Réflexion
« Quand les gens vous quittent, laissez-les partir. Votre destin n’est jamais lié à ceux qui vous quittent, et cela ne veut pas dire que ce sont de mauvaises personnes.

Cela signifie simplement que leur rôle dans votre histoire est terminé. »
Ces mots nous rappellent une vérité que nous oublions souvent : tous ceux qui entrent dans nos vies ne sont pas censés rester pour toujours.
Les gens entrent dans nos vies pour différentes raisons, pour nous enseigner des leçons, pour partager des expériences ou pour marcher avec nous à travers certaines saisons.
Mais lorsqu’ils partent, il est important de reconnaître que leur part dans notre voyage a été accomplie et que nos chemins doivent maintenant diverger.
S’accrocher à ceux qui sont censés partir ne fait que retarder votre croissance et vous empêcher d’avancer dans la plénitude de votre propre destin.
Il ne s’agit pas de rejeter ou de blâmer la personne qui part, mais plutôt de comprendre que votre histoire continue au-delà du chapitre.
Parfois, leur sortie laisse place à de nouvelles opportunités, à des connexions plus profondes et à la découverte de nouveaux aspects de vous-même.
Lâcher prise n’est pas toujours facile, mais c’est essentiel pour passer à l’étape suivante de votre vie.
Cela ne diminue pas l’importance de la relation que vous partagiez autrefois.
Chaque rencontre a de la valeur, façonne qui vous êtes et vous aide à grandir.
Mais lorsque quelqu’un part, c’est le signe que votre voyage ne s’aligne plus. Leur départ ne fait pas d’eux un méchant dans votre vie, mais simplement quelqu’un dont le rôle a pris fin naturellement.
Lorsque vous vous libérez du poids de la personne disparue, vous créez un espace pour les personnes censées rester et enrichir votre vie de manière significative.
Renoncer n’est pas un acte d’abandon, c’est un acte d’acceptation – accepter le cours de la vie, comprendre que tout le monde n’est pas censé vous accompagner à chaque destination.
N’oubliez pas que votre destin vous appartient. Personne ne peut vous l’enlever, et personne d’autre ne peut suivre le chemin qui a été tracé pour vous. Alors, lorsque quelqu’un part, ayez confiance que c’est pour votre plus grand bien. Cette personne faisait partie de votre histoire, mais maintenant, le reste est à vous d’écrire, et il est encore plus prometteur.
Julia Roberts
Histoire
L’histoire des travailleuses de l’industrie des allumettes à Hull est particulièrement éloquente pour témoigner des souffrances ouvrières durant les deux premières phases de l’industrialisation au Québec (période de 1850 à 1930)
À la fin du XIXe siècle. E.B. Eddy, l’entreprise d’Ezra Butler, produit 30 millions d’allumettes par jour, ce qui représente la plus importante production de tout l’Empire britannique. La lugubre manufacture fournit 90 % de toutes les allumettes consommées au Canada.
EDDY’S MATCHES

Ezra et son épouse Zaïda ont immigré du Vermont et se sont installés à Hull en 1851. Le couple n’est pas riche, mais se débrouille bien et est plutôt créatif. Il fonde une entreprise d’allumettes dans sa petite maison, puis déplace les opérations dans un bâtiment bric-à-brac dans la cour arrière construit avec des bouts de bois trouvés dans le dépotoir d’une scierie voisine. Le procédé de fabrication d’allumettes chimiques au phosphore est connu depuis une vingtaine d’années en Europe.
Rapidement, la « Eddy », comme on a l’habitude de l’appeler, doit embaucher pour répondre à la demande.
Entre 1854 et 1928, elle confie à ses employés, hommes ou garçons, la coupe des bâtonnets de bois, les mélanges chimiques hautement inflammables et les opérations du trempage et du séchage des allumettes, tandis que les femmes et les filles s’occupent de l’empaquetage.
Elles gagnent environ 220 $ par année (en 1910), rémunération évidemment bien moindre que celle des hommes. Elles sont en majorité canadiennes-françaises, âgées de 14 à 17 ans, sans éducation. Leur tâche consiste essentiellement à empaqueter une poignée d’allumettes dans une petite boîte, puis recommencer l’opération des milliers de fois par jour.
Elles travaillent en général entre 10 et 12 heures par jour dans le silence le plus complet pour maximiser leur productivité, celles qui osent défier la règle reçoivent des amendes.
En 1869, 60 des 70 employés de la « Eddy » sont des femmes, en 1910, elles seront plus de 200.
MALADIE OSSEUSE
Les longues expositions aux émanations toxiques du phosphore blanc provoquent une déminéralisation du corps de ces pauvres femmes. Pour ne pas perdre leur emploi, elles camouflent tant bien que mal leurs symptômes, le plus longtemps possible.
L’exposition au phosphore blanc entraîne de l’anémie, des fractures osseuses ou la mort pour les plus jeunes allumettières.
Elles développent également une terrible maladie osseuse qu’on appelle la nécrose maxillaire. L’infection fait graduellement pourrir leur mâchoire. Les travailleuses perdent leurs dents, puis l’os de la mâchoire inférieur se décroche. Ces femmes sont si pauvres que, quand on doit leur amputer la mâchoire, bien souvent la chirurgie est confiée à un parent pas trop nerveux ou à un voisin plus habile de ses mains.
Le plus fou dans cette histoire, c’est que le phosphore blanc était interdit dans la fabrication d’allumettes en Finlande depuis 1872 et en France depuis 1895. Des années durant, nos politiciens vont tergiverser sur la question.
Malgré les témoignages et les rapports d’enquête. On assiste à un vaudeville partisan sur la question entre les libéraux de Wilfrid Laurier et les conservateurs de Robert Borden, ce qui va évidemment ralentir l’adoption d’une loi pour protéger ces travailleuses.
En fait, c’est le grand public qui, devant l’horreur des récits décrits dans les journaux, fera pression sur le gouvernement. Le phosphore blanc sera officiellement interdit au Canada au printemps de 1914, deux ans après notre voisin américain.

