Une nuit bien agitée

Quelle agitation! La petite étoile n’a jamais vu ça!

À des milliers de kilomètres en dessous d’elle, il semble se préparer quelque chose de merveilleux. Elle a d’abord aperçu un homme qui aidait sa femme enceinte à s’installer dans une étable. Un peu plus tard, elle a vu des anges sonner de la trompette pour réveiller les bergers. Plus loin, une caravane de trois rois s’est mise en route. Tous se dirigent vers la minuscule étable.

La petite étoile voudrait bien savoir ce qui se passe en bas. Mais de là où elle est, elle ne voit rien. Plusieurs fois, elle change de place dans le ciel pour se rapprocher de la Terre. Rien n’y fait : elle est toujours trop haute! Alors, la petite étoile se penche. Elle se penche, se penche et… Elle a beau battre de tous ses rayons pour tenter de s’accrocher au ciel, elle tombe… jusqu’à la Terre.

La petite étoile a de la chance. Elle atterrit en douceur, sur le dos d’un mouton.

– Que tu es jolie! lui dit une voix douce qui la fait sursauter.

Un jeune berger s’est approché d’elle. Il vient de la voir tomber du ciel.

– Merci, répond-elle en rougissant. Je suis curieuse. J’ai voulu savoir pourquoi il y avait tant d’agitation sur Terre et je suis tombée la tête la première.

– Je suis curieux moi aussi, lui dit le berger. Partons ensemble, tu m’éclaireras.

Le berger et l’étoile se dirigent vers l’étable. Doucement, ils frappent à la porte et entrent. La petite étoile ouvre bien grands ses yeux pour ne rien perdre du spectacle. Là se trouve un adorable bébé qui vient de naître. Il paraît si petit dans la mangeoire où sa maman l’a couché.

– Qu’il est beau! murmure la petite étoile à l’oreille du berger.

– Il s’appelle Jésus, dit le papa.

– Aaah! s’émerveille l’étoile.

Quand le berger et la petite étoile sortent de l’étable, ils se sentent très heureux.

– Merci, dit l’étoile à son nouvel ami. Je n’oublierai jamais cette nuit-là. Mais maintenant, je voudrais rentrer chez moi. Peux-tu me lancer vers les étoiles? Et quand je serai là-haut, je brillerai très fort, rien que pour toi!

Le berger prend son élan et lance de toutes ses forces la petite étoile vers le ciel.

La nuit suivante, lorsque le berger chercha des yeux la petite étoile, elle avait tenu promesse; elle brillait plus que toutes les autres.

C’est depuis cette nuit merveilleuse qu’on l’appelle l’Étoile du berger.

 
Histoire de Sophie de Mullenheim
Illustration de Chantal Cazin
Source : 24 histoires magiques pour attendre Noël, Éditions Fleurus 2008

NDLR: Ce conte de Noël est le dernier de la série pour cette année, rendez-vous en décembre 2012 pour d’autres contes magiques en attendant Noël.

Noël blanc ou Noël vert

Déjà le 23 décembre et la neige tarde à recouvrir le paysage. Sans être un fanatique de la neige, un Noël vert, n’est pas ce que je préfère le plus. On n’a qu’à se promener aux alentours pour apercevoir les lumières multicolores arriver à peine à éclairer la nuit d’encre. C’est si beau lorsque les lumières scintillent dans une belle poudreuse. C’est presque comme en plein jour! On peut voir très loin! Ça me manque! Je n’en demande pas un pied, seulement quelques pouces pour agrémenter le décor.

Même le père Noël aura beaucoup de difficulté à trouver le toit des chaumières. Comment fera-t-il pour s’y retrouver dans cette noirceur? Sans tapis blanc, il manque cette magie qui crée l’ambiance du temps des Fêtes. Je prie pour que le ciel exauce mon vœu d’un Noël blanc, ne serais-ce que pour nous rappeler nos souvenirs d’enfance. Je me rappelle lorsque nous allions réveillonner à Sainte Agathe, chez Francine et Gaston, dès qu’on se rendait à la messe de minuit, une douce chute de neige avec ses gros flocons, nous remplissait le cœur de joie. C’était magique! L’un n’allait pas sans l’autre et ça donnait le coup d’envoi à toute une nuit de célébration. Heureusement, nous avons pu en profiter quelques années.

