Histoire
Des historiens revisitent dans un documentaire le sort cruel d’Aurore Gagnon, une enfant de 10 ans morte des suites de sévices perpétrés par sa belle-mère en 1920,
Tenue responsable de la mort de sa fille adoptive, Aurore Gagnon, à la suite de multiples sévices (notamment 52 blessures identifiées par le médecin légiste), Marie-Anne Houde a été condamnée à la pendaison en 1920. Sa peine a été commuée en emprisonnement à perpétuité par la suite, mais ce drame continue d’habiter la mémoire collective, comme en témoigne un documentaire qui sera diffusé à Radio-Canada, ce lundi 8 décembre à 20h.

« Je crois qu’il était nécessaire de revisiter cet événement qui avait passionné le public à l’époque, particulièrement durant le procès, alors que les journaux relataient chaque témoignage, jusqu’à deux fois par jour », commente le producteur et scénariste Jean-Simon Chartier.
Aurore : entre mythe et réalité revisite les lieux du drame et questionne plusieurs témoins, dont la centenaire la plus connue du Québec Janette Bertrand, qui avait joué le rôle de la sœur et confidente de la victime dans La petite Aurore, l’enfant martyre, réalisé par Jean-Yves Bigras en 1952.
DEUX FILMS, DEUX VISIONS
L’étincelle de ce projet a jailli en 2020, alors que les médias se sont rués à Fortierville, dans le Centre-du-Québec, en raison du centenaire de la mort de l’enfant.
M. Chartier avait bien sûr entendu parler de l’affaire de l’enfant martyrisée par sa belle-mère dans le Québec rural du siècle dernier, mais il n’avait jamais poussé la curiosité plus loin.
« J’ai regardé l’un après l’autre les deux films tournés sur le sujet à plus de 50 ans de distance. Leurs approches totalement différentes m’ont sauté aux yeux », relate-t-il.
Alors que le ressort dramatique du premier long métrage s’appuie sur la cruauté de la belle-mère, l’autre, tourné par Luc Dionne en 2005, pointe plutôt du doigt l’idéologie religieuse dominante. Il y avait là un sujet intéressant à explorer pour le producteur de MC2 Communication Média.
REVISITER LES LIEUX
Une grande place est accordée aux historiens Éric Bédard et Myriam Woycick. Celle-ci note que les femmes criminelles ont beaucoup marqué les esprits à travers le temps.
On se souvient de Cordélia Viau, de la Corriveau, de Monica-la-Mitraille… pourtant les femmes meurtrières constituent une infime minorité au panthéon des assassins.
Comme si le Québec du troisième millénaire n’avaient toujours pas digéré les gestes fatals de la belle-mère de la petite Aurore. Pourtant, des drames similaires continuent d’alimenter les pages des journaux de faits divers. La fillette de Granby, par exemple, est morte à 8 ans !
« Le Québec est encore secoué par des drames semblables qui ravivent chaque fois un profond questionnement sur la protection des enfants », souligne M. Chartier. En relatant le parcours d’Aurore, son film invite à « réfléchir à ce que notre société a appris – ou pas – en cent ans d’histoire ».
Source : Mathieu-Robert Sauvé, Journal de Montréal, cahier weekend, 6 décembre 2025, p50
Conte de Noël pour les enfants au cœur d’ange
Un après-midi en décembre, alors que la neige tombait doucement du ciel, un petit garçon de 5 ans nommé Léo se promenait dans son quartier avec sa maman. Léo était tout excité à l’idée de Noël qui approchait à grand pas. Soudain, il s’arrêta devant une vitrine illuminée où se trouvait une magnifique figurine du père Noël.

Léo s’exclama :
– Maman, maman, regarde le père Noël ! Il est trop rigolo avec sa barbe blanche !
Sa maman sourit et lui dit :
– Oui, Léo, le père Noël est vraiment spécial. Tu sais, on dit qu’il apporte des cadeaux aux enfants sages la nuit de Noël.
Les yeux de Léo brillèrent de bonheur à cette idée. Il demanda alors à sa maman :
– Est-ce que je pourrai rencontrer le père Noël un jour ?
Sa maman lui répondit avec un clin d’œil malicieux :
– Qui sait, peut-être que tu auras la chance de le rencontrer un jour, Léo. Il suffit d’y croire très fort !
Léo hocha la tête avec détermination. Il était persuadé que s’il croyait assez fort en la magie de Noël, tout pouvait arriver.
Les jours passèrent et Noël approchait à grands pas. Léo était de plus en plus excité à l’idée de voir le père Noël. Un soir, alors qu’il était confortablement installé devant la cheminée avec sa famille, il entendit soudain un bruit étrange venant de dehors.
Intrigué, Léo se leva et se dirigea vers la fenêtre. À sa grande surprise, il vit un traîneau volant tiré par des rennes majestueux qui se posait doucement dans le jardin enneigé. Le père Noël en descendit, un grand sourire sur son visage ridé.
Léo était tellement émerveillé qu’il en resta bouche bée. Le père Noël s’approcha de lui et lui dit d’une voix chaleureuse :
– Bonjour, Léo. J’ai entendu parler de ton incroyable foi en la magie de Noël. J’ai décidé de te rendre visite cette année.
Léo était aux anges. Il passa la soirée à discuter avec le père Noël, à lui raconter ses rêves et ses souhaits. Le père Noël lui promit de réaliser un de ses vœux pour Noël.
Le soir de Noël arriva enfin. Léo était tellement excité qu’il avait du mal à tenir en place. Il avait demandé au père Noël un cadeau très spécial : un train en bois rouge et bleu.
Alors que minuit approchait, Léo entendit soudain des clochettes résonner dans le ciel étoilé. Le père Noël arriva chez lui avec son traîneau chargé de cadeaux pour tous les enfants sages.
Léo ouvrit son cadeau avec impatience et découvrit avec joie le magnifique train en bois qu’il avait tant désiré. Il sauta de joie et remercia le père Noël avec un immense sourire.
Le père Noël lui tapota gentiment la tête et lui dit :
– Continue de croire en la magie de Noël, Léo. Joyeux Noël !