En 1918, à la demande d’ouvrières de Hull, une branche féminine de l’Association ouvrière de Hull est constituée. Elle portera le nom d’Association ouvrière catholique féminine de Hull. Plus de 300 jeunes femmes, principalement des travailleuses de la E.D. Eddy, joindront l’Association. Elles feront pression sur l’entreprise en provoquant deux conflits de travail, un en 1919 et un autre en 1924 (photo). On travaille pour gagner sa vie, non pour la perdre en travaillant… »
Citation intéressante, mais hors contexte, du syndicaliste Michel Chartrand.
Pour souligner la souffrance de ces travailleuses de l’allumette, l’inaction de nos gouvernements de l’époque et l’importance de la lutte syndicale, on trouve aujourd’hui, dans le secteur de Hull et d’Aylmer, le boulevard des Allumettières, un grand boulevard de 13 km nommé à la mémoire de ces remarquables ouvrières.
Source : Martin Landry, historien, Journal de Montréal, cahier Weekend, 14 décembre 2024, p70
Voeux
À vous tous, fidèles lecteurs et lectrices, je vous souhaite le plus beau des Noëls, celui qui vous remplira de joie, de bonheur, de paix et de partage.
Dans cette vie trépidante, prenez le temps d’une pause, d’un moment de réflexion. De passer du temps de qualité auprès de vos proches. C’est le moment de mettre de côté nos différents et de se rapprocher.

Célébrez également la chance que nous avons de vivre dans un pays d’ouverture et de respect de ses citoyens. Tous les peuples de la terre n’ont pas cette qualité de vie exceptionnelle. On n’a qu’à penser aux guerres qui font encore des millions de victimes innocentes qui sont à la merci de despotes sanguinaires.
On a le droit de critiquer mais il faut également avoir le devoir d’accepter. Tout n’est pas parfait en ce bas monde.
Au moment des réjouissances, ayez une pensée profonde pour ceux et celles qui ne peuvent partager les mêmes instants parce qu’ils sont dans la rue, ont perdu un être cher, ont faim, sont abandonnés, violentés et abusés, ou qui ont perdu tout le sens profond de cette célébration.
Enfin, en cette journée magique, gardez candidement votre cœur d’enfant, pour savourer pleinement, ce qui compte vraiment : le moment présent !
Un très Joyeux Noël !

Conte de Noël
Voici le dernier conte de Noël de 2024. Spécialement pour les grands au cœur d’enfant…

