Mon plus beau cadeau de Noël : Une porte sur l’espoir

Conte de Noël

Voici le dernier conte de Noël de 2024. Spécialement pour les grands au cœur d’enfant…

– Grand-maman ? Je t’appelle pour te dire que tu vas aimer le cadeau que je te prépare. Un cadeau très spécial, tu vas voir ! Mais… je ne t’en dis pas plus !

Andréanne m’a téléphoné au moins deux fois durant la semaine précédant Noël pour me parler de cette fameuse surprise qui commençait sérieusement à m’intriguer. Je me demandais bien ce qu’une enfant de neuf ans pouvait fabriquer d’excitant à ce point. Des carrés de sucre à la crème ? Des biscuits en pain d’épices ? Une chandelle joliment décorée ? Un collier de perles en plastique ou quelque autre bricolage de même acabit ? Et pourquoi pas un tricot, une broderie, une tasse de porcelaine peinte, ou même l’enregistrement d’un menuet de Jean-Sébastien Bach, joué par elle-même au piano ?

Ma petite fille et moi vivons une relation privilégiée, Non seulement nous partageons le même amour de la musique, mais entre nous se sont développées une tendresse particulière et une complicité que jamais rien ni personne ne réussira à amoindrir, j’en ai la certitude. « Quand tu seras très très vieille, grand-maman, me dit-elle parfois, je t’emmenai magasiner avec moi en chaise roulante. » Et moi de lui répondre : « Quand tu seras plus vieille, Andréanne, tu viendras pleurer tes peines d’amour sans mes bras. »

Pour l’instant, je joue à plein mon rôle de grand-mère et j’accompagne de temps à autre la fillette, avec ses frères et sa sœur, ses cousins et ses cousines, à la patinoire ou au terrain de soccer, en pique-nique à la plage et même en camping familial. Je regarde grandir mes petits enfants avec plaisir, rêvant pour eux tous un avenir doré, de réussites scolaires, de professions intéressantes, de belles amours, d’une vie passionnante et surtout d’une petite famille heureuse et… nombreuse !

Écrivaine depuis une douzaine d’années, j’ai prêté leurs noms à travers mes romans à quelques-uns de mes personnages préférés, voyant comme un héritage le fait qu’une fois en âge de l’apprécier, chacun retrouvera avec plaisir son nom dans les livres de sa grand-mère chérie. L’adage ne dit-il pas que « les écrits restent » ?

En ce fameux matin de Noël, j’ai pourtant tout oublié de la promesse de cadeau d’Andréanne, trop préoccupée par les préparatifs de la réception et de l’animation pour les trente-deux personnes invitées à bruncher chez moi. Comme à l’accoutumée, le père Noël est venu distribuer la tonne de cadeaux déjà déposés sous le sapin. Chacun y est allé d’une courte séance de photos sur les genoux du vieux bonhomme et d’un baiser furtif sur le bord de sa barbe blanche, pour ensuite s’en retourner, le visage en feu, déballer plus loin la pile d’étrennes qu’il venait de recevoir.

Quand est venu mon tour, un silence bizarre a subitement envahi la maisonnée. Tous se sont approchés, mine de rien, plus curieux de ma réaction que du contenu du cadeau remis par le père Noël et dont on les avait mis au courant. Andréanne, triturant une mèche de ses cheveux blonds, assistait à la scène avec des lumières dans les yeux.

Le paquet, emballé de papier coloré, avait la forme d’une enveloppe de grandeur moyenne sur laquelle il était inscrit : UNE FAMEUSE NUIT DE NOËL. Un joli dessin de couleur tracé à la main montrait un père Noël accompagnés d’enfants dans une espèce de coquille. Wow ! Andréanne avait elle-même écrit et illustré un conte de Noël pour moi ! Quel merveilleux cadeau ! Le plus beau cadeau de ma vie !

– Tu as fait ça tout seule, ma grande ?

– Oui, c’est pour toi, grand-maman !

– Quel cadeau magnifique, mon amour !

Ainsi, Andréanne portait déjà en elle la fibre de l’écriture… J’ai pressé sur mon cœur le livret en même temps que ma petite-fille, et j’ai éclaté en sanglots, incapable de trouver les mots pour exprimer la grande émotion qui m’ébranlait. Tout était là : l’intrigue teintée d’ingénuité, le déroulement mené de main de maître, les personnages bien campés, les phrases habilement tournées dans un français pratiquement sans fautes, le dénouement heureux, sans parler des illustrations fort habiles.

En cet instant précis, je tenais là, entre mes mains, une promesse de relève, de continuité et de prolongation de moi-même dans cet élan créateur de l’écriture. Cette passion a transformé ma vie et m’a rendue heureuse au point de considérer la publication de chacun de mes livres comme la naissance d’un enfant. Chaque enfant est issu de moi-même, engendré à même ma propre substance, grandi en moi pendant de longs mois de gestation et bercé au rythme de mon imagination, de mes rêves et de ma vision du monde. Chacun est mis au monde avec autant d’amour et d’efforts qu’un véritable enfantement. Je crée des enfants littéraires pour assurer ma descendance, mon immortalité…

Avec quel bonheur je dédicace toujours mes romans, convaincue de prendre par la main et d’amener, grâce à mes histoires, chaque lecteur à découvrir le monde, à plonger dans le passé, à rire et à pleurer au présent, à rêver pour demain. À remettre les choses en question et à réfléchir aussi… Peut-être bien à améliorer le monde, qui sait. Et ce sentiment de partager avec quelqu’un les états d’âme qui m’habitent tout au long de l’écriture me donne l’impression de renaître, toujours et encore, à la publication de chacun de mes livres. C’est mon Noël à moi.

À vrai dire, à travers mes contes de Noël, j’ai sans cesse tenter de perpétuer le véritable esprit de Noël, passablement en péril ces dernières décennies. Du fait qu’Andréanne pourrait continuer dans l’avenir à transmettre cet esprit vient de naître en moi une espérance. Une folle et merveilleuse espérance.

Qui sait si… Quand, avec le temps, ma Plume d’or remise par Beethoven sera usée, quand je n’aurai plus la force de jouer à la fée des Étoiles pour remettre des sacs de cadeaux aux itinérants, ni celle d’observer d’un œil amusé Dieu le Père dans son paradis, quand je n’aurai plus le courage de barbouiller des pages chaque année avec des étoiles, des anges, des crèches, des bonhommes de neige et des lutins, quand le père Noël, ce cher vieil ami, sera devenu pour moi un doux souvenir, qui sait si cet appel vibrant ne mènera pas Andréanne, ou un autre de mes petits-enfants, sur les sentiers de la création littéraire déjà foulés par leur grand-mère ?

Cette année, voilà qu’il est survenu un nouveau conte de Noël parmi ceux, nombreux, que j’ai rédigés au fil du temps : celui de ma petite fille. À mes yeux, il s’avère le plus important de tous car il me fait rêver…

Qu’à cela ne tienne ! J’ai réussi à convaincre mon éditeur de le publier, ce fameux conte ! Andréanne n’attendra pas comme sa grand-mère l’âge de cinquante-six ans pour être lue. À mon grand bonheur, on a inséré son conte illustré dans mon recueil devenu maintenant « notre » recueil à elle et à moi. Grand merci à Québec Amérique !

Une porte vient de s’ouvrir sur une douce espérance. Celle de voir l’émerveillement et le message d’amour, porté par Noël à l’humanité, continuer de se propager non seulement à travers mes contes mais aussi, pourquoi pas, à travers ceux de ma petite-fille. Oui, une porte vient de s’ouvrir sur un magnifique espoir… Celui dont on célèbre la naissance à Noël possède la clé de cet espoir. Secrètement, je l’implore de maintenir cette porte ouverte et de m’accorder le grand bonheur de vivre concrètement le plus beau conte de Noël du monde.

Mon rêve de grand-mère…

Note de l’auteure : Cette histoire st tout à fait vraie. Le conte d’Andréanne, Une fameuse nuit de Noël, se trouve à la fin du recueil, côté « Pour les enfants au cœur d’ange ». Elle me l’a offert le 25 décembre 2010, alors qu’elle avait 9 ans.

NDLR : C’est ce conte qui a été publié sur ce blogue, le 2 décembre 2024.

Source : Contes de Noël pour les petits et les grands, de Micheline Duff, Éditions Québec Amérique 2012. 