Cependant, une fois cette Fête passée, je passe au vert. Dans six jours, nous mettrons le cap vers nos quartiers d’hiver, où l’été règne en roi et maître toute l’année. Je peux tolérer la neige une couple de jours, sans plus. Mes vieux os réclament à grand cris leur part de chaleur et maintenant que Louise et moi sommes à la retraite, autant en profiter parce qu’on ne sait pas de quoi demain sera fait. Comme le dit la chanson La vie est si fragile.

Noël blanc : oui ! Mais après, vive le vert… avec un brin de bleu ciel!

La lettre égarée

Ce matin de Noël, Thomas ne trouva pas de cadeau sous le sapin. Il crut que le père Noël l’avait oublié. Ses parents essayèrent de le consoler, mais rien ne put adoucir sa peine. En début d’après-midi, Thomas alla tristement faire sa sieste en serrant contre lui son doudou Nono, un petit ours noir avec une tache blanche sur le ventre. Nono attendit que Thomas soit endormi, puis il se faufila hors de la maison. Pas question de laisser Thomas aussi malheureux. Nono trottina jusqu’à la maison du facteur et frappa à sa porte.

– Qui est là? demanda une voix bourrue. Je fais ma sieste. On n’est jamais tranquille!

Et le facteur ouvrit la porte. Il regarda d’un œil noir le petit ours.

– Qui es-tu, toi? Un jouet abandonné? Déjà?

– Je suis Nono, le doudou de Thomas. Thomas a écrit une lettre au père Noël, mais il n’a pas eu de cadeau pour Noël. Vous êtes le facteur qui apporte les lettres des enfants au père Noël. Aidez-moi!

Étonné, le facteur réfléchit. Oui, il avait bien donné un grand sac de lettres au père Noël quelques semaines avant Noël, comme chaque année, mais… pas la lettre de Thomas! Celle-ci était arrivée très en retard et le facteur l’avait glissée sous la porte du père Noël!

– Viens avec moi, Nono, courons chez le père Noël avant son départ en vacances.

Le facteur déposa Nono dans sa sacoche, enfourcha son vélo et pédala de toutes ses forces vers la maison du père Noël.

– Qui est là? demanda une voix bourrue. Je fais mes valises. On n’est jamais tranquille!

Et le père Noël ouvrit la porte. Stupéfait, il regarda Nono et le facteur.

– Qu’est-ce que…

– Père Noël. Le petit Thomas n’a pas eu de cadeau! Vous n’avez donc pas eu sa lettre?

– Sapristi! Mais non! s’étrangla le père Noël.

Le facteur et Nono lui racontèrent toute l’histoire.

Le père Noël baissa alors les yeux vers le lourd paillasson du vestibule, en souleva un coin… La lettre était là! Vite, il n’y avait pas de temps à perdre. Il l’ouvrit, la lut et courut vers son atelier en appelant les lutins à la rescousse.

– Que se passe-t-il? demandèrent les lutins en maugréant. Nous sommes en train de goûter. On n’est jamais tranquille!

Le père Noël leur expliqua la situation et les lutins abandonnèrent leurs tartines. Ouf! Il leur restait des petits trains électriques!

Nono, le facteur et le père Noël repartirent alors chez Thomas. La maison était calme. Le père Noël et Nono entrèrent dans la chambre de Thomas sans faire de bruit. Nono grimpa dans le lit du petit garçon, tandis que le père Noël déposait son cadeau au pied du lit. Puis il s’éclipsa.

Thomas s’éveilla, vit son cadeau et, fou de joie, il bondit de son lit, son Nono dans les bras.

– Mon cadeau, mon cadeau, papa, maman, le père Noël est venu!

Thomas, Nono et ses parents purent alors fêter Noël, le facteur, finir sa sieste, le père Noël, partir en vacances et les lutins, prendre leur goûter!

Histoire de Raphaële Glaux
Illustration de Thérèse Bonté
Source : 24 histoires magiques pour attendre Noël, Éditions Fleurus 2008

Cordonniers mal chaussés…

Ainsi donc, les maires ont décidé de suivre Saint-Régis-de-Québec et de faire la guerre aux syndicats pour revoir les fonds de retraite de leurs employés, surtout syndiqués, et ainsi éviter aux contribuables de subir des augmentations substantielles de leurs comptes de taxes. Les régimes de retraites à prestations déterminées de jadis, légalement négociées d’un commun accord, faut-il le préciser, feront place à d’autres formes de prestations de retraites, notamment dites à cotisations déterminées. Une grosse différence.