– Grand-maman ? Je t’appelle pour te dire que tu vas aimer le cadeau que je te prépare. Un cadeau très spécial, tu vas voir ! Mais… je ne t’en dis pas plus !
Andréanne m’a téléphoné au moins deux fois durant la semaine précédant Noël pour me parler de cette fameuse surprise qui commençait sérieusement à m’intriguer. Je me demandais bien ce qu’une enfant de neuf ans pouvait fabriquer d’excitant à ce point. Des carrés de sucre à la crème ? Des biscuits en pain d’épices ? Une chandelle joliment décorée ? Un collier de perles en plastique ou quelque autre bricolage de même acabit ? Et pourquoi pas un tricot, une broderie, une tasse de porcelaine peinte, ou même l’enregistrement d’un menuet de Jean-Sébastien Bach, joué par elle-même au piano ?
Ma petite fille et moi vivons une relation privilégiée, Non seulement nous partageons le même amour de la musique, mais entre nous se sont développées une tendresse particulière et une complicité que jamais rien ni personne ne réussira à amoindrir, j’en ai la certitude. « Quand tu seras très très vieille, grand-maman, me dit-elle parfois, je t’emmenai magasiner avec moi en chaise roulante. » Et moi de lui répondre : « Quand tu seras plus vieille, Andréanne, tu viendras pleurer tes peines d’amour sans mes bras. »
Pour l’instant, je joue à plein mon rôle de grand-mère et j’accompagne de temps à autre la fillette, avec ses frères et sa sœur, ses cousins et ses cousines, à la patinoire ou au terrain de soccer, en pique-nique à la plage et même en camping familial. Je regarde grandir mes petits enfants avec plaisir, rêvant pour eux tous un avenir doré, de réussites scolaires, de professions intéressantes, de belles amours, d’une vie passionnante et surtout d’une petite famille heureuse et… nombreuse !
Écrivaine depuis une douzaine d’années, j’ai prêté leurs noms à travers mes romans à quelques-uns de mes personnages préférés, voyant comme un héritage le fait qu’une fois en âge de l’apprécier, chacun retrouvera avec plaisir son nom dans les livres de sa grand-mère chérie. L’adage ne dit-il pas que « les écrits restent » ?
En ce fameux matin de Noël, j’ai pourtant tout oublié de la promesse de cadeau d’Andréanne, trop préoccupée par les préparatifs de la réception et de l’animation pour les trente-deux personnes invitées à bruncher chez moi. Comme à l’accoutumée, le père Noël est venu distribuer la tonne de cadeaux déjà déposés sous le sapin. Chacun y est allé d’une courte séance de photos sur les genoux du vieux bonhomme et d’un baiser furtif sur le bord de sa barbe blanche, pour ensuite s’en retourner, le visage en feu, déballer plus loin la pile d’étrennes qu’il venait de recevoir.
Quand est venu mon tour, un silence bizarre a subitement envahi la maisonnée. Tous se sont approchés, mine de rien, plus curieux de ma réaction que du contenu du cadeau remis par le père Noël et dont on les avait mis au courant. Andréanne, triturant une mèche de ses cheveux blonds, assistait à la scène avec des lumières dans les yeux.
Le paquet, emballé de papier coloré, avait la forme d’une enveloppe de grandeur moyenne sur laquelle il était inscrit : UNE FAMEUSE NUIT DE NOËL. Un joli dessin de couleur tracé à la main montrait un père Noël accompagnés d’enfants dans une espèce de coquille. Wow ! Andréanne avait elle-même écrit et illustré un conte de Noël pour moi ! Quel merveilleux cadeau ! Le plus beau cadeau de ma vie !
– Tu as fait ça tout seule, ma grande ?
– Oui, c’est pour toi, grand-maman !
– Quel cadeau magnifique, mon amour !
Ainsi, Andréanne portait déjà en elle la fibre de l’écriture… J’ai pressé sur mon cœur le livret en même temps que ma petite-fille, et j’ai éclaté en sanglots, incapable de trouver les mots pour exprimer la grande émotion qui m’ébranlait. Tout était là : l’intrigue teintée d’ingénuité, le déroulement mené de main de maître, les personnages bien campés, les phrases habilement tournées dans un français pratiquement sans fautes, le dénouement heureux, sans parler des illustrations fort habiles.
En cet instant précis, je tenais là, entre mes mains, une promesse de relève, de continuité et de prolongation de moi-même dans cet élan créateur de l’écriture. Cette passion a transformé ma vie et m’a rendue heureuse au point de considérer la publication de chacun de mes livres comme la naissance d’un enfant. Chaque enfant est issu de moi-même, engendré à même ma propre substance, grandi en moi pendant de longs mois de gestation et bercé au rythme de mon imagination, de mes rêves et de ma vision du monde. Chacun est mis au monde avec autant d’amour et d’efforts qu’un véritable enfantement. Je crée des enfants littéraires pour assurer ma descendance, mon immortalité…
Avec quel bonheur je dédicace toujours mes romans, convaincue de prendre par la main et d’amener, grâce à mes histoires, chaque lecteur à découvrir le monde, à plonger dans le passé, à rire et à pleurer au présent, à rêver pour demain. À remettre les choses en question et à réfléchir aussi… Peut-être bien à améliorer le monde, qui sait. Et ce sentiment de partager avec quelqu’un les états d’âme qui m’habitent tout au long de l’écriture me donne l’impression de renaître, toujours et encore, à la publication de chacun de mes livres. C’est mon Noël à moi.
À vrai dire, à travers mes contes de Noël, j’ai sans cesse tenter de perpétuer le véritable esprit de Noël, passablement en péril ces dernières décennies. Du fait qu’Andréanne pourrait continuer dans l’avenir à transmettre cet esprit vient de naître en moi une espérance. Une folle et merveilleuse espérance.
Qui sait si… Quand, avec le temps, ma Plume d’or remise par Beethoven sera usée, quand je n’aurai plus la force de jouer à la fée des Étoiles pour remettre des sacs de cadeaux aux itinérants, ni celle d’observer d’un œil amusé Dieu le Père dans son paradis, quand je n’aurai plus le courage de barbouiller des pages chaque année avec des étoiles, des anges, des crèches, des bonhommes de neige et des lutins, quand le père Noël, ce cher vieil ami, sera devenu pour moi un doux souvenir, qui sait si cet appel vibrant ne mènera pas Andréanne, ou un autre de mes petits-enfants, sur les sentiers de la création littéraire déjà foulés par leur grand-mère ?
Cette année, voilà qu’il est survenu un nouveau conte de Noël parmi ceux, nombreux, que j’ai rédigés au fil du temps : celui de ma petite fille. À mes yeux, il s’avère le plus important de tous car il me fait rêver…
Qu’à cela ne tienne ! J’ai réussi à convaincre mon éditeur de le publier, ce fameux conte ! Andréanne n’attendra pas comme sa grand-mère l’âge de cinquante-six ans pour être lue. À mon grand bonheur, on a inséré son conte illustré dans mon recueil devenu maintenant « notre » recueil à elle et à moi. Grand merci à Québec Amérique !
Une porte vient de s’ouvrir sur une douce espérance. Celle de voir l’émerveillement et le message d’amour, porté par Noël à l’humanité, continuer de se propager non seulement à travers mes contes mais aussi, pourquoi pas, à travers ceux de ma petite-fille. Oui, une porte vient de s’ouvrir sur un magnifique espoir… Celui dont on célèbre la naissance à Noël possède la clé de cet espoir. Secrètement, je l’implore de maintenir cette porte ouverte et de m’accorder le grand bonheur de vivre concrètement le plus beau conte de Noël du monde.
Mon rêve de grand-mère…
Note de l’auteure : Cette histoire st tout à fait vraie. Le conte d’Andréanne, Une fameuse nuit de Noël, se trouve à la fin du recueil, côté « Pour les enfants au cœur d’ange ». Elle me l’a offert le 25 décembre 2010, alors qu’elle avait 9 ans.
NDLR : C’est ce conte qui a été publié sur ce blogue, le 2 décembre 2024.
Source : Contes de Noël pour les petits et les grands, de Micheline Duff, Éditions Québec Amérique 2012.
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NDLR : Ce conte était le dernier de la série pour cette année. Merci de vos commentaires et de votre assiduité. On se donne rendez-vous en décembre 2025, pour la suite des merveilleux contes de Noël. D’ici là, gardez votre cœur d’enfant.
Trucs et astuces
On le sait, le temps des Fêtes est propice aux réceptions de toutes sortes. Qu’on le veuille ou non, le stress est là. Certains sont prêts alors que d’autres sont sous haute pression. C’est le moment où madame Chasse-taches y va des quelques recommandations qui suivent.
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Faites rapidement un ménage dans les pièces de la maison quelques jours avant la réception. La salle de bain et la cuisine devront être nettoyées la veille de la fête.