***

NDLR : Ce conte était le dernier de la série pour cette année. Merci de vos commentaires et de votre assiduité. On se donne rendez-vous en décembre 2025, pour la suite des merveilleux contes de Noël. D’ici là, gardez votre cœur d’enfant.


Recevoir sans se stresser

Trucs et astuces

On le sait, le temps des Fêtes est propice aux réceptions de toutes sortes. Qu’on le veuille ou non, le stress est là. Certains sont prêts alors que d’autres sont sous haute pression. C’est le moment où madame Chasse-taches y va des quelques recommandations qui suivent.

***

Faites rapidement un ménage dans les pièces de la maison quelques jours avant la réception. La salle de bain et la cuisine devront être nettoyées la veille de la fête.

  • Le jour même de la réception, un tour rapide dans les pièces permettra un ajustement des détails de dernière minute.
  • Une fois le menu bien établi, sortez des armoires la vaisselle, la verrerie et les ustensiles nécessaires à la réception. Vérifiez si tout est propre, déposez le tout sur la table et couvrez avec une nappe jusqu’au moment de la mise en place de la table.
  • Misez sur des plats que vous avez déjà cuisinés, ainsi vous n’aurez pas de mauvaises surprises qui mèneront à un échec. Ajoutez au menu un plat original. Les invités se souviendront positivement de votre repas.
  • Établissez bien votre budget pour la nourriture et les boissons. Il sera plus facile d’adapter votre menu en conséquence sans dépasser vos limites budgétaires.
  • Pour la réception de plusieurs invités, un repas mijoté est la solution, tout en étant plus économique ! En entrée, un potage coloré avec une présentation soignée peut être préparé au préalable et le service sera rapide.
  • Vérifiez si vous avez sous la main tous les ingrédients nécessaires à la réalisation des recettes. Surtout, n’attendez pas la veille ou le matin de Noël pour courir à l’épicerie.
  • Prévoyez un endroit facile d’accès pour les bouteilles de vin, d’eau gazeuse et des divers rafraîchissement. La glacière de camping demeure très utile. On la conserve sur le balcon ou sous une table.
  • Les boîtes à jus pour les enfants sont des plus pratiques. Elle ne nécessitent pas de verres tout en limitant les dégâts.
  • Dressez au préalable une liste des choses à exécuter à la dernière minute pour la préparation du repas. Il sera ainsi plus facile de ne rien oublier et d’obtenir de l’aide des autres membres de la famille.
  • Ne paniquez pas et rassurez-vous. La simplicité a meilleur goût, elle éloigne les critiques et assure une réception réussie.

Source : Louise Robitaille, Journal de Montréal, cahier CASA, 21 décembre 2024, p23


La lumière au bout de la ruelle

Conte de Noël

Hors-série, je vous offre aujourd’hui, le conte de Noël écrit par Isabelle Maréchal, animatrice, productrice et journaliste, parue en fin de semaine dans les pages du Journal de Montréal.

***

Les fenêtres s’éteignaient de plus en plus tôt cet hiver-là. L’année avait été rude. Le prix des aliments avait grimpé, le chauffage coûtait une fortune, et le bruit constant des nouvelles rappelait les conflits lointains.

Dans le quartier, la méfiance et l’isolement s’étaient installés. Un certain silence aussi. Les voisins autrefois si affables, habitués aux échanges réguliers, ne se saluaient plus qu’en hochant la tête, pressés de rentrer chez eux, loin du regard des autres.

Ils avançaient tête baissée, recroquevillés sous leur parka, craignant que l’autre ne souhaite engager la conservation. Seul bruit, celui des déneigeuses qui raclaient l’asphalte sous la neige.

Maya, une fillette de 10 ans à l’allure dégourdie et aux yeux vifs, vivait dans un appartement délabré avec sa mère, Julia. Depuis le décès de son père, la maison semblait moins chaleureuse malgré les chandelles que Julia allumait chaque soir pour mettre un peu d’ambiance, mais surtout par souci d’économiser l’électricité. Maya la rêveuse aimait se laisser emporter par leur halo incandescent. Elle s’endormait souvent ainsi.

LA COUR À MARABOUT

Comme chaque jour en rentrant de l’école, Maya prit la ruelle et passa devant la cour délabrée de son voisin, le Marabout. C’est ainsi qu’elle surnommait monsieur Beaudoin, l’ancien directeur d’école, grincheux notoire qui n’avait plus le cœur à rien depuis sa retraite forcée. Encore moins à s’occuper de son jardin.

Dans un coin, Maya lorgna le grand érable qui se dressait, ses branches dépouillées mais tenaces, résistant aux vents glacés. La petite eut une idée.

Après avoir fini ses devoirs, Maya découpa des étoiles dans des bouts de carton trouvés dans le bac de récupération. Sur chaque étoile, elle inscrivit de simples mots : « Chaleur », « Amitié », « Un repas partagé », « Un toit pour tous ».

Elle mit ses bottes qui auraient bien mérité une taille de plus et s’emmitoufla dans la doudoune que sa mère lui avait rapportée de Renaissance. Elle couru chez Marabout. S’assurant que le champ était libre, Maya accrocha une à une ses étoiles dans le vieil érable à l’aide de bouts de ficelle.

En regardant son œuvre, elle se tourna vers les fenêtres sombres de la rue et cria à qui voulait l’entendre : – Venez faire un vœu ! Venez faire un vœu !

Personne ne bougea. L’appel de Maya semblait s’être perdu dans la noirceur de la ruelle déserte. La petite rentra chez elle, déçue. Le lendemain à la même heure, Maya reprit son petit jeu.

– Venez faire un vœu ! Venez faire un vœu !

Cette fois, la dame du troisième étage de l’immeuble voisin sortit dans la ruelle. C’était madame Bouchard, qui parlait peu et gardait toujours ses rideaux tirés. Elle avait fabriqué une étoile sur laquelle était écrit : « Un compagnon pour parler ».

Sami, le garçon du duplex d’en face, s’approcha. Timide, il accrocha son étoile : « De l’aide pour mes devoirs ». Peu à peu, les autres voisins s’agglutinèrent autour de l’arbre. Chacun y ajouta son étoile qui portait un vœu ou un besoin. Chaque étoile racontait une histoire, cachée sous le vernis du quotidien.

L’ARBRE MAGIQUE

Une fois l’arbre couvert de ses astres de fortune, quelque chose d’étonnant se produisit. Les gens du quartier commencèrent à se répondre. Madame Bouchard invita Sami à étudier chez elle. Jacques, le voisin du deuxième, bon bricoleur à ses heures, proposa de réparer la chaudière de Julia. Une couturière au bout de la ruelle se mit à coudre des vêtements chauds pour ceux qui en manquaient.

Chaque petit geste illuminait la ruelle autant que les guirlandes improvisées qui ornaient l’érable. L’arbre en avait l’air requinquer. Surtout depuis que le Marabout, euh… pardon, monsieur Beaudoin, l’avait paré de lumières multicolores qui brillaient de mille feux. Ne dit-on pas qu’un érable représente la sagesse, la connaissance et la guidance spirituelle ?

La veille de Noël, Maya, Julia et tous les voisins qui se connaissaient à peine quelques jours plus tôt se donnèrent rendez-vous devant l’arbre. Ce qui avait commencé par une simple idée d’enfant avait transformé la ruelle en une vibrante communauté.

C’est à ce moment précis que la neige décida de se joindre au groupe. Les premiers flocons virevoltèrent autour de Maya, qui sautillait de joie.

– Tu vois maman, même quand tout paraît sombre, il suffit d’une petite lumière pour tout changer. Et plein d’étoiles.

Ce soir-là, sous l’érable scintillant, plus de silence ni de méfiance. Juste des rires, des accolades, et une chaleur que personne n’avait ressentie depuis longtemps.


La petite étoile

Conte de Noël

Voici le quatrième conte de Noël de 2024. Spécialement pour les grands au cœur d’enfant…

La coquine ! Elle me gratouillait l’oreille depuis je ne sais combien de temps. Tu parles d’un endroit où se nicher pour une étoile ? Elle ne cessait de me harceler avec ses bourdonnements et ses grésillements à n’en plus finir.

– Que veux-tu, petite étoile ? Pourquoi ne t’en retournes-tu pas chez toi ? D’ailleurs, d’où viens-tu donc ? Ta place n’est sûrement pas dans mon oreille !

