Prévention
Certes, il est contre-intuitif pour la plupart des humains de cohabiter avec des insectes. Mais avant d’écraser une bestiole dans votre sous-sol, pensez-y deux fois : elle peut vous en dire beaucoup sur votre maison.
Voici quelques insectes couramment vus dans les domiciles québécois et ce que leur présence signifie selon Marie-Ève André, préposée aux renseignements entomologiques à l’insectarium de Montréal.
ARAIGNÉES

Ces bestioles peuvent donner froid dans le dos, mais leur statut de prédateur en fait des alliés, et non des ennemis. « Si on a des araignées chez nous, ça veut dire qu’elles ont des choses à manger. Elles peuvent se nourrir d’autres araignées ou d’insectes. Elles sont donc bénéfiques dans la maison et le jardin. »

SCUTIGÈRES
Tout comme les araignées, les scutigères font le ménage dans la population animale de votre maison. Leur présence peut provoquer un malaise, mais ils n’ont aucun impact négatif sur la maison. « Ils peuvent se promener dans la tuyauterie de la salle de bain. Si on apprécie leur présence de prédateur, mais qu’on ne veut pas nécessairement les côtoyer, on peut simplement boucher le bain entre les utilisations. »
LÉPISMES, THERMOBIES (POISSONS D’ARGENT) ET CLOPORTES

Ces petits insectes raffolent de produits contenant de l’amidon, comme des reliures de livre ou des pâtes alimentaires, mais peuvent survivre simplement en mangeant de la poussière. En grand nombre, ils indiquent un problème d’humidité dans une pièce de votre maison.
Il en est de même pour les cloportes, qui sont souvent introduits dans les maisons en se réfugiant dans le bois de foyer. Ces animaux, qui s’apparentent davantage aux crustacés qu’aux insectes, ne peuvent survivre dans les milieux secs.
« Si on veut éviter d’en observer beaucoup, un bon déshumidificateur peut faire le travail », conseille Mme André.
COCCINELLES ASIATIQUES

Introduites en Amérique du Nord il y a presque 40 ans, ces petites bestioles volantes se sont multipliées à la vitesse grand V dans les dernières années. Elles sont utiles dans les jardins pour contrôler les population de pucerons et d’autres petits insectes qui s’attaquent aux plantes. On les voit beaucoup en automne, où elles cherchent un espace où traverser l’hiver.
« Dans la nature, elles s’infiltrent dans des fissures ou des crevasses en pierre pour y passer l’hiver; elles font la même chose dans nos maisons », explique Mme André.
La présence de coccinelles asiatiques dans votre maison devrait vous servir d’avertissement : une fissure sur les fondations, les revêtements extérieurs ou les portes et fenêtres leur permet sans doute de s’introduire.
PERCE-OREILLES (FORFICULE)

Mettons quelque chose au clair : « Ce n’est pas vrai qu’ils entrent dans les oreilles ! ». Ces insectes, en quantité limitée, sont utiles dans le jardin. Si vous en trouvez à l’intérieur de votre maison, il s’agit probablement d’un symptôme d’un manque d’hygiène dans la cuisine. « Avec des mesures de prévention simples, comme bien fermer le bac de compost, ne pas laisser traîner la vaisselle sale, ou conserver ses aliments dans des contenants hermétiques, on s’assure que les insectes ne peuvent pas élire domicile à la maison », conclut-elle.
Vous avez aperçu une bestiole mystérieuse dans votre maison ? L’application iNaturalist est une belle ressource pour identifier les insectes. L’insectarium offre aussi un service d’identification à partir de photos, ou carrément d’échantillons envoyés par la poste !
Source : Félix Desjardins, Journal de Montréal, cahier CASA, 5 avril 2025, p9
Histoire
Au salon de l’auto sport de Montréal de 1969, la vedette de l’heure est la Manic GT, une voiture sport dont le design rappelle l’Aston Martin de James Bond. Sa particularité : elle est entièrement conçue et fabriquée au Québec.

Entre 1969 et 1971, pas moins de 168 exemplaires de cette auto sport trouveront preneur chez les concessionnaires à partir de l’usine de Granby.
« Très différentes des véhicules américains que l’on croisait à l’époque, la Manic GT est un petit coupé sport qui se démarquait par ses solutions techniques avant-gardistes et sa grande légèreté grâce à sa carrosserie en fibre de verre », peut-on lire dans le Guide de l’auto 2020, qui revenait sur le modèle québécois dans sa série « Voitures anciennes ».
IDÉE IMPENSABLE
Parmi les personnes qui peuvent le mieux parler de la Manic GT, on trouve le député fédéral Gérard Deltell, qui en a acquis trois en 2019 afin de s’en rafistoler une, qu’il a conduite en 2022 jusqu’à Manic-5, le barrage hydroélectrique qui lui doit son nom. Un périple de 1400 km qui s’est déroulé sans aucun pépin.
Le politicien a été séduit non seulement par les courbes aérodynamiques du bolide, mais aussi par le parcours de son créateur. Cet homme, Jacques About, « est parti d’une feuille blanche et a réussi à produire localement une automobile dans une chaîne de montage, une première canadienne après-guerre », lance M. Deltell par téléphone au Journal.
Prenant une pause dans la campagne électorale qui bat son plein, il souligne qu’on « peut être fier » de cette prouesse technologique qui serait impensable aujourd’hui, compte-tenu de la complexité des composantes électroniques des voitures actuelles.
ENTRE MUSTANG ET CAMARO