Source : Louise Robitaille, Journal de Montréal, cahier CASA, 21 décembre 2024, p23
Conte de Noël
Hors-série, je vous offre aujourd’hui, le conte de Noël écrit par Isabelle Maréchal, animatrice, productrice et journaliste, parue en fin de semaine dans les pages du Journal de Montréal.
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Les fenêtres s’éteignaient de plus en plus tôt cet hiver-là. L’année avait été rude. Le prix des aliments avait grimpé, le chauffage coûtait une fortune, et le bruit constant des nouvelles rappelait les conflits lointains.
Dans le quartier, la méfiance et l’isolement s’étaient installés. Un certain silence aussi. Les voisins autrefois si affables, habitués aux échanges réguliers, ne se saluaient plus qu’en hochant la tête, pressés de rentrer chez eux, loin du regard des autres.

Ils avançaient tête baissée, recroquevillés sous leur parka, craignant que l’autre ne souhaite engager la conservation. Seul bruit, celui des déneigeuses qui raclaient l’asphalte sous la neige.
Maya, une fillette de 10 ans à l’allure dégourdie et aux yeux vifs, vivait dans un appartement délabré avec sa mère, Julia. Depuis le décès de son père, la maison semblait moins chaleureuse malgré les chandelles que Julia allumait chaque soir pour mettre un peu d’ambiance, mais surtout par souci d’économiser l’électricité. Maya la rêveuse aimait se laisser emporter par leur halo incandescent. Elle s’endormait souvent ainsi.
LA COUR À MARABOUT
Comme chaque jour en rentrant de l’école, Maya prit la ruelle et passa devant la cour délabrée de son voisin, le Marabout. C’est ainsi qu’elle surnommait monsieur Beaudoin, l’ancien directeur d’école, grincheux notoire qui n’avait plus le cœur à rien depuis sa retraite forcée. Encore moins à s’occuper de son jardin.
Dans un coin, Maya lorgna le grand érable qui se dressait, ses branches dépouillées mais tenaces, résistant aux vents glacés. La petite eut une idée.
Après avoir fini ses devoirs, Maya découpa des étoiles dans des bouts de carton trouvés dans le bac de récupération. Sur chaque étoile, elle inscrivit de simples mots : « Chaleur », « Amitié », « Un repas partagé », « Un toit pour tous ».
Elle mit ses bottes qui auraient bien mérité une taille de plus et s’emmitoufla dans la doudoune que sa mère lui avait rapportée de Renaissance. Elle couru chez Marabout. S’assurant que le champ était libre, Maya accrocha une à une ses étoiles dans le vieil érable à l’aide de bouts de ficelle.
En regardant son œuvre, elle se tourna vers les fenêtres sombres de la rue et cria à qui voulait l’entendre : – Venez faire un vœu ! Venez faire un vœu !
Personne ne bougea. L’appel de Maya semblait s’être perdu dans la noirceur de la ruelle déserte. La petite rentra chez elle, déçue. Le lendemain à la même heure, Maya reprit son petit jeu.
– Venez faire un vœu ! Venez faire un vœu !
Cette fois, la dame du troisième étage de l’immeuble voisin sortit dans la ruelle. C’était madame Bouchard, qui parlait peu et gardait toujours ses rideaux tirés. Elle avait fabriqué une étoile sur laquelle était écrit : « Un compagnon pour parler ».
Sami, le garçon du duplex d’en face, s’approcha. Timide, il accrocha son étoile : « De l’aide pour mes devoirs ». Peu à peu, les autres voisins s’agglutinèrent autour de l’arbre. Chacun y ajouta son étoile qui portait un vœu ou un besoin. Chaque étoile racontait une histoire, cachée sous le vernis du quotidien.
L’ARBRE MAGIQUE
Une fois l’arbre couvert de ses astres de fortune, quelque chose d’étonnant se produisit. Les gens du quartier commencèrent à se répondre. Madame Bouchard invita Sami à étudier chez elle. Jacques, le voisin du deuxième, bon bricoleur à ses heures, proposa de réparer la chaudière de Julia. Une couturière au bout de la ruelle se mit à coudre des vêtements chauds pour ceux qui en manquaient.
Chaque petit geste illuminait la ruelle autant que les guirlandes improvisées qui ornaient l’érable. L’arbre en avait l’air requinquer. Surtout depuis que le Marabout, euh… pardon, monsieur Beaudoin, l’avait paré de lumières multicolores qui brillaient de mille feux. Ne dit-on pas qu’un érable représente la sagesse, la connaissance et la guidance spirituelle ?
La veille de Noël, Maya, Julia et tous les voisins qui se connaissaient à peine quelques jours plus tôt se donnèrent rendez-vous devant l’arbre. Ce qui avait commencé par une simple idée d’enfant avait transformé la ruelle en une vibrante communauté.
C’est à ce moment précis que la neige décida de se joindre au groupe. Les premiers flocons virevoltèrent autour de Maya, qui sautillait de joie.
– Tu vois maman, même quand tout paraît sombre, il suffit d’une petite lumière pour tout changer. Et plein d’étoiles.
Ce soir-là, sous l’érable scintillant, plus de silence ni de méfiance. Juste des rires, des accolades, et une chaleur que personne n’avait ressentie depuis longtemps.
Conte de Noël
Voici le quatrième conte de Noël de 2024. Spécialement pour les grands au cœur d’enfant…