Je suis une étoile qui ornait la chevelure d’un ange. Hélas ! par distraction, j’ai lâché prise et suis tombée par terre. Me voilà maintenant perdue. Je n’arrive pas à retrouver mon ange chéri. Veux-tu m’accompagner ?

– Je veux bien, Mais qu’attends-tu de moi au juste ?

– Je n’ai pas envie d’y aller seule et tu pourrais m’aider à chercher mon ange. Prends-moi dans ta main et laisse-moi te transporter et te guider.

C’est ainsi qu’un jour de décembre, je m’en fus dans l’univers à la suite d’une étoile que je tenais à bout de bras. Nous allions à fière allure, elle et moi, portées par le vent, volant au-dessus des montagnes et traversant les lacs, des rivières et même des océans. J’avais beau scruter l’horizon, inspecter les forêts et fouiller chaque repli du paysage, ni ange ni diable ne se présentait à ma vue.

– Ne crois-tu pas, petite étoile, qu’il vaudrait mieux traverser les nuages et se rendre jusqu’à l’Au-delà, dans le grand pays du Paradis, là où habitent les anges ?

– Non ! non ! Retournons plutôt en bas sur la planète. C’est là que se trouvent les anges.

– En bas ? Sur la terre ? C’est là que se trouvent les anges, dis-tu ? Ah ! bon…

Je cherchai donc du regard quelque temple ou musée poussiéreux où se nichaient peut-être un ange de bronze, sans étoile à sa couronne. C’est pourtant dans les faubourgs d’une ville que me mena l’étoile, au fond d’une vieille taverne où trinquaient deux hommes d’affaires attablés devant une bière blonde.

– À la tienne ! dit l’un d’eux. C’est moi qui t’offre cette bière. Je te dois bien cela après le coup bas que je t’ai fait la semaine dernière. Je suis désolé de t’avoir volé ton client. Je n’aurais pas dû… Me garderas-tu ton amitié ?

– T’en fais pas, mon vieux, les affaires sont les affaires et on n’échappe pas à la concurrence. Ne te tourmente donc pas avec ça ! Buvons plutôt à notre santé et à notre réussite à tous les deux ! Et… Joyeuses Fêtes !

Mon étoile ne cessait de me secouer la main. On aurait dit qu’elle se sentait impatiente de repartir.

– Sauvons-nous d’ici. Ce n’est pas dans un endroit pareil que se trouve mon ange. Ici, c’est l’ange du Pardon et de la Bonne Entente qui est venu.

– L’ange du Pardon ? Mais je n’ai pas vu d’ange, moi !

– Bien sûr qu’il se trouvait là ! Ouvre grand tes yeux, mon amie ! N’as-tu pas remarqué le visage sourient de l’homme et la claque amicale qu’il a donné dans le dos de l’autre type en lui disant : « T’en fais pas, mon vieux » ? Pas tout le monde qui agirait de la sorte ! N’as-tu pas vu la lumière blonde de leurs bières quand ils ont entrechoqué leurs verres dans un tintement joyeux ? C’est divin, cela, mon amie ! Allons chercher ailleurs.

Abasourdie, j’eus à peine le temps de reprendre mon souffle que je me retrouvai au cinquième étage d’un grand édifice, dans la dernière salle au bout d’un corridor. Une femme était en train de donner naissance à un enfant. Elle poussait, poussait de toutes ses forces. Son pauvre mari poussait presque aussi fort qu’elle tant il voulait l’aider. Le médecin, couvert de sueur, peinait lui aussi. Soudain, le miracle se produisit : un petit trésor parfaitement modelé lança son premier cri sur la terre des hommes. Ce fut l’euphorie générale. En l’espace d’une seconde, les parents commencèrent à aimer cet enfant plus que leur propre vie. Même le vieux médecin, qui avait pourtant vécu des centaines d’accouchements, ne put retenir un soupir. Ébahie, le cœur fondant d’émotion, j’assistai à cette scène unique et pourtant si humaine, renouvelée de génération en génération depuis la nuit des temps, J’avais tout oublié, l’ange, l’étoile et notre recherche.

– Viens-t’en ! Ce n’est pas encore ici que se trouve mon ange ! s’écria mon étoile, toute penaude. Mais j’espère que tu as au moins reconnu les anges de la Vie et de l’Amour. Ce cri, ces larmes, cet attendrissement…

Je ne répondis pas tant je me sentais bouleversée. Puis, ce fut la cavalcade vertigineuse dans l’air vif et bleu de cette belle journée d’hiver,

– Cherche, mon amie, cherche !

Au bout d’une rue, un homme déblayait un énorme tas de neige sur un perron. Il n’habitait pas cet endroit mais plutôt la maison d’à côté, et il nettoyait l’entrée de son voisin, sachant que celui-ci se trouvait malade. De l’autre côté de la rue, à travers la fenêtre d’une demeure vieillotte, on pouvait voir une grand-maman en train de rouler de la pâte. Elle préparait des beignets pour ses nombreux petits-enfants. L’espace d’un moment, je songeai au petit diable de la Gourmandise.

– Mmmm… Ce que ça sent bon ! fit remarquer mon étoile. On dirait que l’ange de la Bonté est passé dans cette rue. Mais hélas ! Mon ange à moi ne semble pas y être venu…

Nous avons fouillé tous les recoins. À l’école de ballet, c’est l’ange de l’Innocence qui avait laissé derrière lui d’adorables petites filles en tutus roses. Sur la colline, l’ange de la Joie de Vivre avait, de toute évidence, allumé des sourires sur le visage des enfants qui glissaient sur leurs traîneaux. L’ange du Devoir, de son côté, accompagnait les deux étudiantes sagement penchées sur de grands livres fort savants afin de préparer leurs examens de fin de session. L’ange de la Beauté, quant à lui, avait pris l’allure du geai bleu picorant dans une mangeoire d’oiseaux encapuchonnée de neige.

Quand le soir descendit doucement et que les lampes s’allumèrent sous le croissant de lune, je ressentis soudain un grand calme. L’ange de la Paix venait assurément me frôler. En silence, je me pris à rêver.

– Allons, allons ! tu ne cherches plus ? protesta ma petite étoile, désespérée. Où donc peut se trouver mon ange à moi ? Maintenant que tu sais reconnaître les anges, il faut chercher de plus belle, mon amie !

L’on s’en fut donc, à la nuit tombée, au fond d’une prairie située non loin de la ville. Il y avait là une prison où, dans le secret d’une cellule, un prisonnier méditait. Il cherchait, au plus profond de lui-même, la réponse à ses questionnements et surtout, il demandait au ciel la force de se reprendre et de tout recommencer à neuf, Son visage recueilli reflétait une telle sérénité, une telle lumière intérieure…

Je demandai à la petite étoile s’il s’agissait enfin de son ange.

– Non, pas encore ! Mais nous devons garder confiance, car nous venons justement de croiser l’ange de l’Espoir.

J’envoyai à l’homme un baiser du bout des doigts.

– Ce n’est pas encore ici. Vite, il faut continuer à chercher !

Je me sentis emportée dans une étrange et interminable spirale. L’étoile me tirait toujours plus vite, toujours plus fort, toujours plus loin, jusqu’à ce qu’on arrive à la porte d’un bâtiment.

– Où donc m’emmènes-tu, petite étoile ?

Soudain, des voix attirèrent notre attention. On aurait dit que cela montait d’une vieille grange délabrée au fond d’une campagne orientale. Plus on approchait, plus on entendait murmurer des chants doux et mélodieux. Ah ! comme c’était beau !

– C’est ici ! C’est ici ! s’écria mon étoile, tout excitée. Mon ange se trouve ici, tu vas voir !

Et là… ô doux mystère, ô sainte nuit… Entre le bœuf et l’âne, une femme et un homme berçaient un petit bébé en lui murmurant des mots tendres. Il y avait, en ce lieu, une telle paix et une telle douceur que j’en oubliai presque mon étoile, accolée sur le front de l’ange de Lumière. Je tombai à genoux et émerveillée, contemplai l’enfant, moi aussi. La dame me souriait gentiment et je crois bien que je m’endormis sur un tas de foin, épuisée et heureuse, envoûtée par le grésillement de l’étoile.