Ils voudraient aussi voir reporter l’âge de la retraite pour éviter que ces chers employés municipaux ne puissent être retraités plus longtemps que salariés. Ils martèlent dur comme fer, que leurs concitoyens n’ont pas à payer seuls ce fardeau. Plusieurs de ces municipalités ont des gestionnaires qui traînent leurs pénates depuis belle lurette et ces soi-disant experts sont loin de démontrer leur capacité de visionnaires. Comme tout le monde, ils ne pouvaient prévoir la conjoncture économique des années 2000, même s’ils affirmaient le contraire à l’époque.

Mais au fond de tout ça, ces administrateurs n’ont pas la même conscience sociale lorsque vient le temps de statuer sur leurs propres rémunérations et avantages, ou de négocier leurs contrats de travail. Quand ils se votent des augmentations salariales supérieures à celles de leurs syndiqués, tiennent-ils compte de la capacité de payer de leurs citoyens?

Lorsqu’ils bénéficient de généreuses allocations de dépenses non-imposables, tiennent-ils compte de la capacité de payer de leurs vaches à lait?

Lorsqu’ils se déplacent avec une voiture fournie par leur municipalité avec l’entretien, l’essence et les assurances qui ne leur coûtent pas un seul dollar, tiennent-ils compte de la capacité de payer des suckers de concitoyens?

Lorsqu’ils bénéficient de généreuses pensions de retraite, qu’ils regroupent toujours de la manière la plus avantageuse lorsqu’ils occupent d’autres fonctions ou qu’ils décident de quitter, tiennent-ils compte de la capacité de payer des CON-tribuables surtaxés?

Et lorsque blasés, ils décident de plier bagage pour exercer d’autres fonctions ailleurs, avec une prime de départ plus que généreuse et envieuse, tiennent-ils compte de la capacité de payer des indigènes qui paient cette note salée sans droit de regard?

Poser toutes ces questions, c’est y répondre!

Tout en étant conscient que la situation économique actuelle impose des ajustements, le sacrifice doit être fait à tous les niveaux hiérarchiques sans distinction. Au lieu de démolir le passé, il faut analyser le présent et organiser l’avenir. Les employés municipaux n’ont pas à recevoir de leçon de personne, encore moins des élus et de leurs gestionnaires municipaux.

La cueillette des rêves

C’était le grand soir de la cueillette des rêves. Comme chaque année, les Driz, des petits elfes multicolores et ailés, étaient chargés d’une importante mission : cueillir les rêves des enfants pour y trouver leur cadeau de Noël.

Biz était tout excité : il venait juste d’obtenir son diplôme et s’apprêtait à partir pour la première fois. Il vérifia qu’il avait bien mis de la poudre de sommeil et son pipeau. Il répéta une dernière fois le chant mélodieux qui dévoile les rêves.

– Bonne cueillette et pas de fausses notes! leur cria le père Noël, alors que les Driz s’éparpillaient joyeusement dans l’obscurité.

Biz volait de chambre en chambre, jetais un peu de poudre magique sur les paupières des enfants et attendait qu’ils plongent dans un sommeil profond. Puis, avec beaucoup de concentration, il jouait de son pipeau : une portée se dessinait dans le ciel, transportant les rêves jusqu’à son atelier.

Il était tellement fasciné par les désirs des enfants, et tous les jouets plus rigolos les uns que les autres, qu’il ne fit pas attention et se cogna contre un cheval à bascule.

Il perdit l’équilibre et, en tombant, il se trompa dans les notes du morceau.

– Oh! Ce ne doit pas être si grave! pensa-t-il insouciant.

Mais lorsqu’il voulut fabriquer les cadeaux, il eut une horrible surprise.

– C’est une catastrophe, les rêves ont été complètement transformés par les fausses notes et les cadeaux n’ont ni queue ni tête… Un pistolet à eau qui tire des confettis et des bonbons, des maracas qui chantent lorsqu’on les secoue, un train électrique qui vole…

Alors, Biz alla trouver le père Noël et lui raconta l’accident. En voyant tous ces jouets étranges, le père Noël éclata de rire.