Conceptuellement, la Manic GT est née dans un garage de Longueuil où Jacques About, un Français qui avait travaillé pour Renault, nourrit l’idée de doter le Québec d’une auto adaptée à son climat et à sa culture.
Après avoir dessiné le modèle, il assemble un prototype qui intègre de nombreuses pièces mécaniques du fabricant français dont le châssis et le moteur de la R8. Le carnet de commandes ne tarde pas à s’allonger, surtout à partir du Salon de 1969, où la voiture est exposée aux côtés des Mustang et Camaro.
Bombardier, Steinberg et la Banque Nationale injectent plus de 1,5 M$ dans l’aventure. Il ne reste plus qu’à assembler le tout dans une ancienne usine de meubles de Terrebonne, puis à Granby, où on veut relancer l’emploi. Un concessionnaire américain était prêt à en réserver 1000 exemplaires.
Malheureusement, l’aventure sera de courte durée, l’entreprise n’ayant pas les reins assez solides pour concurrencer les majors américaines. En 1971, c’est la fin.
Tout juste une quinzaine d’exemplaires roulent toujours sur nos routes. Gérard Deltell s’apprête à sortir la sienne, la « numéro 104 », qui cumule environ 2000 km par an, dès que le printemps sera bien installé.
Combien vaut cette merveille ? « Impossible à dire. Mais une chose est sûre : elle n’est pas à vendre », affirme-t-il en riant.
Source : Mathieu-Robert Sauvé, Journal de Montréal, cahier weekend, 5 avril 2025, p68
Histoire
Après Andrew Jackson et William McKinley, Donald Trump semble avoir trouvé un nouveau mentor parmi ses prédécesseurs. Cette fois, il jette son dévolu sur le 11e président, James K. Polk.

D’abord avocat, James Knox Polk était depuis son jeune âge passionné par la politique. Orateur habile, il connaît une rapide progression politique grâce à son adhésion aux idées du président Andrew Jackson et à son mariage à Sarah Childress, fille d’un riche propriétaire de plantation.
Appuyé par une épouse influente, rompue aux aléas de la vie publique et des mondanités, Polk se démarque rapidement en étant élu à la Chambre des représentants du Tennessee, avant de devenir gouverneur de l’État en 1839.
UNE CANDIDATURE INATTENDUE
Malgré ses succès, lorsqu’il se présente à la convention démocrate de 1844, personne n’envisage que ce politicien inconnu sur la scène nationale puisse espérer autre chose qu’une candidature à la vice-présidence. Un peu comme ce fut le cas pour Donald Trump, sa candidature n’était pas considérée comme sérieuse.
Pourtant, les partisans des candidats favoris sont si divisés qu’on en vient à accepter une candidature de compromis, celle de Polk.
PROTÉGER EN IMPOSANT LES VALEURS AMÉRICAINES
Confronté pour l’élection générale à l’ancien secrétaire d’État et sénateur du Kentucky Henry Clay, James K. Polk frappe l’imaginaire par son audace et son ambition.
Alors que le pays peine à bien gérer l’expansion territoriale en raison des frictions entre États esclavagistes et États antiesclavagistes, il mise sur l’annexion du Texas (qui pratique l’esclavage).
Il entend aussi régler le différend qui oppose les États-Unis et l’Angleterre au sujet de la frontière entre le Canada et l’Oregon.
Une fois qu’il est élu, ses visées expansionnistes deviennent plus évidentes. Non seulement va-t-il intégrer le Texas et repousser la frontière de l’Oregon vers le nord, mais la guerre contre le Mexique va aussi lui permettre de procéder au plus gain territorial de l’histoire.
Sous sa présidence, les États-Unis ont donc achevé leur marche vers le Pacifique obtenant le territoire dont on va tirer le Nouveau-Mexique, l’Arizona, la Californie, le Nevada, l’Utah ainsi que des portions du Colorado, du Kansas, de l’Oklahoma et du Wyoming.
Alors qu’il repousse les frontières du pays, James K. Polk est aminé par ce qui ressemble à une mission divine, une destinée manifeste, celle de porter les valeurs et les institutions américaines partout en Amérique.
Cette mission s’ajoute à la doctrine de James Monroe élaborée en 1823.
Alors que les colonies espagnoles d’Amérique luttent pour se défaire du joug de la métropole, le président James Monroe affirme que les États-Unis seront les protecteurs des indépendances des anciennes colonies.
Si on jumelle la doctrine de Monroe à la destinée manifeste, vous obtenez un résultat qui ne renierait pas Donald Trump, soit celui de protéger le continent tout en imposant les valeurs américaines.
Pensons-y lorsqu’il reparlera du Panama, du Groenland et du Canada. Dans chaque cas, le président américain justifie de possibles interventions par des motifs de sécurité.
Source : Luc Laliberté, historien, Journal de Montréal, cahier weekend, 22 mars 2025, p75
Actualités
Nul besoin de beaucoup de mots pour résumer ce qui émerge de l’actualité. Le caricaturiste Ygreck en a fait son art… Voici ses perles de mars, publiées dans le Journal de Montréal.




