La coquine ! Elle me gratouillait l’oreille depuis je ne sais combien de temps. Tu parles d’un endroit où se nicher pour une étoile ? Elle ne cessait de me harceler avec ses bourdonnements et ses grésillements à n’en plus finir.
– Que veux-tu, petite étoile ? Pourquoi ne t’en retournes-tu pas chez toi ? D’ailleurs, d’où viens-tu donc ? Ta place n’est sûrement pas dans mon oreille !
Je suis une étoile qui ornait la chevelure d’un ange. Hélas ! par distraction, j’ai lâché prise et suis tombée par terre. Me voilà maintenant perdue. Je n’arrive pas à retrouver mon ange chéri. Veux-tu m’accompagner ?
– Je veux bien, Mais qu’attends-tu de moi au juste ?
– Je n’ai pas envie d’y aller seule et tu pourrais m’aider à chercher mon ange. Prends-moi dans ta main et laisse-moi te transporter et te guider.
C’est ainsi qu’un jour de décembre, je m’en fus dans l’univers à la suite d’une étoile que je tenais à bout de bras. Nous allions à fière allure, elle et moi, portées par le vent, volant au-dessus des montagnes et traversant les lacs, des rivières et même des océans. J’avais beau scruter l’horizon, inspecter les forêts et fouiller chaque repli du paysage, ni ange ni diable ne se présentait à ma vue.
– Ne crois-tu pas, petite étoile, qu’il vaudrait mieux traverser les nuages et se rendre jusqu’à l’Au-delà, dans le grand pays du Paradis, là où habitent les anges ?
– Non ! non ! Retournons plutôt en bas sur la planète. C’est là que se trouvent les anges.
– En bas ? Sur la terre ? C’est là que se trouvent les anges, dis-tu ? Ah ! bon…
Je cherchai donc du regard quelque temple ou musée poussiéreux où se nichaient peut-être un ange de bronze, sans étoile à sa couronne. C’est pourtant dans les faubourgs d’une ville que me mena l’étoile, au fond d’une vieille taverne où trinquaient deux hommes d’affaires attablés devant une bière blonde.
– À la tienne ! dit l’un d’eux. C’est moi qui t’offre cette bière. Je te dois bien cela après le coup bas que je t’ai fait la semaine dernière. Je suis désolé de t’avoir volé ton client. Je n’aurais pas dû… Me garderas-tu ton amitié ?
– T’en fais pas, mon vieux, les affaires sont les affaires et on n’échappe pas à la concurrence. Ne te tourmente donc pas avec ça ! Buvons plutôt à notre santé et à notre réussite à tous les deux ! Et… Joyeuses Fêtes !
Mon étoile ne cessait de me secouer la main. On aurait dit qu’elle se sentait impatiente de repartir.
– Sauvons-nous d’ici. Ce n’est pas dans un endroit pareil que se trouve mon ange. Ici, c’est l’ange du Pardon et de la Bonne Entente qui est venu.
– L’ange du Pardon ? Mais je n’ai pas vu d’ange, moi !
– Bien sûr qu’il se trouvait là ! Ouvre grand tes yeux, mon amie ! N’as-tu pas remarqué le visage sourient de l’homme et la claque amicale qu’il a donné dans le dos de l’autre type en lui disant : « T’en fais pas, mon vieux » ? Pas tout le monde qui agirait de la sorte ! N’as-tu pas vu la lumière blonde de leurs bières quand ils ont entrechoqué leurs verres dans un tintement joyeux ? C’est divin, cela, mon amie ! Allons chercher ailleurs.
Abasourdie, j’eus à peine le temps de reprendre mon souffle que je me retrouvai au cinquième étage d’un grand édifice, dans la dernière salle au bout d’un corridor. Une femme était en train de donner naissance à un enfant. Elle poussait, poussait de toutes ses forces. Son pauvre mari poussait presque aussi fort qu’elle tant il voulait l’aider. Le médecin, couvert de sueur, peinait lui aussi. Soudain, le miracle se produisit : un petit trésor parfaitement modelé lança son premier cri sur la terre des hommes. Ce fut l’euphorie générale. En l’espace d’une seconde, les parents commencèrent à aimer cet enfant plus que leur propre vie. Même le vieux médecin, qui avait pourtant vécu des centaines d’accouchements, ne put retenir un soupir. Ébahie, le cœur fondant d’émotion, j’assistai à cette scène unique et pourtant si humaine, renouvelée de génération en génération depuis la nuit des temps, J’avais tout oublié, l’ange, l’étoile et notre recherche.
– Viens-t’en ! Ce n’est pas encore ici que se trouve mon ange ! s’écria mon étoile, toute penaude. Mais j’espère que tu as au moins reconnu les anges de la Vie et de l’Amour. Ce cri, ces larmes, cet attendrissement…
Je ne répondis pas tant je me sentais bouleversée. Puis, ce fut la cavalcade vertigineuse dans l’air vif et bleu de cette belle journée d’hiver,
– Cherche, mon amie, cherche !
Au bout d’une rue, un homme déblayait un énorme tas de neige sur un perron. Il n’habitait pas cet endroit mais plutôt la maison d’à côté, et il nettoyait l’entrée de son voisin, sachant que celui-ci se trouvait malade. De l’autre côté de la rue, à travers la fenêtre d’une demeure vieillotte, on pouvait voir une grand-maman en train de rouler de la pâte. Elle préparait des beignets pour ses nombreux petits-enfants. L’espace d’un moment, je songeai au petit diable de la Gourmandise.
– Mmmm… Ce que ça sent bon ! fit remarquer mon étoile. On dirait que l’ange de la Bonté est passé dans cette rue. Mais hélas ! Mon ange à moi ne semble pas y être venu…
Nous avons fouillé tous les recoins. À l’école de ballet, c’est l’ange de l’Innocence qui avait laissé derrière lui d’adorables petites filles en tutus roses. Sur la colline, l’ange de la Joie de Vivre avait, de toute évidence, allumé des sourires sur le visage des enfants qui glissaient sur leurs traîneaux. L’ange du Devoir, de son côté, accompagnait les deux étudiantes sagement penchées sur de grands livres fort savants afin de préparer leurs examens de fin de session. L’ange de la Beauté, quant à lui, avait pris l’allure du geai bleu picorant dans une mangeoire d’oiseaux encapuchonnée de neige.
Quand le soir descendit doucement et que les lampes s’allumèrent sous le croissant de lune, je ressentis soudain un grand calme. L’ange de la Paix venait assurément me frôler. En silence, je me pris à rêver.
– Allons, allons ! tu ne cherches plus ? protesta ma petite étoile, désespérée. Où donc peut se trouver mon ange à moi ? Maintenant que tu sais reconnaître les anges, il faut chercher de plus belle, mon amie !
L’on s’en fut donc, à la nuit tombée, au fond d’une prairie située non loin de la ville. Il y avait là une prison où, dans le secret d’une cellule, un prisonnier méditait. Il cherchait, au plus profond de lui-même, la réponse à ses questionnements et surtout, il demandait au ciel la force de se reprendre et de tout recommencer à neuf, Son visage recueilli reflétait une telle sérénité, une telle lumière intérieure…
Je demandai à la petite étoile s’il s’agissait enfin de son ange.
– Non, pas encore ! Mais nous devons garder confiance, car nous venons justement de croiser l’ange de l’Espoir.
J’envoyai à l’homme un baiser du bout des doigts.
– Ce n’est pas encore ici. Vite, il faut continuer à chercher !
Je me sentis emportée dans une étrange et interminable spirale. L’étoile me tirait toujours plus vite, toujours plus fort, toujours plus loin, jusqu’à ce qu’on arrive à la porte d’un bâtiment.
– Où donc m’emmènes-tu, petite étoile ?
Soudain, des voix attirèrent notre attention. On aurait dit que cela montait d’une vieille grange délabrée au fond d’une campagne orientale. Plus on approchait, plus on entendait murmurer des chants doux et mélodieux. Ah ! comme c’était beau !
– C’est ici ! C’est ici ! s’écria mon étoile, tout excitée. Mon ange se trouve ici, tu vas voir !
Et là… ô doux mystère, ô sainte nuit… Entre le bœuf et l’âne, une femme et un homme berçaient un petit bébé en lui murmurant des mots tendres. Il y avait, en ce lieu, une telle paix et une telle douceur que j’en oubliai presque mon étoile, accolée sur le front de l’ange de Lumière. Je tombai à genoux et émerveillée, contemplai l’enfant, moi aussi. La dame me souriait gentiment et je crois bien que je m’endormis sur un tas de foin, épuisée et heureuse, envoûtée par le grésillement de l’étoile.
– Dors, mon amie, tu as bien mérité cette paix…
Une grande clarté illumina soudain ma chambre. Quand je relevai la tête, je vis l’ange de Lumière s’envoler par ma fenêtre avec, sur le front, une merveilleuse petite étoile… Quant à moi, je ne pus réprimer un sourire en m’apercevant qu’un magnifique rayon de soleil me chatouillait la figure, sur le coin de mon lit. Il était huit heures du matin.
Source : Contes de Noël pour les petits et les grands, de Micheline Duff, Éditions Québec Amérique 2012.
Consommation
Je dois vous avouer quelque chose; je suis un amoureux fou des bananes. Peut-être y a-t-il des gênes de singe en moi ? Allez savoir, mais je suis comme ça.