Et c’est ainsi que Léo vécut le plus merveilleux des Noëls, rempli de magie, d’amour et de rêves réalisés.
Technologies
Les appareils connectés collectent et vendent beaucoup d’informations. Les voitures modernes ne se contentent plus de nous transporter du point A au point B, elles collectent nos données de conduite, notre localisation, nos habitudes, jusqu’à nos pratiques sexuelles, et les transmettent aux constructeurs sans notre vrai consentement.
« On veut que les gens soient conscients du problème », explique Maxime Dorais, de l’Union des consommateurs, qui vient de produire un rapporte de 200 pages sur le sujet.

L’industrie automobile estime entre 1 $ et 16 $ de l’heure la valeur des données récoltées à partir d’une voiture connectée. Stellantis prévoit 20 milliards $ US de revenus d’ici 2030 grâce aux services connectés, McKinsey évalue le potentiel mondial à 750 milliards $ US.
La liste des informations captées dépasse la mécanique. Nissan et Kia mentionnent récolter des données sur la « vie sexuelle » ou l’« activité sexuelle » pendant que Tesla, Hyundai et les autres accumulent vitesse, trajets, localisation GPS, musique écoutée, poids et nombre de passagers.
Le consentement des automobilistes ? Enfoui dans des clauses de licence utilisateur finales que personne ne lit.
UNE TRAYEUSE AVEC DES ROUES
« Soit vous signez lors de l’achat ou vous cliquez oui sur l’écran de bord », précise M. Dorais au sujet de ce consentement.
« On est des cobayes, des vaches à lait qui payons nos propres trayeuses à roues », dénonce-t-il. En gros, on achète un véhicule à 50 000 $, mais pas le logiciel qui le fait fonctionner.
General Motors a ainsi vendu des données de conduite à LexisNexix, qui les a revendu aux assureurs. Résultat : Un conducteur de Chevroler Bolt mentionné dans le rapport a vu sa prime d’assurance exploser de 20 % sans comprendre pourquoi.
Une voiture peut générer jusqu’à 25 Go de données par heure. D’ici 2030, 95 % des nouvelles voitures vendues dans le monde seront connectées.
Pour limiter l’hémorragie, l’État doit agir, plaide l’Union des consommateurs.
L’organisme recommande d’interdire la revente des données sans consentement explicite et d’imposer un contrôle granulaire par fonction. Au Québec, la loi 25 sur la protection des renseignements personnels impose déjà des amendes salées aux entreprises récalcitrantes.
« Les constructeurs prétendent que cette collecte massive sert à améliorer la sécurité et les réparations », explique M. Dorais, qui n’y croit pas une seconde.
FORD VEND VOS CONVERSATIONS
Ford a déjà planifié comment monnayer vos données. Le constructeur prévoit diffuser des publicités ciblées à partir des conversations captées à l’intérieur du véhicule. Le constructeur a déjà annoncé la disparition de la radio FM dans les voitures et va la remplacer par une radio numérique prétendument gratuite.
« Vous allez être géolocalisés, on va vous pousser de la publicité ciblée, on va évidemment vous traquer », averti M. Dorais.
Source : Julien MCEVOY, Journal de Montréal, 4 décembre 2025, p30
Conte de Noël pour les enfants au cœur d’ange
Dans une petite ville où la neige tombait doucement comme des plumes de coton, un orphelinat se tenait au bout d’une rue pavée. Les murs de cet endroit étaient recouverts de guirlandes scintillantes et de boules de Noël multicolores. À l’intérieur, une douce chaleur régnait, et les enfants, impatients, attendaient Noël avec un mélange d’excitation et de curiosité.

Parmi eux, il y avait Chloé, une petite fille aux yeux pétillants et aux cheveux bouclés. Elle avait dix ans et était pleine de vie. Chloé adorait Noël plus que tout. Elle adorait les chansons de Noël, les lumières brillantes et, surtout, l’odeur des biscuits au pain d’épices qui remplissait l’air à cette période de l’année. Chaque matin, elle se levait avec l’espoir que peut-être, aujourd’hui, quelque chose de magique se produirait.
Un matin, alors que les flocons de neige dansaient devant la fenêtre, Chloé se leva plus tôt que d’habitude. Elle s’étira, se frotta les yeux, et s’approcha de la fenêtre. En regardant dehors, elle aperçut ses amies : Zoé, l’intrépide, Emma, la rêveuse, et Léa, toujours pleine d’idées. Elles étaient là, entourées de neige, prêtes à construire le plus grand bonhomme de neige du monde.
– Chloé, viens vite ! cria Zoé, en lançant une boule de neige qui passa juste à côté de Chloé. Nous avons besoin de toi pour le rendre immense !
Chloé s’habilla en hâte, enfilant son pull rouge à motifs de rennes et sa écharpe en laine.
– J’arrive ! s’écria-t-elle en courant vers la porte.
Les rires résonnaient dans l’air frais, et bientôt, les filles se mirent au travail. Elles façonnaient la neige, la roulant et la modelant avec passion.
– Je veux que notre bonhomme de neige ait trois chapeaux différents, proposa Emma, avec un sourire rêveur.
– Et des lunettes de soleil ! ajouta Léa, en éclatant de rire.
Chloé, en riant, dit :
– Mais il va avoir chaud avec tout ça ! Elles continuèrent à construire leur chef-d’œuvre, oubliant le temps qui passait.
La magie de Noël flottait dans l’air, et les jours passèrent sans que Chloé et ses amies ne s’en aperçoivent. Mais un matin, alors qu’elles prenaient un chocolat chaud dans la cuisine, la directrice de l’orphelinat, Madame Dupont, entra avec une mine grave.
– Mes chères petites, j’ai une nouvelle à vous annoncer, commença-t-elle avec un soupir. Cette année, notre collecte de jouets pour les enfants des familles défavorisées a été un peu… compliquée. Nous n’avons pas reçu assez de dons.
Les filles échangèrent des regards inquiets. Noël sans cadeaux pour des enfants qui en avaient besoin ? Cela semblait impensable.