– Dors, mon amie, tu as bien mérité cette paix…

Une grande clarté illumina soudain ma chambre. Quand je relevai la tête, je vis l’ange de Lumière s’envoler par ma fenêtre avec, sur le front, une merveilleuse petite étoile… Quant à moi, je ne pus réprimer un sourire en m’apercevant qu’un magnifique rayon de soleil me chatouillait la figure, sur le coin de mon lit. Il était huit heures du matin.

Source : Contes de Noël pour les petits et les grands, de Micheline Duff, Éditions Québec Amérique 2012. 


À traiter avec attention et délicatesse

Consommation

Je dois vous avouer quelque chose; je suis un amoureux fou des bananes. Peut-être y a-t-il des gênes de singe en moi ? Allez savoir, mais je suis comme ça.

Lorsque je m’approvisionne en épicerie, je reste très sélectif et je ne les prend pas en grosse quantité, parce qu’une banane, ça murit assez rapidement. Il faut qu’elle soit très ferme avec une pelure légèrement verte, au point où elle est un peu difficile à déshabiller.

Évidemment, elle ne doit laisser apparaître aucune tache brunâtre, sinon, je les déplace loin dans le présentoir. Mon frère, au contraire les aime noires. Wouach ! J’ai même songé un moment à les ramasser pour les lui offrir. C’est dégueulasse une banane noire et toute molle. Lui, il les met au congélateur. Bah ! les goûts sont dans la nature…

L’endroit où on les respecte le moins, c’est à l’épicerie. On dirait que les commis aux étalages ne sont pas conscients de la fragilité de ces fruits oblong, à pulpe farineuse et à épaisse peau jaune. On devrait leur expliquer.

En les regardant du coin de l’œil, je les observe. Quelques-uns sont méthodiques et respectueux dans leur distribution et dans leur façon de les exposer à la clientèle. Les experts les manipulent avec soin, les déposant tendrement sans les brusquer. En plein ce que j’attends d’eux.

D’autres les blessent et on voit rapidement les ecchymoses apparaître, prélude à une détérioration rapide. On devrait leur expliquer que ces fruits, pour être attirants, doivent rayonner de perfection. Dans ces cas-là, je m’approche pour évaluer les plus beaux spécimens et je les dépose tendrement dans mon panier.

L’autre jour, un commis en a échappé trois bonnes mains et elles sont tombées par terre brusquement. Une fois ramassées, il les a remis avec les autres. Dès le lendemain, les blessures sérieuses apparaissent. Quel dommage ! Elles peuvent alors terminer leur vie dans une recette qui ne laisse rien voir.

Au moment de passer aux caisses libre-service. Je dépose mes bananes lentement sur la pesée et je les remets dans mon sac délicatement. Comme la porcelaine de Chine, je peux même, parfois, les mettre seules dans le sac, pour éviter les chocs.

La prochaine fois, pensez-y et traitez vos bananes comme vous caressez vos plus belles fleurs estivales, avec délicatesse et attention.


Remèdes de grands-mères d’hier à aujourd’hui

Trucs et astuces

Ces remèdes transmis par tradition orale dans les familles vous feront sourire, mais ils ne sauront pas remplacer les conseils d’un médecin ou d’une infirmière qualifiée. On y croit… ou non, car l’efficacité de ces croyances n’a pas toujours été prouvée… Paroles de madame Chasse-Taches.

UNE ECCHYMOSE…

Si on se frappe, la peau se colore rapidement et devient bleuâtre. Les grands-mères avaient plusieurs solutions à ce problème :

  • Appliquer un cataplasme de feuilles de laitue ou de la mie de pain imbibée de vin rouge.
  • On pressait aussi la région douloureuse avec les doigts humides trempés dans du sucre blanc.
  • Aujourd’hui, l’astuce la plus répandue est de frotter la peau meurtrie avec de l’essence pure de vanille et non de l’extrait de vanille. L’ecchymose deviendrait beaucoup moins apparente au cours des jours suivants.

DES CRAMPES DANS LES JAMBES

Tous ceux qui subissent des crampes dans les jambes durant le sommeil vous diront que la douleur les force à se lever brusquement de leur lit et à sautiller sur un carrelage froid jusqu’à ce que la douleur s’atténue.

  • On a longtemps cru qu’un aimant de dimension moyenne, déposé au fond du lit, à la hauteur des pieds, éliminerait les crampes nocturnes. Encore aujourd’hui, cette croyance est répandue.
  • Le truc le plus populaire est de déposer sous le drap contour du lit, un pain de savon Ivory ou un savon de Marseille. Les pieds ne doivent pas nécessairement toucher au savon. Sa seule présence éliminerait les crampes grâce au potassium dégagé par le savon et qui contribuerait à élever la température des membres inférieurs.

LE HOQUET

Quelle famille ne possède pas un truc pour soulager le hoquet ? Certains surprennent la personne qui a le hoquet en lui faisant peur, en la faisant rire, en lui faisant manger une cuillerée de sucre en poudre, de beurre d’arachides, de miel sans respirer ou de lui faire boire un verre d’eau à petites gorgées.

Parmi les trucs les plus populaires, en voilà deux qui fonctionnent très souvent :

  • Placer un couteau dans un verre d’eau, la lame vers l’intérieur et boire lentement, l’ustensile appuyé contre le front. En buvant à petites gorgées, le couteau ne tombera pas. Ce truc est efficace, mais non discret si vous êtes attablé au restaurant.
  • Essayez plutôt de couvrir un verre d’eau avec un papier-mouchoir. Buvez lentement l’eau filtrée à travers le mouchoir. C’est miraculeux !

Source : Louise Robitaille, Journal de Montréal, cahier CASA, 14 décembre 2024, p11


Un pan de notre histoire : L’idée de Trump d’annexer le Canada n’est pas nouvelle aux États-Unis

Histoire

Même si on a rapidement souligné que l’idée que le Canada devienne le 51e État américain n’était qu’une boutade lancée par Donald Trump à l’intention de Justin Trudeau, l’idée n’est pas nouvelle.

Dès l’époque coloniale, les colons anglais en Amérique lorgnaient les ressources de la Nouvelle-France tout en rêvant de contrôler l’accès privilégié au continent que représente le fleuve Saint-Laurent.

Voici trois épisodes de l’histoire associés à la crainte que le Canada et le Québec puissent passer sous contrôle américain.

L’INVASION DE QUÉBEC DE 1774-1775

Si les premières tentatives de s’emparer de la Nouvelle-France surviennent assez tôt pendant la période coloniale, les futurs Américains remettent le projet sur la table lorsque les délégués des treize colonies se réunissent à Philadelphie dans les mois qui précèdent la rédaction de la déclaration d’indépendance.

Après avoir fait parvenir une lettre aux colons de ce qu’on appelle la Province of Quebec depuis 1763, lettre demeurée sans réponse, les délégués de Philadelphie vont planifier une invasion.

Deux offensives, l’une menée par le général Montgomery et l’autre dirigée par Benedict Arnold, permettront d’occuper Montréal et d’attaquer Québec.

Le célèbre Benjamin Franklin s’est même déplacé à Montréal, mais rien n’y fit. Les Américains ont mal évalué la volonté des colons d’ici qui refuseront de prendre les armes contre les Britanniques.

Bataille de Châteauguay 1813

LA GUERRE DE 1812-1814

Un autre grand moment de tension pour le Canada se déroule entre 1812 et 1814, alors que la Grande-Bretagne et les États-Unis s’affrontent à nouveau quelques années seulement après la fin de la guerre d’Indépendance.

Contrariés par le comportement des Britanniques pendant les guerres napoléoniennes, on limite les échanges entre les États-Unis et la France; furieux face à l’attitude impérialiste et désireux d’affirmer une seconde fois leur indépendance, les Américains déclarent la guerre le 18 juin 1812.

Cet affrontement se termine par un match nul et constitue une première véritable occasion de développer un sentiment national du côté canadien.

LA GUERRE DE SÉCESSION ET LA NAISSANCE DU CANADA

La plus récente manifestation d’inquiétude liée à une volonté expansionniste est associée au projet de Confédération.

Lorsque les colonies britanniques discutent d’une possible union, elles le font alors qu’on prête aux Américains l’intention d’étendre leur territoire vers le nord après la guerre de Sécession.