Réflexion
L’AMOUR NE MEURT JAMAIS
UN DÉNOMINATEUR COMMUN

L’amour est ce qui nous relie les uns aux autres. Tous en sont empreints, il fait partie de notre ADN universel. Toute la vie est une lutte pour la recherche de l’amour. Avec, malheureusement, la présence de son contraire et toute la souffrance qui peut en découler : le rejet, l’abandon, l’égocentrisme, la colère, la violence.
Le défi de chacun de nous est d’être capable d’aimer malgré tout, de garder notre cœur de toute amertume, d’apprendre à pardonner et à demander pardon. Tout un mandat, tout un défi : nous existons pour aimer et être aimés. C’est une valeur universelle à laquelle personne ne peut échapper. Elle explique la présence de la souffrance quand elle fait défaut.
L’ATTACHEMENT ET LE DÉTACHEMENT : PERDRE SANS SE PERDRE
C’est l’amour qui fait que nous pouvons tiser des liens, les premiers étant ceux de la famille. À l’entrée dans la vie adulte, nous sommes appelés à quitter ce lien de dépendance afin de voler de nos propres ailes : c’est le détachement.
Dans la mesure où celui-ci se fait de façon saine, nous expérimentons l’épanouissement de notre identité, avec une capacité d’assumer défis et responsabilités. C’est ce qui favorise notre capacité de vivre de sains attachements à d’autres êtres humains.
Lorsque survient la perte d’un être cher, un lien est rompu, le détachement devient source de douleur. Cette douleur sera d’autant plus vive si l’autre était notre seule raison de vivre.
Notre défi est donc de perdre sans se perdre, de vivre notre perte avec douleur, certes, mais sans que notre monde intérieur ne s’effondre. Il est important de ne pas perdre ses points de repère et d’aller chercher les ressources dont nous avons besoin si nous luttons avec la tristesse et la déprime.
Il n’est jamais trop tard pour faire le point et se réaligner vers ce qui est vraiment important et prioritaire dans la vie. Chacun a besoin dans son for intérieur de se sentir utile. Il faut pouvoir larguer les amarres pour aller de l’avant quand on est en deuil. Être prêt à explorer des domaines nouveaux lorsque nécessaire. De poursuivre l’aventure de l’amour, de continuer de se savoir aimé et d’aimer.
L’AMOUR NE MEURT PAS
Tout ce qui est physique peut disparaître. L’amour, lui, fait partie de l’invisible. Il est au-delà du monde matériel. Même si la présence physique de l’être cher n’est plus, l’amour demeure.
L’héritage le plus riche que nous pouvons laisser est un héritage spirituel, où nous léguons aux autres les bénédictions que nous avons reçues. Persévérons donc à aimer, et lorsque viendra le moment de laisser aller notre dernier souffle, nous pourrons aspirer à ce que l’amour qui nous a unis les uns aux autres puisse continuer d’exister hors de ce monde physique, dans l’autre monde, invisible à nos yeux.
Source : René Laframboise, psychologue retraité, revue Profil, Vol. 31, No 1, p17
Histoire
Dans le cadre du vœu arrêté de « Face de beu », d’annexer le Canada, l’historien Martin Landry a publié récemment, dans le cahier weekend du Journal de Montréal, que ce n’est pas d’hier que les États-Unis, veulent en faire un État…
***
Au milieu du XIXe siècle, de plus en plus de politiciens et d’hommes d’affaires font circuler l’idée que l’avenir du Canada-Uni passe par une union avec les autres colonies britanniques d’Amérique du Nord. Cette pensée ne reste qu’un vœu pieux.
Puis, en 1864, le changement d’attitude du président des États-Unis envers nous rend cette idée un peu folle auprès des plus conservateurs tout à fait envisageable.
QUE S’EST-IL PASSÉ ?