Chloé, les yeux brillants d’une idée, s’exclama :
– Et si nous organisions quelque chose pour récolter des dons ? Nous pourrions organiser un marché de Noël !
– Oui ! Excellente idée, Chloé ! applaudit Zoé. On pourrait vendre des biscuits, des décorations de Noël, et même des cartes faites maison !
– Et nous pourrions chanter des chants de Noël pour attirer encore plus de monde ! ajouta Emma, tout excitée.
Madame Dupont sourit, touchée par leur enthousiasme. « C’est une belle initiative. Je suis sûre que cela fera chaud au cœur à beaucoup de personnes. »
Les filles se mirent au travail, se réunissant chaque jour après l’école pour préparer leur marché de Noël. Elles confectionnèrent des biscuits en forme d’étoiles, décorèrent des pots de fleurs avec du rouge et du vert, et réalisèrent des cartes colorées avec des dessins de sapins et de rennes.
Léa, bien que parfois en fauteuil roulant, trouvait toujours des façons de participer. Elle était la chef des décorations. Sa créativité ne connaissait pas de limites, et ses idées apportaient une touche unique à chaque projet.
Le jour tant attendu arriva enfin. Le marché de Noël était installé dans le jardin de l’orphelinat. Les stands étaient ornés de guirlandes lumineuses et de boules colorées. Des odeurs délicieuses de biscuits chauds et de chocolat flottèrent dans l’air.
Les enfants avaient préparé un petit spectacle de chants de Noël. Chloé, sur le devant de la scène improvisée, prit une grande respiration avant de commencer à chanter. Sa voix joyeuse résonnait, suivie par celle de ses amies. Leurs mélodies attirèrent peu à peu les passants, qui s’arrêtèrent, intrigués par la magie qui se dégageait de l’endroit.
– Regardez comme c’est beau ! murmura une dame en souriant. Ils chantent si bien !
Les gens commencèrent à acheter des biscuits et des décorations, tout en glissant des pièces dans la boîte de dons. Chloé, Zoé, Emma et Léa se regardaient avec des sourires radieux. Leur projet prenait vie, et elles pouvaient sentir l’esprit de Noël s’installer autour d’elles.
Mais soudain, un incident survint. Un grand vent se leva, et plusieurs décorations s’envolèrent dans les airs comme des oiseaux effrayés. Chloé eut un moment de panique.
– Oh non ! Nos décorations !
– Ne t’inquiète pas ! cria Zoé en courant après une étoile filante qui tourbillonnait. On va les rattraper !
Les filles se mirent à courir dans tous les sens, riant aux éclats, tentant de récupérer les décorations. Chloé, en poursuivant une boule rouge, se retrouva face à un petit garçon avec de grands yeux émerveillés.
– C’est super ce que vous faites ! s’écria-t-il. Je veux aider !
En un clin d’œil, d’autres enfants se joignirent à elles. Ensemble, ils formèrent une grande équipe. Chacun attrapait une décoration ou aidait à ramasser les biscuits qui avaient roulé par terre. L’excitation était contagieuse, et bientôt, le jardin résonnait de rires et de cris.
À la fin de la journée, le marché de Noël fut un véritable succès. Les filles comptèrent les dons avec des yeux pétillants.
– Regardez ! On a réussi à récolter suffisamment pour offrir des cadeaux à tous les enfants ! s’écria Chloé, les mains tremblantes d’excitation.
Madame Dupont les rejoignit, tout émue.
– Vous avez fait un travail incroyable, mes chéries. Vous avez apporté de la joie non seulement à vous-mêmes, mais aussi à tant d’autres enfants.
Ce soir-là, après une journée aussi remplie d’aventures, les filles se rassemblèrent autour d’un grand feu dans le salon de l’orphelinat. Les flammes dansaient, projetant des ombres chaleureuses sur les murs décorés.
– Je pense que Noël, c’est plus que des cadeaux, murmura Emma, le regard fixé sur le feu. C’est aussi donner un peu de joie aux autres.
Chloé acquiesça, un sourire aux lèvres.
– Oui, et nous avons créé quelque chose de spécial aujourd’hui. C’était une vraie aventure !
Léa, avec un sourire malicieux, ajouta :
– Et je parie que notre bonhomme de neige est jaloux de toutes nos prouesses !
Les rires résonnèrent et elles se racontèrent des histoires drôles, leurs yeux brillants d’amitié. La magie de Noël était plus présente que jamais.
Le matin de Noël, le soleil se leva avec douceur, illuminant le ciel d’une teinte dorée. Les filles, impatientes, se précipitèrent vers le sapin décoré dans le salon. À leur grande surprise, des paquets colorés s’y trouvaient, chacun portant un petit mot délicat.
– Ce sont les jouets que nous avons collectés ! s’exclama Chloé, les yeux écarquillés.
Elles ouvrirent les paquets avec frénésie, découvrant des jouets, des livres, et même des bonnets tricotés à la main. Mais ce qui les toucha le plus, ce fut de voir les visages des autres enfants, qui étaient là avec leurs familles, tous réunis pour célébrer Noël ensemble.
– Regardez, ils sont tous là ! s’écria Zoé, le cœur battant de joie.
Madame Dupont, avec une lueur dans les yeux, leur expliqua que grâce à leur collecte, tous ces enfants pouvaient passer un merveilleux Noël entourés de chaleur et d’amour.
– Vous avez prouvé que l’esprit de Noël, c’est avant tout le partage et l’amitié, dit-elle avec émotion.
Les filles se prirent dans les bras, riant et dansant autour du sapin. Elles avaient non seulement donné, mais elles avaient également reçu le plus beau des cadeaux : la joie d’être ensemble et de faire briller les yeux des autres.
Les jours suivants, l’orphelinat se remplissait de chants et de rires. Les enfants, unis par cette aventure, créèrent de nouveaux souvenirs, passant du temps à jouer dans la neige, à préparer des surprises pour leurs amis, et à rêver ensemble de futures aventures.