Après tout, des sudistes se sont réunis à Montréal, l’assassin de Lincoln y a séjourné, et des fenians, une organisation secrète souhaitant l’indépendance de l’Irlande, ont effectué des raids de notre côté de la frontière.

La menace est alors jugée suffisamment sérieuse pour expliquer la construction des Forts-de-Lévis qui débute en 1855,

Source : Luc Laliberté, historien, Journal de Montréal, cahier Weekend, 7 décembre 2024, p70


Comment prendre soin de son sapin naturel

Trucs et astuces

Notre beau sapin naturel est clairement le roi dans notre maison pendant les Fêtes, mais il a besoin d’un traitement royal pour que sa parure reste intacte.

CE QU’ON DOIT SAVOIR

  • Un arbre naturel dure environ quatre semaines, parfois un peu plus si l’on en prend bien soin.
  • Plus l’arbre est frais, plus on pourra le garder longtemps. Avant d’acheter le nôtre, on vérifie l’état des branches. Si les aiguilles sont brunâtres ou si elles tombent si on les touche, on choisit un autre sapin.
  • Tous les sapins ne sont pas pareils. Le sapin baumier dégage un parfum plus intense, a des branches plus souples qui risquent de plier si l’on a trop de décorations. Le sapin Fraser est plus touffu et serré et aurait une durée de vie un peu plus longue, notamment car il perd moins ses aiguilles.

COMMENT EN PRENDRE SOIN

  • Quand on achète le sapin, on le rentre immédiatement dans la maison. Autrement, on le garde dans un endroit frais, mais couvert.
  • Avant de le placer dans sa base (et dans l’eau !), on coupe environ 1 pouce du tronc pour lui permettre de mieux absorber l’eau. On n’a pas de scie à la maison ? On demande au marchand de le faire pour nous. On évite de laisser le tronc coupé à l’air par contre, car la sève va couler et se figer.
  • Notre support ne doit pas abîmer l’écorce du sapin, car celle-ci est essentielle à la bonne circulation de l’eau. C’est grâce à elle s’il peut « boire » et rester beau.
  • On choisit le bon endroit pour lui. On évite de le placer trop près d’une source de chaleur pour qu’il ne se déshydrate pas et sèche rapidement.
  • On place un sac de récupération sous le sapin et le tapis décoratif sous l’arbre, ce qui nous facilitera la tâche lorsqu’on l’enlèvera.
  • De l’eau ! Il en a besoin. Beaucoup et souvent ! Et particulièrement au début. La première journée, on met de l’eau tempérée pour maximiser l’apport en humidité jusqu’aux aiguilles.
  • On vérifie le réservoir plusieurs fois et l’on s’assure qu’il est toujours rempli. Il ne faut pas laisser le tronc devenir sec. Il est normal que l’arbre « boive » plusieurs litres d’eau durant la première semaine. On ne lésine pas sur l’eau pour étancher sa soif !
  • Notre arbre est recyclable et ne va pas dans les déchets. Plusieurs villes organisent une collecte spéciale. On reste aux aguets !

Source : Nadine Descheneaux, Journal de Montréal, cahier CASA, 14 décembre 2024, p10


Un pan de notre histoire : Les marchés publics d’autrefois au temps de Noël

Histoire

Depuis quelques années, les marchés de Noël extérieurs connaissent une popularité importante auprès des Québécois et des Québécoises. Pourtant, ces marchés d’inspiration européenne ne se tiennent au Québec que depuis la fin des années 1990, voire le milieu des années 2000.

Les marchés d’autrefois avaient donc bien peu à voir avec ce qu’on entend aujourd’hui par « marché de Noël ».

Afin de nous préparer au temps des Fêtes, revisitons l’histoire des marchés publics au Québec et observons comment ceux-ci s’animaient à l’occasion de la fête de Noël.

Dès le 17e siècle, c’est dans les trois villes principales de la colonie – Québec, Montréal et Trois-Rivières – que s’organisent les premiers marchés publics. Véritables institutions, ces marchés permettent un approvisionnement alimentaire des populations urbaines et offrent aux ruraux une occasion de vendre leurs surplus agricoles.

Plus encore, ce sont des lieux de rencontre et d’échanges. Les marchés publics deviennent des lieux de sociabilités où se tissent des liens commerciaux et sociaux entre les habitants.

Les places de marchés voient le jour, sous la supervision des autorités coloniales, près du fleuve Saint-Laurent, principale voie de communication de la colonie. À Québec, c’est à place Royale, en basse-ville, qu’est établie la première place de marché en 1640. À Montréal, c’est en 1657 que les habitants assistent à la formation d’une place de marché, localisée sur la place d’Armes, aujourd’hui connue sous le nom de place Royale.

Enfin, à Trois-Rivières, il faut attendre le début du 18e siècle pour qu’un premier marché voie le jour au bout de la rue Saint-Louis, tout près du fleuve.

Les places de marchés font aussi office de places publiques : le crieur public informe la population des arrêts, édits et ordonnances des autorités coloniales; les criminels condamnés reçoivent leurs châtiments; les gentilshommes s’affrontent en duel. Et, bien sûr, on s’y adonne au potinage et au colportage de rumeurs et de nouvelles.

Le 19e siècle constitue l’âge d’or des marchés publics alors que ceux-ci pullulent à l’échelle de la province, tant en milieu rural qu’en milieu urbain. Seulement dans la ville de Québec, à la fin du 19e siècle, on ne compte pas moins de huit marchés publics ! Au même moment, on assiste à l’émergence des halles de marché, ce qui témoigne d’une volonté d’améliorer les conditions de vie urbaine et le confort des clients.

À partir de 1850, les marchés urbains se spécialisent : co-existent désormais des marchés aux denrées, des marchés à bois, des marchés à foin, des marchés aux poissons et des marchés aux animaux. Les citadins et les ruraux fréquentent ainsi ces espaces en fonction de leurs besoins.

AU TEMPS DE NOËL

Réveillon

À l’époque de la Nouvelle-France, Noël est une fête surtout religieuse. C’est seulement vers la fin du 19e siècle, sous l’influence des coutumes britanniques, que Noël prend les allures qu’on lui connaît aujourd’hui, centré autour de traditions familiales et communautaires.

Se répand alors progressivement, d’abord au sein des familles bourgeoises, puis au sein des familles ouvrières et paysannes, la vogue du grand festin de Noël. Pour l’occasion, les citadins fréquentent les marchés publics à la recherche de la meilleure volaille pour égayer leur tablée.

Jusqu’au 19e siècle, l’oie est la volaille festive favorite pour l’organisation des repas de Noël. Or, en 1843, au moment où Charles Dickens fait paraître son œuvre Cantique de Noël, la dinde gagne en popularité : mettre une dinde sur la table à l’occasion du repas de Noël est présenté comme une marque de prestige.

Cette coutume, qui provient de l’Angleterre victorienne, influence les traditions des familles bourgeoises qui cherchent à s’en procurer au marché.

Dans les marchés publics, la popularité croissante de la dinde se traduit par une augmentation de l’offre du produit sur les étalages. Le 26 décembre 1887, dans le journal La Presse, un rédacteur écrit : « Pour ce qui est des dindes, le marché en est rempli, il en est comble. Il y en a plein les voitures, plein les étaux, plein les marches du péristyle, il en traîne sous vos pieds ; d’autres sont suspendues au-dessus de vos têtes. »

Si en 1887 on notait l’abondance des dindes au marché de Noël, en 1900, on se plaint plutôt de leur absence.

Le 27 décembre 1900, dans le Courrier de Saint-Hyacinthe, on relate : « Les volailles en général étaient nombreuses, mais où donc étaient les charges ordinaires de dinde ! Chaque étal de boucher avait d’habitude quelques spécimens de dindes, ils avaient des oies cette année ». D’autres fois encore, c’est le prix des volailles qui retient l’attention des rédacteurs dans la presse, alors qu’on mentionne leur bas prix ou encore leur cherté.

C’est donc dire que c’est la dinde plus que tout autre sujet qui est au centre des discussions au marché à l’occasion de Noël !

