La vraie réalité portée à l’écran

La série District 31 n’a plus besoin de présentation et est véritablement le bijou télévisuel en matière d’histoires policières. J’adore cette quotidienne parce qu’elle est le reflet sans conteste de la réalité de l’effervescence d’un poste de police et plus spécifiquement du travail des enquêteurs aux crimes majeurs. Et croyez-moi, je sais de quoi je parle.

Contrairement aux séries étrangères où la fiction est plus évidente et censurée, le jeu des excellents comédiens et comédiennes est à ce point exact et précis, que c’est indéniablement cet aspect qui en a fait un immense succès.

Mais, étant au Québec, il ne faut pas grand-chose pour y voir rapidement des préjugés. Récemment, une famille musulmane a fait son entrée dans la série, avec son crime d’honneur pour refléter la réalité de notre temps et voilà que les critiques racistes se sont levées. Dans une grande ville cosmopolite comme Montréal, ces situations sont monnaie courante et l’auteur, Luc Dionne, a simplement voulu montrer la réalité en face, d’un quotidien toujours imprévisible.

Sophie Durocher, chroniqueuse au Journal de Montréal, en a fait le sujet de son article le 28 septembre dernier. Je partage entièrement son point de vue et c’est le texte que je vous propose aujourd’hui.

LE VILAIN CRIME DE DISTRICT 31 Sophie Durocher

Luc Dionne écrit Discrict 31, une série qui se passe dans un poste de police. Il décrit donc des crimes commis par des membres de toute la société québécoise, on est tous d’accord ?

Mais attention, le jour où Dionne a le malheur de décrire un crime commis par des musulmans sur une musulmane, il se fait accuser d’être un vilain auteur bourré de préjugés qui écrit des clichés sur une minorité culturelle.

Misère ! Est-ce que Luc Dionne a uniquement le droit d’écrire sur des crimes commis par des Québécois pure laine, de souche, blancs ?

LA RÉALITÉ QUI CHOQUE

Luc Dionne a été obligé d’écrire une longue explication sur la page Facebook de District 31 pour répondre aux critiques après les épisodes de cette semaine. On y suit l’histoire de Hanna, une jeune lesbienne musulmane qui fuit sa famille, qui veut la marier de force. Dans l’épisode de mercredi, on la voyait se faire kidnapper par son frère (qui considère qu’elle a déshonoré sa famille) et violer « pour lui apprendre à aimer les hommes ».

Luc Dionne n’a pas inventé le fait que des crimes d’honneur sont commis au Canada. Rappelez-vous l’horrible histoire des sœurs Shafia, tuées par leur père, leur mère et leur frère.

Mais pour ne pas faire de pépeine aux bien-pensants, pour ne pas faire de vagues, pour ne pas « stigmatiser » une communauté, Luc Dionne aurait dû faire comme si cette réalité-là n’existait pas ?

Eille, les amis ! Ce n’est pas parce que District 31 montre un musulman qui kidnappe sa sœur que l’on va conclure que TOUS les musulmans sont des kidnappeurs. Par contre, ça ne sert à rien de se mettre la tête dans le sable en prétendant qu’il n’y a aucun cas semblable à la DPJ !

Cette histoire me fait penser au commentaire de Jean-Philippe Wauthier aux derniers Gémeaux : « Comment ça que la seule femme autochtone dans notre télé soit en prison dans Unité 9 ? » Heu, c’est parce que c’est une réalité, les femmes autochtones en prison. Si on montre cette réalité, on se fait accuser de véhiculer des préjugés. Si on ne la montre pas, on maquille la réalité. Il n’y a pas moyen de s’en sortir.

Dans Fugueuse, le vilain Damien, le pire salaud de la télé québécoise, était blanc. La ligue des rappeurs blancs a-t-elle porté plainte en affirmant que la série véhiculait des préjugés sur ce groupe en particulier ?

Si Damien avait été noir, comment les lobbys auraient-ils réagi ?

Est-ce qu’on peut juste laisser les auteurs écrire sans arracher sa chemise chaque fois qu’une communauté se sent visée, offensée, stigmatisée ?

Aucune communauté qui fait partie de la société québécoise n’est à l’abri de la critique. Quand des crimes sont commis, il faut les dénoncer, peu importe la religion, la couleur de peau, l’origine de celui qui les commet.

