Un pan de notre histoire : un fruit maudit devenu trésor d’ici

Histoire

ASSOCIÉE AU PÉCHÉ D’ADAM ET D’ÈVE, LA POMME A POURTANT CONQUIS LES COLONS DÈS LES PREMIÈRES PLANTATIONS

Le temps rafraîchit enfin, les feuilles changent graduellement de couleurs et cela signifie que l’une des dernières périodes d’autocueillette de l’année s’amorce… celle des pommes.

La pomme est un fruit aimé depuis l’époque de la Nouvelle-France, qui se conservait déjà bien et qui permettait de cuisines des petites douceurs, comme les incontournables tartes. Mais la pomme n’a pas toujours eu la meilleure des réputations, pour des raisons qui peuvent nous faire sourire aujourd’hui.

DEPUIS LA PRÉHISTOIRE

Le pommier est un très vieil arbre fruitier, qui tire probablement ses origines du Kazakhstan il y a plus de 50 millions d’années. Présente depuis la Préhistoire, la pomme est l’un des fruits les plus anciens cueillis par l’être humain. Transportées naturellement par les vents, les animaux et les migrations humaines, les graines de pommiers sauvages ont permis à ces arbres de s’implanter progressivement dans de nombreux territoires, dont l’Europe.

On a en effet trouvé des pommes coupées en deux et séchées en Suisse, de même que des restes de pommes carbonisées en France. Elles ont été consommées telles quelles, séchées, mais aussi, grâce aux variétés de pommes plus sucrées, transformées… en cidre.

Mais la pomme a aussi souffert d’une mauvaise réputation au Moyen-Âge, en raison de son rôle dans l’histoire d’Adam et Ève se trouvant dans le livre de la Genèse de la Bible. Un fruit associé au péché, surtout que lorsque coupé en deux à la verticale, il rappelait étrangement une partie de l’anatomie féminine.

Et puisque les Druides d’Angleterre l’utilisaient, de même que le cidre, lors de cérémonies considérées comme païennes par l’Église, il fallait être prudent si on choisissait d’en manger.

EN NOUVELLE FRANCE

Qu’à cela ne tienne, la pomme est restée un fruit privilégié dans l’alimentation européenne et les premiers colons qui ont choisi de venir s’établir en Nouvelle-France n’allaient pas s’en passer si cela était possible.

Samuel de Champlain lui-même avait compris l’importance d’une alimentation variée, composée de fruits et de légumes, pour lutter entre autres contre des maladies qui affectaient les premiers colons comme le scorbut. Il avait d’ailleurs mis la table au cœur des rituels visant à aider à garder le moral des hommes établis à Port-Royal en Nouvelle-Écosse en 1606 en fondant « L’Ordre du bon temps ».

S’il est difficile de confirmer si les premiers pommiers ont été plantés sur ce territoire à l’époque, les historiens sont davantage certains que Louis Hébert, apothicaire et premier colon officiel de la Nouvelle-France, a apporté avec lui des tiges de pommiers pour tenter de les cultiver en Amérique du Nord.

Dans les mêmes années, les pèlerins qui ont voyagé sur le Mayflower pour établir la colonie de Plymouth au Massachusetts ont eux aussi apporté des graines de pommes pour tenter de faire pousser des pommiers.

Le climat semblait convenir à ce fruit et c’est Jean Talon, premier intendant de la Nouvelle-France, qui a vraiment mis en place un programme de plantation de pommiers en grande quantité pour assurer des provisions de pommes pour les habitants canadiens-français et pour produire du cidre si possible.

La première production de cidre pourrait bien avoir commencé sur le mont Royal, grâce à des prêtres Sulpiciens qui ont planté un verger et construit un moulin pour le produire dans la deuxième moitié du XVIIe siècle.

CUEILLETTE ET AUTOCUEILLETTE

Au fil du temps, beaucoup de fermes ont possédé quelques pommiers ou littéralement des vergers. La période de la cueillette était donc très importante et plusieurs personnes pouvaient venir donner un coup de main pour la corvée de la cueillette.

Mais avec l’émergence du tourisme régional, grâce entre autres à la démocratisation de la voiture, que les vergers vont graduellement ouvrir leurs portes au grand public pour la cueillette. Un phénomène qui a pris de l’ampleur à partir des années 1970.

Cueillir des pommes est devenu une activité familiale saisonnière populaire, qui permettait de se régaler, de s’amuser en famille et de cuisiner ensuite tartes, croustades et compotes, des desserts qui sont décidément associés à la période automnale.

Bonne cueillette !

Source : Évelyne Perron, historienne, Journal de Montréal, 5-6-7 septembre 2026, p68


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