À cette époque, on peut dire que le contexte politique et économique est plutôt insécurisant au Canada (Canada-Uni). Sur le plan politique, la vie parlementaire est un peu chaotique, principalement à cause de la multiplication des partis. Par exemple, entre 1854 et 1864, aucune formation politique n’est capable d’obtenir une majorité à la chambre d’Assemblée.
Élection après élection, le Canada est toujours en situation de gouvernement minoritaire. Malgré de nombreuses tentatives de collaborations, dix gouvernements se succéderont pendant cette période de dix ans.
Un de ces gouvernements ne va durer que trois jours. Pouvez-vous imaginer l’instabilité au Parlement ? On est constamment en élection et les gouvernements qui se succèdent sont incapables de mettre en place des stratégies de développement durable.
Ces dix années d’instabilité vont donner l’idée à plusieurs que la Constitution doit être redessinée.
Peut-être inspiré par nos voisins du Sud, le projet de créer une fédération avec les autres colonies britanniques d’Amérique du Nord revient souvent sur le tapis.
Quelles sont ces colonies voisines et combien y en a-t-il ? Cinq : le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l’Île-du-Prince-Édouard, Terre-Neuve et, depuis 1858, la toute jeune Colombie-Britannique (crée en réponse à la ruée vers l’or du canyon du Fraser).
ENJEUX ET STRATÉGIE
En 1864, les chefs des deux puissants partis politiques du Canada-Ouest, George Brown et John A. Macdonald, se coalisent avec le chef du Parti bleu du Canada-Est, George-Étienne Cartier, pour faire avancer un projet de confédération.
Ils veulent jeter les bases de ce que pourrait être un nouveau système politique plus stable, plus représentatif (Rep by Pop), mais aussi plus autonome économiquement pour être plus indépendant face aux Américains.
Voyez-vous comme l’histoire s’invite souvent dans l’actualité ?
En 1864, les Américains, en pleine guerre civile, nous font sentir qu’au lendemain du conflit, il mettront fin au Traité de réciprocité canado-américain. Ce libre-échange stimule pourtant nos deux économies depuis 1854. Une crainte justifiée, parce que l’accord commercial n’est pas renouvelé en 1866.
Ce projet d’union des colonies britanniques au nord pour créer un vaste marché intérieur va devenir la meilleure option pour contrer le ralentissement des exportations qui nous pend au bout du nez.
INCERTITUDES TERRITORIALES
Le guerre de Sécession aux États-Unis met en lumière une haine viscérale entre les gouvernements de Londres et de Washington.
Des tensions importantes se matérialisent quand les Américains menacent d’envahir le Canada-Uni à la fin de leur guerre civile principalement parce que les Britanniques avaient commercé avec les États rebelles du Sud pendant le conflit.
Les Canadiens se sentent coincés entre deux puissances militaires et la menace d’être encore envahis par l’armée américaine les effraie. Je dis « encore » parce que les habitants de la vallée du Saint-Laurent se souviennent qu’en 1775 et en 1812, Les Étatsuniens ont foulé notre sol avec leurs contingents militaires.
Comme si ce n’était pas assez incertain, c’est l’époque où les Canadiens subissent les attaques répétées des Féniens.
Connaissez-vous ces Féniens ? Ce sont des nationalistes irlandais qui se battent contre la présence britannique en Irlande.
Dans les années 1860, les Féniens nord-américains essayent d’envahir le territoire du Canada-Uni et de faire tomber, par la force, notre gouvernement. Leur stratégie, c’était qu’une fois en possession du Canada, ils l’auraient utilisé comme monnaie d’échange pour négocier la libération de l’Irlande.
C’est aussi l’époque de la conquête de l’Ouest par les Américains, un étalement étatsunien qui ne respecte pas les frontières de la terre de Rupert.
Pour couronner le tout, la Grande-Bretagne coupe dans ses dépenses militaires et la province du Canada doit impérativement se constituer une armée pour protéger sa longue frontière. Une union avec les autres colonies britanniques semble encore une fois une excellente idée pour financer la création de cette armée.
LA CONFÉRENCE DE CHARLOTTETOWN EN 1864
C’est dans ce contexte que la Grande Coalition canadienne de Brown, Macdonald et Cartier se fait inviter à titre d’observatrice à une réunion politique entre les colonies des Maritimes au mois de septembre 1864 à Charlottetown.
L’ordre du jour ? Un projet d’union, mais pas pour tout le monde. Pour les colonies de l’Atlantique seulement.
Les représentants du Canada-Uni embarquent donc sur le bateau à vapeur, le Queen Victoria, en direction de l’Île-du-Prince-Édouard.
Avant de jeter l’ancre, on a bien pris soin de faire mettre à bord du navire de nombreuses caisses du meilleur champagne. Les émissaires du Canada-Uni ont pour stratégie d’intégrer cette union des Maritimes qui se dessine et, pour y arriver, ils vont devoir détendre l’atmosphère.
Arrivés à destination, ils ne resteront pas observateurs bien, bien longtemps. Nos Canadiens vont demander à prendre la parole pour exposer leur propre projet.
Il font comprendre à leurs vis-à-vis qu’une union entre colonies britanniques voisines stimulerait les économies de tous et les rendrait plus forts face au géant américain. Mais pour y arriver rapidement, il faudrait simplement se dessiner un réseau ferroviaire efficace pour raccorder nos territoires.
Après avoir convenu que la possible union serait de type fédéral, on met fin à cette rencontre de Charlottetown. George-Étienne Cartier invite tous les représentants des colonies dans la ville de Québec dans un mois.
Pas de temps à perdre ! Les délégués pourront aussi venir avec leur famille. Même si plusieurs sont réticents, la peur étatsunienne motive de plus en plus de délégués à envisager de se réinventer une nouvelle économie entre nous et sans eux.
Opinion