Chloé, le cœur léger, se rendit compte qu’elle avait trouvé une famille dans cet orphelinat. Unis par l’esprit de Noël, les enfants avaient créé quelque chose de bien plus grand que des cadeaux : ils avaient créé des liens d’amitié qui dureraient toute une vie.
Lorsque Noël approchait à nouveau, Chloé se mit à réfléchir. Peut-être que la magie de Noël n’était pas seulement une fête, mais un état d’esprit. Elle se promit de garder cet esprit vivant dans son cœur, et de le partager avec tous ceux qui en auraient besoin.
Et ainsi, chaque année, le marché de Noël de l’orphelinat devint une tradition, une célébration de l’amitié, de la générosité et de la magie qui se cachent dans chaque cœur. Car Noël, c’était bien plus qu’une simple fête, c’était une aventure que l’on partageait ensemble, des rires qui unissaient et des souvenirs que l’on gardait pour toujours.
Les enfants savaient maintenant, plus que jamais, que le véritable esprit de Noël ne se mesurait pas en cadeaux, mais en sourires, en rires, et en amour partagé.
Sécurité routière
Récemment, je regardais la vidéo d’une voiture de police qui poursuivait un conducteur qui sirotait son café au volant d’une Porsche Panamera, alors qu’il roulait à 181 km/h sur une autoroute en France.

Tout d’abord, les policiers autoroutiers là-bas, sont équipés pour les poursuites à haute vitesse avec leur voiture d’interception Alpine sport. De plus, la vitesse maximale permise sur les autoroutes est de 130 Km/h.
Après un départ presqu’arrêté, Ils n’ont mis que quelques secondes, pour rejoindre le kamikaze.
Celui-ci, un étranger danois, accompagné de sa femme, a remis son permis de conduire et papiers d’identification. C’est à partir de là que j’ai pris connaissance des règlements de sécurité routière en France.
Parce qu’il est étranger, il a dû payer l’amende directement sur place, soit 135 euros (220 $CAN) comptant. De plus, il lui est sur le champ interdit de conduire pour les 72 heures suivantes. Sa femme, dès ce moment, a dû prendre le volant.
Si le délinquant dépasse la vitesse permise de plus de 50 km et se fait pincer, le véhicule passe 7 jours à la fourrière. Cette saisie à la fourrière peut même durer 3 ou 4 mois, selon ce qu’un juge en décidera ultérieurement et principalement pour les grands excès de vitesse.
En France, les grands excès de vitesse, sont responsables annuellement du tiers des accidents mortels.
Et croyez-moi, les intercepteurs sont équipés en bagnole pour rivaliser avec n’importe quel fou du volant.
Je vous laisse le soin d’aller voir la vidéo de l’événement sur ce lien. Vidéo | Facebook
Dans ce cas précis, le conducteur s’en est tout de même bien tiré, puisque sur son constat d’infraction, les policiers ont indiqué 172 km/h.
Imaginez, ici, avec nos nids-de-poule…
Conte de Noël pour les grands au cœur d’enfant
Dans un petit appartement du quartier Villeray à Montréal, Monsieur Lambert, 82 ans, vivait seul depuis la mort de sa femme, Huguette, survenue huit hivers plus tôt. Chaque année, il décorait quand même son balcon avec une guirlande rouge et une étoile lumineuse, « pour faire honneur à la tradition », disait-il, même si personne ne venait plus vraiment lui rendre visite.

Le 24 décembre, la neige tombait dru sur la ville. Les trottoirs étaient déserts, les vitrines fermées, et les rares passants pressaient le pas, emmitouflés dans leurs manteaux. Monsieur Lambert, lui, avait préparé son traditionnel ragoût de boulettes, une recette qu’il tenait de sa mère. Il avait mis la table pour deux, comme toujours, avec la vieille nappe brodée et les verres en cristal qu’Huguette adorait.
Il s’assit, seul, face à la chaise vide. Il leva son verre de vin rouge et murmura :
— Joyeux Noël, ma belle.
Puis il mangea lentement, en silence, bercé par les souvenirs. Il se rappelait les Noëls d’autrefois, les rires de ses enfants, les chansons autour du piano, l’odeur du sapin naturel qu’ils allaient chercher au marché Jean-Talon. Mais les enfants étaient partis vivre loin : l’un à Vancouver, l’autre à Bruxelles. Ils appelaient parfois, mais rarement à Noël. Trop occupés, disaient-ils.
Vers 21 h, alors qu’il s’apprêtait à éteindre les lumières, on frappa à la porte. Étonné, Monsieur Lambert alla ouvrir. Sur le seuil se tenait une jeune femme, trempée, les joues rouges de froid, tenant un sac à dos et un petit chien dans les bras.
— Bonsoir… Je suis désolée de vous déranger. Mon autobus a été annulé, et je n’ai nulle part où aller. J’ai vu votre lumière… Est-ce que je peux juste me réchauffer un peu ?
Monsieur Lambert hésita. Il n’aimait pas les imprévus. Mais il vit dans les yeux de la jeune femme une détresse sincère. Il s’écarta.
— Entrez donc. Vous allez attraper la mort.
Elle entra, remerciant à voix basse. Elle s’appelait Clara, avait 27 ans, et tentait de rejoindre sa mère à Trois-Rivières pour Noël. Le chien s’appelait Biscuit, un petit bâtard nerveux mais affectueux.
Monsieur Lambert lui offrit une serviette, un bol de soupe chaude, et même un vieux chandail de laine. Clara mangea avec appétit, puis ils parlèrent. D’abord timidement, puis avec plus de chaleur. Elle lui raconta sa vie de serveuse dans un café du Plateau, ses rêves de devenir illustratrice, ses amours ratées. Lui parla de sa jeunesse, de son métier de facteur, de ses promenades avec Huguette au parc Jarry.
Minuit approchait. Clara regarda l’horloge.
— Vous savez, je n’ai pas eu un vrai Noël depuis des années. Mais ce soir… c’est comme si j’étais tombée dans un conte.
Monsieur Lambert sourit. Il n’avait pas souri ainsi depuis longtemps.
— Moi non plus, dit-il. Pas depuis que ma femme est partie.