– Nous n’avons plus le temps de remettre tout en ordre. C’est la nuit de Noël et je dois partir. Tu es un drôle de compositeur, un peu tête en l’air, mais de toute ma vie, je n’ai jamais vu des cadeaux aussi originaux.

Cette année là, les enfants furent émerveillés de découvrir sous le sapin, des cadeaux encore plus fous que dans leurs rêves.

Histoire de Kathie Fagundez
Illustration de Evelyne Duverne
Source : 24 histoires magiques pour attendre Noël, Éditions Fleurus 2008

Le mépris du club de hockey les Canadiens de Montréal

Il n’y a pas de qualificatif assez fort pour condamner le geste que la direction des Canadiens de Montréal vient de poser en nommant Randy Cunneyworth, en remplacement de l’instructeur Jacques Martin, limogé samedi dernier. En 1955, la suspension du Rocket avait soulevé tout un peuple, déclenchant les plus violentes émeutes, reliées à ce sport. C’était plus qu’un affront! C’était mépriser la communauté québécoise francophone.

Sans mettre en cause sa compétence d’instructeur, ça dénote le manque de respect de la clientèle à majorité francophone et l’histoire se répète depuis 1995 alors que Serge Savard, digne directeur général de la trempe d’un certain Sam Pollock, s’était aussi fait montrer la porte. Depuis, c’est la débandade d’un club qui a perdu tout son lustre au fils des ans. On a jeté la tradition par-dessus bord.

Les Canadiens de Montréal sont connus de la planète toute entière et même les journaux européens et asiatiques ont soulevé le problème de l’unilinguisme. Ça dépasse nos frontières.

Rien ne nous surprend au Québec quand il est question de la langue française. On n’a qu’à constater son net recul à tous les niveaux. C’est même rendu un fait divers, tant on se confond, sans même lever le petit doigt et rouspéter.

Geoff Molson aujourd’hui, affirmait que cette nomination était temporaire, uniquement pour terminer la saison, et que le réel changement d’entraîneur aurait lieu l’été prochain, tout en insistant sur la priorisation du bilinguisme pour le prochain candidat retenu. Pourquoi le croirait-on? Même le directeur général « Monsieur » Gauthier, vit au Vermont, bien loin de la réalité de Montréal.

Le chroniqueur Michel Beaudry, rappelait que lors de sa dernière conquête de la coupe Stanley, une douzaine de joueurs francophones étaient de l’alignement. Une réplique des glorieuses années où le précieux trophée a aussi été gagné. Ça prendra un sérieux coup de balai, pour revenir à cette époque. J’endosse cette théorie cent milles à l’heure!

Si la déclaration de Geoff Molson est vraie, alors pourquoi congédier Jacques Martin? Il est encore sous contrat pour deux autres années. Où était l’urgence? On aurait du continuer avec lui et passer le bulldozer à la fin de la saison, en n’oubliant pas de tasser également « Monsieur » Gauthier. Bref, faire comme les puissances actuelles de la ligue; croupir dans les bas fonds pour récolter les super vedettes francophones montantes qui brûlent les ligues inférieures, comme la LHJMQ trop longtemps boudée. Si c’est le prix à payer et bien allons-y!

Patience le lutin

Dans le salon, Manon tourne en rond comme un tourbillon :

– C’est trop long! Il reste sept jours avant Noël, sept jours d’attente interminable… Pourquoi donc le père Noël n’arrive-t-il pas dès aujourd’hui? Il ne comprend pas que les enfants sont impatients?

Soudain, aux pieds de Manon, dans une fente du parquet, apparaît un petit lutin souriant…

– Bonjour, Manon, je m’appelle Patience. J’aide les enfants trop pressés à attendre Noël. Je vais te montrer pourquoi le père Noël a besoin de quelques jours encore pour se préparer!

Le lutin Patience jette en l’air une poignée de poudre d’or.

Dans un nuage doré, Manon voit le père Noël assis à son bureau, penché sur de lourds dictionnaires…

– Que fait-il? Demande Manon.

– Il finit de traduire les lettres des enfants. Il ne faut pas qu’il se trompe de cadeau!

– Il en a pour longtemps?