Regardez la photo qui orne cette chronique.
À droite, le nouveau premier ministre Mark Carney. À gauche, la gouverneure générale Mary Simon.
Le monsieur à droite abolit le poste de ministre des langues officielles. La dame à gauche ne parle qu’une des deux langues officielles.
Il me semble que c’est assez clair comme signal, non ?
En une image, on a un résumé de ce que le Canada 2.0 pense de la place du français. Il s’en fout comme de sa première chaussette !
WHAT THE F(RENCH) ?
Dans le cabinet restreint de Mark Carney, il n’y a plus de portefeuille des langues officielles.
Steven Guilbeault est simplement à la tête d’un nouveau « ministère de la Culture et de l’Identité canadiennes. » C’est clair: Le pays est en crise, il faut revoir ses priorités face au géant américain et… la défense du français n’est PAS une priorité.
Ajoutez à ça que Carney a à peine été capable de baragouiner son texte en français lors de l’assermentation (et qu’il n’avait pas l’air de comprendre un mot de ce qu’il disait) et il a accédé à son poste sous la gouverne d’une GG qui n’est toujours pas capable de parler français, même après avoir dépensé 28 000 $ de l’argent des CONtribuables pour des cours privés.
Carney a beaucoup insisté sur le fait que le portefeuille de Steven Guilbeault incluait… la nature !
« Une des responsabilités de M. Guilbeault, c’est de rassembler toutes nos responsabilités en ce qui concerne la nature, la biodiversité, nos océans, et de les protéger et de les promouvoir. »
Misère ! Il faut protéger la rainette faux-grillon mais pas le français ? La biodiversité mais pas la diversité des cultures ?
Rachel Bendayan, quand elle a été mutée aux Langues officielles en décembre 2024, avait été incapable de dire clairement aux journalistes qui la talonnaient que le français était en déclin au Québec ! Elle vient d’être nommée à l’Immigration.
J’habite dans la circonscription de Madame Bendayan. Elle inonde chaque semaine notre boîte aux lettres de dépliants vantant ses réalisations. Tant d’arbres coupés pour rien ! En décembre, elle nous a même offert un calendrier 2025 avec une photo de son chien sur la couverture. Et depuis plusieurs semaines, sur les abribus, on voit une campagne publicitaire à son effigie.
« Ma priorité, c’est vous ». Si tu placardes ton visage partout, peut-être que ta priorité, c’est toi. En tout cas, le français n’aura pas été sa priorité.
TOKÉBEK ICITTE
Si on trouve que le français est important, il faudrait aussi le parler comme il faut. Quelqu’un peut m’expliquer pourquoi Radio-Canada a tenu le 5 mars dernier un « camp de jour », « Une initiative pensée pour accompagner les jeunes m’arrêteras dans leur développement », intitulé Média d’icitte ?
Ça va être ça la nouvelle identité de notre diffuseur : « Icitte Radio-Canada » ?
Samedi, il faisait beau, je suis allée marcher à Westmount. Je vois un nouveau café rue Victoria. Les toilettes ne sont annoncées qu’en anglais « Bathroom », le mot de passe n’est annoncé qu’en anglais « password », les boissons ne sont annoncées qu’en anglais « vanilla », « maple », « cinammon ». Pas en bilingue, non, juste en anglais. Le nom du café, c’est Spirulina Health bar.
Moi, quand je vois de l’anglais partout, sans trace de français, ce n’est pas bon pour ma santé !
Source : Sophie Durocher, Journal de Montréal, 17 mars 2025, p31
Histoire
Imposer des tarifs d’exportation au Canada, Trump est dans le champ. L’historien Luc Laliberté a publié récemment, dans le cahier weekend du Journal de Montréal, l’histoire de William McKinley, 25e président des États-Unis, à cet égard…
***
Depuis son arrivée sur la scène politique américaine, Donald Trump a affirmé être inspiré par deux de ses prédécesseurs.

S’il a rapidement mentionné le nom d’Andrew Jackson (1829-1837) depuis le début de son second mandat, c’est plutôt William McKinley (1897-1911) qui occupe le devant de la scène.
Qu’il s’inspire de l’un ou l’autre, le 47e président devrait s’adjoindre les services d’un bon historien. En ce qui concerne McKinley, Donald Trump n’a retenu qu’une version tronquée de la réalité.
DÉVELOPPER L’ÉCONOMIE
Né en 1843, le 25e président des États-Unis est le dernier président à avoir combattu pendant la guerre de Sécession, conflit pendant lequel il va se démarquer.
Après la guerre, il étudie et pratique le droit. Il commence son implication en soutenant un ancien compagnon d’armes, Rutherford B. Hayes, lui aussi futur président des États-Unis.
Son ascension politique est rapide et elle est vite marquée par sa défense des tarifs douaniers, son protectionnisme et l’expansionnisme américain.
Si sous sa gouverne les États-Unis ont livré une guerre à l’Espagne, qui a mené au contrôle de Porto Rico, Guam, des Philippines et à un protectorat à Cuba, sa politique tarifaire sera par la suite révisée.
La logique de McKinley était relativement simple. En imposant des tarifs sur les produits d’importation qui pouvaient atteindre les 50 %, les Américains consommeraient des produits fabriqués aux États-Unis.
Tout en favorisant le développement des entreprises américaines, McKinley souhaitait protéger les travailleurs américains de la compétition internationale.
Autre argument de McKinley, et non le moindre, les tarifs augmentaient les revenus du gouvernement américain.
À la fin du 19e siècle, l’impôt sur le revenu n’existe pas (ça se fera en 1913) et les sources de revenus du gouvernement ne sont pas légion.
PRENDRE SES DISTANCES AVEC LES TARIFS
Ce que l’administration Trump oublie ou ignore en affirmant s’inspirer du 25e président, c’est que McKinley lui-même en viendra à prendre ses distances avec la stratégie des tarifs.
Avant d’être assassiné en septembre 1901, le président avait inversé sa position, devenant plutôt le promoteur d’une politique plus près du libre-échange.
Il imaginait alors que le potentiel manufacturier de son pays permettrait de pénétrer de nouveaux marchés et d’acheminer la production américaine partout dans le monde.
Angles morts de la politique tarifaire d’abord préconisée par McKinley : la réaction des partenaires commerciaux et les coûts importants assumés par les consommateurs aux États-Unis.
Si les tarifs de McKinley ont créé de la richesse, elle a été répartie de manière bien inégale. Ce sont les industriels qui ont engrangé des profits pendant que le consommateur payait ses produits de plus en plus cher, sans voir son pouvoir d’achat suivre la courbe ascendante des prix.
Une autre retombée néfaste des tarifs constatée à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle réside dans le fait d’isoler l’économie américaine.
Donald Trump et son administration ne sont pas férus d’histoire. S’ils l’étaient, ils auraient retenu les leçons de McKinley.
Nouvelles
Message de l’Association canadienne des snowbirds (CSA), concernant les nouvelles mesures d’enregistrement pour les visiteurs de plus de 30 jours aux États-Unis. Le formulaire I-94.