LES VRAIES COURAGEUSES

Si ne serait-ce qu’une jeune femme qui regarde District 31 cette semaine y trouve le courage de tenir tête à une famille répressive, la série de Luc Dionne aura fait œuvre utile. C’est aussi à ça que sert la télé.

Rappelez-vous l’impact que Fugueuse a eu sur les Fanny du Québec…

Les émotions à fleur de peau

Je ne suis pas un adepte des téléromans comme ma conjointe. Moi je suis plus du genre émissions d’affaires publiques, d’informations et de sports. J’aime bien Les pays d’en haut et District 31 comme beaucoup de téléspectateurs et ma sélection s’arrête là! Mais depuis trois semaines, je me suis intéressé à deux séries, toutes deux diffusées à Radio-Canada les samedi soir; Deuxième chance, animée par Patrick Lagacé et Marina Orsini, ainsi que Notre vie. Je ne sais pas si c’est la même chose pour vous mais moi, ça vient me mouiller les yeux à chaque fois. Je suis de cette génération où les gars ne pleurent pas, mais sur ces deux séries je suis incapable de résister.

D’abord Deuxième chance : deux histoires chaque semaine où des personnes possèdent un secret, une obsession, un désir, heureux ou malheureux qui les hante depuis toujours et qui se voient proposé de rencontrer la personne qui leur permettra de boucler la boucle et de trouver la paix intérieure ou la réponse à leurs angoisses.

Dans la dernière diffusion, c’était la triste histoire d’un chauffeur de camion qui, sans le vouloir, a causé la mort d’un homme qui s’est littéralement jeté devant son camion alors qu’il circulait sur une autoroute en 1990. Toutes ces années il est resté angoissé et ces souvenirs le hante constamment. Il revoit toujours la scène, se posant des questions sans réponses, vis-à-vis la famille de la victime, il a voulu plusieurs fois la rencontrer pour obtenir des réponses qui lui permettraient de boucler la boucle.

Patrick Lagacé a pu le mettre en contact avec la conjointe de la victime, à l’époque, qui avait elle-aussi traversé des douloureux lendemains. Ils se sont finalement rencontrés et toute l’émotion du moment était palpable. Impossible de ne pas craquer!

La deuxième histoire était celle d’une patiente pour qui les jours étaient comptés en 1997 alors qu’une greffe de cellules souches était la solution ultime pour lui redonner sa vie. Elle a survécu grâce à un don de moelle osseuse gracieuseté d’un anglais d’Angleterre qui avait posé ce geste à l’époque pour sauver des vies. La patiente a toujours exprimé le désir de rencontrer son sauveur, le serrer dans ses bras et lui vouer son admiration sans limite, elle qui sourit à la vie chaque fois que le jour se lève.

Dans son témoignage, on la sentait très heureuse d’avoir l’opportunité de boucler elle-aussi sa boucle, il fallait qu’elle rencontre cet homme.

Marina Orsini a remué mer et monde pour réaliser cette rencontre en Angleterre. Rien que de voir toute la satisfaction de la greffée, c’était à vous donner des frissons dans le dos. Je ne crois pas qu’on puisse être aussi heureux qu’un moment comme celui-là. Le moment qu’on attend et qu’on souhaite réaliser. L’extase dans toute son exaltation. Ce fut une rencontre tellement émotive que c’en est indescriptible. Je me suis demandé intérieurement comment je réagirais devant pareille réalisation. C’est impossible de retenir ses larmes.

Ensuite, l’autre série Notre Vie : c’est l’histoire d’une famille qu’on apprend à connaître sur les 36 années de son existence. À travers leur aventure, on passe de la naissance à aujourd’hui, l’espace d’une scène. À l’origine, un couple dont la femme accouche de triplés, perd un des trois bébés qui ne survit pas à sa naissance. Au même moment, un bébé noir est amené à l’hôpital par un pompier qui l’a découvert, abandonné à la porte de sa caserne. Les parents décident de l’adopter pour qu’il remplace celui perdu dans l’accouchement.