Lorsque je m’approvisionne en épicerie, je reste très sélectif et je ne les prend pas en grosse quantité, parce qu’une banane, ça murit assez rapidement. Il faut qu’elle soit très ferme avec une pelure légèrement verte, au point où elle est un peu difficile à déshabiller.
Évidemment, elle ne doit laisser apparaître aucune tache brunâtre, sinon, je les déplace loin dans le présentoir. Mon frère, au contraire les aime noires. Wouach ! J’ai même songé un moment à les ramasser pour les lui offrir. C’est dégueulasse une banane noire et toute molle. Lui, il les met au congélateur. Bah ! les goûts sont dans la nature…
L’endroit où on les respecte le moins, c’est à l’épicerie. On dirait que les commis aux étalages ne sont pas conscients de la fragilité de ces fruits oblong, à pulpe farineuse et à épaisse peau jaune. On devrait leur expliquer.
En les regardant du coin de l’œil, je les observe. Quelques-uns sont méthodiques et respectueux dans leur distribution et dans leur façon de les exposer à la clientèle. Les experts les manipulent avec soin, les déposant tendrement sans les brusquer. En plein ce que j’attends d’eux.
D’autres les blessent et on voit rapidement les ecchymoses apparaître, prélude à une détérioration rapide. On devrait leur expliquer que ces fruits, pour être attirants, doivent rayonner de perfection. Dans ces cas-là, je m’approche pour évaluer les plus beaux spécimens et je les dépose tendrement dans mon panier.
L’autre jour, un commis en a échappé trois bonnes mains et elles sont tombées par terre brusquement. Une fois ramassées, il les a remis avec les autres. Dès le lendemain, les blessures sérieuses apparaissent. Quel dommage ! Elles peuvent alors terminer leur vie dans une recette qui ne laisse rien voir.
Au moment de passer aux caisses libre-service. Je dépose mes bananes lentement sur la pesée et je les remets dans mon sac délicatement. Comme la porcelaine de Chine, je peux même, parfois, les mettre seules dans le sac, pour éviter les chocs.
La prochaine fois, pensez-y et traitez vos bananes comme vous caressez vos plus belles fleurs estivales, avec délicatesse et attention.
Trucs et astuces
Ces remèdes transmis par tradition orale dans les familles vous feront sourire, mais ils ne sauront pas remplacer les conseils d’un médecin ou d’une infirmière qualifiée. On y croit… ou non, car l’efficacité de ces croyances n’a pas toujours été prouvée… Paroles de madame Chasse-Taches.