Le département de la Sécurité intérieure des États-Unis (Homeland Security) a fourni des précisions sur l’exigence d’enregistrement imposée par le décret Protecting the American People Against Invasion (Protéger le peuple américain contre les invasions) promulgué par le président Trump.
À compter du 11 avril 2025, tous les visiteurs canadiens aux États-Unis âgés de 14 ans et plus qui ne se sont pas vu délivrer de formulaire électronique I-94 devront s’enregistrer auprès du gouvernement fédéral américain s’ils séjournent aux États-Unis pendant 30 jours ou plus. En général, les citoyens canadiens qui se rendent aux États-Unis par avion reçoivent automatiquement un formulaire électronique I-94 et sont donc déjà considérés comme enregistrés. Toutefois, s’ils arrivent aux États-Unis par un point d’entrée terrestre, il est possible qu’ils ne reçoivent pas de formulaire électronique I-94 et ils devront donc s’enregistrer auprès des services de citoyenneté et d’immigration des États-Unis (U.S. Citizenship and Immigration Services — USCIS).
Il est conseillé aux snowbirds de vérifier si un formulaire électronique I-94 leur a été délivré à leur arrivée aux États-Unis. Prenez note qu’il ne s’agit pas de votre « historique de voyage ». Pour ce faire, visitez le https://i94.cbp.dhs.gov/home.
Sélectionnez « Get Most Recent I-94 », acceptez les conditions de service, puis entrez vos informations de voyageur, soit vos nom et prénom, votre date de naissance, votre pays de citoyenneté et votre numéro de document (numéro de passeport).
Si votre dernier I-94 s’affiche, vous n’avez aucune autre mesure à prendre. Un formulaire électronique I-94 signifie que vous êtes déjà enregistré auprès du gouvernement fédéral américain. Les snowbirds canadiens devront imprimer leur dernier formulaire I-94 et le conserver sur eux comme preuve d’enregistrement et d’entrée légale aux États-Unis.
Si un formulaire électronique I-94 n’a pas été délivré pour votre dernière entrée, vous devrez soumettre le formulaire G-325R à l’USCIS. Voici comment procéder :
1) Créez un compte USCIS au https://my.uscis.gov. Vous trouverez les directives de création d’un compte USCIS au https://www.uscis.gov/file-online/
2) Remplissez une version électronique du formulaire G-325R, Biographic Information (Registration). Ce formulaire doit être soumis en ligne via un compte en ligne USCIS. Il ne peut pas être soumis par courrier ni en personne. Vous devrez y inscrire votre nom légal complet, vos date et lieu de naissance, vos date et lieu d’entrée aux États-Unis, votre adresse actuelle et vos coordonnées, votre statut d’immigrant et vos antécédents criminels (s’il y a lieu).
3) Une fois que vous vous serez inscrit, l’USCIS affichera un avis (USCIS Proof of G-325R Registration) qui fournira la preuve de votre inscription dans votre compte en ligne USCIS; vous pourrez y télécharger une version PDF de l’avis et l’imprimer. Les snowbirds canadiens devront imprimer leur preuve d’inscription G-325R (USCIS Proof of G-325R Registration) et l’avoir en leur possession comme preuve d’inscription.
Prenez note que les citoyens canadiens sont exemptés de l’obligation de donner leurs empreintes digitales (biométrie).
Comme nous l’avons mentionné dans notre dernier courriel aux membres, l’Association canadienne des « snowbirds » travaille activement avec les membres du Congrès et l’administration Trump à faire annuler cette exigence pour les citoyens canadiens. Nous sommes d’avis que ce décret concerne les personnes se trouvant actuellement en situation irrégulière aux États-Unis et ne devrait pas s’appliquer aux touristes canadiens qui y séjournent en vacances.
Nous tiendrons nos membres au fait des développements dès que nous aurons plus d’informations.
Réflexion
Par ces quelques lignes, je ne prétends absolument pas me substituer à ceux qui sont spécialistes dans le domaine de l’IA ou faire des commentaires approfondis sur ce sujet, non, je veux simplement réfléchir sur le mot « intelligence »…