Ils burent un peu de porto. Clara trouva dans le vieux buffet un jeu de cartes et proposa une partie de carte. Monsieur Lambert accepta, ravi. Ils jouèrent, rirent, trichèrent un peu. Le chien dormait sur le tapis, ronflant doucement.
Vers 2 h du matin, Clara s’endormit sur le divan, emmitouflée dans une couverture. Monsieur Lambert la regarda un moment, puis alla chercher un oreiller et une autre couverture. Il éteignit les lumières, ne laissant que l’étoile lumineuse du balcon briller dans la nuit.
Le lendemain matin, Clara se réveilla seule. Sur la table, un mot…
Elle attendit. Une heure. Deux. À midi, inquiète, elle sortit. La neige avait cessé. Elle demanda au concierge s’il avait vu Monsieur Lambert.
— Monsieur Lambert ? Il est décédé l’hiver dernier, mademoiselle. En janvier. Crise cardiaque. On l’a trouvé seul chez lui.
Clara pâlit.
— Ce n’est pas possible. J’ai passé la nuit ici. Il m’a ouvert la porte. On a joué aux cartes…
Le concierge la regarda, perplexe.
— Vous devez vous tromper d’appartement.
Mais Clara insista. Elle monta, frappa à la porte. Personne. Elle tourna la poignée : c’était ouvert. L’appartement était vide. Pas de nappe, pas de vaisselle, pas de chien. Juste une odeur de renfermé.
Mais sur le balcon, l’étoile lumineuse brillait encore.
Clara descendit, le cœur battant. Elle marcha longtemps dans les rues enneigées, le chien dans les bras. Elle ne comprenait pas. Elle se sentait bouleversée, mais étrangement apaisée.
Ce soir-là, elle appela sa mère et lui dit qu’elle viendrait le lendemain. Elle avait quelque chose à dessiner d’abord.
Dans les semaines qui suivirent, Clara peignit une série d’illustrations inspirées de cette nuit étrange : un vieil homme et une jeune femme jouant aux cartes, un chien endormi, une étoile qui brille dans la nuit. Elle les exposa dans une petite galerie du Mile-End. L’exposition s’intitulait : « Le dernier Noël de Monsieur Lambert ».
Les visiteurs furent nombreux. Certains pleuraient en silence devant les tableaux. D’autres souriaient. Tous ressentaient quelque chose d’indéfinissable, comme une chaleur oubliée.
Clara ne sut jamais vraiment ce qui s’était passé cette nuit-là. Était-ce un rêve ? Un miracle ? Une hallucination née de la fatigue et du froid ? Peu importait.
Elle savait seulement qu’un vieil homme seul lui avait offert, sans rien attendre, un Noël inoubliable. Et qu’en retour, elle lui avait peut-être offert la paix.
Et depuis ce jour, chaque 24 décembre, Clara allume une étoile lumineuse à sa fenêtre. Pour Monsieur Lambert.
Histoire
Parmi les livres de recettes classiques, La cuisinière Five Roses est un incontournable dont un grand nombre de ménages canadiens a possédé un exemplaire au 20e siècle.
Peut-être en avez-vous un exemplaire dans votre cuisine ? Certaines recettes de base de biscuits et de galettes de nombreuses familles du pays tirent possiblement leur origine dans ce livre, créé par la célèbre compagnie de farine du même nom.

En effet, cherchant à mousser davantage ses ventes dans les années 1910, Five Roses a choisi de réunir une collection de plus de 600 recettes dans un livre facile à obtenir… par la poste.
RÉPUTÉ POUR SA QUALITÉ
Dans la dernière décennie du 19e siècle, en plein cœur du développement industriel au Canada, le blé et les moulins à farine sont au cœur de l’économie interne et, graduellement, sont partie intégrante des exportations à l’international.
C’est en Ontario, dans la petite ville de Keewatin, située sur les rives du lac des Bois, que l’entreprise Lake of the Woods Milling Company s’est développée et spécialisée dans le moulinage de la farine de qualité à partir de 1888.
Au tournant du 20e siècle, la marque Five Roses, l’une des plus vendues, est réputée pour sa qualité et sa fiabilité en cuisine
UN VÉRITABLE SUCCÈS DE VENTE
En 1913, alors que la marque Five Roses est toujours produite en Ontario, la compagnie veut la faire connaître davantage et arrive avec deux idées ingénieuses : lancer un concours de recettes dans le pays et ensuite produire un livre vendu à petit prix.
Au gré des premières éditions, ce sont plus de 2000 femmes, utilisatrices de cette farine, qui ont ainsi vu une de leurs recettes publiée et partagée partout au Canada !
La première édition paraît en anglais en 1913 et est suivie par la traduction française en 1915.
Pour l’obtenir, il suffit de remplir un coupon, généralement donné par quelqu’un qui avait déjà un exemplaire, car il se trouve à l’intérieur du livre, de le poster avec 25 sous (puis 40 sous au Québec pour l’édition de 1939) et un exemplaire est ensuite envoyé au destinataire.
On y trouve donc des recettes à base de farine allant des beignes aux biscuits, en passant par les croquettes, les galettes et bien sûr, le pain ! Les premières éditions sont un grand succès au point où l’on estime que dans les années 1920-1940, près d’un ménage sur deux en possède probablement un exemplaire.
Ce livre a une place unique dans l’histoire culinaire canadienne, car il a été utilisé dans toutes les provinces pendant des décennies et est le résultat d’une œuvre collaborative de femmes qui, par le biais d’une ou deux de leurs recettes familiales, ont ainsi composé un livre de base pour de très nombreuses familles !
UNE MARQUE SYMBOLIQUE DE LA VILLE DE MONTRÉAL
Comment devient-elle un symbole industriel de la ville de Montréal ?
Au début des années 1950, la compagnie de minoterie Ogilvie Flour Mills est déjà bien installée le long du canal Lachine, afin de profiter d’un bon débit d’eau pour ses moulins et avoir un accès facile au port de Montréal. Elle fait l’acquisition de l’entreprise Lake Woods Milling Company et de sa célèbre marque Five Roses en 1954.