UNE ECCHYMOSE…
Si on se frappe, la peau se colore rapidement et devient bleuâtre. Les grands-mères avaient plusieurs solutions à ce problème :
DES CRAMPES DANS LES JAMBES
Tous ceux qui subissent des crampes dans les jambes durant le sommeil vous diront que la douleur les force à se lever brusquement de leur lit et à sautiller sur un carrelage froid jusqu’à ce que la douleur s’atténue.
LE HOQUET
Quelle famille ne possède pas un truc pour soulager le hoquet ? Certains surprennent la personne qui a le hoquet en lui faisant peur, en la faisant rire, en lui faisant manger une cuillerée de sucre en poudre, de beurre d’arachides, de miel sans respirer ou de lui faire boire un verre d’eau à petites gorgées.
Parmi les trucs les plus populaires, en voilà deux qui fonctionnent très souvent :
Source : Louise Robitaille, Journal de Montréal, cahier CASA, 14 décembre 2024, p11
Histoire
Même si on a rapidement souligné que l’idée que le Canada devienne le 51e État américain n’était qu’une boutade lancée par Donald Trump à l’intention de Justin Trudeau, l’idée n’est pas nouvelle.
Dès l’époque coloniale, les colons anglais en Amérique lorgnaient les ressources de la Nouvelle-France tout en rêvant de contrôler l’accès privilégié au continent que représente le fleuve Saint-Laurent.
Voici trois épisodes de l’histoire associés à la crainte que le Canada et le Québec puissent passer sous contrôle américain.
L’INVASION DE QUÉBEC DE 1774-1775
Si les premières tentatives de s’emparer de la Nouvelle-France surviennent assez tôt pendant la période coloniale, les futurs Américains remettent le projet sur la table lorsque les délégués des treize colonies se réunissent à Philadelphie dans les mois qui précèdent la rédaction de la déclaration d’indépendance.
Après avoir fait parvenir une lettre aux colons de ce qu’on appelle la Province of Quebec depuis 1763, lettre demeurée sans réponse, les délégués de Philadelphie vont planifier une invasion.
Deux offensives, l’une menée par le général Montgomery et l’autre dirigée par Benedict Arnold, permettront d’occuper Montréal et d’attaquer Québec.
Le célèbre Benjamin Franklin s’est même déplacé à Montréal, mais rien n’y fit. Les Américains ont mal évalué la volonté des colons d’ici qui refuseront de prendre les armes contre les Britanniques.

LA GUERRE DE 1812-1814
Un autre grand moment de tension pour le Canada se déroule entre 1812 et 1814, alors que la Grande-Bretagne et les États-Unis s’affrontent à nouveau quelques années seulement après la fin de la guerre d’Indépendance.
Contrariés par le comportement des Britanniques pendant les guerres napoléoniennes, on limite les échanges entre les États-Unis et la France; furieux face à l’attitude impérialiste et désireux d’affirmer une seconde fois leur indépendance, les Américains déclarent la guerre le 18 juin 1812.
Cet affrontement se termine par un match nul et constitue une première véritable occasion de développer un sentiment national du côté canadien.
LA GUERRE DE SÉCESSION ET LA NAISSANCE DU CANADA
La plus récente manifestation d’inquiétude liée à une volonté expansionniste est associée au projet de Confédération.
Lorsque les colonies britanniques discutent d’une possible union, elles le font alors qu’on prête aux Américains l’intention d’étendre leur territoire vers le nord après la guerre de Sécession.
Après tout, des sudistes se sont réunis à Montréal, l’assassin de Lincoln y a séjourné, et des fenians, une organisation secrète souhaitant l’indépendance de l’Irlande, ont effectué des raids de notre côté de la frontière.
La menace est alors jugée suffisamment sérieuse pour expliquer la construction des Forts-de-Lévis qui débute en 1855,
Source : Luc Laliberté, historien, Journal de Montréal, cahier Weekend, 7 décembre 2024, p70
Trucs et astuces
Notre beau sapin naturel est clairement le roi dans notre maison pendant les Fêtes, mais il a besoin d’un traitement royal pour que sa parure reste intacte.

CE QU’ON DOIT SAVOIR
COMMENT EN PRENDRE SOIN
Source : Nadine Descheneaux, Journal de Montréal, cahier CASA, 14 décembre 2024, p10
Histoire
Depuis quelques années, les marchés de Noël extérieurs connaissent une popularité importante auprès des Québécois et des Québécoises. Pourtant, ces marchés d’inspiration européenne ne se tiennent au Québec que depuis la fin des années 1990, voire le milieu des années 2000.
Les marchés d’autrefois avaient donc bien peu à voir avec ce qu’on entend aujourd’hui par « marché de Noël ».

Afin de nous préparer au temps des Fêtes, revisitons l’histoire des marchés publics au Québec et observons comment ceux-ci s’animaient à l’occasion de la fête de Noël.
Dès le 17e siècle, c’est dans les trois villes principales de la colonie – Québec, Montréal et Trois-Rivières – que s’organisent les premiers marchés publics. Véritables institutions, ces marchés permettent un approvisionnement alimentaire des populations urbaines et offrent aux ruraux une occasion de vendre leurs surplus agricoles.
Plus encore, ce sont des lieux de rencontre et d’échanges. Les marchés publics deviennent des lieux de sociabilités où se tissent des liens commerciaux et sociaux entre les habitants.
Les places de marchés voient le jour, sous la supervision des autorités coloniales, près du fleuve Saint-Laurent, principale voie de communication de la colonie. À Québec, c’est à place Royale, en basse-ville, qu’est établie la première place de marché en 1640. À Montréal, c’est en 1657 que les habitants assistent à la formation d’une place de marché, localisée sur la place d’Armes, aujourd’hui connue sous le nom de place Royale.
Enfin, à Trois-Rivières, il faut attendre le début du 18e siècle pour qu’un premier marché voie le jour au bout de la rue Saint-Louis, tout près du fleuve.
Les places de marchés font aussi office de places publiques : le crieur public informe la population des arrêts, édits et ordonnances des autorités coloniales; les criminels condamnés reçoivent leurs châtiments; les gentilshommes s’affrontent en duel. Et, bien sûr, on s’y adonne au potinage et au colportage de rumeurs et de nouvelles.
Le 19e siècle constitue l’âge d’or des marchés publics alors que ceux-ci pullulent à l’échelle de la province, tant en milieu rural qu’en milieu urbain. Seulement dans la ville de Québec, à la fin du 19e siècle, on ne compte pas moins de huit marchés publics ! Au même moment, on assiste à l’émergence des halles de marché, ce qui témoigne d’une volonté d’améliorer les conditions de vie urbaine et le confort des clients.
À partir de 1850, les marchés urbains se spécialisent : co-existent désormais des marchés aux denrées, des marchés à bois, des marchés à foin, des marchés aux poissons et des marchés aux animaux. Les citadins et les ruraux fréquentent ainsi ces espaces en fonction de leurs besoins.
AU TEMPS DE NOËL