– Il a presque fini, répond Patience. Mais ensuite, il fabriquera les cadeaux. Regarde!

Le lutin lance une nouvelle poignée d’or.

Le père Noël a enfilé un joli tablier. Il rabote du bois, sculpte du plastique, fond du métal, coud des vêtements…

– Oh! S’exclame Manon. Il fabrique tout lui-même?

– Bien sûr, répond Patience.

– Et après?

Une nouvelle pincée de poudre dorée.

Cette fois le père Noël est en train d’emballer les jouets. Manon fronce les sourcils :

– Les paquets ne sont pas très utiles! On pourrait gagner du temps!

– Comment? S’exclame Patience. Sans papiers ni rubans, il n’y aurait pas de jolis cadeaux! Ce ne serait pas Noël! Regarde plutôt la suite…

Un nouveau nuage de poudre fine, voici le père Noël en train de nettoyer son atelier : il balaie le plancher, range ses rouleaux de papier cadeau, aligne ses outils sur l’établi, pour retrouver chaque objet à sa place l’année prochaine…

– Il part maintenant? Demande Manon.

– Pas encore, il faut qu’il se repose. Il va dormir une journée entière, parce que pendant toute la nuit de Noël il va voyager et escalader les cheminées. Et il n’est plus très jeune! Et maintenant, une dernière poignée de poudre…

Dans la pluie d’or, Manon voit le père Noël nourrir ses rennes avant de les atteler à son traîneau.

– Oh, Patience, s’il te plaît, montre-moi la suite! J’aimerais tant voir l’arrivée du père Noël chez moi!

Dans un éclat de rire, le lutin jette en l’air une autre poudre, noire comme de la suie, obscure comme de la cendre… Manon a beau écarquiller les yeux, elle ne voit pas le père Noël à travers ce nuage là.

– Le père Noël est dans ta cheminée, Manon, mais il fait très sombre! De toute façon, je ne peux pas te montrer les cadeaux que le père Noël t’apporte. Tu les découvriras dans sept jours. Sois patiente, je ne m’appelle pas Patience pour rien!

Histoire de Charlotte Grossetête
Illustration de Chantal Cazin
Source : 24 histoires magiques pour attendre Noël, Éditions Fleurus 2008

Mon Noël rêvé

À huit jours de la grande Fête de Noël et ce, même si c’est une fête joyeuse et solennelle, certaines personnes la vivront dans la solitude. Il ne faut pas qu’il en soit ainsi et l’histoire qui suit est signée Claudette Morin. Je l’ai trouvé dans l’édition de décembre 2011 – Janvier 2012, du Journal du bel âge, feuilleté au hasard d’une visite dans une résidence pour personnes âgées. Comme ce sont souvent ces personnes qui vivent seules, je voulais la partager avec vous, dans ces moments de réjouissances. Ayons une pensée de partage pour eux. Partager un peu de leur temps, c’est le plus beau cadeau qu’on peut leur offrir…

Seule dans mon 3½, je songe au Noël que j’aimerais bien passer en compagnie de mes enfants et petits-enfants. Il est plus de 22h et, m’allongeant sur mon lit, je tombe dans un profond sommeil.

Je suis heureuse… Je vis dans une maison ni trop grande ni trop petite. Suffisamment grande pour y accueillir tous mes enfants et petits-enfants pour Noël.

Je suis heureuse… En ce 24 décembre au soir, ma maison sent la cannelle, le girofle et plein d’odeurs qui mettent l’eau à la bouche.

Je suis heureuse… J’ai décoré avec mes petits-enfants un sapin naturel, coupé dans un boisé près de chez moi. Je sais, il lui manque des branches, mais ça ne fait rien. Il est unique ainsi. Mes petits-enfants et moi y avons placé les ornements que nous avons fabriqués quelques jours plus tôt. Carton, papier, crayons à colorier et bouts de ficelle nous ont aidés à le rendre attrayant.

Je suis heureuse… Au pied du sapin, il y a une crèche. Et oui ! Je crois encore à la naissance de Jésus en ce monde. Mes petits-enfants, agenouillés tout près, me demandent :

– C’est qui le bébé dans la crèche ? C’est qui sa maman ?

Je donne une foule de réponses à leur foule de questions. Mes réponses ne sont en rien compliquées, ce sont celles que j’ai retenues alors que j’étais enfant.