On nous montre ces trois bébés tout au long de leur vie, et leurs parents biologiques. On les voit à l’enfance, on revient à leur période adulte et lentement, on apprend leur histoire. Des enfants devenus grands avec leurs angoisses, leurs qualités et leurs défauts mais qui sont extrêmement attachants. Étant dépendants l’un de l’autre, les jumeaux, un gars et une fille, se soutiennent et sont solidaires et cimentés à cet adulte noir qui a réussi dans la vie. Chacun a ses interrogations.

Le noir cherche son père, qu’il trouvera, la fille a un sérieux problème d’obésité morbide et peu compter sur un ami qui fait tout pour lui redonner confiance et même la séduire. Quant au dernier jumeau, un gars qui a un sérieux problème de confiance en lui, bourré de talent artistique, il a de la difficulté à bien fonctionner sans le support inconditionnel de sa jumelle.

Bref, ils sont beaux à regarder et à suivre, surtout qu’au cours de l’histoire, les parents sont là. On constate alors tous les imbroglios d’une vie, ses démarches et ses solutions. En fait, c’est un peu le portrait de toutes les familles de l’époque à travers les dédales d’une vie. Pas besoin de vous dire que les émotions sont aussi au rendez-vous. Gardez vos papiers-mouchoirs pas très loin… et vous en tirerez un au moment d’une pose publicitaire, je vous le garanti.

Si vous n’avez pas encore vu ces deux émissions, vous manquez quelque chose de grandiose qui fait souvent passer certains de nos problèmes comme des petits bobos. C’est aussi une très belle thérapie devant le dysfonctionnement de certaines familles d’aujourd’hui. Chaque samedi soir, à Radio-Canada.

Truc pour garder le suspense?

district-31Je ne sais pas si vous êtes des amateurs de la captivante série District 31, nous oui! On est accro! L’intrigue est bien menée, le jeu des comédiens est authentique et l’ensemble est très crédible. Du lundi au jeudi, les yeux rivés à l’écran de Radio-Canada, on n’en manque pas une seule minute, Louise et moi.

Mais un détail avait retenu notre attention sur une bande-annonce qu’on présentait juste avant la relâche de Noël. Cette scène ou le Commandant Daniel Chiasson est dans la maison de l’ex-lieutenant-détective à la retraite, Laurent Cloutier, qui s’y est barricadé parce qu’il est impliqué dans un meurtre pour lequel un autre a fait dix ans de prison à sa place. À un moment donné, les deux hommes se font face dans une scène tendue et Chiasson demande à Cloutier de lui remettre son arme à feu et de se rendre calmement aux policiers à l’extérieur. Chiasson profite d’un court instant pour saisir l’arme de Cloutier et on entend un coup de feu qui retentit. La suite viendra le 9 janvier!

Évidemment, on nous laissait sur notre appétit et on se posait des questions; qui a reçu la balle? Y a-t-il décès? Qui? On devra attendre pour la suite. Les interrogations fusent.

Lorsque la série s’est remise en marche au retour, on a revu toute la scène, jusqu’au moment du coup de feu… qui n’est jamais parti. Niet! Pas un son! Le Commandant Chiasson a saisi l’arme que lui tendait Cloutier, celui-ci a été arrêté et menotté avant d’être conduit au poste de police sous bonne garde. Louise et moi, tout de suite, on s’est demandé; et le coup de feu? On n’a pourtant pas rêvé simonac! Chacune des fois où la télévision nous a montré cette bande, on l’a toujours entendu.

On s’est dit que c’était probablement un moyen pour les auteurs de garder l’intérêt, de faire durer le suspense, un truc pour garder l’angoisse et s’interroger. On est tombé dans le panneau! Pourquoi avoir ajouté ce coup de feu? On a été un peu déçu de ce détail. Il me semble que ce n’était vraiment pas nécessaire, la série étant déjà assez captivante, elle aurait pu s’en passer, compte tenu de la suite.

Au lendemain de la diffusion de cet épisode, on s’est rendu compte que l’incident ne semblait pas avoir suscité trop de commentaires sur les réseaux sociaux. On ne l’a pas remarqué à tout le moins. C’est pourquoi j’ai décidé d’en faire cet article aujourd’hui. Et vous, aviez-vous remarqué ce détail, peut-être anodin mais plein de sous-entendus? Après vérification de ma part, voilà que District 31, en réponse à cette question, affirme sur sa page facebook, que c’était un effet ajouté sur une bande-annonce… Regrettable et assez plate merci!