À l’époque de la Nouvelle-France, Noël est une fête surtout religieuse. C’est seulement vers la fin du 19e siècle, sous l’influence des coutumes britanniques, que Noël prend les allures qu’on lui connaît aujourd’hui, centré autour de traditions familiales et communautaires.
Se répand alors progressivement, d’abord au sein des familles bourgeoises, puis au sein des familles ouvrières et paysannes, la vogue du grand festin de Noël. Pour l’occasion, les citadins fréquentent les marchés publics à la recherche de la meilleure volaille pour égayer leur tablée.
Jusqu’au 19e siècle, l’oie est la volaille festive favorite pour l’organisation des repas de Noël. Or, en 1843, au moment où Charles Dickens fait paraître son œuvre Cantique de Noël, la dinde gagne en popularité : mettre une dinde sur la table à l’occasion du repas de Noël est présenté comme une marque de prestige.
Cette coutume, qui provient de l’Angleterre victorienne, influence les traditions des familles bourgeoises qui cherchent à s’en procurer au marché.
Dans les marchés publics, la popularité croissante de la dinde se traduit par une augmentation de l’offre du produit sur les étalages. Le 26 décembre 1887, dans le journal La Presse, un rédacteur écrit : « Pour ce qui est des dindes, le marché en est rempli, il en est comble. Il y en a plein les voitures, plein les étaux, plein les marches du péristyle, il en traîne sous vos pieds ; d’autres sont suspendues au-dessus de vos têtes. »
Si en 1887 on notait l’abondance des dindes au marché de Noël, en 1900, on se plaint plutôt de leur absence.
Le 27 décembre 1900, dans le Courrier de Saint-Hyacinthe, on relate : « Les volailles en général étaient nombreuses, mais où donc étaient les charges ordinaires de dinde ! Chaque étal de boucher avait d’habitude quelques spécimens de dindes, ils avaient des oies cette année ». D’autres fois encore, c’est le prix des volailles qui retient l’attention des rédacteurs dans la presse, alors qu’on mentionne leur bas prix ou encore leur cherté.
C’est donc dire que c’est la dinde plus que tout autre sujet qui est au centre des discussions au marché à l’occasion de Noël !
Dans le temps des Fêtes, les commerçants décorent leur kiosque, comme le relate un journaliste le 22 décembre 1903 dans le journal La Presse : Le marché de Noël, comme celui de Pâques, est toujours une fête au marché Bonsecours. À cette occasion, les marchants ne ménagent rien pour donner une belle apparence à leurs étaux qu’ils décorent de fleurs et de verdures. Les fleurs ne sont pas aussi en abondance qu’à Pâques, aujourd’hui, jour du marché de Noël; mais il y a de la verdure à profusion. »
À l’occasion de Noël, au début des années 1850, les commerçants commencent à proposer à leurs clients un nouveau type de « verdure » : des sapins de Noël. À l’instar de la dinde, le sapin de Noël entre progressivement dans les foyers des Canadiens et Canadiennes, anglophones et francophones, fruit d’une publicité plus importante de cette tradition à compter de la fin des années 1840 en Angleterre.
JOURS DIFFICILES
Au 20e siècle, particulièrement à partir des années 1930, les marchés publics vivent des jours difficiles. Le 27 décembre 1935, un rédacteur du journal La tribune informe la population que « le marché de Noël a tué le marché du Jour de l’An ! » Avant de mentionner, quelques lignes plus loin, le prix des dindes, il écrit : « Depuis un grand nombre d’années, le marché de Noël a évidemment pris de l’ascendant sur celui du Jour de l’An et les ménagères ont pris l’habitude de s’approvisionner avant Noël pour toute la période des Fêtes. »
Dans la seconde moitié du 20e siècle, de nombreux facteurs contribuent à la disparition progressive des marchés publics dans les campagnes et dans de nombreuses villes de la province.
Parmi eux, il y a certainement l’essor des magasins à rayons, des épiceries et des supermarchés, ainsi que la disparition des petites entreprises agricoles de type familial et artisanal.
Plus encore, le changement de fonction des marchés publics, devenus non essentiels au ravitaillement des villes, contribue à modifier le rapport des citadins et des ruraux à ces espaces et joue en défaveur de leurs financements par les pouvoirs municipaux à partir des années 1960.
Malgré tout, certains marchés ont réussi à s’adapter aux nouveaux impératifs de la vie d’aujourd’hui et continuent toujours de jouer un rôle dans l’approvisionnement des populations urbaines en produits alimentaires de qualité.
En ce début décembre, pourquoi ne pas prévoir de vous rendre dans un marché afin d’y faire quelques emplettes pour vos repas des Fêtes et d’encourager les producteurs locaux ?
Source : Emmy Bois, historienne, Journal de Montréal, cahier Weekend, 7 décembre 2024, p68