Parler d’intelligence, pour moi, c’est reconnaître cette faculté, dont l’humain est doté, comme étant un DON reçu de Dieu. En effet, l’humain est doté de trois précieux dons : l’Intelligence, la Volonté et la Liberté qui le distinguent des autres créatures vivantes sur cette planète.
Parler d’intelligence artificielle, c’est se reconnaître égal à Dieu, avec le pouvoir de créer un être intelligent, ce qui, pour moi, est erroné et absolument pas le cas. Par le pouvoir que Dieu a donné à l’humain, il peut mettre au monde une créature humaine, mais celui qui transmet l’intelligence à cet être, c’est seulement Dieu.
L’humain, avec l’intelligence reçue de Dieu, a la faculté de penser, de dialoguer, d’entrer en relation avec d’autres humains, de réfléchir, de sentir…. Cette faculté reçue, dès la naissance, se développe pendant la croissance et acquiert du savoir qui lui permet de mettre au service des autres, ses compétences et ses expériences.
Ceci dit, l’Être humain, par son savoir développé, avec l’intelligence qu’il a reçue, peut inventer une technologie très avancée, capable de le remplacer même en certaines fonctions et pouvoir être aussi plus performant et précis, car, par sa programmation, l’IA exécute exactement ce qui lui a été programmé, sans distractions, ni tremblements.
Toutefois, on ne peut pas parler d’intelligence artificielle, car la technologie n’a pas la faculté de réfléchir, ni de penser, ni de raisonner, ni de sentir. Elle exécute exactement ce qui a été programmé et n’est pas doté d’initiatives propres.
L’intelligence, est la faculté qui permet à l’humain d’AIMER, d’être sensible à la souffrance des autres, comme aussi participer et être sensible aux joies, ce qu’un robot, ne pourra jamais transmettre.
Une technologie, même la plus performante et perfectionnée qui puisse exister, n’aura jamais la volonté de prendre une décision, ni la liberté de choisir quoi que ce soit; elle sera toujours soumise à une exécution programmée.
Alors, arrêtons de vouloir égaler ou remplacer celui qui, seul, a le pouvoir de donner ce DON si précieux et soyons humbles et reconnaissants de ce que nous avons reçu gratuitement, sans privilège aucun, pour le mettre au service de l’humanité.
Francesca, csc
Prévention
Un véritable fléau sévit au Québec : cinq personnes ont péri dans les flammes en quelques semaines puisque leur domicile n’était pas équipé d’un avertisseur de fumée fonctionnel. Voici ce qu’il faut savoir pour éviter cette erreur fatale.

« Malheureusement, nous ne sommes pas surpris, réagit Émilie Barbeau-Charlebois, cheffe de section au Service de sécurité incendie de Montréal (SIM). Dans notre dernier rapport d’activité, on mentionnait qu’il restait encore 20 % des logements sur le territoire de l’agglomération de Montréal qui n’ont pas d’avertisseur de fumée ou qui ne sont pas fonctionnels. »
VOICI LES MEILLEURS TUYAUX DU SIM POUR VOUS PROTÉGER CONTRE LES INCENDIES.
DES AVERTISSEURS AU LITHIUM
Tous les bâtiments construits avant 1985 et qui ne sont pas munis d’avertisseurs de fumée électriques doivent être dotés d’avertisseurs de fumée avec une pile au lithium inamovible.
« C’est la responsabilité du propriétaire de fournir un avertisseur de fumée au locataire et c’est au locataire de s’occuper de son entretien, note Mme Barbeau-Charlebois. Les citoyens sont invités à vérifier l’état de l’avertisseur à chaque changement d’heure. Après 10 ans, on doit le remplacer. »
UN AVERTISSEUR PAR ÉTAGE… AU MAXIMUM
Si votre maison comporte plus d’un étage, un avertisseur de fumée ne suffit pas. « Il faut qu’il y en ait un à tous les étages, sous-sol compris, parce qu’on veut une détection rapide pour que les gens puissent sortir le plus rapidement possible du bâtiment, enchaîne-t-elle. On recommande aussi très fortement que les personnes qui dorment la porte fermée aient un avertisseur dans leur chambre à coucher. »
LE BON EMPLACEMENT
Même si la technologie des avertisseurs de fumée s’est grandement améliorée ces dernières années, il est important de les placer au bon endroit pour éviter les désagréments. « L’endroit idéal, c’est le corridor adjacent aux chambres, pas trop près de la salle de bain, parce que la vapeur d’eau de la douche pourrait causer une alarme, explique Mme Barbeau-Charlebois. On doit le placer au plafond, à 10 pouces du mur. Il y a un dégagement à respecter pour que la fumée puisse être détectée. »
LE LAISSER EN PLACE
Beaucoup de gens ont l’habitude de retirer temporairement leur avertisseur de fumée lorsqu’il retentit, particulièrement pendant qu’ils cuisinent. Puisqu’un oubli est si vite arrivé, il s’agit d’une erreur à proscrire. « Il ne faut jamais le retirer lorsqu’il y a une détection qui ne nécessite pas l’évacuation, poursuit la porte-parole du SIM. On le laisse en place et on pèse sur le bouton pour l’éteindre. Il ne faut pas non plus le recouvrir si on fait des travaux ni le peindre. »
UNE STRATÉGIE D’ÉVACUATION CLAIRE
Une fois que vous vous êtes assuré que vos avertisseurs de fumée sont en règle, il suffit d’établir un plan d’évacuation clair avec les membres de sa famille… et de s’assurer que les issues de secours sont bien déneigées. « On choisit en famille un point de rassemblement devant notre demeure, où on va appeler le 911. Ce sera plus facile de déterminer s’il manque quelqu’un par la suite. »
Source : Félix Desjardins, Journal de Montréal, cahier CASA, 1er mars 2025, p11
Histoire
En février 1949, l’air est lourd au Québec. Au fond des mines d’Asbestos et de Thetford Mines, la colère gronde sous la poussière. Une guerre est sur le point d’éclater entre les mineurs et les patrons de la Johns Manville. Ces hommes s’apprêtent à plonger dans un épisode sombre de l’histoire du Québec : la grève de l’amiante de 1949.
LES RAISONS DE LA COLÈRE
À la fin de 1948, les employés de la Johns Manville doivent renouveler leur contrat de travail. Cette compagnie américaine, la plus grande productrice d’amiante à l’époque, emploie des milliers de personnes au Québec. Les mineurs sont représentés par un syndicat affilié à la Confédération des travailleurs catholiques du Canada (CTCC, ancêtre de la CSN).
Le secteur de l’amiante est connu pour ses conditions de travail extrêmement difficiles. Les mineurs touchent 85 ¢ de l’heure et passent leur vie dans un nuage de poussière d’amiante qui les empoisonne à petit feu. Leurs exigences : une augmentation de 15 ¢ de l’heure, l’élimination de la poussière dans les usines et aux alentours, un droit de regard sur la gestion des usines pour leur syndicat (salaires, promotions, congédiements, etc.) et l’application de la formule Rand (une forme de sécurité syndicale qui rend les cotisations obligatoires pour tous les travailleurs, syndiqués ou non).