Je suis heureuse… De voir les cadeaux placés sous cet arbre, des cadeaux faits main avec patience, créativité et amour. Et de surcroît utiles ! Ma fille aînée m’a offert un tablier, elle sait que j’adore cuisiner. Ma cadette m’a offert une magnifique toile que j’ai accrochée au mur, question de penser à elle chaque fois que j’apercevrai son œuvre.

Je suis heureuse… Mes enfants et petits-enfants ont hâte de goûter ce que j’ai préparé pour souper : dinde, pommes de terre en purée, légumes, tourtière. Et pour dessert, carrés aux dattes et tarte au sucre. J’ai utilisé les recettes de ma grand-mère, question de conserver la tradition familiale.

Je suis heureuse… De voir tout mon petit monde autour de moi si heureux et si comblé. Il est 22h passé et mes petits-enfants baillent déjà. Ils sont épuisés d’avoir joué à la chaise musicale, d’avoir chanté et dansé. C’est déjà l’heure du départ. Ils me donnent mille et un bisous, me font de grosses caresses, puis agitent leurs petites mains en disant :

– À bientôt Mamie !

Je suis heureuse… J’entends sonner les cloches de l’église et j’assiste à la messe, où l’on chante le « Minuit Chrétiens ».

J’entends des cris et m’éveille en sursaut. Des voisins festoient. Je réalise que mon rêve ne se réalisera pas en cette veille de Noël. Je sais, je ne peux changer les choses. Je ne peux changer le passé. La vie est ainsi faite. Je me console, car je sais que je ne suis pas seule à être seule et à me sentir si seule. Une idée me frappe tout à coup comme l’éclair. Je m’enveloppe chaudement et, dans la froidure hivernale, me dirige vers l’église où j’ai été baptisée 60 ans plus tôt.

Je suis heureuse… Car cette nuit, l’un de mes souhaits sera exaucé : je pourrai entendre chanter le « Minuit Chrétiens ».

Voyage dans la cheminée

Cyprien voulait en avoir le cœur net. On avait beau lui dire que le père Noël passait par la cheminée pour venir chez lui, il n’y croyait pas. Cela lui paraissait tout à fait impossible : la cheminée était trop étroite, trop noire, trop raide! Aussi, décida-t-il de grimper sur le toit pour aller vérifier lui-même.

Lorsqu’il parvint près de la cheminée, Cyprien accrocha solidement sa corde et se laissa glisser dans le conduit. Mais il fut aussitôt aspiré vers le bas par une force irrésistible qui l’obligea à lâcher la corde.

– AAAaaah! Hurla-t-il en fermant les yeux de peur.

Cyprien ne tombait pas, mais il glissait à vive allure sur un formidable toboggan. Lorsqu’il ouvrit les yeux, il découvrit autour de lui un spectacle merveilleux. Le conduit de cheminée n’était pas noir et crasseux comme il l’avait imaginé mais, au contraire, il étincelait de mille feux. Des banderoles multicolores s’allumaient sur son passage :

« BONJOUR, PÈRE NOËL! ON VOUS AIME, PÈRE NOËL »

Cyprien n’en croyait pas ses yeux.

Soudain, il ralentit, puis s’arrêta tout à fait. Aussitôt, des dizaines de petits lutins surgirent pour lui offrir des bonbons, des gâteaux et des friandises. Ils s’activaient sans cesser de parler :

– Vous devez avoir faim, père Noël!

– Prenez des forces pour le voyage!

– Goûtez ces macarons à la neige!

Cyprien avait beau leur dire qu’il n’était pas le père Noël, les lutins s’en fichaient.

Lorsqu’il eut bien mangé, sa course folle reprit comme par magie. Un peu plus loin, il s’arrêta de nouveau. Cette fois-ci, des elfes miniatures s’agitèrent autour de lui pour le masser, lui frotter les pieds, le dorloter.

Eux aussi discutaient sans s’arrêter.

– Vous devez être fatigué par ce voyage, père Noël!

– Un petit massage des pieds vous fera du bien!

– Détendez-vous et fermez les yeux!

Cyprien se laissa faire, puis sa course reprit de plus belle. Au dernier arrêt, des fées le coiffèrent et le parfumèrent en gazouillant gaiement.