Dans le temps des Fêtes, les commerçants décorent leur kiosque, comme le relate un journaliste le 22 décembre 1903 dans le journal La Presse : Le marché de Noël, comme celui de Pâques, est toujours une fête au marché Bonsecours. À cette occasion, les marchants ne ménagent rien pour donner une belle apparence à leurs étaux qu’ils décorent de fleurs et de verdures. Les fleurs ne sont pas aussi en abondance qu’à Pâques, aujourd’hui, jour du marché de Noël; mais il y a de la verdure à profusion. »

À l’occasion de Noël, au début des années 1850, les commerçants commencent à proposer à leurs clients un nouveau type de « verdure » : des sapins de Noël. À l’instar de la dinde, le sapin de Noël entre progressivement dans les foyers des Canadiens et Canadiennes, anglophones et francophones, fruit d’une publicité plus importante de cette tradition à compter de la fin des années 1840 en Angleterre.

JOURS DIFFICILES

Au 20e siècle, particulièrement à partir des années 1930, les marchés publics vivent des jours difficiles. Le 27 décembre 1935, un rédacteur du journal La tribune informe la population que « le marché de Noël a tué le marché du Jour de l’An ! » Avant de mentionner, quelques lignes plus loin, le prix des dindes, il écrit : « Depuis un grand nombre d’années, le marché de Noël a évidemment pris de l’ascendant sur celui du Jour de l’An et les ménagères ont pris l’habitude de s’approvisionner avant Noël pour toute la période des Fêtes. »

Dans la seconde moitié du 20e siècle, de nombreux facteurs contribuent à la disparition progressive des marchés publics dans les campagnes et dans de nombreuses villes de la province.

Parmi eux, il y a certainement l’essor des magasins à rayons, des épiceries et des supermarchés, ainsi que la disparition des petites entreprises agricoles de type familial et artisanal.

Plus encore, le changement de fonction des marchés publics, devenus non essentiels au ravitaillement des villes, contribue à modifier le rapport des citadins et des ruraux à ces espaces et joue en défaveur de leurs financements par les pouvoirs municipaux à partir des années 1960.

Malgré tout, certains marchés ont réussi à s’adapter aux nouveaux impératifs de la vie d’aujourd’hui et continuent toujours de jouer un rôle dans l’approvisionnement des populations urbaines en produits alimentaires de qualité.

En ce début décembre, pourquoi ne pas prévoir de vous rendre dans un marché afin d’y faire quelques emplettes pour vos repas des Fêtes et d’encourager les producteurs locaux ?

Source : Emmy Bois, historienne, Journal de Montréal, cahier Weekend, 7 décembre 2024, p68


Le petit cheval de bois

Conte de Noël

Voici le troisième conte de Noël de 2024. Spécialement pour les grands au cœur d’enfant…

Cet après-midi-là, au début du congé de Noël, j’avais décidé d’emmener mes quatre enfants patiner au lac des Castors sur le mont Royal, tel que promis. Il faisait un soleil radieux mais le froid restait vif. Les trois plus âgés, pouvant tenir sur leurs patins, ne se gèleraient pas les mains et les pieds, mais la plus petite, elle, immobile dans son traîneau, risquait d’attraper une engelure. J’apportai donc un surplus de couvertures pour bien l’emmitoufler.

Au bout d’une demi-heure, après avoir attaché les patins de l’une, ajusté le foulard de l’autre, trouvé la mitaine perdue du fiston, installé le bébé confortablement, nous fîmes enfin notre apparition sur la surface gelée de l’étang. Il n’y avait pas foule, en ce premier jour des vacances, à peine une quinzaine d’enfants qui glissaient sur les pentes ou s’amusaient sur les rives du petit lac.

Bien sûr, au bout de dix minutes, l’aînée avait poussé sa sœur un peu trop fort et celle-ci s’était étalée de tout son long sur la glace en hurlant. J’accourus pour l’aider à se relever tout en soutenant mon fils de trois ans gardant difficilement son équilibre sur ses patins. En même temps, je devais tirer le traîneau chargé de la petite dernière tellement bien enveloppée dans ses couvertures qu’on pouvait se demander si elle ne mourrait pas étouffée ! Mais je me rassurai, je l’entendais brailler à fendre l’âme. « Allons ! Dors, ma toute petite. Tu vas faire une belle promenade avec maman sur la patinoire. Dodo, l’enfant do… » Je n’avais pas aussitôt lâché la main du petit pour aider la deuxième à se remettre sur pied que la plus âgée tomba à son tour. Grands Dieux ! Dans quelle galère m’étais-je embarquée ? Ouf !

– Voulez-vous que je vous aide, madame ?

Je relevai la tête et aperçus un jeune garçon d’une douzaine d’années, une tuque de laine rouge enfoncée jusqu’aux yeux. Je pouvais à peine deviner la mine souriante de son visage caché derrière son col monté jusqu’aux oreilles.

– Je m’appelle Julien. Je pourrais promener votre bébé autour du lac, si vous me donnez la permission, Comme ça, vous pourrez patiner tranquillement avec vos autres enfants.

– Comme c’est gentil ! Tu n’as pas de patins ? Es-tu venu ici tout seul ?

– Non, non, je suis venu avec des moniteurs de mon foyer d’accueil. L’autobus est là, dans le stationnement. Mais je préférais m’occuper de vos enfants plutôt que d’aller glisser avec les autres pensionnaires du centre.

– Pourquoi donc ?

– Bof… ils ne sont pas toujours gentils. Des petits enfants, c’est plus joyeux ! J’aime ça, moi, les petits enfants !

– Bon, tu peut tirer le traîneau du bébé, si tu veux. Mais ne t’éloigne pas, j’aimerais te garder à vue.

– Ne vous inquiétez pas, madame, je vais rester ici, tout près.

Après m’avoir gratifié d’un merveilleux sourire, Julien se mit à longer le bord du lac en chantant une chanson pour endormir la petite. Je poussai un soupir de soulagement et pus enfin m’occuper des trois autres. Qui était donc cet ange secourable que le ciel m’envoyait soudain ? Quelques instants plus tard, je relevai la tête et le vis, accroupi, tentant d’attirer un écureuil avec des friandises trouvées au fond de sa poche. Mon bébé, nullement endormi, riait aux éclats. Julien se tourna vers moi et me fit un salut de la main.

Vers le milieu de l’après-midi, j’invitai le garçon à entrer avec nous dans le restaurant près de la patinoire pour déguster un lait chaud au chocolat.

– Tu l’as mérité, mon grand ! Dis donc, j’aimerais bien que tu me parles de toi. Qui es-tu, d’où viens-tu ? As-tu de la famille ?

– Je ne sais plus si j’en ai une, une famille ? Mes parents ne s’occupaient pas suffisamment de moi, d’après le travailleur social. Alors, j’habite dans un foyer d’accueil depuis bientôt six mois, en attendant je ne sais trop quoi…

– Et… tu y es heureux ?

– Pas tellement ! Un jour, quand je serai plus grand, je vais sortir de là et je deviendrai un éleveur de chevaux. C’est mon plus grand rêve, j’adore les chevaux !

Julien devint soudain songeur. Quel garçon sympathique ! La profondeur de son regard me déroutait quelque peu, Les enfants semblaient s’y attacher déjà et ne le lâchait pas d’une semelle.

Soudain, a travers les fenêtres du restaurant, je remarquai, entre le lac et le stationnement, des chevaux attelés à des traîneaux, tout prêts à partir au son des grelots en promenade sur les sentiers enneigés de la montagne. D’épaisses couvertures de fourrure recouvraient les banquettes, et les bêtes trépignaient d’impatience. Il ne manquait plus que des passagers. Il me vint une idée.

– Dis donc, Julien, tu vois, là-bas, le gros monsieur enveloppé dans son « capot de chat » ? Va lui demander combien coûterait une balade dans son buggy pour une mère et ses cinq enfants.

– Cinq ? Mais vous n’avez que quatre enfants, madame !

– Disons que pour l’instant, je t’adopte. Fais ce que je te dis. Si le prix est raisonnable, je t’invite. Ce sera mon cadeau de Noël.

Julien ne se le fit pas dire deux fois. Il prit ses jambes à son cou jusqu’au cocher. Je le vis discuter quelques instants puis revenir en courant.

– J’ai marchandé un peu avec lui. Il nous fait un prix spécial.

Le prix me convenait,

– Parfait ! Allons-y !

Les enfants, tellement excités, n’arrivaient pas à enfiler leurs vêtements correctement, et j’appréciais une fois de plus l’aide de Julien, fou de joie. Finalement, tout le monde se trouva prêt. Hélas, juste comme nous nous acheminions vers les traîneaux, on entendit retentir un coup de sifflet strident. Un inconnu s’approcha de nous et me toisa d’un air suspicieux.