Elle publicise la production de cette farine entre autres en installant une immense enseigne lumineuse, devenue un emblème de la métropole québécoise.
Source : Evelyne Ferron, historienne, Journal de Montréal, cahier weekend, 15 novembre 2025, p56
Actualités
Nul besoin de beaucoup de mots pour résumer ce qui émerge de l’actualité. Le caricaturiste Ygreck en a fait son art… Voici ses perles de novembre, publiées dans le Journal de Montréal.

























Amour
Avec toutes les mauvaises nouvelles qu’on apprend et lit tous les jours, rien de mieux qu’une belle histoire. Est-elle fausse, inventée de toutes pièces ? Je ne le sais pas et je m’en fous, parce qu’elle est belle, remplie d’espoir et de résilience. Elle fait du bien à l’âme. Elle est tirée de Facebook et vous fera monter les larmes aux yeux.
***
La petite fille m’a demandé si je pouvais être son papa jusqu’à ce qu’elle meure, mais j’ai refusé pour une seule raison. Ce furent ses mots exacts. Sept ans, assise dans un lit d’hôpital avec des tubes dans le nez, et elle m’a regardé, moi, un parfait inconnu, un biker à l’air effrayant, et m’a demandé si je voulais bien faire semblant d’être son père pour le temps qu’il lui restait.

Je m’appelle Mike. J’ai 58 ans. Je suis motard, avec des tatouages sur les deux bras, une barbe qui descend jusqu’à ma poitrine, et je roule avec le Defenders Motorcycle Club.
Je fais du bénévolat tous les jeudis à l’Hôpital des Enfants pour lire des histoires aux petits malades. C’est quelque chose que notre club a commencé il y a quinze ans, quand la petite-fille d’un de nos frères a passé des mois en oncologie pédiatrique.
La plupart des enfants ont peur de moi au début. Je comprends. Je suis grand, bruyant, et j’ai l’air d’un type qui sort d’un film de motards, pas d’un hôpital pour enfants. Mais dès que je commence à lire, ils oublient mon apparence. Ils n’entendent plus que l’histoire.
C’est ce que je pensais qui arriverait avec Amara.
Je suis entré dans la chambre 432 un jeudi après-midi de mars. L’infirmière m’avait prévenu : une nouvelle patiente. Sept ans. Neuroblastome stade quatre. Aucun membre de la famille n’était venu la voir depuis les trois semaines où elle avait été admise.
« Aucun membre de la famille ? » ai-je demandé.
Le visage de l’infirmière s’est crispé. « Sa mère l’a abandonnée ici. Elle l’a déposée pour le traitement et n’est jamais revenue. On essaie de la joindre depuis des semaines. Les services sociaux sont impliqués mais Amara n’a aucune autre famille. Elle ira en famille d’accueil dès qu’elle sera assez stable pour sortir. »
« Et si elle n’est pas stable ? »
L’infirmière a détourné le regard. « Alors… elle mourra ici. Seule. »
Je suis resté une minute entière devant la porte avant de pouvoir entrer. J’ai déjà lu à des enfants mourants. Ça ne devient jamais plus facile. Mais un enfant mourant complètement seul ? C’était un nouveau genre d’enfer.
J’ai frappé doucement et ouvert la porte. « Salut, je m’appelle Mike. Je suis là pour te lire une histoire, si tu veux. »
La petite fille dans le lit a tourné la tête vers moi. Elle avait les plus grands yeux bruns que j’aie jamais vus. Ses cheveux avaient disparu avec la chimio. Sa peau avait cette teinte grisâtre qui signifie que le corps se bat. Mais elle a souri en me voyant.
« T’es vraiment grand », dit-elle d’une voix faible et rauque.
« Oui, on me le dit souvent. » J’ai levé le livre que j’avais apporté. « J’ai une histoire sur une girafe qui apprend à danser. Tu veux l’entendre ? »
Elle a hoché la tête. Alors je me suis assis et j’ai commencé à lire.
J’étais à la moitié du livre lorsqu’elle m’a interrompu : « Monsieur Mike ? »
« Oui, ma puce ? »
« Vous avez des enfants ? »
La question m’a frappé en plein cœur. « J’avais une fille. Elle est morte à seize ans. Accident de voiture. Ça fait vingt ans maintenant. »
Amara est restée silencieuse un instant. Puis elle a demandé : « Elle vous manque d’être un papa ? »
Ma gorge s’est serrée. « Chaque jour, ma chérie. »
« Mon papa est parti avant ma naissance », dit-elle simplement. « Et ma maman m’a amenée ici et n’est jamais revenue. Les infirmières disent qu’elle reviendra jamais. »
Je ne savais pas quoi répondre. Que peut-on dire à une enfant de sept ans abandonnée en pleine agonie ?
Amara a continué : « La dame de l’aide sociale a dit que je vais aller chez une famille d’accueil quand j’irai mieux. Mais j’ai entendu les médecins. Ils pensent pas que je vais mieux. »
« Chérie… »
« C’est d’accord », dit-elle. Sa voix était si calme. Trop calme pour une enfant. « Je sais que je vais mourir. Tout le monde pense que je comprends pas mais si. J’ai entendu qu’ils disaient que le cancer est partout. Ils ont dit peut-être six mois. Peut-être moins. »
J’ai posé le livre. « Amara, je suis tellement désolé. »
Elle m’a regardé avec ses grands yeux. « Monsieur Mike, je peux vous demander quelque chose ? »
« Tout ce que tu veux. »
« Vous voulez bien être mon papa… jusqu’à ce que je meure ? »
Le silence a envahi la pièce. Même les moniteurs semblaient s’être arrêtés. Je sentais mes cinquante-huit ans peser sur mes épaules comme du plomb.
Je voulais dire oui. Bon Dieu, je voulais dire oui tellement fort que mes os en faisaient mal. Mais j’étais juste un vieux biker cabossé qui venait une fois par semaine avec des livres d’images. Je buvais trop, je criais encore certains soirs en appelant le nom de ma fille morte dans une maison vide. Qu’est-ce que je savais encore du rôle de père, même pour un petit moment ?