Les patrons offrent une augmentation de 5 ¢ l’heure et quelques autres améliorations, mais refusent d’appliquer la formule Rand et de reconnaître au syndicat un droit de regard sur la gestion de leur entreprise. Ces deux exigences en particulier vont vraiment braquer les patrons contre le syndicat.
Le 14 janvier, les négociations arrivent à une impasse. La loi exige d’aller en arbitrage. Toutefois, les mineurs en ont assez. Le processus est trop long et incertain. Surtout, ils se souviennent qu’à l’automne précédent, des « grèves sauvages » de quelques jours ont permis de faire des gains intéressants pour d’autres ouvriers.
C’est ainsi que, sans même se constituer un fond de grève, 5000 travailleurs de l’amiante décident de déclencher une grève générale illimitée de 13 février 1949.
GRÈVE ILLÉGALE, MAIS JUSTE
Les autorités dénoncent la grève. En effet, elle viole la loi qui exige d’aller en arbitrage. Refusant de céder, la Johns Manville embauche plus de 700 briseurs de grève, une pratique courante à l’époque. Le gouvernement de Maurice Duplessis appuie les patrons et envoie des policiers pour protéger les briseurs de grève.

La violence éclate. Le 21 février, le syndicat perd son accréditation. Malgré les difficultés, les ouvriers refusent de se laisser abattre par les menaces et les coups. La grève se poursuit. Le 14 mars, la voie ferrée de la compagnie est dynamitée par des grévistes.
Puis, coup de théâtre le 1er mai : l’archevêque de Montréal, Mgr Joseph Charbonneau, prononce un sermon où il prend officiellement parti pour les ouvriers. Il dénonce une « conspiration » de la part du gouvernement et de la compagnie « pour écraser la classe ouvrière ». Une quête est organisée dans tout le Québec pour soutenir les grévistes.
Les 5 et 6 mai, les ouvriers barricadent les entrées de la ville d’Asbestos pour bloquer les briseurs de grève. Plus de 200 policiers les affrontent. La violence est à son maximum. Les matraques cognent. Le gaz lacrymogène se répand. Le sang coule. Plus de 180 personnes sont arrêtées et menacées de poursuite en justice.
BILAN
Nombreuses seront les vies brisées à la suite de ce conflit. Bien que la grève prenne officiellement fin le 1er juillet, la nouvelle convention collective ne sera signée qu’en janvier 1950. Le résultat sera très décevant pour les travailleurs. Après cinq mois sans salaire, ils n’obtiendront qu’une augmentation de 10 ¢ de l’heure et un système de ventilation amélioré.
Cette grève marque la fin d’une vieille relation de collaboration entre l’Église et l’État du Québec. Pour beaucoup, cette grève incarne la brutalité des relations de travail sous Maurice Duplessis. Elle marque aussi l’apparition d’un nouveau genre de syndicalisme de combat, beaucoup plus puissant qu’autrefois. Cette grève s’inscrit enfin dans une longue série de bouleversements sociaux qui éclateront durent les années 1960 et 1970.
Source : Journal de Montréal, cahier weekend,15 février 2025, p73