin. Une blessure s’infecte ? Préparez des cataplasmes avec des feuilles de chou. Et pour les brûlures, on recommande de faire fondre un demi-cierge… béni de préférence, et d’y ajouter un peu d’huile d’olive, puis de l’appliquer directement sur la peau.

L’anthropologue Francine Saillant, qui a étudié la médecine populaire au Québec, rapporte que pour combattre la fièvre, certaines recettes recommandaient de placer des compresses à base de harengs salés sous les pieds du malade, puis de l’emmitoufler sous les couvertures. On espérait ainsi provoquer une bonne transpiration pour faire tomber la fièvre. Imaginez l’odeur !

Les rhumatismes inspiraient aussi toutes sortes de traitements. On appliquait sur les articulations douloureuses des préparations à base de moutarde, de sel ou même de térébenthine. Le principe était simple : faire chauffer la peau pour soulager le mal.

SAVOIR ANCESTRALE

Certaines recettes avaient franchement de quoi laisser perplexe.

Pour soigner la coqueluche, on recommandait de faire bouillir du fumier de mouton dans un peu d’eau, filtrer le mélange à travers un morceau de coton, puis d’y ajouter du sucre ou du sirop de blé d’Inde.

Et pour soulager les hémorroïdes ? Il suffisait, paraît-il, de tremper une plume d’oie dans la térébenthine avant d’en badigeonner la région enflammée.

N’essayez surtout pas ça à la maison…

Avant de rire de ces recettes parfois extravagantes, rappelons que nos grands-mères étaient bien souvent les premières responsables des soins dans la famille.

Francine Saillant, qui a étudié des milliers de recettes de médecine populaire, nous rappelle que ces femmes possédaient un véritable savoir, transmis de génération en génération. Dans un monde où consulter un médecin n’était pas toujours possible, elles soignaient leurs proches avec les connaissances et les moyens dont elles disposaient.

REMÈDES GUÉRIT-TOUT

À la fin du XIXe siècle, les remèdes de famille ont dû faire face à une nouvelle concurrence : les médicaments commerciaux.

Les gens d’affaires avaient compris que la maladie et l’espoir en bouteille pouvaient être très lucratifs.

Les journaux se remplissaient de publicités qui vantaient les mérites d’élixirs miraculeux, comme les célèbres « pilules roses » du Dr Williams qui donnaient de la couleur à ceux qui avaient le teint trop pâle.

Pour mousser les ventes, les fabricants multipliaient les témoignages de clients prétendument guéris.

Au Québec aussi, bien avant le Viagra, les pilules colorées font parler d’elles.

En 1899, un recueil de médecine familiale présente sur sa couverture les Pilules du Dr Ed. Morin pour combattre l’anémie et la pâleur.

Et c’est payant… Le Dr Chase’s vend aux femmes des fortifiants pour 0,50 $ la boîte ou 2,75 $ pour un paquet de six.

L’Émulsion Scott propose de reprendre des forces avec son huile de foie de morue à un dollar la bouteille.

Parmi ces produits, on retrouve le liniment Minard, qui promet de soulager les maux de dos, mais le fabricant va jusqu’à se vanter que son huile soigne aussi les chevaux, les vaches pis les moutons. Quand même !

Certains remèdes contiennent même des substances impossibles à imaginer aujourd’hui, comme le sirop de Mme Winslow, commercialisé aux États-Unis pour calmer les bébés qui font leurs dents. Ils contiennent de la morphine. Oui, un remède qui faisait dormir les petits, mais parfois pour toujours.

En fait, au tournant du siècle, la médecine populaire, les recherches pharmaceutiques et les intérêts commerciaux se côtoient dans un lucratif marché en pleine expansion.

CHEZ L’APOTHICAIRE

La pharmacie de l’époque ne ressemble pas à celle d’aujourd’hui.

Derrière son comptoir, l’apothicaire prépare et vend des remèdes à base de plantes, de poudre et d’onguents.

Au Québec, son métier se transforme progressivement en une profession réglementée : celle de pharmacien.

Cette transformation s’accélère au milieu des années 1870, alors que le métier devient une profession réglementée.

Au Québec, la création du Conseil d’hygiène de la province en 1887 marque une autre étape importante pour mieux structurer notre santé publique.

Mais les défis dépassent les médicaments : la santé publique doit s’intéresser à l’eau potable, aux égouts, à la salubrité et à la prévention des épidémies.

En 1951, le Canada franchit une nouvelle étape. Les fabricants doivent désormais obtenir une autorisation réglementaire avant de commercialiser un nouveau médicament.

ENCORE DE NOS JOURS

Aujourd’hui, on sourit en imaginant nos arrière-grands-parents avaler leurs pilules roses ou boire des fortifiants douteux. Mais gardons-nous de les juger trop sévèrement. Parce qu’il suffit de passer dix minutes sur Tik Tok pour découvrir une nouvelle génération de vendeurs de remèdes miracles, toujours prêts à nous promettre monts et merveilles.

La médecine a fait des progrès extraordinaires, certes, mais notre envie de croire aux miracles… beaucoup moins.

Source : Martin Landry, historien, Journal de Montréal, 31 octobre 2026, p66

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