J’ai avalé la pierre coincée dans ma gorge. « Chérie… j’en serais honoré. Mais je dois être honnête : je suis peut-être plus très bon comme papa. Je pourrais rater des choses. »
Son visage entier s’est éclairé comme un lever de soleil. « C’est pas grave. Vous pourrez vous entraîner avec moi. »
Et juste comme ça, j’avais une fille de nouveau.
Les infirmières ont pleuré quand je leur ai dit. L’assistante sociale a pleuré encore plus quand j’ai demandé la garde temporaire, l’autorité médicale, tout ce qui me permettrait de la ramener à la maison si elle devenait assez forte, ou de rester à son chevet chaque jour si ce n’était pas le cas. Le club est venu en force. Vingt-cinq Harley grondant sur le parking de l’hôpital, faisant paniquer la sécurité jusqu’à ce qu’ils voient les peluches attachées à chaque moto.
On a transformé la chambre 432 en un endroit qui ne ressemblait plus à une chambre d’hôpital. Un des gars a apporté une parure de lit rose. Un autre, un petit gilet en cuir avec “Daddy’s Girl” brodé dans le dos. Quelqu’un a accroché des guirlandes lumineuses. Quelqu’un d’autre a fait entrer un chiot (pas autorisé du tout, mais seulement dix minutes—Amara en a ri si fort qu’elle a dû remettre son oxygène).
Le jeudi est devenu tous les jours. Je lui ai lu le livre de la girafe jusqu’à ce qu’on le connaisse par cœur. Puis Charlotte’s Web. Puis Harry Potter. Quand ses mains sont devenues trop faibles pour tenir le livre, j’ai tenu le livre pour nous deux. Quand la douleur devenait trop forte, je me couchais dans son lit minuscule et je la laissais s’endormir sur ma poitrine pendant que je fredonnais du Johnny Cash, comme avec ma propre fille autrefois.
Les médecins n’arrêtaient pas de secouer la tête. Ils n’arrivaient pas à comprendre. Les scanners n’étaient pas vraiment meilleurs, mais pas pires non plus. Six mois sont devenus neuf. Neuf sont devenus douze.
Le matin de ses huit ans, Amara s’est réveillée et m’a dit : « Papa, j’ai rêvé que je courais. Mes jambes marchaient et tout. »
Je l’ai embrassée sur la tête. « Alors on va rendre ça vrai, bébé. »
Deux semaines plus tard, l’oncologue m’a convoqué, les yeux écarquillés. « Les tumeurs dans sa colonne… elles rétrécissent. Je n’ai jamais— » Il s’est arrêté. « Nous constatons une régression significative. Je n’ai pas d’explication. »
Moi, j’en avais une. L’amour. L’amour simple, têtu, bruyant, tatoué.
Dix-huit mois après le jour où elle m’a demandé d’être son papa “jusqu’à ce qu’elle meure”, Amara a quitté l’hôpital sur ses deux jambes, tenant ma main, son petit gilet en cuir sur le dos, et un sourire plus grand que le ciel.
Le club lui a organisé une fête de retour qui a secoué tout le quartier. Il y avait des poneys. Un château gonflable. Un gâteau de la taille d’une roue de Harley. Et quand le soleil s’est couché et que le feu crépitait, Amara s’est installée sur mes genoux, a regardé les étoiles et a murmuré : « Papa ? »
« Oui, bébé ? »
« Je crois que je ne vais pas mourir avant très longtemps. »
Je l’ai serrée contre moi, assez fort pour sentir nos deux cœurs. « Bien », ai-je dit, la voix cassée comme celle d’un vieux. « Parce que je viens juste de commencer à être ton père. »
Elle a quinze ans maintenant. Toujours en rémission. Toujours en train de m’appeler Papa chaque jour. Toujours endormie dans les mêmes draps roses de la chambre 432.
Et tous les jeudis, qu’il pleuve ou qu’il vente, on retourne à l’Hôpital des Enfants—moi sur ma Harley, elle derrière moi, accrochée comme si elle avait fait ça toute sa vie—et on lit des histoires aux nouveaux enfants qui ont peur et qui souffrent.
Parce que certaines choses valent plus que les années qu’on a.
Certaines choses sont éternelles.
L’amour peut guérir…
Finances publiques
Quand je dis que c’est facile de dépenser l’argent des autres. Quand je dis aussi que le gouvernement ne regarde pas à la dépense et surtout qu’il ne contrôle rien, et que la rectitude financière est le dernier de ses soucis, je vous invite à bien lire le texte qui suit, du journaliste Patrick Bellerose, au Journal de Québec. Rappelez-vous-en lorsque vous ferez votre prochaine déclaration de revenus, chèrement gagnés.
52 000 $ PAYÉS DE NOS POCHES INUTILEMENT
Des cartes de crédit et des intérêts qui coûtent cher à l’État

Les contribuables québécois ont payé plus de 52 000 $ en intérêts sur des soldes impayés en raison d’une gestion négligente des cartes de crédit des ministères, constate le vérificateur général. Et ce n’est que la pointe de l’iceberg.
L’équipe d’Alain Fortin s’est penché sur l’utilisation des cartes de crédit par l’État québécois, un enjeu soulevé par notre Bureau d’enquête l’an dernier.
Le vérificateur général par intérim a soulevé de nombreuses lacunes dans la gestion de ce mode de paiement utilisé par 153 ministères et organismes.
DANS LE VIDE
Sur une période de trois ans, le ministère des Transport a payé 16 570 $ dans le vide. Dix autres ministères cumulent 36 000 $ en intérêts sur la même période.
Au total, 64 ministères et organismes ont été vérifiés. Seuls ceux ayant des intérêts excédant 1000 $ ont été retenus.
De façon générale, le rapport indique :
En effet, le VG note qu’une annulation peut prendre jusqu’à 122 jours après le départ d’un fonctionnaire et 259 jours pour une absence prolongée.
LACUNES
Le paiement d’intérêts pour les soldes réglés en retard est d’autant plus incompréhensible que les organismes peuvent autoriser des paiements préautorisés auprès de la banque.