Le voyage sur le toboggan touchait à sa fin. Cyprien traversa un épais nuage d’étoiles scintillantes et arriva… au milieu du salon de sa maison!

Lorsque ses parents le retrouvèrent, au petit matin, Cyprien était endormi, roulé en boule sur le tapis du salon. Il faisait certainement un rêve formidable, car il souriait en dormant. Mais ce qui étonna sa maman, c’est qu’il avait sur le bout du nez une toute petite tache noire… de suie!

Histoire de Sophie de Mullenheim
Illustration d’Élisabeth Schlossber
Source : 24 histoires magiques pour attendre Noël, Éditions Fleurus 2008

Est-ce qu’on prend nos aînés à cœur ou au portefeuille?

Récemment, notre famille a vécu une situation frustrante avec une résidence privée pour personnes âgées. Je ne sais pas si cette façon d’agir est répandue mais pour nous, c’est inacceptable qu’on abuse des personnes vulnérables que sont les aînés. On soutire leur argent, sans égard à la moindre once de compassion et on se réfugie derrière une loi pour collecter la moindre somme.

Faites votre enquête et vous verrez que certains établissements facturent à outrance, le moindre petit service. Dans certains cas, c’est de l’exploitation pure et exagérée. Les faits qui suivent se sont déroulés entre le 24 novembre et le 2 décembre dernier. C’est pour dénoncer ces abus que je publie cet article. Soyez sans crainte, il sera acheminé à des personnes influentes qui, je l’espère, pourront changer les choses et porter le message…

« Alors que mes parents demandent une surveillance constante ou, du moins avoir accès à de l’assistance immédiate, due à leur âge avancé, nous convenons ensemble que déménager dans une résidence privée pour personnes âgées, serait l’idéal pour eux. Mon père a 82 ans et ma mère 80. Leur condition médicale ne justifie pas l’accès à un CHSLD.

Notre choix s’est arrêté sur Les Habitats Lafayette, une résidence privée de Longueuil, gérée par la Société de gestion Cogir. Le 24 novembre, le bail était signé pour occupation le 1er décembre. La résidence offrait en promotion, une pénalité réduite à un mois de loyer, en cas d’annulation du bail. Le document ne nous a pas été remis, ni les clefs de l’appartement. Le gestionnaire devant finaliser administrativement le dossier, nous avons convenu de les recevoir le mardi suivant, soit le 29 novembre suite à leur appel téléphonique.

Entretemps, ma mère a fait un AVC le dimanche 27 novembre, a été hospitalisée le même jour. Elle est décédée le 1er décembre. Lorsque mon père a appris que son décès était imminent, selon les médecins, l’idée de devoir déménager et se retrouver seul le hantait. Ma sœur lui a offert de le prendre en permanence à son domicile. Dès le lundi, 28 novembre, j’ai communiqué avec la responsable des locations, afin d’annuler le bail, devant cette fatalité.

Celle-ci m’a annoncé qu’elle annulerait le bail, mais que le premier mois de loyer se devait d’être payé quand même, obligatoirement. Devant ma surprise et argumentant que nous n’avions jamais joui une seule minute du logement, ni même reçu les clefs, je lui ai fait part de mon indignation tout en lui demandant de revoir sa décision. Sur son conseil, j’ai communiqué avec la directrice générale de Cogir, avec le même résultat.

Ironiquement, le jour du décès de ma mère, le chèque, au montant de 1628$ était prélevé sur le compte bancaire de mon père, comme si rien ne s’était passé. »

Vous comprendrez que la famille soit offusquée de cette façon d’agir. En quatre jours, Cogir n’a pas subit de préjudice, selon nous. Nous reconnaissons que le bail stipulait l’obligation de mon père de payer un mois de pénalité mais nous considérons que, dans ces circonstances particulières, un minimum de compassion aurait dû prévaloir et se terminer par une annulation pure et simple du bail, sans pénalité.

À la limite nous aurions pu payer un petit montant en guise de dédommagement, sans plus. Mais ce qui nous désole dans ce dossier, c’est l’intransigeance démontrée par cette compagnie, sans égard à la condition humaine qui nous affligeait et principalement mon père.