_ Julien, où étais-tu ? On te cherchait partout ! C’est le temps de retourner au centre d’accueil, mon ami. Tu nous a fait prendre du retard.

– Oh ! non !… Ne me dites pas que c’est l’heure de partir. Juste au moment où j’allais faire un tour de buggy, le rêve de ma vie…

– Désolé. Allez, ouste ! Dépêche-toi, tous les autres sont déjà montés dans l’autobus.

Le jeune garçon me lança un regard désespéré. À peine ai-je eu le temps de le remercier pour sa gentillesse qu’il avait déjà disparu au tournant du chemin.

– Maman, est-ce qu’on va le revoir encore, Julien ?

– Euh… Je ne crois pas, ma chérie.

– Moi, â ne me tente plus d’aller « faire un tour de cheval ». C’est avec lui que je voulais y aller.

– Moi, je voulais que Julien conduise le cheval. Il va revenir, hein, maman, notre nouvel ami ?

C’est au moment précis où l’autobus quittait le stationnement que je réalisai ne pas connaître le nom de Julien au complet, ni l’endroit où il habitait, J’aurais pu au moins le lui demander avant son départ. Comme j’avais été stupide ! Je poussai un soupir de dépit. « Adieu, petit garçon inconnu, adieu bel ange. Que Dieu te garde ! »

Deux jours plus tard, veille de Noël, nous étions invités à réveillonner chez ma belle-sœur. Son grand fils nous présenta fièrement la nouvelle flamme de son cœur.

– Je vous présente Anne-Marie, elle travaille dans un centre d’accueil pour les jeunes en difficulté.

Mon cœur bondit. Un centre d’accueil ! Tout à coup le hasard, ou un miracle…? Je m’empressai de raconter à la fameuse Anne-Marie notre rencontre avec Julien. Elle se montra intéressée et me fit une suggestion.

– Un centre d’accueil qui a loué un autobus, jeudi dernier, pour emmener les enfants au lac des Castors, ça se trouve facilement. Évidemment, on risque de découvrir plusieurs Julien dans le groupe. Mais un seul vous reconnaîtra. Il suffira d’interroger les enfants. Laissez-moi faire ma petite enquête, j’ai beaucoup d’amis qui travaillent dans les centres d’accueil. Je vous appelle demain, à la première heure.

– Même si c’est le matin de Noël ?

– Un centre d’accueil, c’est comme un hôpital, ça reste ouvert tous les jours de l’année !

***

Tel que promis, Anne-Marie m’appela tôt le lendemain matin. Elle avait repéré le lieu où habitait Julien. On ne m’accorda pas la permission de l’inviter chez nous. Pas ce jour-là du moins. Pas le jour de Noël. Mais c’était bien lui, c’était notre Julien.

– Pas maintenant, m’a répondu le directeur du centre. On ne peut laisser partir les enfants comme ça, avec de parfaits inconnus. On doit d’abord faire une enquête, rencontrer un travailleur social, obtenir la permission des parents ou des tuteurs de l’enfant, remplir un tas de paperasse et de formalités. Mais puisque c’est Noël, je vous accorde un droit de visite pour cet après-midi.

Lorsque toute la famille se pointa dans la porte de la grande salle, Julien se trouvait assis sur le rebord d’une fenêtre, le nez collé contre la vitre. On aurait dit qu’il attendait quelqu’un, peut-être sa mère qu’il n’avait pas vu depuis des mois, ou son père, encore une fois retourné en prison, selon les dires du directeur. Qui sait, un oncle, une tante, quelqu’un se souviendrait peut-être de lui, même si, au fond, il savait bien que personne ne viendrait.

Je n’oublierai jamais son regard embrouillé de larmes lorsqu’il se tourna vers nous. Muet de surprise, il accourut dans notre direction et ce fut l’explosion de joie. Les enfants sautaient de bonheur et lui tendaient des cartes qu’ils avaient dessinées pour lui, le matin même. Pour ma part, je lui offris des chocolats et un petit cheval de bois, décoration décrochée dans notre arbre de Noël.

– Tiens, mon Julien, garde bien ce cheval de bois. Il te rappellera qu’avant longtemps, nous allons la reprendre, un de ces jours, cette promenade manquée de buggy sur le mont Royal. Je te le promets, main sur mon cœur ! Celle=là et bien d’autres… Et tu pourras t’asseoir aux côtés du cocher.

Je me rappelle encore l’éclat des petites lumières qui s’allumèrent dans ses yeux. Il se pencha sur les enfants pour les embrasser. Dire que j’avais passé des heures dans les centres commerciaux à la recherche de cadeaux appropriés pour mes enfants… je ne me doutais pas que je leur offrirais le plus prodigieux des présents : l’amitié d’un merveilleux grand garçon.

Note de l’auteure : La première partie de ce conte s’est réellement produite mais, en réalité, je n’ai jamais réussi à retrouver le Julien en question, en dépit de mes recherches.

Source : Contes de Noël pour les petits et les grands, de Micheline Duff, Éditions Québec Amérique 2012. 


Location d’automobile à court terme : attention aux frais souvent cachés

Consommation

Je vous propose cet excellent article de Stéphane Desjardins, publié dans le Journal de Montréal du 10 décembre dernier.

***

Les consommateurs paient souvent pour des frais cachés et de l’assurance inutile quand ils louent une voiture pour quelques jours.

La dernière fois que j’ai loué une voiture pour une semaine, c’était parce que la mienne était au garage.

Pour les fins de cet article, j’ai passé au peigne fin le contrat de location, qui remonte à quelques années. Avec George Iny, directeur de l’Association pour la protection des automobilistes (APA), On a trouvé deux frais inutiles. Le premier concerne la gestion des pneus (3,24 $ par jour).

« Ça représente des frais de 1200 $ par année, alors que ça leur coûte maximum 700 $, calcule M. Iny. C’est prohibitif et superflu. »

Les autres faux frais que l’on m’a facturés sont ceux de 1,58 $ par jour pour l’immatriculation. M. Iny bondit : « C’est beaucoup trop cher ! Et pourquoi le consommateur doit-il payer pour ça ? »

Il soutient que les locateurs annoncent souvent des prix tout inclus, qui englobent souvent de faux frais. Il faut faire attention et exiger leur retrait avant de signer.

ASSURANCE

Si vous louez à court terme, refusez l’assurance du locateur, qui est prohibitive. Appelez votre assureur automobile et demandez une copie de l’avenant F.A.Q. 27, un ajout à votre contrat qui vous permet d’élargir votre couverture d’assurance aux voitures de tourisme en location à court terme.

Mais certains locateurs insistent lourdement sur les limites de l’assurance offerte par la carte de crédit. Toutefois, dans certains pays (ou États américains), l’assurance du locateur est obligatoire. Sinon, on exigera une preuve que vous êtes couverts par l’avenant F.A.Q. 27. En fait, les questions d’assurance sont les principales causes de mécontentement lorsque les gens contactent l’APA.

« Ils ne savent pas si c’est nécessaire ou non, reprend M. Iny. C’est mieux de contacter son assureur automobile ou l’émetteur de sa carte de crédit avant de louer. »

L’Office de la protection du consommateur (OPC) a enregistré 138 plaintes entre le 1er novembre 2023 et le 31 octobre 2024 concernant les locations d’autos, principalement pour les contrats, les pratiques commerciales, les prix et la facturation. C’est 0,5 % des plaintes reçues par l’OPC, tous secteurs de consommation confondus. On ne parle donc pas d’un tsunami.

QUELQUES CONSEILS

  • Magasinez et réservez longtemps d’avance pour obtenir un meilleur prix. Vérifiez s’il n’y a pas de limite de kilométrage sur le contrat. La parole du représentant de suffit pas.
  • Conservez le numéro de téléphone local de l’agence où vous avez loué la voiture. Le service est souvent plus rapide qu’avec le numéro 800.
  • Louez à l’aéroport est souvent plus cher. Réservez votre voiture en ville et rendez-vous sur place par navette, taxi, Uber ou en transport en commun.
  • Les assurances par carte de crédit couvrent le dommage causé au véhicule. Mais rarement la responsabilité civile. Vérifiez avec l’émetteur de la carte. Certains locateurs excluent certains pays ou y facturent plus cher.
  • Certaines assurances voyages couvrent la location de véhicules. Informez-vous auprès de votre agent de voyage.
  • Hors des États-Unis, vous payez un supplément pour la transmission automatique… quand elle est disponible.