À preuve, la commission scolaire du Chemin-du-Roy et le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, où cette mesure est appliquée, n’ont payé aucun frais de retard sur la période auditée.
« C’est sûr que, globalement, ce ne sont pas des millions [de dollars] », a commenté Alain Fortin. Mais le problème pourrait facilement être corrigé, souligne-t-il.
D’ailleurs, l’encadrement général des cartes de crédit laissent à désirer. Pour près de 40 % de quatre entités auditées, les raisons des achats n’étaient pas documentées.
Une centaine de transactions ont aussi permis de contourner les limites financières en fractionnant le montant en plus petites sommes, pour un total de 260 000 $.
Réflexion

On dit que le temps arrange tout, il suffit de l’attendre.
Mais qu’il est donc lent, le temps de l’attente.
L’attente de l’ami, qu’on n’a pas vu depuis longtemps.
L’attente des secours, quand survient l’accident.
L’attente de la guérison, quand s’éternise la souffrance.
L’attente du soleil, quand tarde le printemps.
L’attente de la compassion, quand dure l’indifférence.
L’attente du pardon, pour une lointaine offense.
***
Pourtant, il suffit qu’on l’oublie, le temps.
Quand arrive l’ami qu’on attendait depuis longtemps.
Que se réveillent les souvenirs d’antan.
Et qu’on déroule les histoires du bon vieux temps.
Il en profite pour nous échapper et galoper, le temps.
Et quand vient le temps d’aller voir où en est le temps, on s’aperçoit qu’il a filer comme le vent, le temps.
Et qu’on ne peut le rattraper, le temps.
***
On a parfois envie de l’emprisonner dans les bons moments.
Mais lent ou rapide, on ne peut l’arrêter de passer, le temps.
Puis quand vient le temps de disposer de notre temps, on voudrait arrêter, afin de regarder passer le temps.
Mais on se lasse vite à ne faire que regarder passer le temps.
Alors on proposera à un ami, à qui il ne reste qu’un peu de temps, de l’accompagner jusqu’au bout de son temps.
On répondra à l’enfant qui nous demande un peu de temps, que pour lui, on a tout notre temps.
En espérant que, quand il nous restera que peu de temps, quelqu’un aura pour nous, un peu de temps.
Texte de Martial Nouveau
Histoire
Enfin, les citoyennes et les citoyens de la couronne nord peuvent à nouveau traverser le mont Royal en un clin d’œil grâce au REM. Mais ce retour sous la montagne n’a rien d’anodin.

Si notre REM automatisé peut aujourd’hui filer sous le mont Royal, c’est parce qu’il y a plus de 100 ans, des bâtisseurs ont osé ouvrir la montagne.
Au début du XXe siècle, Montréal est le théâtre d’une féroce bataille pour le contrôle du transport ferroviaire. Trois géants s’y disputent le territoire : le Canadien Pacifique, le Grand Tronc et, en troisième position, la Canadian Northern Railway
Moins fortunée que ses rivales, la Canadian Northern Railway ne dispose que d’une gare excentrée à l’est de la ville, un sérieux désavantage dans une métropole en pleine expansion.
Pour renverser la situation, la compagnie mise sur une présence au centre-ville. Elle achète un terrain stratégique qui deviendra, des années plus tard, la gare Centrale. Reste à relier cette future gare au reste du réseau.
CHANTIER HERCULÉEN
Deux options sont envisagées. La première : contourner le mont Royal par l’est, un tracé ruineux en raison des expropriations massives qu’il exigerait. La seconde, audacieuse pour l’époque : creuser un tunnel de plus de cinq kilomètres sous la montagne. C’est cette solution improbable qui l’emporte.
Afin de financer une partie de ce projet colossal, la Canadian Northern Railway imagine également un développement urbain entièrement nouveau, une cité-jardin planifiée de toutes pièces : Ville Mont Royal.
Les plans sont achevés dès 1910 et le 8 juillet 1912, les travaux commencent. On attaque la montagne simultanément depuis l’ouest, près de l’actuelle rue Canora, et depuis l’est, en direction du centre-ville. Les ouvriers travaillent dans des conditions extrêmes : dynamitage continu, poussière suffocante, quasi-obscurité et ventilation déficiente. Malgré tout, le percement avance à vive allure.
En décembre 1913, les deux équipes se rejoignent avec un écart latéral de moins de trois centimètres, un exploit de précision pour l’époque.
Pour éviter l’accumulation de fumée des locomotives à vapeur, le tunnel est électrifié dès sa construction, une innovation majeure.
ACHÊVEMENT
La Première Guerre mondiale compromet toutefois l’avenir du projet : les travaux sont interrompus et la Canadian Northern Railway n’arrive plus à soutenir les coûts. En 1917, Ottawa nationalise la compagnie. Les travaux reprennent et, après six années d’efforts, le tunnel est enfin prêt.
Le 21 octobre 1918, tôt le matin, un train de six voitures traverse officiellement la montagne pour la première fois. L’inauguration se déroule sans faste, dans un climat alourdi par la fin de la guerre.
On estime que le tunnel aurait coûté environ 5 millions de dollars, une somme colossale en 1918. Mais ce pari audacieux permet d’établir une connexion rapide entre le centre-ville, une porte nouvelle en direction de Toronto (prix du billet : 25 cents), et ce qui deviendra le réseau des trains de banlieue du nord.
Au fil des décennies, le tunnel s’impose comme un élément essentiel du transport métropolitain. Dans les années 1950, pas moins d’une centaine de trains l’empruntent quotidiennement.
Sa conception robuste, son gabarit et son électrification le rendent parfaitement adaptable à l’arrivée du REM.
Plus d’un siècle après que des visionnaires eurent osé fendre notre montagne, leur ouvrage continue d’irriguer la vie métropolitaine,
Le REM ne fait pas qu’emprunter un tunnel centenaire, il redonne souffle à l’une des plus grandes audaces de l’histoire montréalaise.
Source : Martin Landry, historien, Journal de Montréal, cahier weekend, 22 novembre 2025, p54