Avez-vous idée de ce que peut représenter 1628$ pour des gens âgés, qui ne reçoivent que le minimum des pensions ? Quel trou cela peut faire dans un budget. Ce jour là, mon père, le cœur en bouillie, leur a fait un énorme don bien involontaire.

Nous acceptons très mal cette conclusion et c’est pourquoi nous voulons vous sensibiliser et dénoncer ces comportements abusifs. Ces gens attirent les aînés dans leurs établissements avec de belles paroles et de belles promesses. Dans le fond, leur attachement n’est que pécuniaire, sans plus.

Maintenant, quand je vois leur publicité, le doute s’installe sur leurs intentions profondes d’aider les aînés. Je ne sais pas si c’est devenu la normalité et j’ose croire que non, Je sais qu’il existe encore des gens de cœur, de gros bon sens. Il faut croire que cette fois-ci, nous sommes tombés sur des personnes qui ont tôt fait de dévoiler leurs intérêts.

L’incroyable voyage des figurines de Noël

Le soir du 24 décembre, Papa Tête en l’air, Maman Tête en l’air et leur fils Mathias se préparaient pour le réveillon. Comme c’était une famille très distraite, il restait plein de choses à faire.

Dans la cuisine, Papa Tête en l’air cherchait la dinde qu’il avait oublié de farcir et, dans la bibliothèque, Maman Tête en l’air était au téléphone avec le père Noël, car elle avait oublié de lui poster la liste des cadeaux. Pendant ce temps, Mathias Tête en l’air jouait tranquillement dans sa chambre. Il n’était pas impatient, car il était un petit garçon très étourdi et croyait que Noël n’était que dans une semaine.

Sa maman passa la tête dans sa chambre et lui demanda :

– Mathias, j’ai sorti la crèche. Peux-tu installer les personnages ? Je dois encore dire quelques mots au père Noël.

Mathias abandonna ses jouets et courut au salon. Il sortit les figurines de leur boîte. Il installa Joseph et Marie bien au chaud entre l’âne et le bœuf, mais il joua avec les bergers et les Rois mages. Il les dispersa un peu partout. Soudain, son papa l’appela :

– Mathias, viens m’aider à préparer le dessert!

Mathias courut à la cuisine et oublia d’installer les petits personnages. Bientôt les Rois mages, chargés de cadeaux, s’impatientèrent. Ils enfourchèrent leurs grands chameaux et partirent au trot à la recherche du bébé de Marie.

Les Rois mages s’égarèrent dans la chambre de Mathias. Ils croisèrent un berger qui faisait paître ses moutons :

Bonjour, ami! Sais-tu où se trouve la maison du petit Jésus?

– Au salon, je crois, répondit le berger. Je dois y emmener mes moutons pour qu’ils se reposent près de la cheminée cette nuit. Laissez-moi vous accompagner.

Après une longue route, les Rois mages arrivèrent aux abords de la cheminée, Ils rencontrèrent un ange qui agitait ses petites ailes de bois :

– Sais-tu où se trouve la maison de Joseph et Marie?

– Suivez l’étoile qui brille au-dessus du sapin, répondit l’ange, elle vous montrera le chemin.

Les Rois mages se remirent en marche. L’étoile de Noël les guida toute la nuit. Au petit matin, ils aperçurent la crèche au pied du sapin. Il leur restait moins d’un mètre à parcourir et ils allaient pouvoir offrir leurs cadeaux à l’enfant qui venait de naître.

Hélas, à cet instant, Mathias et ses parents entrèrent dans le salon pour ouvrir leurs cadeaux.

Maman Tête en l’air était très distraite, mais elle remarqua quand même que les Rois mages étaient en avance. Alors, elle les ramassa et les déposa à l’autre bout de la pièce.

Le lendemain, elle les surprit de nouveau en train de traverser le salon.

– Ce n’est pas le moment, dit-elle en riant. Il faut attendre l’Épiphanie.

Et, une nouvelle fois, elle les replaça à leur point de départ!

C’est pourquoi les Rois mages, malgré tous leurs efforts, n’offrirent leurs cadeaux à l’Enfant Jésus que le 6 janvier, épuisés, mais heureux d’être enfin arrivés.

 
Histoire de Cédric Glaux
Illustration de Evelyne Duverne
Source : 24 histoires magiques pour attendre Noël, Éditions Fleurus 2008