Un pan de notre histoire : Joe Beef, un tavernier devenu une légende de la solidarité ouvrière

Histoire

Né en 1835, en Irlande, Charles McKiernan a immigré au Québec en 1864. Il est décédé bien jeune, à 54 ans, des suites d’une crise cardiaque. Le jour de son décès, la ville était en deuil.

Charles McKiernan

Travailleurs, ouvriers et laissés-pour-compte se sont massés pour rendre un dernier hommage à ce tavernier bien-aimé, considéré par plusieurs comme un héros national ou comme, diront les journaux, un « fils du peuple ».

TRANSFORMATION INDUSTRIELLE

L’industrialisation force la métropole à s’urbaniser en accéléré au rythme de l’exode des Canadiens français qui fuient la campagne, mais aussi au rythme de l’arrivée de centaines de navires qui déversent dans les ports du Saint-Laurent des milliers d’immigrants venus des îles britanniques.

Ceux qui restent au Québec sont surtout des Irlandais. En plus de partager le même culte que la majorité des Québécois francophones, ces pauvres migrants qui ont fui la famine n’apprécient pas tellement, eux non plus, le pouvoir qu’impose l’Empire britannique.

Ces immigrants irlandais s’installent dans des quartiers ouvriers non loin du canal de Lachine tels que Griffintown, Pointe-Saint-Charles ou Victoriatown.

Au Québec, comme ailleurs en Amérique, les ouvriers travaillent de 60 à 70 heures par semaine pour un maigre salaire dans des conditions inimaginables et dangereuses. Pour tenter d’améliorer un peu leur sort, plusieurs vont se mobiliser, se syndiquer et essayer, par la grève, d’attirer l’attention des patrons et du gouvernement.

C’est dans ce contexte difficile qu’en 1877, une grève est déclenchée sur le gigantesque chantier de l’élargissement du canal de Lachine.

Quelques jours avant Noël, les manœuvres sur le chantier apprennent que leur employeur, Henry Mason, va réduire leur salaire de près de la moitié. Comme si ce n’était pas suffisant, ils seront payés non pas en argent, mais sous forme de bons de crédit échangeables au magasin de l’entreprise.

Cette décision patronale méprisante fait exploser la colère chez les travailleurs : ils décideront de quitter le chantier. Cette grande grève marquera l’histoire industrielle de Montréal.

UN HOMME AU GRAND CŒUR

En 1877, qui dit grève dit risque de perte d’emploi. Donc, pas de salaire, rien ! Les ouvriers vont rapidement recevoir l’appui du tavernier Charles McKiernan, que tous connaissent sous le nom de Joe Beef.

Sa taverne située à deux pas du chantier du canal de Lachine, sur la rue de la Commune, était une véritable institution à cette époque. Avant le conflit, les travailleurs avaient l’habitude de venir manger un gros repas chaud, le midi, pour 10 sous seulement.

Solidaire de ses pauvres clients, le généreux tavernier nourrira à ses frais et hébergera les travailleurs du chantier durant tout le temps de la grève. Il offrira une quantité industrielle de soupe, de miches de pain frais et des gallons de ragoût.

Pendant les négociations avec la partie patronale, il paiera même le voyage, en train, de la délégation syndicale à Ottawa.

Joe Beef deviendra instantanément une sorte de héros populaire, une légende vivante associée à la solidarité ouvrière.

QUI EST CET HOMME ?

Les études de Charles McKiernan à l’école d’artillerie à Woolwich le conduisent à une carrière dans l’armée britannique. Grâce à son énergie et son leadership naturel, il devient rapidement sergent. Il est apprécié par ses congénères au front, particulièrement pour son talent remarquable à toujours trouver de quoi manger et où se loger lors des difficiles manœuvres militaires, comme pendant le conflit en Crimée (cette guerre oppose de 1853 à 1856 l’Empire russe à une coalition formée de l’Empire ottoman, de l’Empire français, du Royaume-Uni et du royaume de Sardaigne).

C’est d’ailleurs à cette époque que son surnom, « Joe Beef », lui est naturellement accolé. En 1864, dans le contexte des tensions provoquées par la guerre civile aux États-Unis, la 10e brigade d’artillerie royale britannique de Joe Beef sera transférée au Canada. Il poursuivra son métier de cantinier à Québec, puis à l’île Sainte-Hélène, en face de l’île de Montréal.

Taverne Joe Beef

Après une belle carrière militaire, il quitte l’armée en 1868, tout juste un an après la naissance du Dominion du Canada, et s’installe définitivement au Québec. Pour faire vivre sa famille, il ouvre une taverne nommée The Crown and Sceptre, également connue sous les noms de Joe Beef Canteen et de Great House of the Vulgar People.

Après quelques années sur la rue Saint-Claude, la taverne déménage en 1875 sur la rue de la Commune, au coin de Callière (aujourd’hui, musée Pointe-à-Callière). C’est dans cet établissement à proximité du port et du quartier Griffintown que la taverne devient célèbre.

Il faut dire que Joe Beef, personnage extravagant, était au cœur de la popularité de son établissement. Par exemple, il gardait dans la cour de sa taverne une impressionnante ménagerie : des ours noirs, des singes, des lynx et même un alligator. Ses ours étaient souvent gardés dans son cellier sous son bar, les clients pouvaient les voir par des trappes au plancher.

Pour impressionner les clients turbulents, il sortait à l’occasion un de ses ours pour les calmer. On raconte même que plusieurs de ses ours étaient capables de jouer au billard et qu’un autre, prénommé Tom, ingurgitait une vingtaine de pintes de bière par jour, au verre, et ne renversait pas une seule goutte !

Dans sa taverne, Joe Beef accueille tout le monde, peu importe la religion, la langue et les origines. Il offre même le couvert aux plus démunis. Il amasse régulièrement de l’argent afin de donner aux hôpitaux et à l’Armée du salut. Les nuits froides, il envoie un de ses employés patrouiller dans les rues autour du port pour offrir le gîte aux marins et aux gens qui dorment à l’extérieur. C’est évidemment ce sens de la solidarité qui l’amènera à aider les travailleurs en grève du canal de Lachine en 1877.

On peut imaginer que Joe Beef ne fait pas l’unanimité, Les bourgeois, les ligues antialcooliques et le haut clergé perçoivent son établissement de la rue de la Commune comme un lieu de débauche, de perdition et un repère de criminels.

On lui reproche son exubérance, ses prises de position tranchantes contre la montée du mouvement de tempérance de l’alcool, puis son athéisme qu’il manifeste haut et fort.

Loin de se laisser intimider par ces bien-pensants, il publie un manifeste, en 1879, dans lequel il s’en prend personnellement au puissant homme d’affaires John Redpath Dougall. Il critique aussi le clergé et même la police. Il affirme qu’ils devraient se soucier un peu plus du sort des pauvres travailleurs. Il écrit également des lettres ouvertes dans les journaux pour dénoncer les conditions des ouvriers.

HOMMAGES À SA MORT

Aussi fou que cela puisse paraître, dans les années 1880, la taverne de Joe Beef demeure l’un des rares filets de protection sociale pour les travailleurs montréalais les plus pauvres.

On peut facilement comprendre pourquoi, à sa mort en 1889, des milliers de Montréalais se sont spontanément rassemblés devant sa taverne pour lui rendre un dernier hommage.

« La foule consistait en des membres de l’ordre des Chevaliers du Travail, des travailleurs manuels de toutes les classes. Tous les pris-pour-compte et malchanceux de la société à qui le tavernier philanthrope avait si souvent tendu une main aidante. Tous ces gens étaient désireux de payer un dernier hommage à sa mémoire. »

Ce jour-là, les commerces de Griffintown ont fermé leurs portes. Un cortège d’au moins 5000 Montréalais a accompagné sa dépouille jusqu’au cimetière. Dans cette longue procession, des ouvriers en habit de travail usé ont salué une dernière fois ce fils du peuple.

Source : Martin Landry, historien, Journal de Montréal, cahier Weekend, 30 novembre 2024, p68